ETRE PHARAON
Tandis qu'en Afrique, les différentes expéditions de la triplice africaine poussaient fiévreusement leurs étapes vers Fashoda, en Europe, un mystère profond entourait leur marche. C'est à peine si la presse belge s'occupa de l'expédition Dhanis. La presse française ne fut pas moins réservée quant aux mouvements de l'expédition Marchand et resta complètement silencieuse sur l'envoi de missions en Abyssinie. Même les journaux spéciaux demeurèrent muets. Seul, un article ])aru, le 4 mars 1897, dans la Belgique coloniale, organe officieux de l'Etat Indépendant du Congo, vint permettre à ceux qui savent lire entre les lignes, d'entrevoir une partie de la combinaison politique qui s'élaborait et du but final
rêvé au palais de Laeken. En termes sibyllins, l'auleur anonyihe disait :
M C'est quand ou n'a pas de responsabilité à assumer qu'on parle le plus librement et partant qu'on révèle parfois des vérités sur lesquelles un liomme d'Etat dirigeant ne pourrait ti-op insister. .
» Outre la domination sur une portion énorme de l'Afrique, la possession de l'Egypte implique la prépondérance en Orient, dans l'Asie intérieure et le contrôle impérieux sur la route la plus suivie de l'Extrême Orient. Aux mains des Anglais, elle équivaut en réalité à faire
de la Méditerranée dont ils détiennent déjà le centre à Malle et l'issue occidentale à Gibraltar, un lac entièrement britannique Le cai'actèi'e prodigieux, démesuré de ces conséqxiences, est ce qui rend vain l'espoir d'un acquiescement i^ur et simple des autres intéressés à l'acquisition de l'Egypte par la Gi-aude Bretagne, surtout quand ces intéressés sont des évincés comme les Français... Pour les esprits clairvoyants l'abandon de l'Egjpte est une perte à peine moins sensible que celle subie par les désastres de 1870... En deux mots, les faits accomplis ne sont pas acceptés comme tels et ils ne peuvent guère l'être. .
)) Il convient peut-être de ne pa.s envisager l'Egypte comme un bloc d'un seul tenjint. Une erreur de ce genre nous semble être commise quand on invoque l'intégiité
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de l'einpire ottomau à l'occasion des provinces pour l'instant au pouvoir des Madhistes.
Ces dernières ne rentreront jamais, ni directement ni indirectement sous la souveraineté du sultan, c'est l'évidence même Lorsqu'elles seront arrachées à la barbarie, les Européens qui auront accompli cette œuvre salutaire et méritoire auront à y faire régner leur autorité exclusive, seule dispensatrice de l'ordre et de la paix. Le rattachement à l'Egypte, si c'est de ce côté que s'opère leur délivrancîe, ne saurait entraîner le retour à un régime frappé à mort. Les dépendances coloniales de l'Egypte, que les khédives ont perdues, doivent revenir aux colonisateurs qui les auront recontituées... A chacun selon ses œuvres Possession vaut titre. .
La question change d'aspect dans l'Egypte historique, celle qu'on domine du Caire. Par la nature des choses, elle est d'une appropriation privée plutôt malaisée. Non pas que la garde en soit périlleuse... L'occupation militaire des Anglais en Egypte n'a par conséquent qu'un sens utile : c'est de signifier à quiconque que jamais la Grande Bretagne ne tolérera la main mise d'une autre puissance sur cette contrée... Pour le canal de Suez on a trou\ é la neutralité ; pour l'Egypte, terre à tant d'égards internntionale on, si l'on veut, cosmopolite, que ne cherche-t on une combinaison qui, sans détruire la dernière œuvre des Anglais, en atténue les caractères trop exclusifs et menaçants ?...
Ce langage diplomatique signifiait :
La meilleure manière de solutionuer la brûlante question d'Egypte serait de trouver pour la vallée du Nil. te: :e internationale et cosmopolite, une combinaison analofi e à celle appliquée au canal de Suez et qui enlèverait à la situation son caractère menaçant. Que les Franç:;is abandonnent le Xil moyeu où ils viennent de s'établir, les Anglais, le bas Nil qu'ils occupent et que le grand fleuve africain, neutralisé et ouvert à tous, soit finale" ment placé sous la garde et la tutelle d'une tierce puissance africaine On n'en pourrait trouver de plus qualifiée que celle qui fut saluée, à Berlin, comme l'un des gardiens de l'œuvre civilisatrice de la Conférence de 1885 : l'Etat Indépendant du Congo.
Le plan exposé s'inspirait de vagues projets anciens, mis, en avant, en 1884, en vue de solutionner la question de l'occupation de l'Egypte et celle de l'abandon du Soudan, alors à leurs phases premières. Mais les temps étaient changés.
L'article anonyme provoqua quelque étonnement dans les légations, à Bruxelles. Ses conclusions étaient pacifiques et, par conséquent, de nature, croyait-on en haut lieu, à être bien accueillies par les vrais amis de la civilisation et du progrès. Elles présentaient, en outre, le côté avantageux d'ouvrir à l'Etat du Congo la route
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qui, assurait-on, lui manquait vers la Méditcrranér et devait permettre au roi-souverain d'ajouter à ses titres celui de <^ Protecteur de VEgi/pte et du Soudan». Malheureusement, la combinaiso' était surtout naïve, puisqu'elle voulait faire jouer à la Cîrande-Bretagne et à la France les rôles du premier et du deuxième larron de la fable. Ce ne devait être finalement qu'un rêve : des nouvelles du théâtre des opérations arrivèrent à Bruxelles, au début du mois de mai 1907. Elles étaient désastreuses.