L'ÉCHEC DES TROIS EXPÉDITIONS DU NIL
Le jour inèmc où, à Bruxelles, paraissait l'article dont nous venons de reproduire quelques passages, le capitaine Malfeyt, commissaire de district, apprit, à Stanleyville, la révolte de l'avant-garde de l'expédition Dhanis. Le 14 février 1897, au village de Dirfi, au moment de s'engager dans le bassin du Nil. les soldats batetela du cajMlaine Leroi s'étaient mutinés, avaient massacré leurs officiers et repris, avec armes et munilions, le chemin du sud. Bientôt on apprenait qu ils avaient entraîné les bataillons en marche qu'ils avaient rencontrés. C'est en vain, que le 18 mars, le commandant en chef essaya de leur disputer le passage de l'Aruwimi : il fut battu dans un combat sanglant ; ses troupes restées
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fidèles furcMit dispersées el lui-même, avec une poignée d'hommes, fui obligé de ballre en lelraile vers les Falls. Le désastre élail complel.
Aux Falls ce fut uu indicible émoi. La slalion, qui avait été mise rapidement en état de défense', s'allciidait à tout instant à voir surgir les rebelles avec d'autres troupes entraînées dans le mouvement de révolte. Les postes du haut n'étaient pas en état de résister à leurs assauts. Le commissaire général Hanolet qui se trouvait à Nouvelle-Anvers, réquisitionna les garnisons d'aval, qui furent dirigées d'urgence vers les Falls. Lorsqu'on y apprit que les révoltés au lieu de se diriger vers celte station, avaient pris la direction du Manyema, ce fut un immense soulagement. La nouvelle de l'occupation de Redjaf, le 18 février 1897, par la colonne Chaltin, ne fut, en la circonstance qu'une maigre fiche de consolation. Qu'était-ce que la prise de possession de ce village, en présence de l'écroulement des châteaux en Espagne bâlis sur la réussite de l'expédition Dhanis ?
Les missions franco-abyssinnes, sans parlager le sort fatal de celle-ci, n'aboutirent pas davantage. M. Lagarde avait, il est vrai, signé, le 20 mars 1897, un traité d'alliance avec Ménélik, qui
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écrivait: «J'ai donné le pouvoir à M. de Boncliamps de planter notre drapeau éthiopien et de soumettre les habitants, depuis le Baro, dans tout le paj's qui s'étend jusquau Nil blanc». En conséquence, le chargé d'affaires de la France à la cour (rAddis-Abel)a avait transmis les instructions suivantes au chef de l'expédition: «Il y aurait lieu d'établir sur la rive droite du Nil une forteresse éthiopienne qu'une partie de la mission Clochette pourrait provisoirement garder, tandis que vous édifierez une forteresse française sur la rive gauche, en assurant entre les deux les communications... Si MM. Liotard et Marchand atteignent la rive gauche du Nil pendant cette bonne saison, vous ferez votre jonction avec eux».
Les pires désillusions attendaient le marquis de Bonchamps. Après avoir rallié, à Goré, la colonne du capitaine Clochette mourant, il descendit des hauts plateaux éthiopiens dans les plaines de la vallée du Sobat, affluent du Nil. Mais il ne put dépasser le village de Nasser. Devant le manque de moyens de transport et de ravitail-: lement, devant la mort qui décimait sa troupe, il fut obligé de battre en retraite, le 30 septembre 1897, sans même avoir vu le Nil, jalonnant sa route des cadavres de plus de la moitié de son
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effectif. Cinq mois plus tard, le 10 mars 1898, une colonne abyssinienne forte de huit cents guerriers du dedjaz Tessama accompagnée de deux français et d'un colonel russe, réussit à toucher la rive droite du fleuve, au confluent du Sobat. Mais, elle aussi, dut fuir ces j)arages inhospitaliers, après y avoir planté les drapeaux alliés, laissant pour les garder les cadavres de quatre cents éthiopiens.
Seul, dans le sud, au pays des rivières, plein de confiance, d'ardeur et d'espérance, s'avançait le commandant Marchand. Il avait quitté, le Stanley-Pool, après avoir eu, le 15 janvier, une entrevue avec le gouverneur-général Waliis, de retour de Stanleyville et qui lui avait accordé l'un des steamers de l'Etat pour le transport de sa troupe. Au mois de juillet 1898, il réussit à gagner le Nii et, le 10 du même mois, arriva à Fashoda.
Mais deux mois plus tard, le 19 septembre, cinq steamers battant pavillon anglais furent signalés en aval. C'était le sirdar Kitchener. Il venait de mettre à néant la puissance mahdiste et de venger Gordon, devant les ruines de l'ancien Khartum, dans la sanglante bataille d'Omdiirman (2 septembre) . La sensationnelle rencontre du généralissime des forces anglo-égyptiennes et
do l'olficicr français est, en Afrique le dernier aclc de l'aventure coloniale engagée trois ans auparavant et dont la solution faillit un instant compromettre la paix du monde.
L'accord réglant la cpicstion du Soudan fut signé, à Londres, le 21 mars 1899. La Grande- Bretagne avait fait respecter dans la vallée du Nil et dans le bassin du Bahr-el-(iazal les droits du khédive , dont le souverain du Congo avait cru pouvoir faire fi, mais sur lesquels s'était a])puyé également M. Hanotaux. Ils reprirent toute leur force. Le gouvernement anglais notifia le fait, le Lô mai- 1899, à l'Etat du Congo et le colonel Sparkes, avec trois canonnières et cinq cents soldats, réoccupa les anciens postes du Btdir-el-Gazal. Le drapeau congolais ne <lemeura hissé que sur ceux de l'enclave de Lado où le commandant Hanolet remplaça le capitaine Chaltin.
.vinsi a pris fin l'histoire des tentatives d'expansion faites, pendant vingt ans, dans le bassin du Nil par le souverain de l'Etat du Congo, au l)rix d'efforts surhumains et de dépenses énormes, en hommes et en capitaux.