LE CAUCHEMAR DE L'ENCLAVE
Lcopold II a toujours eu trop d'amour-propre l)our abandonner aucun des projets que son imagination audacieuse lui faisait enfanter. Même (liuiiul il dut renoncer à pousser jusqu'à Kharluni. il continua à rêver une mainmise sur la région du Soudan qui lui avait été donnée à bail.
Dès que l'accord franco-anglais du 21 mars 189Î) fut connu, le roi-souverain estima que la convention franco-congolaise du 14 août 1891 éinil devenue caduque et comme elle avait été établie en dehors de toute intervention anglaise, il prétendit, en outre, que la convention anglocongolaise du 12 nuii 1891 avait repris toute sa force. Kl il agit en conséquence. Déjà des dispositions secrètes avaient été prises pour entre- ])reiulre la mise en valeur commerciale du pays.
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Deux sociétés à dénominalion anglaise : V Anglo- Dclgian Africct Coin/Hini/ linr'icd et la Br'lish Tropicid Africd Compani/ Um'ted avaient été constituées, à Londres. Le roi-souverain leur avait accordé, a loutes deux, d'importantes concessions pour la récolte du caoutchouc dans le Bahr-el- (■azaî. L'accord franco-anglais signé, elles se niirenl en devoir d'agir par la voie du nord et sollicilèrcnt du Foreign Office des sauf-conduits l)our leurs agents. Ils leur furent refusés. Plus lard, d'autres agents, de nationalité anglaise, se présentèrent par la voie du sud. La route leur fut barrée.
La même année, le roi formait un nouveau cl colossal projet : celui de rattacher le Nil au Congo, par un chemin de fer long de plus de 1,200 kilomètres. L'ingénieur Adam fjuitta Anvers, en janvier 1899, et s'en fut étudier ( t lever, à travers la grande forêt, par la vallée de l'Aru- Nvimi, le tracé d'une ligne Stanleyville-lac Albert. Tandis qu'il y travaillait, un décret, daté du 1 janvier 1902, constituait une société sous le titre de « Compagnie des chemins de fer du Congo supérieur aux Grands Laes Africain:^)), ayant pour président M. le baron van Lelvelde. et pour administrateur délégué M. Lmpain. Peu-
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(lan'i la première période, le rôle de la société (levait se borner ii l'envoi des matériaux, l'Ftat se chargeant de la construction. Quatre millions d'hectares de terres domaniales lui étaient concédés et devaient être exploitées par FEtat pour compte commun, avec partage égal des bénéfices. Le travail de M. Adam achevé, à la fin de 1902, on s'aperçut qu'il y avait mieux à faire et les équipes d'études, abandonnant le tracé Stanleyvillc-lac Albert, se retournèrent vers les Stanley-Falls et Ponthierville.
.\ ce moment, dans le Bahr-cl-Gazal si cr'\; voité, le roi était surtout intéressé îi occuper les mines de cuivre d'Hofra-en-Nahas, situées aux confins du Darfour et que l'expédition Nilis et de la Khétulle avait touchées, en 1893. Léopoîd II y supposait un second Katanga. Mais tous ses efforts pour faire occuper les mines et Ic'Bahr-el-GazaI par des expéditions militaires, puis, après l'incident de Faslioda, par des sociétés commerciales, échouèrent. Le roi se rendit compte que l'objet de ses entreprises lui échap])ail. 11 changea dès lors de tactique et parut entrer dans les vues de Londres. L'Angleterre lui offrait, du reste, d'échanger de suite la possession précaire de l'enclave de Lado contre