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L'ENQUÊTE DU CONSUL CASEMENT

En même temps que le premier ministre exprimait avec modération son sentiment aux Communes en disant que l'Angleterre ne pouvait condamner un gouvernement ami sans avoir, au préalable, procédé à une enquête, il organisait celle-ci. Il en chargeait le consul anglais, à Boma, M. Robert Casement, ancien agent de l'Association internationale du Congo. Celui-ci se rendit sur les lieux. Parti de Matadi, le 5 juin 1903. il visila, d'abord, les districts de la Lulonga, dans la concession de lAbir, puis le bassin du lac Tumba, dans le domaine privé. Il rentra à Léopoldville, le 15 septembre. Son rapport parut au mois de décembre.

Il provoqua, en Angleterre, une explosion d'indignation contre l'administration congolaise, car

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il confirmait, en grande partie, les critiques produites au Parlement et dans la presse et cela à la suite d'une instruction poursuivie sur place, par une personnalité officielle bien connue et ('"une resj)ectal)i'.ilé indiscutée, qui articulait des faits précis, avec des indications de temps, de lieu et de circonstance.

A ce moment, l'opinion publique était cxtraordinairement surexcitée dans les deux pays. A Bruxelles et à Anvers, comme à Londres et à LiverpooK des ligues se formèrent pour la défense des intérêts respectifs. Le 28 juillet, s'était constituée, à Bruxelles, à Tinspiration de l'Ltat du Congo et sous la présidence de son gouverneur général Wahis, la Ligue pour la défense (les inlérêls belges à V étranger. Sa polémirfue fui lourde et maladroite, son action sans force. A Liveri)Ool, un groupe de philanthropes fonda l'année suivante, en février 1904, la Congo Reform Association, dont le succès fut considébîe. Parmi ses premiers adhérents figurent le pelil-fils de Wilberforce , l'apôtre de l'antiesclavagisme, le fils et la fille de Gladstone, le défenseur des peujiles o})primés. Elle eut pour ])remier président lord Beauchamp et pour secrétaire honoraire, M. Morel. Celui-ci était un i)o-

l'enquête du consul casement. 227

Icmiste redoutable, qui infusa aussitôt à IWssociatioii une vie intense et une ardeur combative qui électrisèrent ceux qui, chaque jour plus nombreux, luttaient contre le système administratif et commercia!l de l'Elat du C.ongo et réclamaient des réformes.

Aussi la question fut-elle bientôt réintrodiiile aux Communes. Sir Ch. Dilke, sir H. Samuel, lord Fitzmaurice renouvelèrent, le 9 juin 1904, en termes plus agressifs et en s'appuyant sur le rapport du Consul Casement, leurs protestations contre l'Etat Indépendant. Au nom du gouvernement, lord Percy, sous-secrctaire d'Etat, et sir Edward Grey, ministre des affaires étrangères, soutenus par les applaudissements de l'assemblée, déclarèreiil que riiulignalion causée au Parlement et dans le pays l n'i:r était la résultan'e d'une accumulation de faits et d'accusations terribles et (|ue le gouvernement allait se préoccuper de veiller à la protection des indigènes et de ses nationaux, au Congo . En nu'me temps, paraissait un Elue Book contenant des documents relatifs au conflit, parmi lesquels une proposition du marquis de Lansdowe, tendant à provoquer l'envoi au Congo, par l'Etat Indépendant lui-même, d'une commission d'enquête.

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Ainsi, la demande qu'un an auparavant M. Emile Vandervelde et les députés socialistes avaient adressée, en vain, au gouvernement belge, était cette fois présentée au gouvernement congolais, à l'intervention du chef du Foreign Office de l'ancien cabinet conservateur. La diplomatie de l'Etat Indépendant allait consentir à accorder à un gouvernement étranger ce qu'elle s'était obstinément refusé à concéder à des représentants du peuple belge.

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