‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 5 sur 110 · LE COMITE D ETIDES DV HAUT CONGO. -TO · texte numérisé non relu

LE COMITE D ETIDES DV HAUT CONGO. -TO

de faire souscrire leurs amis comme fondateurs de la nouvelle société. Cette société sera constitutée comme « Société internationale des chemins de fer en Afrique ». Le siège de la société sera, à Bruxelles, et la présidence en sera offerte à Sa Majesté le roi des Belges Les soussignés s'engagent à faire partie de l'administration de la nouvelle société pour autant que les fondateurs le désireront.

« La souscription pour l'étude est faite à fonds perdus. Cependant, il est entendu que, si la Société des chemins de fer est constituée, ils recevront en actions le montant de la somme déjà versée. Dès que la Société du chemin de fer sera constituée, les fondateurs arrêteront les bases d'une société de commerce à ériger pour le haut Congo pour procéder à l'exécution de ces bases aussitôt qu'on pourra avoir la certitude de la réussite du chemin de fer. Les fondateurs de la Société de chemin de fer n'auront pas seulement le droit de participer à la Société de commerce à former, mais ils se réservent le droit de la former entièrement entre eux, sauf les participations que Sa Majesté voudrait offrir à d'autres personnes. La nouvelle société de commerce portera le nom de « Société internationale » ; elle sera également placée sous les auspices de Sa Majesté le roi ; elle aura son siège, à Bruxelles, et ses succursales dans un ou plusieurs ports à fixer ultérieurement.

« (( L'Afrikansche Handelvereeniging » promet outre sa souscription présente et future à la commission

d'étude, toute assistance possible et se met entièrement à la disposition de la commission et de sou Président Royal. Par contre, les autres souscripteurs s'engagent à ce que dans les statuts de la nouvelle société de com merce, il soit stipulé que le ressort de la nouvelle société ne s'étendra pas au Congo au-dessous des chutes de Yellala.

Au mois d'aoïùl suivant, Slanley cul, à Paris, une seconde entrevue avec les délégués du roi, à la suite de laquelle il adhéra, en principe, au projet qui lui était soumis. Quelques temps après il arrivait, à Bruxelles, et s'engageait définitivement à prendre, en Afrique, la direction des opérations du Syndicat.

La région où Stanley avait débouché, après avoir réalisé la traversée mémorable de l'Afrique mystérieuse, était comme délaissée par les puissances européennes. Au nord, à l'estuaire du Gabon, la France avait planté som pavillon depuis 1842, mais son activité coloniale y était nulle. Au sud, le Portugal était établi depuis plusieurs siècle dans l'Angola, dont St-Paul de Loanda était le port principal. Quant cala région de l'embouchure même du Congo, elle n'était .sous la domination effective d'aucune puissance européenne. Depuis l'organisation et la mise en valeur des colonies

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d'Amérique, elle avait été transformée en un véritable parc de chasse à l'homme. Enccre au débul du XIX^ siècle, en 181 G, quand le capitaine anglais Tuckej^ pénétra dans le fleuve pour essayer d'en remonter le cours, il n'y trouva établis que des négriers. Le commerce régulier n'y apparut que quarante-deux ans plus tard, par l'établissement d'une maison française et d'une maison hollandaise. ^ Lorsque Stanley atteignit Boma, en 1877, il y trouva six factoreries dirigées par seize européens, anglais, portugais, hollandais et un belge, M. Alexandre Delcommune, alors agent de la maison française, Daumas-Béraud.

C'est dans ces mornes parages que Stanley accepta la mission d'aller d'abord établir en un endroit favorable, une base d'opération pour son Comité. Il devait, ensuite, s'enquérir des moyens pratiques de gagner les districts du centre, à Iravers la région des cataractes, nouer des rela- Uons d'amitié avec les tribus commerçantes des rives, établir parmi elles des établissements ; entin, il devait étudier la possibilité de relier, par une voie ferrée, le bas Congo au haut fleuve navigable. C'était l'idée première du chemin tle fer de Matadi à Léopoldville qui, vingt ans i)lus lard, devait être inauguré. Ce but commercial ne tarda

pas à être double d'un but politique : il s'agissait d'obtenir des petits potentats nègres des droits à l'occupation de leur paj's afin de pré- I)arer l'édification d'une œuvre qui devait, si elle se réalisait et se développait, transformer le bassin du Congo, hier encore inconnu, en une dépendance de l'Europe. En un mot, il fallail conquérir le grand fleuve et planter sur ses rives, non le drapeau belge, — car le gomvernement belge n'avait pas été consulté et ne songeait, du reste, pas à s'engager dans la politique coloiniale — mais le drapeau international bleu à étoile d'or de l'Association africaine que l'entreprise privée belge adopta.

Dans les instructions domnées au chef de l'expédition, on voit, en germe, l'idée de l'institution politique nouvelle à créer : constituer sur les rives du Congo, non encore réservées à l'influence de l'une ou de l'autre puissance euroipécnne, une sorte de coinfédération nègre, une réi)ublique de noirs libres sous la présidence d'un chef nommé par le roi et qui résiderait en Europe». Et les instructions ajoaitaient : «Une confédération ainsi formée pourrait, de sa pleine autorité, accorder des co^ncessions à des sociétés pour la constructicn des travaux d'utilité publique, ou

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cnieltre des ompruiils et exécuter elle-même des Iraviiux i)ublics>>. Le foiulaleiir du Syudical visait doue déjà formellemeul la foiulalioii d'uu Klai el il expriuiait, daus ce but, à son fondé de i)ouvoir au Cougo, des idées praliques. Mais il làlouuail encore ; il cherchait sa l'onnule. Son entreprise «ne tendait pas à la création d'une colonie belge», faisait-il savoir, mais à l'organisation d'un Etat nègre».

Déjà, comme om le voit, il s'écarte des déclarations faites à la séance d'oiuverture de la Conférence géographique de Bruxelles. Des vues noaivelles se manifestent, puisque le fondateur du Syndicat se réserve le droit de nommer le j)résident de la future république congoilaise, lequel résiderait en Europe. Mais il est entendu que cet organisme poilitique ne sera pas dépendant de la Belgique: il sera indépendant. L'Etat du Congo s'annonce.

Pour les premiers capitaux nécessaires à la mise sur pied de cette entreprise, le roi réclama le concours patriotique- de quelques hommes d'affaires : MM. Léon Lambert, Georges Brugmann, Delloye-Mathieu, Bischoiffsheim, Quairier, Goffin, Lemmé, s'empressèrent de répondre à som appel et, avec Sa Majesté, souscrivirent des parts d'une

associatio'ii au modeste capital d'un million de francs, qui fut dénommé : Comité cF études du haut Congo. Après la signature du contrat, qui eut lieu le 25 novembre 1878, l'assemblée décerna au roi la présidence d'honneur et conféra le titre de membres d'honneur aux trois vice-présidents du comité belge de l'Association, MM. Beernaert, baron d'Anethan et Dotiez. Quelques semaines après, le colonel Strauch prenait la présidence et la direction de l'organisme nouveau, secondé par le lieutenant Thj's, attaché depuis un an au secrétariat de l'Association.

Dès lors, l'entreprise fut menée avec la plus fiévreuse activité et dans le plus grand secret. C'est à peine si, dans les journaux belges de réi)oque, on trouve trace, par quelques vagues allusions, à l'entreprise lointaine qui s'élaborait et à laquelle Stanley était mêlé. Cependant, on recrutait des agents, on achetait du matériel et des provisioos, on commandait de petits steamers démontables, on affrétait, à Anvers, un bâtiment, le Barga, en vue du transport de ce personnel et de ce matériel, à la bouche du fleuve africain. Au mois de février 1879, Stanley, à bord deV Albion, quittait en secret l'Angleterre pour Zanzibar, où il allait recruter des travailleurs et des .soldats par-

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mi ses anciens com,pagnoins de voyage. Au retour, au lieu de eoutourner l'Africfuc par le Sud, il repassait par la Méditerranée e( recevait à (lihraltar, des mains du colonel Straucli, le plan définitif des opératioins et ses dernières instructions. Le Barga aussi avait pris la mer, ayant cà son bord treize agents, dont quatre Beiges. Le 14 mai il jetait l'ancre dans le port de Banana. Stanley y arrivait le 14 août. Les steamers avaient été remontés : une petite flottille de cinq bateaux à vapeur attendait le commandant de l'entreprise ; c'étaient deux steamers à hélice, la Belgique et VEspérance ; une barque à liélice, la Jeune Africaine ; deux embarcations, VEn Avant et le Royal ; plus deux allèges en acier. Le persomnel noir co'mptait 68 Zanzibarites, amenés, par le chef de Texpédition et 72 Cabindas engagés par la maison hollandais^e.

Le 21 août 1879, l'expédition s'engagea dans le fleuve. Aucun de ceux qui y participaient ne se doutait qu'il coopérait à la fondation il'un empire. Stanley seul savait, mais ne parlait jamais qne du but humanitaire et scientifique de l'expédition. Il fallut plusieurs années avant (pie le but réel, le but politique fut entrevu. En Belgique, le gouvernement feignit de l'ignorer. Il y fut,

sinon hoslile, toiil au moins très indifférent, en dépit des efforts faits pour l'intéresser à l'entreprise el lui en démontrer l'avenir. M. Frère-Orban ne se laissa pas convaincre et l'opinion publique ignorante des projets, plutôt inquiétée par son côté mystérieux et cachotier, s'en désintéressa.

C'est dans ces conditions plutôt mauvaises, avec une poignée d'hoimnies et des ressources insuffisantes, en face des plus redoutables obstacles naturels, que fut entreprise la conciuête. Il n'y avait que deux ans que l'idée en avait été émise par Banning, acceptée et patronée par le roi. Evidemment, si l'on avait dû supposer que ce «Comité d'études» allait finalement mettre en coupes réglées et faire exploiter par le travail forcé des natifs et à scn ])rofit exclusif, les forêts à caoutchoaic du haut Congo, l'entreprise eut avorté sur l'heure. Mais de semblables idées n'étaient alors dans l'esprit de personne. L'œuvre ne s'appuyait que sur les bases les plus solides les plus morales et les plus avouables. Les idées les plus humanitaires préoccupaient, avant tout, ses dirigeants. Le côté poilitique n'était considéré que comme une des nécessités du côté civilisateur et le commerce était tenu^ à juste titre.

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])c ur le meilleur et le plus rapide véhicule po^ur entraîner les popiilatioins indigènes vers le travail, un état social supérieur et, finalement, la libération. Car aussitôt cjue l'occupation européenne serait devenue efficace et permanente^ les routes par -lesquelles oipéraient encore les négriers seraient obstruées, gardées, fermées et l'odieux trafic de l'homme, traqué de toaite part, serait étouffé à ses sources.

Tandis qu'en Afrique, Stanley dressait ses batteries, Banning, en des livres et des articles chaleureux, ne cessait d'adresser à ses concitoyens d'émouvants appels, leur rappelant le programme si admirablement développé par le roi, à la Conférence géographique de 1876.

Les Belges n'allaient pas tarder à répondre aux sollicitations qui leur était ainsi adressées, en faveur de la rédemption d'un continent oublié et d'une race maudite depuis des siècles. On leur a parfois reproché, surtout en Belgique, de n'avoir pas répondu avec plus d'élan et de clairvoyance à l'appel de leur roi. Ce reproche n'est ni juste, ni raisonnable. Les débuts de l'entreprise congolaise ont été pendant longtemps tenus dans un profond mystère.

Dès lors, comment les Belges se seraient-ils

passionnés pour une entreprise lointaine, vaguement définie et dont on s'efforçait de leur cacher les mobiles et les progrès ? La vérité est que l'assaut héroïque qui, de 1880 à 1891, fut donné par une poignée d'entre eux à l'Afrique barbare, marquera dans l'histoire de la découverte de la terre et constituera, sans aucun doute, une des plus nobles pages des annales de la nation.

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