‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 53 sur 110 · RUBBER SYSTEM · texte numérisé non relu

RUBBER SYSTEM

civilisatrice. «Il n'est pire despotisme, a dit un j(Mir Hanning, que celui qui revêt les apparences tie ia liberté».

La mise en pratique d'un tel système fut aggravée par la promesse de commissions aux agents blancs qui récolteraient le plus d'ivoire et de caoutchouc, qui recruteraient le plus de «libérés » .

Le plus ancien document connu qui s'y rapporte est la circulaire du 29 octobre 1891 : elle date du lendemain de l'arrivée, à Bonia, du décret secret ; le gouvernement local mettait cent mille francs à la disposition des commissaires (les districts du centre. Les instructions du 31 décembre 1892 précisent les tarifs. A titre de <i frais de perception drs tributs et impôts à payer e;i nature par les chefs indigènes», il était accordé des primes, à réi)ar[ir, par moitié entre le commissaire de district et le chef du poste où le j)j'oduits avait été acheté.

Les chiffres n'ont jamais été publiés. Les voici :

Ivoire revenant à 14 fr. le kilo, 0,15 fr. de piime

— 13 fr. — 0,30 fr. —

— 12 fr. — 0,45 fr. —

— 11 fr. — 0,60 fr. —

— 10 fr. — 0,75 fr. —

Ivoire revenant à

9fr.

0,90 fr. de prime

8 fr.

1 ,05 fr. —

1,20 fr. —

6fr.

1,35 fr. —

5 fr.

1,50 fr. —

4fr.

1,65 fr. —

— 3 fr.etmoins 1,80 fr. —

Caoutchouc de 0,70 à 0,80 fr. le kilo 0 04 fr. de prime

— 0,60 à 0,70 fr. — 0,06 fr. —

— 0,50 à 0,60 fr. — 0,08 fr. —

— 0,40 à 0,50 fr. — 0,10 fr. —

— 0,30 à 0,40 fr. etnioins0,12 1/2 —

— à 0,30 et moins le kilo 0,15 fr. — Gomme Copal. Pour la récoltée, il était accordé 0,15,

0,10 ou 0,05 fr. de prime par kilo récolté. Quant aux « libérés » la prime variait entre 75 et 120 francs par homme.

Le régime dit «des poiiils > suivit celui des j3i"imes : il fut inauguré, en 1895. Les points disparurent, à leur tour, pour être remplacés (circulaire du 31 décembre 1896) par des allocations de retraite aux agents qui se seraient le plus distingués.

Quelle résistance pouvaient opposer les indigènes désarmés aux appétits ainsi allumés, loin de tout contrôle ? Mal rétribués, consignés dans leurs villages, astreints à des corvées épui-

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sanles, ils mcnaicnl clans la forêt sauvage, sans abri et sans famille, une existence misérable, un long martyre, et s'ils réclamaient, ils étaient terrorisés par les sentinelles noires ; s'ils se révoltaient, ils étaient Frappés dans leurs biens, dans leurs femmes, dans leurs enlanls ; ils subissaient d'affreuses captivités. S'ils fuyaient, ils étaient poursuivis, traqués, repris par des expéditions répressives qu'on aurait cru organisées plu lot contre les rebelles et des ennemis, que contre les véritables propriétaires du sol, qui prolestaient seulement parce qu'on leur réclamait un travail au dessus de leurs forces, en vue de l'accaparement des biens de leur propre domaine ! La destruction progressive de la population par ce régime d'exploitation à outrance fut rapide. «Pauvres gens ! s'exclame le père Vcrmeersch, comme ils sont dignes de pitié ! >

Par contre, au point de vue du développement de ce que l'organe officiel de l'Etat appelait le «Mouvement commerciail », le «rubber System» eut les conséquences les plus avantageuses.

Voici, pour les huit premières années de ce siècle, les chiffres de l'exportation du caoutchouc coPsgolais :

24f-) L'ENQUÊTE.

Année 1901 0,022,733 kilog. 45,183,107 francs.

Lu i)rotliicLioii, pnrlic de qualre-vingl deux tonnes, en 1891, année du décret secret, atteignit, pendant les années du plus grand rendement, en 1901 et 1903, le chiffre énorme de six mille tonnes par an.

Le «rubber syslem » restera pour l'I^tat du Congo une tare ineffaçable. Du jour de ra})plication du décret secret de 1891 au lendemain des divulgations de la commission d'enquête, c'està-dire pendant treize ans, il a transformé quelques-uns des districts à caoutchouc en un véritable enfer. Il a engendré la plupart des crimes qui s'y sont commis et dont on ne connaîtra Jamais le nombre et la gravité. Ce qui le rend particulièrement odieux, c'est qu'il fonctionnait sous le couvert de l'humanité ; c'est aussi que les énormes profils que ses détestables pratiques procurèrent, avaient, notamment, pour but l'ali-

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menlalion du budget des dépenses de la 'Fondalion de la Couronne >\ véritable débauche de travaux de tous genres, entrepris en vue du développeiueul et de rembellissenient des résidences rovales.

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