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LE RAPPORT DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE

Enfin au début du mois de novembre 1905, parut !e rapport de la commission d'enquête.

MM. Jansscns, président, Nisco et Schumacher, mejnbrcs. Denyn et (Irégoire, secrétaires, étaient arrivés, à Borna, le 5 octobre 1904. Après un séjour de dix-huit jours dans la capitale de l'Etat, ils prirent le train de Matadi pour Léo pold ville. La mission séjourna six jours au Pool, puis s'embarqua pour le haut fleuve. Elle visita un district du Domaine de la Couronne, celui du lac Tumba, les stations d'Equateurville et de Coquilhat. Quittant les bords du fleuve, à Lulonga. elle pénétra dans la concession de l'Abir. Stanley ville fut le point terminus de son vo^'age.

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Le 20 février, elle était de retour, à Borna, et, le 13 mars, à Anvers.

Elle avait interrogé des agents de l'Etat, des missionnaires, des factoriens et des chefs indigènes et recueilli de nombreux témoignages. Parmi les dépositions les plus accablantes pour l'Etal furent celles des missionnaires anglais, aniéricaius et suédois, notauiment celles des Rév. Grenfell, Scrivencr, llarris, Stannard, Padfield, Weeks. Leurs déposilions ne sont pas annexées au rapport imprimé, mais elles ont été publiées par les soins de M. Ed. Morel, en Angleterre, de M. Pierre Mille, en Erance.

Près de huit mois s'étaient écoulés depuis son retour. On savait que ses travaux avaient été conduils suivant des principes irréprochables, que ses investigations avaient été aussi complètes que le permettaient le temps et les moyens dont elle avait disposé. Cependant, on ignorait quel pouvait être son sentiment, dans quel plateau de la balance elle allait jjcter le poids de son autorilé, si elle conclurait au maintien du système ou à sa réforme. Au surplus, rien, ni dans l'attitude, ni dans les actes de FEtat ne laissait espérer qu'il allait modifier l'orientation de sa politique. Le rapport fut signé le 30 octobre et inséré

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(iiu'l(|iu's jours ai)rès an linUctin oj/icicl. Il y avjiil ciiui à six mois (juc M. Jansseiis, !e présitlenl (II' la (loinniissioii. y ti-availlail. Il n'csl pas douleux que si. au lieu dun raj^porl. l lionorahlc avocat général avait pu prononcer un réquisitoire, il y aurait mis de temps. Il produisit une sensation considéraljle. Ce fui. on quelque sorte, une brusque décantation de tous les plaidoyers pour le régime congolais, qui avaient faussé l'opinion.

Il était de règle, sous lancien régime, de ne traiter des institutions congolaises qu'avec la plus diplomatique prudence, les ménagements les plus délicats. Lorsqu'on avait à émettre quelque timide critique, on F entourait de force salutations et compliments. On commençait toujours par «rendre hommage » à la grandeur de l'œuvre, au caractère de ses artisans, aux extraordinaires résultats obtenus, etc. La Commission d'enquête ne pouvait rompre avec un usage aussi enraciné. Elle devait, elle aussi, rendre hommage. Elle déclara donc, dans les premières lignes de son rapport, que le sentiment qu'elle éprouvait «tenait de l'énierveillement » ; mais elle ajoutait avec finesse « que ce spectacle impressionnant ne lui avait pas fait oublier T objet spécial de sa mis-

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sion>. On le vit bien aux pages suivanlcs. Se limitant strictement aux intérêts des populations indigènes, le rapport mit à nu les vices du régime des impositions en travail et en nature ; \c caractère excessif de certaines exigences ; les conséquences de l'emploi abusif des expéditions militaires ; le fait que des sociétés concessionnaires percevaient Fimpôt en travail ou en nature, en recourant, elles aussi, à la contrainte ; la situation malheureuse des enfants dits «recueillis» ; le fait que beaucoup de travailleurs étaient «engagés» contre leur gré; les inconvénients d'une trop grande centralisation judiciaire, etc.

Le rapport était une œuvre sincère et courageuse. Il apportait à tous ceux qui avaient combattu le < rubber System » le concours d'un témoignage de premier ordre. Il consitituait un tableau d'ensemble montrant qu'aucune partie de Tédifice congolais n'était sans lézarde, et donnait le sentiment que, seule, une rénovation complète pouvait sauver la grande entreprise coloniale.

En môme temps qu'était publié le rapport, on apprenait que l'Etat n'allait pas immédiatement obéir aux suggestions des magistrats enquêteurs. Bien que sa procédure législative n'eût jamais

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connu de lenteur, il entendait, lorsqu'il s'agissait de réformes, n'agir qu'avec infiniment de discrétion et de mesure. Un décret du roi-souverain institua donc une commission de quatorze mem- ])rcs, dite : Commission d'examen ». chargée d'étudier les conclusions du rapport, de formuler des propositions et de rechercher les moyens pratiques de les réaliser. Composée de fonctionnaires, de collaborateurs et d'admirateurs de l'Etat, elle était présidée par M. van Maldeghem, j)résident de chambre à la com' de cassation.

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