‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 68 sur 110 · LA CONSTRUCTION DES VOIES FERRÉES · texte numérisé non relu

LA CONSTRUCTION DES VOIES FERRÉES

Un décret daté également du o juin 1908, créait des obligations de la dette publique à concurrence d'un capital nominal de 150 millions de francs 4 p. c. Le produit en devait être affecte au développement des voies de communication. Le décret cite, en première ligne, le chemin de fer du bas Congo au Katanga, celui fie Lado à la frontière de l'Etat — c'est-à-dire de Tenclave — et le tronçon destiné à l'amorce du Transsaharien . Ainsi les rêves grandioses, les projets de travaux fantastiques continuent malgré lout à peser sur la direction des affaires de ll^tnl. Fùi dépit des désastres, des mésaventures, des (iésillusions. des froissements d amour -propre f[u il n "a cessé de |)rovo((uor. le pays des Pharaons continue à exercer sa fascination sur Léo-

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pold II. Un nouveau projet voit le jour: il s'agit d'amorcer au cours supérieur de i'Itiinbiri navigable un chemin de fer destiné à relier — en un siècJc lointain ! — le haut Congo à rAlgérie, à travers les solitudes et les dunes du Sahara ! Qui pouvait s'attendre à voir ressusciter au Congo ce ])rojet chimérique du Transsaliarien français, alors que tant d'œuvres, certes moins trompeuses, mais rationnelles, urgentes et indispensables, sollicitaient en vain et depuis si longtemps, l'attcnlion du gouvernement locid 1

L'idée de cette amorce du Transsaharien avait été annoncée déjà dans la dénomination copieuse d'une société fondée par décret du roi-souverain, le 14 mars 1903, sous la présidence de M. Edm. Farmentier, concessionnaire des terrains de l'avenue de Tervueren : ^ Société d'étude des chemins de fer du Stanley -Pool au Katanga et de i Itinibiri à VUele et à un point à déterminer sur la frontière françaises. L'existence de cette société d'études fut éphémère. La convention qu'elle avait obtenue de l'Etat contenait une clause gênante, qui fut cause de sa rapide dissolution. Elle n'a joué aucun rôle pendant sa courte existence de trois années. Mais son souvenir mérite d'être conservé, car elle offre un exemple frap-

pant de la fantaisie sans limite avec la,queii€ l'Etat appréciait les ressources de son système foncier. Dans la convention .qu'elle passa avec lui, il était dit : « aussi longtemps que le montant du capital... et que les terres attribuées à la société n'auront pas été délimitées..., l'Etat ne pourra aliéner... aucun de ses domaines non grevés d'engagements...» D'autres projets, la constitution d'autres sociétés, la concession d'autres monoi)oles vinrent bientôt compromettre l'avenir de la société. Un décret l'avait créée ; un ordre la fit disparaître. Bonne fille, elle se sacrifia patriotiquement, en assemblée générale, le 25 octobre

Le projet de mettre la région minière du Katanga en communication avec le Congo par une voie continue de communication était, lui, des plus sérieux. Mais avec qu'elle sévérité ne faut-il pas juger la lenteur qui, au début, fut apportée par l'Etat à l'exécution d'une telle entreprise, si nécessaire et si urgente, qu'on vantait toujours, sans jamais s'en occuper pratiquement. Déjà, en 1898, le colonel Thys, au nom de la «Compagnie du chemin de fer du Congo qui venait d'inaugurer sa ligne, avait offert de transporter sans retard, sur le haut fleuve, son corps d'in-

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gL'iiitnirs sous la direction de M. (loffiii, el ses équipes de travailleurs expérimentés disponibles, pour commencer immédiatement la construction, l'armement et la mise en exploitation rapide des tronçons de voies ferrées indispensables à l'ouverture des communications vers les districts extrêmes du territoires et à la mise en valeur de ceux-ci.

Si cette offre avait été acceptée, si au lieu d'étudier une ligne vers le Nil, les hauts plateaux de la région minière avaient été visés, ce n'est pas à Kongolo que seraient les locomotives, mais au Katanga même, dont le réseau, en partie construit et en exploitation, serait entre les mains des Belges. 11 y a donc un retard de cinq à six années cl le rail est anglais ! Mais le «Bureau de la presse* ne cessait de célébrer «l'admirable réseau congolais» — qui n'existait que sur le papier — et les lecteurs des journaux affiliés étaient remplis d'admiration et de légitime fierté, pour une si prodigieuse activité et tant de prévoyance.

Le monde colonial et politique comprit que les réformes décrétées n'étaient qu'un semblant de satisfaction donné à l'opinion publique ; que le rapport de la Commission d'enquête reclamait davantage ; que la Commission d'examen, malgré

le loyalisme bien connu de ses membres, avait vraisemblablement, elle aussi, demandé plus ; enfin, que la lettre royale et le codicille qui l'accompagnait allaient, par leurs prétentions, déchaîner de nouvelles colères, provoquer, tant en Belgique qu"à l'étranger, de nouvelles interpellations, finalement, faire déborder la coupe. S'il avait voulu aggraver l'état de la crise au lieu de la calmer, le roi-souverain n'aurait pas trouvé de meilleur moyen que la publication de rensenihlc des documents du 3 juin.

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