‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 74 sur 110 · LU · texte numérisé non relu

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Nous sommes à la veille de l'annexion.

Depuis de longues années, une idée absorl)e la l)ensée de Léopold II : trouver la combinaison qui (Uùl, légalement et pour toujours, mettre à l'abri l'immense forlnne qu'il a acquise et qu'il €nleiid consacrer, suivant des règles rigides et immuables, au lustre et à l'avenir de sa dynastie, au i)erpétuel embellissement des résidences royales et à quelques autres objets. La décision delà Chambre qui, le 14 décembre 1906, condamna le principe des fondations et amena la chute du ministre qui avait servi sa politique, inaugura pour lui une période de difficultés nouvelles et de luttes énervantes. Il ne se dissimula

^-6 l'annexioi<}.

\)as que l'heure de la dissoiuLioii de T union personnelle allait sonner, en dépit de tous les efforts qu'il faisait pour la retarder. Ce qui T irrita j)ar dessus tout, ce fut rimpuissance de ses ministres à faire admettre, par le Parlement, le principe de SCS «grandes fondations congolaises >' .

Léopold II avait sur les droits de ses filles des idées personnelles arrêtées. Il estimait quiine princesse royale n'a pas à invoquer conti'e les dérisions paternelles l'art. 913 du Code civil belge, qui interdit à tout père de plus, de deux enfants de consacrer à des libéralités plus d'un (piart de son avoir. Sans doute, le droit de succession est discutable (juaiid il s'agit de richesses considérables qui n'ont pas leur source dans un travail personnel. Mais la loi est là, la loi à laquelle le chef d'un pays doit, avant tous autres, respect et obéissance. Une exception consentie en faveur du premier magistrat d'un pays constilulioniie!, serait le premier pas dans la voie de l'asservissement. Déjà, en 1875, Léopold II avait cherché à combiner le moyen légal de disti'aire une partie de son patrimoine aux revendications éventuelles de ses ayants droit et essayé d'intéresser à cette question son cabinet, présidé par ,M. .Iules

LA t-ONDATION OK LA COURONNE. 327

Malou (1). Le minislrc do la justice d'alors, ]\I. (le LaiiLsheere père, esquissa, à sa demaude, un plan de palriuioiiie dynastique, à coiisLituer par des dons volontaires, en complète conformité avec les lois belges. Mais ce n'était pas cela que voulait le souverain, c'était un projet suivant ses idée personnelles, favorisant exclusivement la descendance mCûe de sa maison. Naturellement l'accord ne se fit pas.

D'autre part, il n'avait cessé, pendant tout son règne, d'èti'e hanté par des projets, toujours grandioses, d'enti'cprises de travaux pui)lics. 11 rêva pour ses multiples résidences des perspectives sans limites, des développements fastueux, des magnificences architecturales, des boulevards et des avenues. Sa soif de richesses naquit surtout de l'ardent désir de satisfaire ses caprices et ses fantaisies de constructeur glorieux. L'Etat du Congo et le succès financier de sa politique économique favorisèrent l'élaboration de l'instrument juridique in,dispensable à la réalisation de ses idées hardies et compliquées.

Comme nous l'avons déjà dit, il fut conçu à la fin de 1892 et, constatation curieuse, placé, dès

(1) La Fondation de la Couronne, son origine, son but, ses conséquences. Bruxelles, 1908, p. 10.

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ce moment, sous le vocable de Saxe-Cobourg-Go- Iha, qu'il abandoiiua un moment, pour y revenir quinze ans plus tard. Il fut successivement enrichi de biens de toute nature, non seulement par le souverain du Congo, mais également par le roi des Belges. Finalement, tous ces biens et valeurs «dénommés biens de la Couronne >. furent, le 23 décembre 1901, constitués en une fondation. Celle-ci devint la forteresse de la fortune royale. Elle fut organisée de façon à assurer, même après la mort de son bénéficiaire. Icxécution absolue et intégrale de ses volontés. Mais — et voici où gisait pour les combinaisons royales les difficultés et le danger — l'Etat du Congo était légué à la Belgique et le legs avait été fait sans condition. Au lendemain de l'annexion, le sort du trésor de la Fondation de la Couronne était donc livré au hasai'd des arrêts de la magistrature belge. Léopold II le comprit et n'hésita pas à modifier, pai' un codicille, le testament qu'il avait solennellement notifié au Parlement belge, en y introduisant, pour son légataire, iohligation de respecter la Fondation de la Couronne. Si la Belgique acceptait le legs dans ces conditions, elle assurait, du même coup, à lins-

liliilion royale, toutes les garanties (l'iiiviolatjililé et de pérennité désirées.

Mais le Parlement et les organes de l'opinion publique demeurés indépendants, soucieux de conserver à l'Etat belge sa souveraineté entière, tant en Europe que dans la future colonie africaine, protestèrent avec une telle force, que ceuxlà mêmes qui s'étaient montrés les plus dociles instruments de la royauté, finirent par se soumeltre et semblèrent même applaudir à l'accord lialriotique des partis», manifesté par le vote unanime du 14 décembre 1906.

Or, la nouvelle officielle de l'annexion prochaine, le refus de la Chambre de souscrire au nouveau testament royal et, finalement, son vote condamnant les fondations, remettaient tout en question, compromettaient gravement l'avenir de l'édifice financier, ainsi que les grands projets de travaux publics dans lesquels plus de cinquante millions étaient déjià engagés. Mais Léopold II, avec cette ténacité dont il avait déjà donné tant de preuves, ne désespérait pas du succès final de son plan. Avec une admirable confiance en lui-même, il concentra tous ses efforts sur la défense et le maintient de sa fondation et entreprit de la faire triompher auprès de

330 l'axnëxtox.

M. de Trooz, qui depuis le 2 mai 1907, avait succédé à M. de Smet de Naej'er, Etonnante victoire ! Sa diplomatie et son habilité furent telles ([uil réussit à faire accepter par son nouveau cabinet, des principes diamétralement opposés à ceux que la Chambre et les ministres eux-mêmes, avaient votés quatre mois auparavant.

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