LE PROJET A LA CIIAMBHE
glaise cl la publication d'un «Livre l)lan.C/ ap- ])ortèreiil, durant les vacances, des éléments nouveaux à la discussion, éléments qui provoquèrent de nouvelles controverses, firent naître de nouvelles hésitations. Nombreux étaient, en Belgique, les esprits sages, prévoyants et indépendants, qui loiit en élant favorables à Tannexion, estimaient (pie renlr;''e du pays dans la politi(pie coloniale élait un événement grave ; qu'il était imprudent de le caractériser par la perpétuation du régime des monopoles, en Afrique et par Tentreprise de Iravaux et de monuments de fantaisie, en Europe. Le cabinet ne pouvait ([ue partager ces scrupules. Deux de ses membres, MM. .SchoUaert et lUnkin, furent reçus en audience par le roi -souverain, qui au commencement du mois de juin 1!)08, villégialurait, à Wiesbaden. On s'altendait à une nouvelle déclaration gouvernementale. On cspérail que les ministres auraient obtenu quel- ([ues concessions nouvelles, notamment en ce qui concerne la garantie du contreseing ministériel poui- l'emploi des 4ô millions consacrés au fonds spécial des travaux somptuaires, garantie que réclamaient des annexionnistes notoires comme MM. Bcernaert et Hymans. Mais on apprit bienlôl qu'il n'était pas question de modification à
358 l'annexion.
apporter à l'Acte additioimel du traité. Celui-ci était à prendre ou à laisser.
Le débat recommença, le 18 juin et aussitôt il prit un caractère de gravité à la suite de la publication du Livre blanc, qui fit peser sur la discussion la question des concessions et des droits des indigènes. M. Van Marcke en fit ressortir toute l'importance — ce qui ramena à la tribune le chef du cabinet et le ministre de la justice, qui, par un nouvel exposé historique et économique, firent renaître quelque conviction dans les rangs de la majorité hésitante. Mais M. Neujean nia, comme il l'avait déjà fait, en 1885, que le pays eût intérêt à se lier au Congo. 11 prédit le déficit, dénonça les iravaux sompluaires et le fonds de 50 millions non astreint au contreseing ministériel et exprima le vœu que, si la reprise devait se faire, ce ne fût pas la Belgique qui fût annexée par le Congo.
La discussion des projets d'annexion fut close le 15 juillet. Commencée le 15 avril et interrompue par les élections, elle n'avait pas occupé moins de vingt-neuf séances. Rarement le Parlement vit se produire une discussion aussi approfondie et aussi digne. Rarement on entendit autant de discours intéressants, émanant d'hom-
LE PROJET A LA riTA^rRRE. 359
mes nyant conscicncieusemont éliulié In <]iiestioii qui leur était soumise. Deux jours plus lard, la Chambre aborda la discussion de la loi coloniale. Elle la retint jusqu'au 14 août. Le texte de la charle proposée par la Commission des XVII fut considérablement remanié, à la suite d'amendements présentés par le gouvernement ou dus à rinitiativc parlementaire. Sauf en ce qui concerne la garantie de la dette, le gouvernement fit généralement prévaloir ses vues. Ajoutons que pendant ces mois de travail laborieux et de fiévreuses polémiques, des coloniaux dévoués ont, on dehors de la Chambre, ardemment secondé les efforts cpii s'y sont manifestés, dans l'espoir d'obtenir des conditions moins lourdes, de réaliser une annexion plus digne. Belges avant tout, ils n'avaient pas à s'incliner complaisamment (levant les combinaisons et les convenances de l'Etat du Congo. C'est à leurs efforts qu'est due, en partie, la disparition de la Fondation de la Couronne qu'imposait le traité de cession de M. de Trooz.
LE Vote de l'annexion.
Le vote des trois projets de loi relatifs à Tannexion : le Traité de cession, l'Acte additionnel et la Charte coloniale, eut lieu, à la Chambre, le 20 août 1908.
L'annonce du vote a attiré au Palais de la Nation une assistance nombreuse. Les tribunes sont combles. Tous les ministres sont à leur banc. Cent quarante-sept députés, sur cent soixantesix que compte la Chambre, sont présents. Parmi les absents sont MM. Vandervelde et Tibbaut qui viennent de partir pour le Congo. M. Cooreman, qui préside, annonce qu'il va mettre successivement aux voix les trois projets de loi dont la discussion est close. M. Jules Destrée, au nom du groupe socialiste, déclare que celui-ci a fait tout ce qui était parlementairemcnt possible
pour cviler l'eiilrcc de la Belgique dans la politique coloniale. 11 a dénoncé les conditions inacceptables de la reprise. Comme toutes les minorités vaincues après un vaillant combat pour le droit, il ne lui reste plus qu'à en appeler à l'opinion publique et à l'avenir. M. Masson, au nom d'un certain nombre de députés libéraux, motive ensuite le vote abstentionniste qu'ils vont émet- Ire. Pai'tisans de l'annexion, ils ne peuvent néanmoins se résoudre à subir les conditions auxquelles on la subordonne. Les modifications introduites à la loi coloniale ne les atténuent pas. Le gouvernement a subi ce que, fort du sentiment i)ublic, il aurait pu et dû empêcher. J^iis, les appels nominaux commencent
Qu'il était loin le temps où des philanthropes et des explorateurs, délégués par sept pays, applaudissaient le noble désintéressement et les aspirations humanitaires du royal président de la Conférence géographique de Bruxelles ; où les plénipotentiaires de quatorze puissances saluaient de leurs vœux unanimes, l'entrée de l'Etat du Congo, dans le concert des nations civilisées I Il y avait quelque vingt ans que le roi des Belges avait sollicité des Chambres législatives l'auto-
3ô2 i.'axxkxion.
risa'iion de nouer avec l'Elal nouveau un lien ]iersonnel, sans qiie celte union i)ùl imposer à la Belgi(iue aucune charge : et que M. Beernaerl, aux ai)])Iau(lissemenls de la Chambre, donnait lecîure du testament royal léguant le Congo à la Belgique, sans condition aucune. Rien alors ne faisait prévoir qu'aux 25 millions prêtés, en 1890, et aux G millions prêtés, en 1895, \'iendraient s'a jouler le fonds sjjécial de 15 millions ])our Teml)ellisseinent des résitlences royales, le fonds spécial de 50 millions en témoignage de gratitude iiali(;nale, le dépôt spécial de 40 à 50 millions dans les portefeuilles de la fondation de Nicderfnli)ach, des Sociétés des Sites et de la Côte d'Azur, plus la volililisation d'autres vagues millions qui auraient pris le chemin de l'étranger... L'heure évoquait le souvenir des grands événements de la période héroïque des fastes du Congo : la marche en avant de l'expédition Stanley ; le transport de la flottille et son lancement sur le haut fleuve ; la révélation du réseau navigable ; la découverte du Kasai, de l'Ubangi, du Ruki, du Lomami, du haut Lualaba ; l'exploration du Katanga et la prospection de son bassin minier ; la fête patriotique de la Bourse ; la campagne arabe ; la construction et l'inauguration du che-
min de fer ; l'entrée dans l'histoire de cent peuples nouveaux...
La fondation de l'Etat du Congo dans les conditions où elle s'était réalisée, vingt-trois ans auparavant, avait été un événement historique assurément unique et original, mais sa disparition rapide et concertée, se présentait dans des conditions plus singulières et plus anormales encore. Elle n'était pas la conséquence d'une guerre, d'une insurrection, ni d'un partage, ni d'aucun choc violent. Comme sa naissance, sa fin était essentiellement pacifique, humanitaire et civilisatrice. Elle fut précédée de palabres, de manifestations meetinguistes et de discussions parlementaires; Contrairement à tous les jDrécédents, ce n'est pas la diplomatie qui raya cet Etat souverain du concert des nations ; ce fut moins encore la volonté de ses noirs habitants, qu'on ne jugea pas utile de consulter.
Un parlement étranger s'appuyant sur des droits qu'on lui contestait et cédant à un irrésistible mouvement d'opinion, prononça sans appel et traita, en dernier ressort, de son existence. Exécution sommaire, peu en harmonie avec les brillantes espérances et les éloquentes promesses