LES DERNIÈRES FONDATIONS DE LÉOPOLD II. — SA MORT
Pendant l'année 1909, qui devait être la dernière de sa vie, Léopold II, de plus en plus préoccupé 'de soustraire, sans autre retard, f>a fortune à l'empire des lois civiles belges et d'en dissimuler l'importance, ne cessa de compléter les dispositions qu'il avait déjà prises pour la mettre à l'abri des revendications de ses héritières. La « Fondation de la Couronne & décrétée, en 1901, celle de « Niederfulbach » qui la remplaça, en 1907, n'ont pas eu d'autre but. En 1909, il acheva de doter cette dernière et fortifia ses combinaisons financières par la création de deux organismes complémentaires.
La < Société immobilière de séjour et d'exploitation horticole de la Côte d'Azur» est une société
392 l'ère nouvelle.
civile constituée sous le régime de la loi française ; ses statuts n'ont pas été publiés. Le roi lui fit apport du vaste domaine qu'il possédait à la Côte d'Azur, formé de diverses propriétés acquises de 1904 à 1909 et sises aux caps Antibes et Ferrai, au col du Caire, à Saint-Jean, Passable et Villefranche, d'une valeur totale approximative de quatre millions de francs. La Société fut fondée, à Paris, le 10 février 1909, au capital de fr. 1.450.000 porté, le 24 juillet suivant, à fr. 2.480.000 ; 1,670 parts furent attribuées au roi, 3.290 au D"" Tliiriar, son médecin traitant, sous le nom duquel la majeure partie des propriétés avait été inscrites, avec contre -lettres. Un certain nombre de parts de la société furent attribuées à des tiers, notamment à la fondation de Niederfulbach, qui lui paie une rente annuelle de 100,00 francs.
L'apport des propriétés est fait sous réserve d'usufruit, comme fut consentie, en faveur de l'Etal belge, la donation des domaines d'Ardennes et de Ciergnon, en 1900, et la cession de divers immeubles spécifiés dans les annexes de l'acte additionnel au traité de reprise, en 1908 ; comme le sera encore celle d'objets variés, à la Fondation de Niederfulbach. Après la mort du fon-
Les dernières fondations de léopold ii. 393"
dateur, la jouissance en usufruit des propriélés de Ja Côte d'Azur était laissée à l'aîné des agnats de la ligne belge de la Maison de Saxe-Cobourg- Gotha, et la présidence de la société, dévolue à l'aîné des dits agnats.
Le second organisme fut constitué, à Bruxelles, le 27 novembre 1909, sous le titre de: Société foncière^ industrielle et commerciale ppur la conservation et r embellissement des sitesy>, au capital de fr. 12.400.000. Son but est des plus étendus et des plus variés: l'étude et la réalisation de toutes opérations industrielles ou commerciales relatives à la conservation des sites, l'embellissement et l'assainissement des villes, l'exécution de tous travaux publics et privés... l'organisation et l'exploitation de tous services publics, de tous hôtels, usines, habitations ouvrières ; l'exploitation d'iceux, etc ). 11 lui fut fait des apports également variés, 1° par le roi : meubles et objets d'art des palais de Bruxelles et de Laeken ; livres de sa bibliothèque et ce qui restait de sa galerie de tableaux, dont les plus belles œuvres anciennes avaient déjà été liquidées l'année précédente, par les soins d'un marchand pariisen ; 2° par le baron Auguste Goffinet : qua-
3P4 l'ère xot'velle.
rantc-deux imnunibies sUiiés à Bruxelles et Ixelles ; etc.
Désormais, les biens et valeurs du roi-souverain, à d'insignifiantes exceptions près, sont à Tabri. répartis entre l'Etat belge (dotation du 9 avril 1900) et trois organismes, allemand, français et belge. Toutes ses dispositions sont prises. Il peut attendre avec tranquillité les événements. Ils ne se feront pas attendre.
Agé de 74 ans et souffrant déjà du mal c{ui n'allait pas tarder à l'emporter, Léopold II continuait malgré tout à donner les preuves dune énergie indomptable, d'une inlassable activité, dune étonnante lucidité d'esprit, d'une admirable verdeur. Le jour même de la constitution de la «Société des Sites , il partait pour Balincourt. Ce devait être son dernier voyage. Rentré à Laeken trois jours après, il s'installa dans une villa dépendante du domaine et appelé le pavillon des Palmiers . Car par un étrange retour sur luimême, il semble que ce bâtisseur opiniâtre qui, à ce moment, commandait encore à plus de dix architectes, à une légion d'entrepreneurs et qui caressait l'exécution de plus de cinquante projets grandioses, ait choisi, pour y exhaler son dernier souffle, la solitude d'une pauvre cham-