‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 17 sur 96 · I.A BELGIQUE DEPUIS l83o · texte numérisé non relu

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s'obstiner aux mariages espagnols ; l'année suivante, il devait résister à ses conseils au moment où la délimitation des partis belges allait provoquer la première crise intérieure. Neutre au dehors, il serait en Belgique strictement parlenlentaire.

Le gfouvernement unioniste (1831-1842). — Le Congrès national à majorité catholique qui avait voté la Conslilulion du 7 février 1831 avait maintenu 1' u Union des Belges », condition même de l'indépendance. La Constitution, qui posait les principes de la souveraineté du peuple et de la liberté individuelle, confiait au roi le pouvoir exécutif (pratiqué par des ministres responsables) avec le droit de dissoudre la Chambre à condition d'en convoquer une nouvelle dans les deux mois ; le pouvoir législatif à deux assemblées : un Sénat de 100 membres Agés d'au moins quarante ans, inscrits au rôle des contributions directes pour une somme d'au moins 2.000 florins, élus pour 8 ans et renouvelables par moitié, et une Chambre de ISO représentants renouvelables aussi par moitié, élus pour 4 ans, parles Belges taxés à 20 florins au moins d'impositions directes. Elle proclamait enfin la liberté des cultes, de la presse, de renseignement, d'association. Les ministères appliquaient cette politique en dehors de tout esprit de parti. Le ministère Lebeau, de tendance libérale, mis à part (1840 , ceux de Mulenaëre, du général Goblet et de Theux, formés de catholiques et de libéraux, attentifs aux difficultés extérieures et aux crises financières qui atteignaient le jeune royaume (1839j, gouvernaient de manière à le pourvoir des organes essentiels à sa vie politique et économique. L'armée, que constituèrent Charles de Brouckère et le général Evain, dressa pour le cas d'une guerre tOO.OOO hommes recrutés comme en France par enrôlements volontaires et par recours à la conscription mitigée par le remplacement. La <( garde civique » bourgeoise reproduisait la garde nationale française. Les premiers- chemins de fer, construits grâce à Cockerill, de Liège (1834), se mettaient au service des industries et du commerce. A côté des Universités que l'État entretenait en Flandre (Gand et en Wallonie (Liège), deux autres se fondèrent en pays brabançon: l'une libérale à Bruxelles (1834), l'autre catholique à Louvain (1834). Partout se multipliaient les collèges d'enseignement moyen et les écoles primaires. En face d'une Europe absolutiste, hérissée de barrièreséconomiques, la Belgique offrait le spectacle de l'activité matérielle et intellectuelle dans la liberté profitable.

Formation des partis politiques (1842-1847).

— Le mi-

nislrre du Ijui'on Nothomb, qui l'cmplaru Lcbeau, pouvait passer pour un gouvernement mixte ; Nothomb lui-même se disait catholique libéral, disposé à suivre les sue^gestions de la majorité catholique. Or, avant 1830, l'Étal hollandais prétendait régenter l'cnseignemtMit public, et l'Église avait fait la révoiutioji pour la liberté d'enseignement. Comme il paraissait dilTicile (et coûteux) d'établir partout des écoles primaires, tes catholiques essayèrent de plier les écoles officielles à l'influence religieuse. Nothomb déclarait : « Pas d'enseignement primaire sans éducation morale et religieuse. » 11 obtint, presque à l'unanimilé, le vote de la loi du 23 septembre ISl'2, qui rendait obligatoire à l'école publique l'enseignement de la morale et de la religion, donnait au clergé chargé de cet enseignement la mission d'approuver et d'inspecter les livres, mais réservait la direction et la surveillance des écoles à l'État et à la commune. Loi de transaction, qui causa cependant la crise où devait disparaître (après le ministère Van de Weyer) ITuion de 4830 et, sur ses ruines, se former les deux j^rtis politiques essentiels.

Le parti catholique (qui occupa encore le ministère avec de Theux, 1846) n'était pas un parti réactionnaire. Ses chefs, lecteurs du Lamennais de 1830, adhéraient loyalement, non par simple manœuvre, aux principes d'une liberté politique réclamée comme un droit pour les individus et pour les associations, en dehors de tout contrôle de l'État.

Les libéraux allaient plus loin. Héritiers de la philosophie française du XVllL' siècle, qui avait pi-ofondément pénétré la noblesse et la bourgeoisie, ils réclamaient, contre la survivance des institutions d'ancien régime, l'égalité absolue, l'autonomie des provinces, et, au nom d'une sorte de rationalisme optimiste en lequel ils professaient une foi aveugle, le droit pour tout individu de se déployer, môme en dehors de l'Église, qu'ils considi-raieut comme une puissance temporelle. De là leur pixjgranHuc, élaboré au Congrès de Bruxelles de 1846, où S^O délégués de toutes les associations de gauche (y compris les démocrates et d'anciens orangistes) se groupèrent sous la présidence de Defacqz. fondateur en 1841 dé l'Alliance libérale et grand maître de la Franc-.Maconnerie belge. Il comportait à côté de l'abaissement du cens électoral, et d'une augmentation des meuibres du Parlement, des améliorations en faveur des classes ouvrières (pour satisfaire les démocrates), des mesures pour émanciper l'enseignement |)ublic de toute tutelle de l'Église et l'organisation de la neutralité pour arriver à la « laïcisation ». Idées d'iuie classe moyenne laborieuse et qui

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s'enrichit, assez indifférente aux problèmes philosophiques et qui, favorisée par le développement économique rapide, l'accroissement de la population urbaine et des centres industriels autour des houillères, en possession de capitaux et de valeurs mobilières multipliées, se contentait au total du succès matériel, récompense immédiate du travail.

Au prix d'une agitation quorganisèrent les sections de lAlliance jusque dans les plus petites communes, ce programme triompha lors des élections de 1847. Léopold I"' ne s'obstina pas ; rebelle aux conseils de Louis-Philii)pe, il ne consentit point à dissoudre l'Alliance libérale et il appela au ministère le chef parlementaire Charles Rogier (août 1847).

Désormais les deux partis alternèrent au pouvoir suivant leur fortune électorale, au cours de luttes qui opposaient non seulement deux méthodes de gouvernement, mais deux manières très différentes de comprendre la vie politique elle-même, sans compter les difficultés issues de profonds dissentiments religieux. Il semble presque qu'à chaque renouvellement de la Chambre ce soit l'existence de la Belgique qui soit remise en question. En fait, les libéraux ont occupé trois fois le ministère : d'août 1847 à mars 1855 (ministères Charles Rogier et de Brouckère, libéral très modéré); de novembre 1857 à juillet 1870 (ministère Rogier); de juin 1878 à juin 1884 (ministère Frère-Orban). Les catholiques l'ont également occupé trois fois : de mars 1855 à novembre 1857; de juillet 1870 à juin 1878 i ministères d'Anethan et Malou); enfin, depuis I88i ministères Malou, Beernaert, Vandenpeereboom, Smet de Nayer, de Troz, SchoUaert, de Broqueville).

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