‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 18 sur 96 · II. — Gouvernement du parti libéral · texte numérisé non relu

II. — Gouvernement du parti libéral

Le ministère Charles Rog-îer (1847-18Soj. — Sauf une interruption de deux années, les libéraux ont détenu le gouvernement jusqu'à 1870. Rogier se borna, dans un pays demeuré calme, en dépit de la Révolution parisienne de février et de la crise financière provoquée par elle, à faire passer dans la législation quelques-uns des principes libéraux. Tout en fournissant du travail aux ouvriers, il réalisa la réforme éleclorale du i2 mars 1848. Le cens électoral était abaissi- à 20 florins d'impôts directs (42 francs 32, chiffre prévu par la Conslitutioni, de manière à doubler le nombre des électeurs urbains qui, à Bruxelles, Mons, Liège, assuraient

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le trioini)lic du parti et constituaient de fortes minorités à Gand et à Anvers. Le même cens fut exigé pour les élections aux Conseils provinciaux et communaux; les fonctionnaires perdirent la faculté de siéger aux Chambres. Ces concessions, que les doclvinaires du parti trouvaient déjà troi) larges, facilitèrent la i-épression d'une échautTourée à la frontière, œuvre des républicains français, et maintinrent le pays en paix.

Appuyé sur une majorité de soixante voix dans les Chambres renouvelées, Hogieraborda ensuite la (juestion (le renseignement. Sans toucher à la loi de 1842 qui réglait l'enseignement i)rimaire, il organisa des jurys niixtes nommés par le gouvernement pour les examens des étudiants des Universités libres (loi de 1849). En 1850, une autre loi développa l'enseignement moyen; dans les collèges de l'Ktat, (lontelle augjnentaitle nombi'e, elle enlevait toutesurveillanc* au clei'gé. Les catholiques avaientcombattulaloi; ils enéludèrentles prescriptions. A la demande des parents, la municipalité catholique d'Anvers élabora un Règlement qui reconnaissait à la majorité le droit de faire donner au collège l'enseignement religieux de son choix, d'imposer les livres scolaires, de faire contrôler par l'Église l'enseignement et les professeurs. En fait, les évèques refusèrent des aumôniers à tout collège qui prétendait assurer un enseignement non catholique à la minorité de ses élèves (1858).

D'autres mesures réalisèrent des progrès incontestés : l'abaissement du tindjre des journaux et de la taxe des lettres, la création d'une Banque nationale (1848-1849). Certaines, comme l'essor imprimé aux travaux publics en 1848, et la construction de voies ferrées, exigeaient des ressources supplémentaires que Rogier demanda à de nouveaux impôts sur les successions (malgré l'opposition du Sénat), sur la bière et sur le tabac. Les élections partielles signifièrent le mécontentement du pays. Après Rogier, de Brouckère, libéral modéré, ne vécut deux ans qu'en accordant aux catholiques satisfaction sur deux points : il fit enregistrer par la Chambre même le Règlemenl cl' Anvers (1834) et voler une loi sur les offenses aux souverains étrangers. Elle permit d'cx])ulser les réfugiés politiques français et les proscrits de décembre.

Le ministère catholique Malou(i8î>ii-18i>7).— Désormais

les catholiques imprimèrent à leur i)olitique une allure très confessionnelle. Non seulement le ministère favorisa ses écoles et tint en surveillance exacte les cours des Universités, permit aux évèques d'en interdire parfois la fréquentation icomme à Gand), mais il entreprit de donner un statut aux établissements catholiques organisés

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pour l'enseignement ou l'assistance charitable. Auparavant, une loi seulepouvaitinvestir les fondations de la personnalité civile et soumettait leur gestion au contrôle des bureaux de bienfaisance. Le projet sur la liberté de la charité{i8^6) la fit attribuer par simple arrêté royal; il supprimait le contrôle de l'État sur la gestion des administrateurs, qui pourraient (comme dans le système anglais des Iriislees) se transmettre la fondation par héritage ou i)ar cooptation. Les libéraux le combattaient pour ne pas conférer une puissance légale aux nombreuses fondations du clergé régulier, et l'appelaient (' i)rojet de loi des couvents ». Pour peser sur l'esprit du roi et des dirigeants de la Chambre, ils recoururent à l'émeute. Leurs chefs, Bara et Fi-ère-Orban, menèrent l'agitation en vue des élections communales; ils enlevèrent bon nombre de municipalités. Il appartenait au roi d'interpréter ce vote: Léopold rappela Rogier qui s'assura, après dissolution de la Chambre, une majorité de trentedeux voix (70 contre 38).

Deuxième niînistère Rogier (18eî7-1870).— Non sans secousses, Rogier gouverna treize ans. En 1864, sa majorité tombait à 3 voix; il lui fallut dissoudrela Chambrepour retrouver ( 18fi6etl8(38) 73 voix décidées à l'appuyer. Son œuvre consista, dans une Kui'ope traversée par les guerres de nationalités, à se maintenir en dehors des querelles diplomatiques, à réaliser des réformes pratiques : réforme du Code pénal et du Code commercial, qui reconnaît aux ouvriers la liberté de coalition (1867); suppression des octrois (1860) et des péages sur les routes (1866); suppression de l'impôt du sel, que remplace une taxe sur les alcools de consommation (1870); réduction des tarifs des chemins de fer (1866) et de l'affranchissement postal (1868). Dans le même sens, Rogier abolit les droits d'entrée pour les produits industriels (1862), racheta, par entente avec l'Angleterre et les i)uissances, les péages de l'Escaut maritime qui paralysaient le commerce d'Anvers (1863). En décembre 1865, il assurait sans obstacle la transmission de la couronne de Léopold V" à son fils Léopold II.

Sur deux autres points, Rogier fut moins heureux. Délivré de l'alarme que lui avaient causée les projets d'achat du Luxembourg par Napoléon 111 (1867), il se vit interdire par la Prusse la vente à la Compagnie française de l'Est de ses propres chemins de fer, qui coûtaient beaucoup et rapportaient peu (avril 1869). Et comme le ministre réclamait une augmentation de l'armée pour défendre la neutralité belge contre toute entreprise extérieure, non seulement la Chambre la refusait, mais une fraction libérale préconisait

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(IJeriif anlimililaristc (IcHnixcIlcs, I8(i8) k> reiupliiccmeiit do l'arniéc penuaiHMile jtar un système «le milic-es. Ces (livisioiisallaieiU perdre les lihc^raux. La loi êleclnrnlc. rie 1810, qui donnait le vole aux « capacités )) dans les élections communales et provinciales, ne les sauva pas de la défaite.

Situai ion politique en lîîTO. — En 1870, la situation politique apparaissait fort nette : 1" Les diverses tendances, dont la coalition formait jiis((ue-là le parli libéral, s'affirmaient en luttes intérieures. Rogier et Frère-Orban représentaient un groupe doctrinaire qui acceptait la réforme électorale de tSTO, mais refusait d'aller plus loin. A vouloir aliaisser le cens électoral au-dessous de 20 florins, il deviendrait impossible (( de trouver des électeurs indépendants ». Le groupe des jeunes libéraux, progressistes et radicaux, voulait davantage. Son chef, Louis Defré, qui s'était fait élire à Bruxelles en 1858 contre un ministre libéral, traçait un programme très vaste : abaissement du cens à 15 francs pour parvenir liar étapes au suffrage universel ; abolition de la loi de 18i'"2 et du Règlement d'Anvers ; gratuité et obligation de l'instruction primaire; transformation de l'armée en milices; suppression des lois sur les injures aux souverains étrangers. L'Alliance libérale se disloqua ; le parti libéral perdit son armature.

2** En face, Vopposilion catholique redevenait efficace. Très unie autour des évoques, auxquels la curie romaine (dont ils dépendaient uniquement) envoyait le mot d'ordre par le nonce apostolique, elle conservait dans le pays (surtout en Flandre) une très forte organisation par ses comités de paroisses et par ses confréries, tous dirigés par des prêtres. En 18fii,elle avait failli ressaisir le pouvoir. Elle profita de la renaissance du « flamingisme » et de la langue parlée par les paysans flamands, à laquelle les romans d'Henri Conscience '18I2-188.S ; le Lion dea Flandres, le Tribun de Gand, la Guerre des Paijsans) semblaient conférer une valeur littéraire. Le parti demanda (au grand embarras du ministère) que les deux langues fussent admises à égalité dans les actes publics. Contre le monopole reconnu jusqu'alors au français, la Flandre engagea son honneur national. Le résultat ai)parut aux élections de 1870 ; la défection des deux villes flamandes (Anvers et Gand) jusque-là libérales, celles de villes wallones C.harleroi, Verviers) où les radicaux s'abstinrent, assura aux catholiques une majorité de 22 voix.

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