III. — Gouvernement du parti catholique
Sauf une interruption de six années, le parti catholique a, jusqu'au nrioment présent, conservé le pouvoir.
Le ministère d'Anethan (puis Malou) (1870-1878). —
Le ministère catholique se contenta de procurer au parti les satisfactions qu'il réclamait dans l'opposition. C'est ainsi qu'il reconnut au tlamand le caractère de langue officielle : le flamand pourrait servir aux actes administratifs et judiciaires dans les pays où il était parlé par la majorité. Dans le conllit électoral, il adopta la solution capable d'avantager les petits propriétaires des campagnes, en abaissant le cens à 20 francs pour les élections provinciales et à 10 francs pour les élections communales, mais sans adjonction des capacités. Ainsi s'assurait-il le succès aux élections provinciales et communales de 1872 qui ne laissèrent plus guère aux libéraux que les conseils des grandes villes.
Sur la question de V enseignement, il maintint exactement le Règlement d'Anvers et la loi de 1842. Certaines fractions du parti exigeaient davantage ; décidées à poursuivre le <( libéralisme » visé par le Syllabus, elles engagèrent la lutte contre les écoles laïques maintenues par d'Anethan, interdirent aux professeurs de s'affilier aux sociétés libérales, réclamèrent la suppression du mariage civil et le maintien aux curés de la propriété des cimetières. Encore le ministère, qui recherchait les mesures de transaction, se trouvaitil accusé de tiédeur dans quelques congrès catholiques.
Contre cette œuvre, les deux fractions libérales, doctrinaire et progressiste, se réconcilièrent sur une formule anticléricale. Le Convent libéral de 1870 avait arrêté un programme assez voisin des idées de Gambetta en 1869 : adjonction des capacités aux électeurs censitaires provinciaux, en attendant que l'extension de l'enseignement primaire réalisât au bénéfice de tous les adultes le suffrage universel ; sécularisation de l'enseignement ; abolition des exemptions militaires des ecclésiastiques. La Fédération des Associations libérales dirigea en même temps l'agitation dans la rue contre les cérémonies catholiques ainsi que la lutte électorale de 1876. Battue, elle obtint une enquête qui révéla des faits de fraude et de pression et contraignit le ministère à proposer une loi sur la sincérité du vote, imitée du « ballot )i anglais. Chaque
('•Icclt'iir r<'C(îv;ut du président du l)ur(';ui uu hullclin portant imprimées les listes de camiidals dans l'ordre étaldi par les partis ; dans la cabine d'isolement, il marquait sur le bulletin la liste ou les candidats de son choix (1877). Aux élections de 1878, les libéraux conquirent une majorité de dO voix.
Le iiiiiiistère libéral Frère-Orbaii (1878-1 88'i). - Député de Lièii^e, dignitaire de la Franc-Maijonnerie, Frère-Orban appartenait au parti doctrinaire bourgeois. Mais il aménagea pour les progressistes plusieurs départements ministériels (notamment le ministère nouveau de l'Instruction publi(iue). Tout de suite il s'attaqua à la loi de 18^2. La loi du /«■' juillel 1879 k neutralisa » l'école primaire :dans toute école communale, pourvue d'instituteurs brevetés par l'État et ouverte gratuitement aux enfants pauvres, l'enseignement de la morale serait seul conservé; le clergé, qui n'exerçait plus ni contrôle ni inspection, y donnerait l'enseignement religieux dans un local déterminé soit avant soit après la classe.
Immédiatement les évèques (saut Tévêquede Tournai) entamèrent la lutte contre 1' « école sans Dieu », créèrent partout des écoles libres, auxquelles les catholiques durent envoyer leurs enfants sous menace de peines spirituelles, réprouvèrent les comités scolaires laïques, condamnèrent les écoles normales où se formaient les ins ■ tituteurs d'État. Frère-Orban en appela au pape. Léon XllI, ancien nonce à Bruxelles, recommanda u le calme, la prudence, la modération » ; le cardinal Nina en avisait le ministre au Vatican, d'Anethan (o octobre). Mais le M novembre, le nonce Vanutelli recevait l'assurance que la Curie approuvait la résistance des évèques dans une lutte (( dont ils n'étaient pas les auteurs ». Frère-Orban rappela d'Anethan, remit ses passeports au nonce, qui venait d'être nommé à Vienne, et rompit avec le Saint-Siège (9 juin 1880).
Quatre années suivirent de luttes très vives: le ministère, engagé dans un Kiilliirkampf, résista aux mesures prises par les évèques pour dépeupler les écoles laïques (surtout en Flandrcj, obligea les conseils communaux à les entretenir, supprima des traitements ecclésiastiques, astreignit les instituteurs congréganistes aux obligations militaires, se fît voter des fonds pour augmenter le nombre des collèges d'enseignement moyen.
La lutte scolaire, qui avait absorbé l'activité du parti libéral, coûtait beaucoup d'argent. Sur toutes les autres questions, il y avait divergence de vues entre progressistes et doctrinaires. Les premiers, avec Paul Janson, réclamaient pour les élections provinciales le suffrage universel que les doctrinaires, par deux fois, leur
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refusèrent (1881-1883). Frère-Orban s'en tenait au droit de vote conféré aux capacités (1). Les dépenses scolaires, qui froissaient une grande partie de la population, jointes à celles des travaux publics, exigèrent 14 millions d'impôts nouveaux sur les valeurs mobilières et sur les objets de consommation (tabac et alcool). Un projet d'augmentation de l'armée, fort impopulaire, acheva de perdre le parti. Aux élections de I884, les catholiques l'emportèrent à l'énorme majorité de 34 voix.
Les ministères catholiques depuis 1884. — Dès la formation du premier ministère (Malou, IG juin), la question scolaire domina la politique. Le 20 septembre, une loi rétablit à l'école officielle l'enseignement de la religion, mais à titre facultatif et seulement au début ou à la fin de la classe; elle autorisa les communes à remplacer lécole officielle neutre par une école libre (( adoptée 0, ce qui permet aux municipalités conservatrices de fermer l'école officielle, à moins que vingt pères de famille n'en demandent le maintien. Des subsides d'État seront également alloués aux écoles officielles et aux écoles adoptées. Les instituteurs et institutrices mis en disponibilité recevront des pensions variant de 750 à 1.000 francs. En fait, dans les campagnes flamandes, l'école « adoptée »), dirigée par des instituteurs congréganistes munis dune lettre d'obédience de leur supérieur général, a fait disparaître presque partout l'école officielle. En môme temps, les relations diplomatiques reprenaient avec Rome où le baron de Pitteurs représenta la Belgique, tandis que Mgr Ferrata s'installait comme nonce à Bruxelles.
Onze ans plus tard (15 septembre 1895), la loi Schollaerl rendit obligatoire à l'école officielle l'enseignement religieux pendant la demi-heure qui précède ou qui suit la classe, et, à côté des écoles libres « adoptées )), créa la catégorie des écoles « adoptables » que l'État subventionne à la seule condition qu'elles s'ouvrent à ses inspecteurs. En 1909 enfin, la droite prétendait (projet Woeste) interdire aux communes et aux provinces de créer des écoles normales sans l'autorisation du gouvernement, de manière à empêcher les municipalités libérales de former un personnel enseignant pour les écoles officielles. Sur ce terrain, l'effort s'est montré logique et constant Ci).
(1) Encore en 18%, .Jules Bara, ministre libéral de la Justice pendant douze ans déclarait: " Les' ministres du roi ne doivent pas être les serviteurs delà majorité »'
(-2) En 1911. les écoles catholiques comptaient 735. UCÛ élèves, les écoles officielles un peu moins de 200.0IXJ (dont 8'i.OOO exemptés du cours de religion); l'enseigne-
Formation <lu parti Mocialinic. — Ce qui rendit durai)!»' le triomphe de la droite, ce fut la décomposition môme du parti libéral vaincu. La bourgeoisie, d'abord alliée avec le peuple, auquel elle avait promis la justice politique et l'égalité, se retrouvait maintenant plus consciente de ses inltTèls de classe, attachée à des conceptions matérialistes, aux formuh^s de liberté économique, au culte de l'initiative individuelle tendue vers la conquête de la fortune. Plus d'esprit de sacrilicc en vue d'un idéal commun; plus de force d'expansion. Des libéraux passèrent môme au parti adverse.
A partir de 188G, le seul rival du gouvernement catholique fut donc le parti socialisle, dont l'organisation longtemps insoupçon née surprit dès l'abord les bourgeois. Ils le croyaient disparu avec la Commune d(^ Paris et Vlnlernalionale. En réalité, il se formait à Gand, la ville des syndicats de tisserands iVAssocialiun fralernelle de 18.")7; la Sociélé de leclure des tisserands, 18(j0|, pai- l'csnlenle de Van Beveren, imbu des systèmes allemands, avec Pol de Witte, partisan des organisations pratiques comme celles qu'il avait vues en Amérique. C'est lui qui, avec César de Paepe, inspira aux socialistes de l'Internationale l'idée d'utiliser les coopératives de production et de consommation comme instruments de lutte politique. Dès 18G9, la section liégeoise fondait (( La Mutualité, sociélé civile de consommation ». La loi du 18 mai 1873 régla le fonctionnement des coopératives (le ministre Bara ne croyait guère à leur avenir). A la fin de 1880, avec 2.000 francs emiiruntés à VAssocialion fraternelle des tisserands, Anseele cl \'an Beveren organisaient le Vouriiit, (( coo[)érative socialiste; » ; à la fois machine de gueri*e el réclame en faveur de la doctrine qui sait « tirer le meilleur parti de la société actuelle ». D'autres s'établissaient aussitôt à Anvers et à Bruxelles (1881).
A Bruxelles aussi des écrivains démocrates se groupaient en 1885 autour de Paepe et d'Emile Vandervelde pour constituer le parti ouvrier belge, cependant qu'en Wallonie se développait un parti socialiste républicain recruté parmi les charbonniers du Hainaut, de Namur et de Liège, les métallurgistes et les verriers. Inspirés par Defuisseaux, révolutioniudre à l'ancienne mode, et par Demblon, partisans do la violence, ils menèi-enl la foule ouvrière, rendue furieuse par la crise de chômage et par les grèves, à l'attaque des
ment secondaire d'État 35 OOO élèves contre 66. 000 aux collèges Confessionnels : les deux Universités d Etat 5.000 étudiants (dont i.O(iO élransfers) ; Louvuiii 8 500 et Bruxelles l.âiu,
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usines du Borinage. Charbonniers et verriers, par bandes, terrorisèrent la région, incendièrent l'usine Baudoux, en plein jour, devant les curieux impassibles. L'armée dut réprimer le mouvement i'I88(i). L'année suivante, la grève s'étendait du Brabant à la région de Verviers, déchaînait de sanglants conflits avec les soldais et la garde civique. Dès lors, les socialistes républicains se résolurent à fusionner avec les socialistes coopératifs, de manière à constituer un unique parti ouvrier, capable par la presse, les meetings, les associations bien gérées, de développer une vie socialiste originale (1889;.
La révision de la Constitution (1893-1902). — Au parti socialiste il manquait encore l'instrument des conquêtes politiques, le bulletin de vote. 11 réclama le suffrage universel; aux élections communales de Bruxelles (1889), la majorité des électeurs approuva. Si en effet, parmi les libéraux, les doctrinaires de Frère-Orban n'admettaient qu'un abaissement du cens audessous de 20 florins, les progressistes de Paul Janson voulaient le droit de vote pour tous (sauf pour les illettrés) et le service militaire universel. Rien à faire pour le service; la droite, fidèle à sa devise : c Pas un homme, pas un canon de plus », s'en tenait au tirage au sort avec faculté de remplacement. Par contre, les socialistes fournirent aux progressistes leurs moyens d'agitation politique (meetings, pétitions, cortèges avec drapeaux) pour la conquête du droit de suffrage. La droite résistait, parce qu'avec sa majorité de ^G voix (et non des deux tiers) elle ne saurait imposer ses formules de révision. Les socialistes espérèrent la contraindre par la grève générale de 1890, qu'ils se proposaient de recommencer en 1893, après un premier rejet du suffrage universel j.ar la Chambre, élue pourtant en 1892 avec mission de faire la révision. Du Hainaut, l'agitation gagna Bruxelles, où la garde civique s'attestait acquise à la réforme; la lutte, ardente, tournait à la révolution La majorité accepta l'expédient du projet Nijssens (18 avril 189.3).
La constitution revisée établit pour tous les Belges de vingt-cinq ans, domiciliés depuis une année, h' suffrage universel, modifié parle vote plural. Un vole supplémentaire est acquis aux pères de famille âgés de trente-cinq ans, aux propriétaires d'immeubles imposés sur un revenu de 48 francs, aux titulaires de iOO francs de revenus en rentes d'État ou en un livret de Cai.sse d'épargne, de diplômes d'enseignement supérieur, et à certains fonctionnaires. La loi n'accorde que trois suffrages en tout et rend le vote obliga-
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loire (I); elle s'amHe en lait à un syslème démoci'ati(iiie atténué, qui décuple le nombre des électeurs (de IKi.OOO à l.;^ri().(H)0), et aux censitaires adjoint les « capacités » sociales et intellectuelles (2).
L'ajjparition du suffrage universel changea les forces respectives des partis. Les élections générales de lS9i avaient réduit à 18 les députés libéraux; les renouv(;llements partiels jusqu'à 1900 les tirent tomber à It». Plus encore; ils rendirent désuet le vieux programme doctrinaire, établi presque uniquement sur l'idée de la liberté individuelle. La bourgeoisie, dénuée de culture, s'elïarouchait des revendications socialistes (pii tendent à déposséder les privilégiés de l'argent, et se cantonnait dans le regret stérile du suffrage restreint aboli. Les socialistes, qui enlevaient 31 mandats, n'e.spéraient guère obtenir ni la réduction des heures de travail, ni des règlements d'atelier, ni des lois sur le chômage; mais ils entraînaient les progressistes et les huit démocrates chréliens de l'abbé Paëns pour réclamer labolition du vote plural et la représentation des minorités. Ils se heurtèrent d'abord à une imposante majorité catholique qui représentait désormais, outre l'aristocratie, les propriétaires et le clergé, la masse des paysans des Flandres et la haute bourgeoisie industrielle. Elle fortifia même sa position en 189,T en étendant le vote plural aux élections communales et en accordant jusqu'à quatre voix aux censitaires des campagnes (qui doiveid être âgés de trente ans et résider depuis trois années). En 18!)7, elle attribuait au flamand le caractère de langue officielle.
Les libéraux, plus maltraités encore aux élections de 18!»8, crurent se sauver en imposant la représenlalion proportionnelle. Après des émeutes en 18!)!), la droite céda et adopta le système d'un professeur à l'Université de Gand, d'Hondt. 11 consiste à donner à chacune des listes de candidats présentées par les partis organisés autant de mandats législatifs que le nombre total des suffrages obtenus par elle renferme de fois un certain chiffre calculé sur le nombre des votants et appelé chi/f're répartiteur ou diviseur électoral (1902). De fait, la représentation proportionnelle a suscité une renaissance du parti libéral, dont les socialistes comptaient profiter pour obtenir le suffrage universel ])ur et simple (1902- 1906). Ce fut en vain; le parti catholiciue maintint le système plural, malgré les tendances démocratiques d'une droite réformiste (Jeu/je
il. ].e> iiilr.wlions, tii-s rares, n'ont provoqué en 11108 que 221» rtpriinaiKU's et •i78 amenilt's.
(2) En 1911, il \ avait 993.070 électeurs à une voi.v, 395.866 éleclenrs à ■> voiv 308.683 a 3 voi.x (18 pour 100 du total). En tout, 1.697.615 électeurs disposant de 2,710.850 voles, el répartis en 30 collèges.
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Droite assoz directement opposée à la politique conservatrice de Woeste, et malgré la diminution progressive de sa majorité (20 voix en 190*, 13 en 1906, 6 en 1910). Attaqué enfin dans sa |)olitique scolaire par les progressistes et les socialistes réunis en un carlel contre le système des subventions aux écoles libres (qu'ils dénonçaient comme une (( loi des couvents »), il a développé son influence en s'assurant la majorité dans 6 conseils provinciaux sur 9) et, par un gain de 127.000 suffrages, il a conquis une majorité de 16 voix à la Chambre et de 15 voix au Sénat (2 juin 1912).
Si le parti catholique (qui s'appelle lui-même le a parti national ») fortifie ainsi ses positions malgré le retour de faveur dont avaient bénéficié les libéraux aux élections municipales, il ne l'a pas dû seulement aux craintes qu'inspirent les doctrines socialistes dans ce pays attaché à la propriété individuelle, il le doit encore aux satisfactions précises accordées par ses ministères successifs aux aspirations sociales du peuple.
E^a politique sociale des catholiques. — Déjà, en 1843, Ducpétiaux avait signalé, mais en vain, les progrès du paupérisme, dont il rendait en partie responsable le triomphe de l'économie politique libérale et du principe manchestérien. En 4884, la culture indigène était submergée par les arrivages de blés d'Amérique; les industriels, atteints par une crise de production, diminuaient les salaires, et les ouvriers gi-ondaient. L'émeute de 1886 contraignit à la réflexion. Beernaert, éclairé par l'enquête d'une commission de 35 membres, annonça (novembre 1886) une « politique sociale » qui se proposait de favoriser la libre formation de groupes professionnels. Liant désormais la question sociale à la question religieuse, il prévoyait l'intervention de l'État pour la tutelle des ouvriers, des paysans, de la petite bourgeoisie, clientèle électorale nouvelle que le parti allait s'annexer.
L'instrument, ce fut d'abord le ministère de l'Agriculture, créé en 1884, puis les Conseils de l'industrie et du travail '1887), dont les sections, où siègent en nombre égal patrons et ouvriers d'une même profession, tiennent une session annuelle pour étudier les réformes à introduire dans les ateliers et dans les lois, constituent un organe permanent de conciliation. Au Conseil supérieur du travail
;ki ciiapithe iv
(aviil I8t>;2) sièg:ent de intime l'i patrons, 16 ouvi-icrs ol 10 économistes. Bientôt ÏOf/ice du Iravail, conslitiié en lK*J-4 en vue d'enquêtes sur la i)rodnction et les échanges, devenait le Mini&lèro. de rindiislvie el du Travail (1895). En 1906, son titulaire, Francotte, créait, à la suite d'une enquête de deux années (1902-1!)04) sur la situation des classes moyennes, un 0/}'ice des classes moijennes qui se dédoultla en Direclion de renseiijnemenl industriel, professionnel el inénayer et en Office des méliers et négoces (mars 1908), eu attendant que le Conseil supérieur des méliers el négoces (S lévrier 1909) se chargeât d'élaborer les projets de lois auxquels les classes moyennes sont intéressées. — La ntéthode consistait à développer l'esprit d'association par la i« liberté subsidiée », pour faire naître de l'eltort privé des œuvres sociales que la loi reconnaît ensuite et soutient par des allocations. Dans chaque arrondissement se fondèrent, sous la direction du clergé, des secrétariats d'œuvres sociales dont l'inlluence pénétra jusciue dans les moindres villages.
Kn dépit des tloctrinaires du libéralisme, qui voulaient avec Hura u l'ouvrier libre vis-à-vis de ses camarades », la législation y aidait. En faveur de l'ouvrier, lestais de 1881 <•/ </e /^96Mnterdirent le payement du salaire en nature; la loi de 100/ prescrivit le w mesurage » exact de la tâche accomplie. Une loi de 1887 limita les fractions de salaires qui pourraient être saisies par le créancier ou aliénées par l'ouvrier. A partir de 1888, l'inspection du travail s'exerça dans les établissements dangereux ou insalubres, assura (1890) la salubrité des ateliers, réglementa (1900) le logement des ouvriers sur les chantiers, intei'dit (1900) l'emploi de la céruse dans les travaux de peinture. Des lois spéciales prohibèrent le travail prolongé des enfants et des femmes (1889), prescrivirent le repos des employés (1903), interdirent le travail de nuit dés femmes (1908). D'autres, dont bénéficiait toute la classe ouvrière, prévoyaient des indemnités pour les accidents du travail ;I903), établissaient le repos du dimanche (190d), réduisaient à neuf heures la journée de travail dans les mines (1909).
De son côté, la représentation ouvrière, organisée dans les conseils de l'industrie, introduisait, pour les adjudications dont l'Etat dressait le cahier des charges, le principe du salaire minimum [18%) ; c'est elle qui, à la demande de l'Etat, en fixait les chiffres et rédigeait des types de règlements d'atelier. La loi du 15 juin J896 obligea le patran à consulter ses ouvriers loi'squ'il désirait moditier ce règlement (durée de la journée, heures de repos, époque de la paye, surveillance, taux des amendes, etc.); celle du 10 mars 1900,
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qui règle la forme du contrai de travail, subf-titue à « Tâge de la coutume « un autre âge, celui de la « discussion ».
Le progrès de rassociation. — Toutes s'accordent à favoriser (( l'âge de l'association ». De fait, immédiatement après l'école, l'apprenti est saisi par les œuvres post-scolaires et les patronages, puis par les secrélarials d'apprentissage, qui assurent sa formalion professionnelle et son placement, enfin par les maisons d'ouvriers, les cercles d'études et de propagande soutenus par 200.000 membres. Mieux encore, il entre dans l'une des 9. .300 sociétés de mutualistes (dont 6.000 catholiques) contre la maladie, le chômage, l'invalidité prématurée, que l'État subventionne, puis dans un des syndicats professionnels (G9.000 membres socialistes 50.000 chrétiens, 3.5.000 indépendants) ; enfin il s'affilie à l'une des .5.700 caisses de retraites pour lesquelles l'État verse par an plus de S millions. Cependant les lois de 1889 et de J897 permettent aux sociétés d'habitations de construire des maisons ouvrières (ISO. 000 aujourd'hui) pour lesquelles les caisses d'épargne consentent, jusquà 75 pour 100 de la valeur, des avances remboursables par petites annuités. Un dixième des Belges sont ainsi devenus propriétaires de leur maison.
Le danger, c'était que tout ce développement syndical ne s'opérât au détriment de la [»etite bourgeoisie des métiers. Menacés par les grands magasins et par les syndicats socialistes créateurs de coopératives, ne risquaient-ils pas dépérir? Leurscongrès(Anvers, 1896; Gand, 1897; Namur,190i) appelaient au secours. Une enquête révéla d'abord l'insuffisance de la formation professionnelle. L'Office des métiers a donc travaillé, par des primes aux patrons et aux apprentis, par l'installation de cours professionnels, à restaurer la culture technique ; il y dépense annuellement plus de 2 millions. D'autres sommes passent à encourager des syndicats locaux d'outillage, qui achètent des machines ou de petits moteurs ; à subventionner de petits industriels pour des essais de mécanique.
Mais le principal effort s'applique à relever les masses paysannes. 11 est l'œuvre du Boerenbond (Ligue des paysans) fondé en -1890 par l'abbé Mellaerts, SchoUaert et Helleputte. Dans presque chaque comm.une, ses filiales (ligues agricoles, cercles de fermiers, syndicats d'élevage et de culture, syndicats d'achats en commun, sociétés de crédit agricole, mutualités d'assurance du bétail, laiteries coopératives), 7.000 associations dont les quatre cinquièmes s'avouent catholiques, avec le curé comme mcndire du conseil d'administration, groupent .52.000 familles pour hiur assurer l'instruction agri-
it-J
CHAIMTIU: IV
coU', le crédit, roulillagc ;i l)on inarcht', l'inspection des exploitations en régie. Organisées suivant un très ancien système de grou penient paroissial à ligure de confrérie sous le vocable d'un saint, subsidiées sous toutes les formes, elles constituent, surtout en pays tlamaud, l'arnialui-e solide du parti catholwjue et son instrument de propagande politifiue. Elles mettent la Belgique au premier rang des nations poui- les dépenses sociales, qui absorbent déjà la dixième [>artie du budget total.
L'expansion lielj»-e dans le monde. — Plusquaucun autre
pays peut-être, la Belgique redevenue libre a profilé du mouvement qui porte depuis soixante ans l'Europe à se répandre à ti-avers le monde. Sept millions et demi d'individus i)eu chargés d'impôts (40 francs par tête), répartis en groupes compacts de la Meuse à la mer, en des provinces dont les ressources se complètent et dont l'union n'a rien de factice ; dans les provinces du minerai, une population wallo ne plus nerveuse^ habile à placer ses produits dans les trois pays voisins ; dans les provinces de cultures, un tiers des Flamands occupés à perfectionner sans cesse leur outillage, deux tiers à faire de leur sol le verger de l'Angleterre; Anvers devenu depuis 1870, par un essor prodigieux, le second port continental, en relations directes avec les deux Amériques, l'Afrique équatoriale et le Japon ; Bruges et Heysl rappelés à la vie maritime et s'outillant peu à peu; des intérêts financiers engagés dans les chemins de fer chinois i^ avec des Francjais), dans l'organisation agricole de la
Léoi'Oi.i> 11 en IDOÎt (18.35-1909)
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Russie, dans le commerce du caoutchouc brésilien ; un mouvement d'échanges qui se chiffre par 7 milliards 700 millions ; voilà les résultats des initiatives particulières, encouragées, depuis 1880 notamment, par Léopold II, le plus avisé des souverains constitutionnels et le plus laborieux des manieurs d'affaires.
Léopold II, très personnel, avait, dès sa jeunesse, rêvé de débouchés plus vastes pour un pays neutre que l'Europe enfermait en des frontières étriquées. Il ne se contenta pas longtemps du rôle « d'explorateur en chambre »; au cours de ses pérégrinations à travers le monde, il perçut la ruine des colonies que l'Espagne et le Portugal exploitaient à outrance, la paix et la richesse des colonies auxquelles l'Angleterre et la Hollande onl attribué le self-gouernmenl. En 1876, il entreprit d'ouvrir au trafic européen le centre de lAfrique, tout en installant à Bruxelles u le quartier-général» de ce mouvement civilisateur. Mais les partis belges se réservaient; l'opinion moyenne se montrait rebelle par peur des dépenses improductives et d'une augmentation des troupes, les journaux indifférents. Seules quelques banques et maisons de commerce, qui avaient compris, approuvèrent les démarches concertées de Léopold avec Stanley. Elles allaient leur valoir l'exploitation du Congo.
L'armée, par contre, peu occupée, menacée de tourner à la bureaucratie administrative, entrevit gloire et fortune, organisa de 1877 à 1883 six expéditions qui menèrent des officiers belges (Hanssens,Van Gèle) à l'Ouellé et auTanganyka. Bientôt le comité belge devint un petit État qui transporta au iialais royal ses bureaux et ses archives, se forma un personnel dirigeant: le baron Lambermont, van Eetvelde (futur gouverneur de l'État libre), Emile Banning. Us allèrent chercher à Berlin les titres diplomatiques qui tirent du roi des Belges le souverain (absolu) de l'État indépendant du Congo. Van Gèle et Dhanis l'occupèrent (1886-juin 1893) en refoulant les traitants arabes. Les Belges en profitèrent aussitôt, malgré les hypothèques dont la Conférence avait chargé l'État libre : pas de privilège commercial en faveur d'aucune nation, pas de douane sur le tleuve, pas de droits d'entrée ou de transit sur les marchandises, obligation de protéger missionnaires et étrangers et de civiliser les noirs, etc.
Tout cela coûtait cher. Léopold dut emprunter : 150 millions en 1887 aux banques, 10 millions à l'État belge pour le chemin de fer de la côte à Léopoldville, 2."S millions encore, malgré des résistances et moyennant le droit pour la Belgique d'annexer le Congo dans dix ans (25 juillet 1890). En 189ti, le prêt à la compagnie du chemin de fer 1 11 millions, dont 5 rembourseraient au roi ses avances à l'Étal
i)i c.nAPiTHi-: IV
libre) irrtait vole que par 61 voix contre 57 (et 20 abstentions). — Opeiulant, le 2 août 1889, Léopold avait transmis par testament au royaume ses droits sur le Congo, avec les avantageas de la souvcrainett^. Le Parlement n'eu discerna (]ue les charges (9 juillet 1890); le chemin de fei", dont Stanley aflirmait que sans lui « le Congo ne vaudrait pas deux shillings » et qui allait pour commetuîer (i" mai 1898) assurer la fortune de vingt-cinq compagnies à charte, Vandervelde l'appelait a un joujou ruineux » que Beernaert justifiait mollement, que seule sauvait l'éloquence précise de Helleputte. Dix ans plus tard, après de longues chicanes sur la somme à rembourser au roi pour la cession de son domaine privé, le Congo devenait une colonie belge, grâce à laquelle l'État s'affirmait le plus fort commerçant d'ivoire du monde (août 1908),
Derniers problèmes politiques et écoiiomîqiios. — En
regard de ce développement, des proldèmes se posent en politique intérieure et extérieure dont la solution importe à l'existence même de la nation. Aux 101 députés catholiques de 1912 (contre 44 libél'aux et 39 socialistes), sur qui pèse l'héritage de vingt-huit années de pouvoir, libéraux et socialistes réclament, à la suite de la lutte électorale la plus âpre, les premiers le suffrage universel égal, l'amélioration de la défense nationale, la réduction du service militaire rendu obligatoire pour tous, l'obligation de l'enseignement primaire, la réforme de l'impôt; les seconds la réalisation immédiate de réformes sociales et fiscales : retraites ouvrières assurées par l'État, impôt progressif sur le revenu et les successions, suppression du vote plural. Combien de temps pourront-ils résister à ces demandes? combien de temps le voudront-ils? Déjà ils apparaissent à quelques-uns comme prisonniers de leurs œuvres sociales, créées pour barrer la route au socialisme et prêtes aujourd'hui à soutenir leurs syndicats par les mêmes armes que les socialistes (i). Et c'est la Jeune Droite qui, parvenue au pouvoir avec de Broqueville, et consolidée grâce aux voix des libéraux bourgeois, songe aux transactions nécessaires pour former dans les Chambres un « centre », assez éloigné des idées auxquelles se tient la Vieille Droite de Woeste et de Schollaert.
Elle en a besoin pour deux objets : 1" Pour restaurer l'équilibre financier. Depuis 1884, la dette s'est accrue de 2 milliards.
(1) Ce qui leur valait celte apostrophe d'un député socialiste de Courlrai : << Pour être encore quel<|ue ciiosc, vous devez aujourd'hui précéder le drapeau rouge > (Février 191i). Mais ils |)rote»tairnt vivement.
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augmentation que dissimule mal la pratique des budgets extraordinaires alimentés par des emprunts et la circulation des Bons du Trésor à court terme. Il faudrait au budget ordinaire une augmentation de recettes de 100 millions qui permit de reconstituer l'unité financière et de supporter les dépenses nouvelles (amélioration du traitement des fonctionnaires, travaux publics, subventions aux œuvres sociales et à l'enseignement). A quelles sources les demander, sinon à l'impôt direct foncier et mobilier, que la Vieille Droite prétend intangible ?
2** Il lui faut assurer Ja défense nationale. Depuis 1893, l'Allemagne, par la disposition de ses voies ferrées en Prusse rhénane, avoue ses projets d'invasion du territoire belge pour le jour d'un contlit armé avec la France. A cette invasion, la Belgique n'opposerait que 165.000 soldats (dont 440.000 absorbés par la défense des camps retranchés de Liège, Namur et Anvers, créations du général Brialmont). Que compteraient les 25.000 restants? Les ministres de la Guerre réclament depuis lors une augmentation du contingent que la majorité s'obstine à refuser. En 1896, la démission du général Brassine laissa deux ans sans titulaire le portefeuille de la Guerre. En 1902, le Parlement substitua au tirage au sort avec rengagement le système des engagemenls volontaires ; il ne détermina qu'une nouvelle diminution du contingent (o7.000 hommes au lieu de 44.000). Cependant l'infiltration allemande, facilitée par le traité de commerce de i89'2 (renouvelé en 1905), s'affirme en Wallonie, à Bruxelles, à An'vers, par de grandes entreprises (bazars, brasseries) qui aspii-ent au monopole (comme celui de l'électricité à Liège), mettent la main sur la fabi-ique nationale d'armes de guerre d'Herstal, accaparent à Anvers docks et quais. Déjà des manuels allemands englobent dans le Deiilschlnm Flandre et Wallonie.
Or, le général Hellebaut, ministre de la Guerre (1907-1912), partisan du service obligatoire, personnel et général, incapable de persuader ses collègues de la Vieille Droite et la majorité, a dû transiger en n'inscrivant dans la loi, signée par Léopold II l'avant-veille de sa mort (15 décembre 1909), le service obligatoire que pour « un fils par famille ». Il en attendait 180. UOO hommes, que la formule adoptée ne lui donna pas. En août 1911, les forts de la Meuse, sur lesquels on s'habituait à compter, manquaient d'artillerie et de servants; les forts de Liège manquaient de canons, tandis que d'autres dormaient à Anvers, inutiles. Broqueville a commencé par sacrifier le général Hellebaut ; puis, d'accord avec le roi Albert I"'', il a paré au plus pressé en réorganisant le haut commandement, en définissant le rôle du chef d'état-major général, en créant un
(( Conseil (lu minislre de la (iiierro » el un u Conseil sup(5ncnr de la défense nationale » présidé par le roi (mars 1912). Seidenient, l'année propre à faire campagne demeurera insurfisante en nond)r<' tant que la loi, votée par une majorité de Vieille Droite, maintiendra à W.SOO hommes l'elTectif du temps de paix. « Kn cas d'agression, si la guerre éclate, déclarait un sénateur pendant la crise diplomatique de septembre 1911, nous courons à une catastro])lie et à la ruine de notre nationalité. »
Pour av(»ir prétendu éviter les charges de la paix armée, la Belgique en arrive à se demander, en prévision des brutalités germaniques, si elle pourra demeurer une libre nation d'initiative et de travail. D'elle seule dépend la réponse.
A CONSULTER
Cinijuanle ans de liberté (1830-1880), 4 vol. — Hymans : Histoire parlementaire de la Belgique. — \Vii,motte : La Belgique morale et politique. — GoYAU : L'œuvre sociale de ll\lal belge. — Louis Bertrand : Histoire de la Démocratie et du Socialisme en Belgique depuis IS30.
I. L'Afrique, de 1870 à 1884. — II. Le Tonkin et rindoChine française.
Le traité de Francfort, qui, en 1871, termina la guerre francoallemande, semblait destiné à produire sur le continent les mêmes effets qu'autrefois les traités de Vienne : pour les vainqueurs, l'exploitation tranquille du succès ; pour les vaincus, le recueillement dans l'attente des réparations souhaitées ; pour tous, un travail nécessaire d'adaptation aux conditions nouvelles de la politique. En Europe, le slatii qiio fut en effet maintenu : la crise orientale de 1875-1878 aboutit bien à remanier dans le sud-est quelques territoires et à créer de nouvelles souverainetés, mais elle raffermit les positions des puissances centrales. Les peuples ou les gouvernements qui refusaient d'enfermer leurs ambitions dans les limites d'une Europe fixées — pour longtemps peutêtre — par la conquête germanique, s'échappèrent vers les continents, Asie et Afrique, où des territoires immenses s'ouvraient aux énergies inemployées. Ce fut le cas pour la Russie, revenue à sa vocation asiatique ; le cas aussi des Français et des Anglais.
L — L'Afrique, de 1870 à i884.
ta France en Afrique après 1870. — Avant 1870, la France avait vécu « hypnotisée par la ligne du Rhin » ; après 1870,
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fîllo h* l'ut par la li^nc des Vosf,a'S. Ses hommes politiciues pensaient avant tout à couvrir la iVontiôre de l'Est. Se refaire, comme le Piémont après 1849, la Prusse après 1850, la Russie après 18.^6 ; ne s'cHfîfager en rien ni avec personne pour se tenir prêt à intervenir dans les conllits inévitables, — formule d d'attente », qui l'ut celle de la troisième Hépidilique jusqu'à Jules Ferry. Mais les années passaient et les occasions ne se [)résentaient pas. Par ailleurs, la République héritait d'un empire colonial dont la ]iartic principale, l'Algérie, venait de résister à l'épreuve de Tinsurrection ; et l'Algérie bordait la Méditerranée dont l'hisloirc s'était renouvelée au cours du siècle à la suite de trois événements d'inspiration française : lunilication de l'Italie, l'ouverture du canal de Suez, l'européanisation du Maghreb, de Constantine à Tlemcen. De 1871 à 1881, la République se borna à le pacifier, par des raids qui s'arrêtaient à l'entrée du Sahara. Mais par delà l'Algérie s'étendait l'Afrique dont l'intérieur restait presque inconnu, que l'Angleterre abordait par ses colonies du Cap et de la Guinée, le Portugal par l'Angola et le Mozambique, la France par le Sénégal et le Gabon. C'est pourquoi ses explorateurs, avant ses hommes d'État, tracèrent la voie; et ce fut comme ministre de l'Instruction publique que Ferry, amené à s'occuper des missions de Rrazza, découvrit au début le champ immense des expériences coloniales.
Les explorations afrîeaînes. — Depuis 1850, l'Afrique était attaquée de tous côlt!'s par des explorateurs, pour des buts scientifiques ou philanthroiiiques. Richardson, Barth el Overweg avaient jalonné les routes qui, à travers le Sahara, mènent de Tripoli au lac Tchad et au moyen Niger. 'Vogel avait reconnu le Rornou et pénétré dans rOuada'i que Naçhtigal devait explorer après lui en liant les itinéraires de Rarth avec le Darfour et le Soudan égyptien. Le Sahara septentrional, fjordure de l'Algérie, demeura le domaintdes Français comme Duveyrier et d'Allemands comme Gerhard Rholfs. Partout pénétraient Içs missionnaires catholiques : prêtres des Missions africaines en Afrique occidentale à partir de 184'2, Lazaristes (1830) et Capucins {W^^) en Ethiopie, Jésuites, Lazaristes et Pères du Saint-Esprit à Madagascar, (lapucins espagnols au Maroc. Pères du Saint-Esprit et Bénédictins bavarois commençaient, dans l'Afrique orientale (Zanzibar), la lutte contre l'esclavage que devaient poursuivre les Pères blancs [Société des Missionnaires d'Afrique) de Mgr Lavigerie (1869) et les Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Africjue (ou Sœurs blanches).
Malgré les croisièies or^ranisées sur les côtes en vertu des actes
de Vienne, d'Aix-la-Chapelle et de Vérone (1815-i8"22), le trafic des nègres n'avait pas cessé ; seulement il se faisait par terre, pour amener dans certains marchés du nord et de l'est des caravanes de malheureux dont 500.000 au moins mouraient chaque année le long des pistes. L'un des plus ardents à dénoncer ce mal, David Livingstone, missionnaire protestant écossais, parcourut de 1840 à 1849 les régions du Cap au Zambèze, ti'aversa deux fois l'Afrique australe de l'océan Indien à l'Atlantique (18S6-1864) et, dans un troisième voyage (1866-1873), découvrit et explora les lacs sud-orientaux. A Nyangoué, il avait, sans l'identifier, aperçu le Congo supérieur ; avec Stanley, i)arti à sa recherche et rencontré à Oud jidji, il acheva l'exploration du Tanganyka (1871). Quelques années après, le même Stanley, venu de la côte zanzibarite (1874), atteignait à son tour Nyangoué et descendait le Congo jusqu'à l'Océan 1 1877). Ainsi se trouvèrent fixés les traits généraux du continent.
Les philanthropes avaient déjà décidé de s'unir pour y combattre l'esclavage, sans penser encore à favoriser aucune pénétration commerciale ou politique. En septembre 1876, Léopold II. roi des Belges, prit l'initiative d'une Conférence d'où sortit, formée d'hommes d'État, d'explorateurs et de géographes, l'Association internationale africaine. Le cardinal Lavigerie et le sénateur français Wallon siégeaient au comité directeur. A Nyangoué, à Tabora, etc., l'Association créa des stations hospitalières; des postes fortifiés les protégeaient, qui coupaient les routes ulilisées par les marchands d'esclaves. Mais, soit par rivalités entre les comités régionaux, soit par manque de ressources financières, l'Association cessa, en 1878, son action humanitaire.
Stanley en recueillit les restes. Il venait de réussir sa première traversée de l'Afrique ; il avait deviné les ressources du domaine congolais : il persuada Léopold 11 de conti-ibuer à la miseen valeur deces terres vacantes. Lu iiovenibrc 1878, il cr<''nit le o Comité d'études du
David Livingstone
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