‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 20 sur 96 · HI · texte numérisé non relu

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Congo qui, pour des (îiis commerciales, organisa des stations sur le grand llcuve, et, en 18H3, élargissant son programme, devint l'^lssocialion inlernationale du Conijo. Un an plus tard, l'Association, toujours soutenue pai' le roi des Belges, installait, dans des limites assez peu précises, Vlilal indi'pendnnl du Congo ([A avril 1884;. Léopold 11 accepta d'en èti'e le souverain, à titre personnel.

La Question tiiiiisi<»iino. — Dans TAIrique mineure, la France, comme complément à son établissement algérien, rangea

la Tunisie sous son protectorat. Jusqu'à 1830, Tunisie et Algérie avaient possédé des gouvernements identiques, aux ressources tirées de la piraterie. Dans l'espoir d'une entente avec la France qui aurait valu à des princes de la famille de Hussein quelque investiture en Algérie, le bey héréditaire cessa la piraterie, accueillit nos consuls, Mathieu de Lesseps et Léon Roches, écoula leurs conseils. Seulement les bénéfices des corsaires manquaient au trésor beylical ; les concussions des minisires, surtout de Moustafa Khaznadar (qui le fut trente-cinq ans), en accrurent la détresse. Pour sauvegarder les droits de leurs nationaux, créanciers du gouvernement, la France, ITlalie et l'Angleterre imposèrent le contrôle d'une commission internationale qui liquida la dette, arrêtée à 125 millions, et assura le service des intérêts. Ces intérêts absorbaient la moitié des recettes d'impôts; le bey, surveillé par les commissaires des trois puissances, se vit réduit à une existence somnolente dans un pays appauvri.

La guerre de 1870 et l'insurrection algérienne suggérèrent aux Italiens, entrés en possession de Rome, l'idée de conquérir pour elle les anciens territoires de Carthage. Tandis que l'Angleterre se faisait attribuer des concessions de chemins de fer, le consul d'Italie chicanait avec le nouveau ministre Kaireddine sur le droit dasile, obtenait que la peine de mort ne fût pas appliquée à ses nalio-

Kaireddine

(Ministre en Tunisie, puis grand vizir

en Tur(|uie)

naux; le 8 janvier 1871, il se déclarait insulté. Malgré les ambassadeurs de France et d'Angleterre, Rothan et Paget, Visconti- Venosta concentra la Hotte à la Spezzia pour une expédition. Mais le ministre turc, Photiadès-bey, connaissait le sultan très soucieux de resserrer les diverses parties de l'Empire; il annonça que deux flottes ottomanes défendraient la Goulette. L'Italie reculant, Kaïreddine alla chercher à Constantinople un firman qui replaçait la Régence sous la suzeraineté de la Porte, obligeait le bey, Mohammed es Sadok (depuis 1868), à aider de ses troupes le suzerain en temps de guerre et lui déniait le droit de consentir aucune cession territoriale (23 octobre 1871). Toutefois, la France ne reconnut pas ce firman, et le bey renvoya l'honnête Kaïreddine qui prétendait expédier les soldats tunisiens dans les Balkans contre la Russie (1877). A sa place, 'l'entrée aux affaires de Moustafa-ben-Ismaïl, gendre du bey, ramena les pratiques de u gabegie ». Le ministre contesta aux Français le monopole des services télégraphiques, accordé en 1861, que convoitait le consul italien Maccio. Sur les instances du même Maccio, il annula l'adjudication faite à la Compagnie française Bône- Guelma du chemin de fer de Tunis à la Goulette et la transporta à la compagnie Rubattino, subventionnée par le Trésor italien. Le consul français Roustan avait grand'peine à conserver à une compagnie française la propriété de VEnfida, achetée de Kaïreddine, la construction de la voie ferrée de Tunis à Ghardiraaou, frontière algérienne (1876-1880), à empêcher les Italiens, forts du grand nombre de leurs émigrants, de mettre la main sur les services publics. Des journaux imprimés en Sardaigne excitaient les tribus à poursuivre les colons français. De fait, razzias et incursions des Kroumirs (qui avaient pillé un paquebot échoué à Tabarca) se conquièrent par centaines, dans le département de Constantine, de 1878 à 1880. Le bey, que Roustan assaillait de réclamations, se déclarait incapable d'intervenir. Au vrai, la banqueroute financière, les protestations des créanciers, le refus de l'impôt par les tribus de l'intérieur, posaient la seule question précise : la Tunisie, impuissante à demeurer indépendante, deviendrait-elle italienne ou française ? Jules Ferry se chargea de la réponse.

Politiquo (le Jules Ferry. — Sensible autant que quiconque au charme de (( la ligne bleue des Vosges » d'où monte « la plainte fidèle des vaincus n, il considérait aussi l'ensemble des intérêts mondiaux. Pendant qu'aux Français, réduits à l'immobilité, se fermaient les marchés allemands et italiens, autour d'eux s'opérait un déplacement de puissance, en Afrique et en Asie. Vers les pays à ex-

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plort-r, ào.\|)loiler, une pousst^c se protluisail «lonl ils ne ixjiivaient pas so (k^sintéresser : ni eu Extrc^iuc-Orieul, où la (lochinchiue ne uiar{|uall vraiiuenl qu'un posic iratlenlc; ni en lîl^'ypti', à cause du canal; ni eu Al'iiiiue, ces d Indes nuii'cs » ; ni dans la Médilerranét;, où la question tunisienne, contemporaine de la cpiestion algérienne, ne devait recevoir qu'une solution, celle qui mettrait entre des nuiins françaises celte <( clef de notre maison ». Le Congrès lie lîei'lin l'avait il'ailleui's l'éservée à la l'rance (1878). I/ohjeclion, c'était (pu' Bismarck ne l'avait offerte à Waddington qu'en escomptant les d(''cepli()iis de l'Italie et la brouille probable eidre les

alliés de Solférino, les embarras aussi que réservent presque fatalement les (( aventures » coloniales. Alors que d'autres puissances avaient utilisé la dernière crise ottomane pour la satisfaction de leurs appétits, la France devait mettre sa gloire à pratiquer la (( politique des mains nettes )>. De cette politique, Ferry annonçait les résultats inéluctables : ce serait « l'Italie à Tunis, nous prenant à revers; l'AUeniagne en Cochincliine; l'Angleterre au Tonkin, toutes deux à Madagascar comme en Nouvelle-Guinée; en un mot, la banqueroute de nos droits et de nos espérances; im nouveau ti'aité de 1763, sans l'e.vcuse de Uossbach et de la Pompadour )>. Pour lui, il épargnerait à la France « cette humiliation suprême ». 11 sentait au surplus la fatalité de l'expansion coloniale française, comme après les traités d'IItrecht, comme après l'échec des visées sur le Hhin en IS40. Devinait-il que la Russie, disposée depuis peu à s'entendre avec la P»éput)lique, ne consentirait pourtant à contracter pour l'Europe qu'une alliance défensive subordoniu'*e au maintien des traités : point d'agression contre nous, point d'agression de notre part ; hors d'Europe, les mains libres pour l'action 1 Non pas qu'il ait tout prévu par génie spéculatif; il hésitait parfois, gêné par la nécessité de plier sa méthode aux caprices, aux impressions d'une nmjorité. Du moins,. il a précisé peu à peu une politique, nécessaire et possible, (pu est devenue celle même de la France et ipd

détermina les quatre points du nouveau domaine colonial : Tunisie, Congo, Tonkin, Madagascar.

L'oxpécUtion de Tunisie (1881). — Une dernière incursion des Kroumirs contre le poste français de Hoiim-el-Souk (30 mars 188i) fournit le prétexte attendu. Le 3 avril, Ferry décida l'expédition, en offrant au bey d'y participer ; le bey refusa, invo-

VuE DE Tunis (Dessin de Garcia, d'après une photograpliie)

qua les droits souverains de l'Empire ottoman, envoya son frère Sidi-Ali, (' bey du camp )>, garder la Kroumirie avec 30;000 soldats. 11 fallait donc combattre l'armée tunisienne. Une force de "i-o.OOO hommes (dont 8.000 du 10" corps), commandée par le général de division Forgemol de Bostquénard, se forma en deux folonnes à Roum-el-Souk et à Souk-Arras. La colonne Delebecque (3 brigades d'infanterie, o batteries d'artillerie) aborderait la Kroumirie de front, refoulerait les montagnards vers la côte qu'occu- |)erait povir sa part une brigade embarquée à Toulon pourBizerte. La colonne Logerot (2 brigades d'infanterie, 4 batteries d'artillerie, 1 brigade de cavalerie) suivrait la vallée de l'Oued Mellègue, isolerait la Kroumii'ie de l'intérieur. Contre ces deux colonnes, le bey opposerait 24.000 montagnards et 3.000 réguliers. Sur les menaces

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de la l-'iaiior, h-s ciiiiasM-s liiros, (|iii avaii'iil <l(''jà franchi les DardaiK'lli's, rallièrent U' Hosjjhorc.

La colonne Loj^erol occupa le Krf C^fi avril) et se rahallil sur Souk-el-Arba; le même jour, le colonel Delpech entrait en Kroumiric par l'ouest, pourchassait les montagnards jusqu'à Aïn-Droham (Il mai) où le rejoignait Logerot. De son côté, le général Bréart s'installait à Bizerle avec 8.000 hommes (i*^"" mai) puis, se portant sur In Mtinouba, campait le 1:2 mai aux portes de Tunis. Au chàleaii du Dardo, il força le l»ey à signer un Irailé de proieclorat qui compoitait le droit pour la France d'occuper les points nécessaires, avec l'installation à Tunis d'un résident chargé des relations internationales et du contrôle financier (traité du Bardo ou de Ksar-Saïd). La Kroumirie, cernée, se soumit (lin mai); les autres tribus de la Medjerdah, battues à Maleiir (18 mai) par la brigade Maurand, débarquée à Bizerte derrière la brigade Bréart, posèrent les armes le l^"" juin. La campagne semblait terminée; le gouvernement ne maintint que 12.000 hommes répartis dans huit garnisons, de Tabarca et de Bizerte au Kef (à l'exclusion de Timis, occupée seulement le 10 octobre!.

Xi la Turquie, ni l'Italie n'^avaient reconnu le traité du Bardo : lord Granville, en dépit des i)romesses de lord Salisbury, se défendait de laisser croire à l'ambassadeur Challemel-Lacour « que l'action de la France à Tunis eût produit en Angleterre une impression favorable ». Dès la fin de juin, la Tunisie du centre et du sud entrait en insurrection : à Kairouan, ville religieuse, à Sfax, d'où les Européens menacés de mort se réfugiaient sur l'escadre, à Gabès. Le vice-amiral Garnault bombarda Sfax (15 juillet), que la brigade Jamais enleva ensuite rue par rue (lô juillet). Le contre-amiral Conrad prit possession de (iabcs 2(5 juillet), le colonel Bernet, del'ile Djerba [31 juillet). Bestaient les tribus de l'intérieur, massées autour de Kairouan sous Ali-ben-Kalifa, Ali-ben-Amara, Ali-ben-Ammar et Ahmed-bcn-Youcef, qui tiraient des ressources de la Tripolitaint>. Contre elles, les premiers renforts français enlevèrent Ilammamel et Soiisse, rallièrent les troupes tunisii'nnes de Sidi-Ali, et, après le massacre par les insurgés du poste de l'Oued Zerga(30 septembre), commencèrent une campagne dautomne contre Kairouan.

Sous le commandement supérieur du général Saussier et pendant que les trois brigades du général Japy (Cailliot, Maurand, d'Aubigny) gardaient la région du nord, les troupes dexpédilion brigades Sabattier, l-^tienne, Philebert, Jamais, brigade de cavalerie de Saint- Jean et 16 batteries d'artillerie), aux ordres du général Logerot, paitirent de Tébessa, de Zaghouan et de Sousse{17 octobre) et, bous-

Cillant les tribus dissidentes, entrèrent à Kairouan (26 octobre). Les Zlass, irréconciliables, gagnèrent les steppes du sud. Saussierleur fit donner la chasse: la colonne Forgemol 'troupes d'Afrique) atteignit Gafsa (14 novembre), y reçut la soumission des tribus voisines et rallia l'Algérie par le Djérid (décembre) ; la colonne Logerot

Kaikouan en 18S2 (d'après une photographie)

razzia les Ouled-Khalifa, atteignit Gabès ("26 novembre), purgea les confins de la Tripolitaine, rallia enfin Sousse (5 janvier 1882), Les troupes d'occupation purent être réduites à une division mixte; toutefois, la présence en Tripolitaine de 60.000 dissidents, réfugiés ave<: Ali-ben-Khalifa, rendit nécessaire le maintien de colonnes volantes dans le sud (1882-4883). La mort d'Ali détermina leur soumission (188.0).

l.o protoolorat tniiisit-ii. — I.c |>i-(>l(>clorat flatr vraimenl du décret du "25 juin ISSô, iiolilic' au bey Ali, successeur de Mohauinied es Sadock (27 octobre 1882). La Régence de Tunis continue d'être gouvernée par les ])rincos Husscnn, suivant les principes coraniques et leur propre slatui de famille. Pour les indigènes, un <i ministre de la plume» Iraduitles décisions du l>ey. L'action de la France s'exerce par un résident général, véritable président du Conseil et ministre des Affaires étrangères ; le général commandant la division d'occupation assume les fonctions de ministre de la Guerre ; des Français dirigent les grands sei-vicos publics (travaux, enseignement, postes, etc.).

Par des métliodes très souples, cpie la France n'avait encore essayées nulle part (sauf au Cambodge), les beys ont collaboré j\ des initiatives réformatrices, qu'il a fallu parfois imposer aux rancunes de certains États européen'^, mais qui, en trente années, ont l'énové le pays. Dès le 27 mai-s 1883, la compétence des tribunaux tunisiens fut étendue à tous les litiges, et l'Italie la reconnut (14 janvier 1884) ; mais elle réserva son adhésion à la convention générale de commerce et de navigation que la France entendait substituer aux arrangements pai-liculiers passés par la Régence avant la conquête. Elle ne céda qu'après la chute de Crispi (2!) septembre 1896), après l'Autriche-Hougrie, mais avant tous les autres États et notamment l'Angleterre (1897),

Transformation des procédés administratifs par l'enq»!*»! de contrôleurs civils français placés auprès des caïds et des cheiks indigènes, tinances restaurées par une perception régulière des impôts, par l'abolition des douanes intérieures et la conclusion d'un emprunt sous la garantie de la France (ce qui permit d'éteindre les dettes anciennes), justice améliorée par la juxtaposition des tribunaux français et des justices de paix aux procédures coraniques des cadis et aux juridictions supéi-ieures du Chavu et de VOuzara, création, à côté des petites écoles musidmanes, d'écoles françaises et d'écoles mixtes, ainsi que de collèges secondaires, ouverlui-e d'établissements agricoles, construction de voies ferrées, de Tunis à Gabès et à Gafsa, et de routes, prospection et exploitation du sous-sol (phosphates, fer, etc.), installation à Bizerte d'un port militaire de premier rang (avec un arsenal à Sidi-AI)da!lah et un port commercial à Ferryville) et de ports de commerce à Tunis, Sousse et Sfax, — telle est, au temps des beys Ali el Mohammed- Nacer, l'œuvre des résidents généraux Paul Cambon. Massicault, Rouvier, Millet, Pichon, Alapetite. File fournit la preuve (|ue le pi'oteclorat pouvait restaurer un pays (pi'avait ruiné un mauvais»

gouvornenienl vi taire vivre une socié-tc miisuimaiie dans les cadres d'une organisalion européenne.

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