‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 2 sur 96 · I. — Formation de l' Autriche-Hongrie dualiste · texte numérisé non relu

I. — Formation de l' Autriche-Hongrie dualiste

Après Solférino, le régime absolutiste apparut monstrueux. Une période de crise politique commença, compliquée encore de conflits de nationalités, qui ne devait se terminer (pi'en 1867.

l'autriche-hongrie depuis 1849

Relâchement du régfime absolutiste (1839-1861.) —

François-Joseph, faisant après Villafranca l'examezi de conscience de la monarchie (août 1859), avait avoué les « abus héréditaires » qui avaient causé la défaite. Il annonça l'adoption d'un régime constitutionnel pour lequel il prendrait l'avis d'un Conseil cVÉlal renforcé: 38 notables (surtout de grands seigneurs), nommés par l'Empereur, y représenteraient les provinces en plus des 12 membres ordinaires, mais sans initiative législative (autrement les magnats hongrois, qui réclamaient la restauration de leur Diète, auraient refusé d'y figurer), et avec des pouvoirs réduits en matière financière. Au Conseil, où les Hongrois Apponyi, Szecsen, de Majlath parlèrent haut, établirent les « droits historiques » de la Hongrie, l'unanimité se prononça contre le système d'organisation intérieure et le gouvernement d'exception ; mais les opinions variaient sur le régime à lui substituer. Les uns, bureaucrates héritiers de Bach (renvoyé du ministère le 22 août 1859), interprètes de la bourgeoisie allemande des villes et des régions industrielles, préconisaient un gouvernement central à forme constitutionnelle libérale, que les petites nationalités trouveraient peu gênant. D'autres, Magyars, Tchèques, Polonais, Slovènes, Italiens de Vénétie, Croates (parmi eux l'ardent Strossmayer, évêque de Diakovo depuis 4849), en vertu de la formule^ « charges égales pour tous, droits égaux pour tous », voulaient restaurer dans les « États » historiques des gouvernements autonomes qui rendraient aux nobles et au clergé leurs anciens privilèges ; ils se déclaraient pour le système fédéraliste^ seul capable à leurs yeux de guérir avec le temps les plaies de l'État. La majorité, fédéraliste grAce à l'appoint de la haute noblesse allemande, émit un vœu en faveur, non d'une constitution, mais de « la reconnaissance des individualités historico-politiques des pays particuliers ».

Strossmayer (L'évèque national croate) (1815-1905)

1 ciiapithl: i

Le Diplômo vi la Patente. — I/Kmpereur s'en inspira pour rtHligcr le Diplôme du 20 octobre 1860, u loi fondamentale d'Étal, permanente el irrévocable ». Il abolissait les miiiist6res de l'Intérieur, de la Juslii-e, des Cultes, rétablissait les chancelleries de Hongrie et de Transylvanie, partageait le pouvoir législatif entre le souverain et des assemblées élues. Le lieichsralh (Conseil d'Empire) de 100 membres choisis parla Couronne sur les listes de présentation dressées par les Landlags provinciaux, recevait le droit de voter les lois (notamment les lois de finances) communes à toute la monarchie ; les Landtags légiféraient pour les [)rovinces. En conséquence, Goluchowski devint ministre d'État pour l'Autriche, Vay chancelier pour la Hongrie.

C'était compter sans les résistances du parti libéral hongrois que, de son exil, Kossuth continuait à inspirer. La petite noblesse, maîtresse des comilals qui avaient chassé les fonctionnaires allemands, refusait les impôts et le service militaire. Et comme Goluchowski, soutenu par les conservateurs, prétendait ne plus tenir compte des événements de 1848 et des « droits historiques », les Hongrois finirent par déclarer nul tout acte postérieur à la rupture survenue à cette date entre Vienne et Buda-Pesth, même l'avènement de François-Joseph. Conflit radical. Alors que l'Empereur voulait maintenir l'unité de la monarchie, ils n'avouaient avec l'Autriche qu'une union politique dans la personne du souverain, et encore après son coui'onnement comme « roi apostolique ». C'est pourquoi le Landtag défendit de payer les impôts non votés en Hongrie et d'obéir aux tribunaux autrichiens. François-Joseph menaça de ne plus le convoquer; les Hongrois réclamèrent alors le rétablissement des lois votées par la Diète légale de 1848, et l'amnistie (janvier 18(51). Cependant, la crise financière continuait ; de Bruck, émettant un emprunt de 200 millions de fiorins, n'en trouvait que 75 i mars 1860) et se tuait à la suite de révélations sur les tripotages militaires. L'Empereur remplaça Goluchowski par Schmerling.

Schmerling qu'imposaient, pour mater les Hongrois, les conservateurs de la cour, mais qui, chez leurs adversaires, passait pour libéral pour avoir été ministre du vicaire de l'Empire en 1848, trompa les uns et les autrej^. La Patente du 26 février 1861, promulguée comme « constitution fondamentale », modifia le Diplôme d'octobre dans un sens unitaire. Pour établir dans les Landtags provinciaux la « représentation des intérêts », Schmerling les faisait élire, sauf en Hongrie et en Vénétie, i)ar des électeurs censitaires, mais de cens variable, et répartis en Irais curies : des grands propriétaires. îles

l'autriche-hongrie depuis 1849 6

villes, des campagnes,- auxquelles se joignaient certaines Chambres de commerce. Mais il leur enlevait leurs attributions législatives, au bénéfice du Reichsrath. Le Reichsrath, devenu permanent, se partageait en deux Chambres : la Chambre des seigneurs (Herrenhaus) nommée par l'Empereur à titre héréditaire (familles aristocratiques) ou viager, sans compter les archiducs, les archevêques et les princesévéques, et la Chambre des représenlanls (343) élue par les Landtags dans les curies, de manière à garantir la majorité aux pays de langue allemande : 203 Autrichiens [Beichsralh élroil) contre 140 non-Autrichiens. L'ensemble formait le Reichsrath plénier. Un tel système transformait l'Autriche en une monarchie constitutionnelle à la tory : libérale d'apparence (toutefois un article 13 permettait aux ministres de gouverner par ordonnances impériales en l'absence du Parlement), unitaire de fait, au mépris des désirs d'autonomie des nations.

Le réjrînie constitutionnel unitaire (186I-186S). — La

Patente de 18(31 satisfaisait les Allemands libéraux et les petites nationalités (Serbes, Roumains, Ruthènes, Croates de Dalmatie) ; — les (( vieux conservateurs )> d'ancien régime, le parti fédéraliste aristocrate et les nationalités fortement constituées la jugeaient « hypocrite et immorale ». Schmerling allait s'épuiser à mettre en train un régime qu'il estimait nécessaire pour permettre à l'Autriche de jouer un grand rôle en Allemagne, mais que trop de mécontents s'acharnaient à ruiner. Les Croates refusaient de déléguer au Reichsrath tant que la Dalmatie ne leur serait pas annexée ; même refus de la Congrégation centrale de Vénétie (1861). Les Polonais de Galicie, après avoir député, se retirèrent bientôt. Les Tchèques, qui avaient conquis, avec une liberté relative pour leur presse, la majorité dans la Diète de Bohême, envoyèrent Rieger (fondateur avec Palacky des Narodny Lisli) revendiquer les droits que leur promettait le rescrit impérial du 8 avril 1848 : l'égalité des langues tchèque et allemande, et une constitution. L'intolérance des Allemands le força de se retirer. En 1863, le quorum avait été atteint, grâce à la résignation de plusieurs Landtags ; mais, très vite, il ne resta plus au Reichsrath que les Allemands et les représentants des petites nations (Saxons et Roumains de Transylvanie), malgré leurs griefs contre Schmerling et sa germanisation à outrance.

Les Hongrois demeuraient irréductibles. Deux libéraux, François Déak et Eotvds, donnèrent le ton à la Diète de Hongrie quand elle se réunit pour la première fois depuis I84<J (6 avril 1861). Elle s'adressait à François-Joseph comme à un « Sérénissime Seigneur », non encore

couronné roi, laule de souscrire ix ces conditions préalables : la réunion en un seul État de la Hongrie-Croatie-ïiansylvanie, la reconnaissance de la Constitution de 1848, le régime parlementaire avec un ministère hongrois responsable. Elle repoussait la Patente de février qui soumettait la nation « à un corps en majorité étranger » auquel elle refusait de députer (juillet 1861); et comme, sans son concours, le « Reichsrath étroit » votait le budget des dépenses, les Hongrois refusèrent de payer des contributions votées par un (( Parlemeid-Croiqiion ». Déjà la Diète était dissoute (21 aoCif) et, pour réduire la grève parlementaire et llnancière, le pays entier soumis à l'état de siège (5 novembre). Le régime de compression militaire dura jusqu'à 1866.

En Autriche même, Schmerling n'avait pas meilleur succès. En présence du déticit croissant (les impôts ne rentraient pas en Hongrie; des magnats s'obstinaient à ne pas acquitter les droits de succession), le ministère dut avouer des emprunts et des virements irréguliers. Furieux de ne pouvoir pas obtenir les lois libérales qu'il réclamait, le Reichsrath exigea du moins l'équilibre du budget (i86i), la réduction des dépenses de la guerre et de la marine 1865), un exposé annuel de la politique étrangère, et refusa d'autoriser un emprunt. Alors l'Empereur, qui n'avait pas réussi à imposer l'unité et l'ordre par la constitution, qui voyait ses ministres paralysés au Parlement par les Allemands eux-mêmes, éclairé par Maurice Esterhazy, adversaire personnel de vSchmerling, comprit qu'il existait en Hongrie une nation trop indépendante pour se fondre dans une monarchie centralisée. A Buda Pesth, où Déak commençait à convenir que des solutions s'ofîraient plus satisfaisantes que la simple union personnelle, il s'en alla prendre contact, et promit de donner satisfaction à ses peuples de Hongrie. Schmerling, dont il désavouait ainsi la politique, démissionna.

La solution dualiste ( 18(>i5-18t>6). — François-Joseph le remplaça par Belcredi ;:27 juillet 1863) et, malgré les protestations des Allemands, suspendit la constitution ('20 septembre). Les mains libres, et laissant s'exalter à faux les aristocrates, qui concluaient de ce préliminaire à une restauration de l'absolutisme féodal, il convoqua les Diètes de Hongrie et de Croatie pour discuter de l'entente (décembre). En Hongrie, Déak s'obstinait, avec la majorité, à réclamer au préalable un ministère hongrois dont la nomination syndioliserait la reconnaissance du régime de 1848. La guerre de 1866 suspendit les négociations, non l'opposition de la Diète hongroise, au moment même de Sadowa, tenue pour une

l' AUTRICHE-HONGRIE DEPUIS 18^9

défaite autrichienne-allemande. Aussi bien, l'Empereur hésitait encore sur la solution. Belcredi espérait en un nouveau Reischsrath qui donnerait place aux nationalités. Mais les Allemands refusèrent d'y siéger. Survinrent les défaites de Bohême. Dès le 47 juillet, Déak, mandé à Vienne, exposait les demandes hongroises que l'Empereur acceptait le 19, en désignant Andrassy pour former le ministère hongrois.

Ce fut le comte de Beust, ancien premier ministre de Saxe, nommé ministre des Affaires étrangères pour préparer la revanche contre les Hohenzollern, qui décida de la forme à donner à l'entente : en Autriche et en Hongrie, un régime conulilulionnel ; entre les deux, un compromis. Le 18 février 1867, le ministère Andrassy entrait

en fonctions; le 8 juin, Fran- '»51P'''^k J2K^>

çois-Joseph recevait à Pesth la couronne de saint Etienne el promulguait le compromis.

Le compromis austrohongrois (Ausgleich). —

Le compromis, qui suppose l'existence de deux États indépendants, l'Autriche (et non plus les « domaines héréditaires » comme sous l'ancien régime, et la Hongrie, n'a pas constitué avec eux un État nouveau fédératif, comme le Bund allemand du nord de la même date. Il n'établit entre eux qu'un accord limilé, temporaire, pour dix ans, renouvelable aussi longtemps que dureront le régime constitutionnel en Autriche, et la dynastie de Lorraine-Habsbourg. Accord tout politique ; la vie économique reste en dehors du contrat, dépend des Parlements particuliers. Accord avantageux surtout pour la Hongrie qui ramène à Buda- Pesth, comme l'avait prévu Bismarck, le centre réel de la monarchie, désormais expulsée de l'Allemagne.

Les deux États, égaux en droits, gouvernés par le même souverain empereur d'Autriche, roi apostolique de Hongrie), ont le même drapeau, mais portent deux titres différents. La Transleithanie comprend les o pays de la couronne de saint Etienne »

Wf

Comte de Becst (1809-1886)

(Hontfiie, Croatie, Slavonie, Tiansylvanio, Confins militaires); la CisJeithanie comprend les dix-sept autres provinces (avec la Galicie et la Hukovine, sitiu'es i\ l'est de la Leitha). A chaque État, une nationalité dominante imprime son caractère propre. On en comptait dix, rattachées à quatre races : germanique (Allemands), finnoise-hunnique (Magyars), laline (Italiens, Roumains), slave (Tchèques, Slovènes, Polonais, Ruthènes, Serbes, Croates). Mais trois seulement comptaient : Allemands, Polonais et Magyars; les autres étaient des « hortlos o, aux dépens desquelles les Magyars, victorieux de \'ienne, lirent appliquer le système des hégémonies. Malgré l'article 19, qui proclamait les nationalités égales, la Cisleithanie fut allemande, la Transleithanie magyare, et chacune (( garda ses hordes », latines et slaves.

Dans chaque Ktat, un ministère spécial gouverna, d'accord avec un Parlement de deux Chambres. Toutefois, Déak avait concédé qu'il existait entre les deux États des intérêts dont l'ensemble manifestait pour l'étranger l'existence d'une « monarchie austro-hongroise ». Ils furent partagés en deux catégories : 1" les (( Affaires communes aux pays représentés dans le Reichsrath et aux pays de la couronne de Hongrie », réduites à trois (relations extérieures; guerre et marine, à l'exception du chiffre du contingent et de la durée du service; dépenses communes), expédiées par trois minisires d'Empire (des Affaires étrangères, des Finances, de la Défense nationale) responsables devant les deux Parlements; "2° les a Affaires traitées d'après des principes communs à concerter de temps en temps » (commerce, douanes, monnaies, système militaire, législation industrielle) confiées à des Délégations annuelles de 60 membres par État (dont 40 élus par la Chambre basse) qui siègent, en alternant, à Vienne et à Buda- Pesth, déJibèrent séparément dans leur langue officielle, votent séparément, sauf en cas de désaccord, où elles se réunissent en assemblée plénière, mais seulement pour voter. Les dépenses communes, toujours supérieures aux recettes, sont acquittées par des sommes prélevées sur le budget de chaque Etat d'après ses forces contributives (70 pour 100 pour l'Autriche, \^0 pour 100 pour la Hongrie en 1867) et votées par des commissions parlementau'es (<i députation de la quote-part »). Chaque Parlement doit approuver les décisions prises aux Délégations, en des textes identiques. Au cas où la convention financière décennale et le compromis ne pourraient pas être votés d'accord, le souverain a le droit de les promulguer par une ordonnance signée de tous les ministres responsables, à condition qu'elle ne touche pas aux lois fondamentales, qu'elle

l'autriche-hongbie depuis 1849 9

ne grève pas le Trésor à longue échéance et qu'elle n'aliène aucun domaine de l'État (article 14).

Orgranisation du dualisuic (18(>7-1870). — D'après ces formes, le compromis lui-même fut voté dans les deux États. — En Hongrie, ce fut l'objet de la loi XX (1867. Mais le succès des Magyars allait encourager les espérances des autres nationalités; elles échouèrent partout où manquaient les hommes ou les classes (d'anciennes aristocraties par exemple) préparés à la vie politique. La Transylvanie, en grande majorité roumaine, avait possédé, eu 18i!) et en 18G3, un Landtag qui avait député au Reichsrath plénier; Andrassy 1' d incorpora » à la Transleithanie, supprima son Landtag, la partagea en 75 circonscriptions, dans lesquelles le vote censitaire assura les sièges législatifs aux aristocrates magyars et saxons. Avec la Croatie, il fallut user d'autres méthodes. La population en était slave, très fière des anciennes institutions du royaume de Croatie-Slavonie, et avait rencontré en Strossmayer un héraut de ses revendications : à la Diète de 1865, il prêchait d le devoir de résister virilement à toute centralisation, qu'elle vienne des Allemands ou des Hongrois. Car la centralisation... ne répond pas à l'esprit du droit, elle ne correspond pas à l'esprit de l'Évangile I). Il faisait de Zagreb (Agram) le centre d'un mouvement intellectuel qui se propageait jusque chez les Slaves des Balkans. Seulement, la Diète fut dissoute, l'évèque envoyé en exil à Paris, et il fallut déployer toute la pression gouvernementale pour qu'une Diète nouvelle, où dominait le parti (( magyaron », signât avec la Hongrie le compromis (nagoda). La Nagoda maintenait le royaume Iriunitaire de Dalmatie-Croatie-Slavonie, avec un ban (gouverneur), nommé par le roi et responsable devant la Diète croate (Sabor) de 75 députés élus par un suffrage très restreint (et 25 de droit). La Croatie, tout à fait autonome pour l'administration, la justice, l'instruction publique et les cultes, conservant ses armoiries et sa langue officielle, enverrait au Parlement « commun » de Transleithanie ai délégués de la Diète, sur lesquels 5 siégeraient aux Délégations. Un ministre croate figurerait dans le cabinet de Buda-Pesth. Arrangement équitable dapparence, qui se révéla bien différent à l'application.

En Autriche, la Conslihdion du '21 décembre 1807 organisa la monarchie représentative libérale : elle j)roclamait l'égalité devant la loi des citoyens, tous admissibles aux emplois, les libertés politiques et civiles, l'égalité des langues et des nationalités. Le ministère devenait responsable devant les deux Chambres du Reichs-

10 CHAPITRE l

liilli : la Chambre des seigneurs et la Chambre des députés (203) éhuî par les 17 Landtags. Les Chambres votaient le budget, légiféraient sur les services généraux (armée, commerce, transports, hygiène, « rapports confessionnels », enseignement, justice), abandonnaient aux Landtags le budget et la législation provinciale. — Une telle constitution satisfaisait les 9 millions d'Allemands qui allaient dominer légalement 9 millions de Slaves. Mais les Slaves regimbaient déjà. Heust n'avait prétendu traiter qu'avec les Magyars; il se débarrassa des revendications des 3 millions de Polonais, en leur donnant à régenter 'à millions de Ruthènes. La Galicie reçut seulement une Diète à compétence législative étendue, dans laquelle le polonais fut langue ofdcielle, avec un ministre polonais dans le cabinet viennois.

Restait la Bolu'me, « épieu enfoncé dans la chair allemande », le plus important des « royaumes et pays représentés dans le Reichsrath », l'un des centres de cette renaissance slave qu'affirmaient encore, depuis 1863, la fondation du Thénlre Ichèque et la publication d'une Encijclopédie Ichèque. Mal traités depuis IG'20 qui leur avait enlevé leurs libertés, confiants en 4848 dans le fédéralisme, puis privés de leur Diète, les Tchèques gardaient le souvenir de leur ancien royaume indépendant sous la «~ couronne de saint Wenccslas ». Cette couronne, la Diète de Bohême l'offrait à François- Joseph en ISti^i; mais le Saxon Beust n'entrait point dans ces vues. Dès labord, les Tchèques refusèrent de députer au nouveau Reichsrath. L'un d'eux, Rieger, conduisit, en manière de protestation, une délégation au congrès slave de Moscou, fut reçu en audience par Alexandre II. Comme le ministère autrichien Auersperg-Giskra multipliait, contre cette démonstration de slavisme, les accusations de trahison, Rieger rédigea (2*2 août 1868) une (( Déclaration des droits de la Bohème » que signèrent aussi des représentants delà noblesse et qui, protestant contre l'incorporation à la Cisleithanie, revendiquait un Iraitement identiciue à celui de la Hongrie : l'autonomie avec un Parlement national. Reust répondit par la proclamation do l'état de siège. Pourtant il lui fallut, en 1869, négocier pour un conqjromis que sembla promettre le rescril impérial du /ï? septembre 1870. Le rescrit reconnaissait les droits tchèques que confirmerait le couronnement à Prague. Puis, l'Empereur appela au ministère le comte Charles Hohenwart (février 1871), qui se déclarait prêt à consentir à la Bohème les mêmes avantages qu'à la Galicie. Colère des Allemands, qui provoqua la dissolution du Reichsrath (10 aoid). La Diète élabora des « Articles fondamentaux », que Rieger porta à Vienne, et (jui organisaient les droits d'État du royaume de saint

l'autriche-iioxgrie depuis 1849 11

Wenceslas par une sorte de dualisme dans le dualisme même. Mais des influences puissantes devaient ruiner le projet. Andrassy, premier ministre transleithan, fît savoir que les iMagyars n'admettraient aucun changement au compromis pour ne pas inciter leurs « hordes » slaves à imiter les Tchèques; Bismarck protesta en faveur des Allemands d'Autriche, qui avaient droit à la suprématie et qui pourraient bien se donner à la grande Allemagne. Or, l'Empereur redoutait d'ébranler l'œuvre de 1867, et peut-être son trône; il ne signa pas les Articles fondamentaux. Conseillé par Beust et Andrassy, sollicité par le roi de Saxe au nom de Bismarck, il renvoya Hohenwart (30 octobre), et Beust lui-même (14 novembre), dont Andrassy prit la place aux Affaires étrangères. Triomphe du dualisme, mais plus encore de la Hongrie qui allait, pour de longues années, imposer à la double monarchie sa politique particulière.

Page 1