II. — Le Tonkin et Vlndo-Chine française
Jean Diipuis et Francis Ganiîer (1873-1882). — En 1871, Bismarck avait refusé de considérer comme intéressante l'acquisition de la Cochinchine française. — Les instructions que le gouverneur, amiral Dupié, recevait de Paris, lui ordonnaient aussi bien de s'abstenir de toute politique d'action. Ce fut l'initiative d'un commerçant, Jean Dupuis, qui attira la France au Tonkin et provoqua lachèvement de son empire d'Extrême-Orient. Dupuis, établi à Hankéou, fournissait aux généraux chinois, par la voie du Yang-tseu, des armes et des munitions. Les conversations qu'il eut avec la mission Doudart de Lagréelui inspirèrent d'étudier la navigabilité du Song-koï (fleuve Rouge du Tonkin) (1). Il en lit l'exploration et proposa, mais en vain, au gouvernement trançais de lui ouvrir par cette route l'accès de la Chine du sud.
Éconduit à Paris, il fit cependant remonter jusqu'à Manhao, malgré le mandarin Nguyen-Tri-Phuong, un convoi formé à Hong-Kong et destiné au maréchal Ma, commandant contre les Taïpings l'armée 1 hinoisc du Yunnan (mars 1873). Un second convoi ne dépassa pas Hanoï; non seulement les mandarins prétendaient lever leurs habituels péages arbitraires sur la navigation du fleuve, maisTAnnam se fermait avec soin à toute communication avec le dehors, n'admetlait pas que ses fleuves servissent à des étrangers. Cet isolement môme paralysait l'Annani; Tri-Phuong, qui employait 50.000 hom-
Francis Garnier
(1) Voir l. I, chap. xv, ii
mes à loiislriiirt' des l)arragos «le l)anil)oiis cl à tendre des câbles de roliii en travers du lleiive pour arrôter Dupuis, ne disposait ([ue de soldats arnu^s d'arcs el de fusils à mèches, terrorisés tout de suite par les revolvers européens. Dupuis résista dans un fort avec une poii,'née de soldats yunnanais et une dizaine d'Kuropéens appuyés sur cpielqucs canonnières. 11 se sentait de taille à conquérir le Tonkin en soulevant la population contre les Nguyen, peutêtre avec l'appui des (Ihinois du Yunnan. Mais d'ahurd il (il appel au contre-amiral I)u[)ré et j'i la France.
Dupré ion lia au lieutenant de vaisseau Francis Garnier la
I'aLAIS ItV GOl VLR.NE.VlKrST A SAÏtiON
(d'après une photographie)
nnssion assez vague de résoudre à l'amiable le conflit, tout en servant les intérêts français. Garnier l'interpréta largement. Ses deux canonnières, ses 175 marins ou soldats, bien accueillis à Hanoï (5 novembre 1873), reçurent bientôt du maréchal Tri-Phuong un ordre de départ. Garnier, qui venait d'être renforcé, enleva avec 200 soldats et les hommes de Dupuis la citadelle d'Hanoï, construite à la fin du XMll*^^ siècle d'après le système de Vauban et défendue pur 7.000 Annamites ("20 novembre). Ses lieutenants, Hautefeuille. Trentinian, aidés par les partisans des Lé, prirent d'assaut les chefs-lieux de cinq provinces (Haï-Dzuong, Nam-Dinh, etc.) et organisèrent l'administi-ation du didta. Ils s'y maintinrent contre une attarjue des Pavillons Noirs, débris des Taïitings installés autour de Laokai, que Luh-Vinh-Phuoc avait menés le "21 décembre à l'attaque d'Hanoï. Entiaîné à les poursuivre en rase campagne,
Garnier tomba dans une embuscade avec l'enseigne Balny d'Avricourt. Sa mort arrêta cette prodigieuse aventure.
Le gouverneur de la Cochinchine ne se croyait pas autorisé à la prolonger. Le lieutenant de vaisseau Philastre, envoyé pour reprendre les négociations, désavoua Garnier qu'il affectait de considérer comme un forban, signa un compromis qui réservait dans Haïphong un unique fort aux Français. Il plaça même sous séquestre la flottille de Dupuis ainsi que ses biens personnels. Avec un négociateur si accommodant, l'empereur Tu-Duc signa le Irailé du 15 mars 1874 ; il enregistrait la conquête de la Cochinchine, moyennant lindépendance complète de lAnnam à l'égard de toute puissance étrangère, et s'engageait à conformer sa politique extérieure à celle de la France. Des articles spéciaux prévoyaient une amnistie en faveur de tous les Tonkinois compromis avec Garnier, le libre exercice du culte catholique, le droit pour les missionnaires de posséder partout des immeubles, le même droit pour les Français et les étrangers dans les trois seuls ports de Hanoï, Haïphong, Oui-Nhône, ouverts au commerce européen ; la France y installerait des consuls avec une escorte de 100 hommes. Un résident français serait accrédité à Hué; Tu-Duc recevrait en cadeau le reliquat de l'indemnité de 1862, avec en plus cinq bâtiments à vapeur et du matériel de guerre.
En fait, lAnnam n'exécuta pas le traité. Alors que, au dire du vicaire apostolique du Tonkin, 200 hommes auraient suffi à en chasser les mandarins, le cabinet de Paris tergiversa pendant dix années, laissa sans protester la cour de Hué brimer le résident et les consuls au Tonkin, barrer i)ar des troupes de Pavillons Noirs la circulation sur le lleuve Rouge, traquer les partisans des Lé, incendier leurs villages et ceux des chrétiens, les massacrer par centaines. Pour comble, Tu-Duc invoqua la suzeraineté de la Chine qu'il avait niée en 1874 ; le ministre chinois à Paris, Tseng (qui se faisait appeler marquis Tseng», prétendit la faire prendre au séricnix par Ganibetta, président du Conseil (1881). Le danger, ce fut que les Tonkinois acquis à notre influence se découi*agèrent, que les Annamites s'entraînèrent à la résistance, qu'Espagnols et Anglais intriguèrent près d'eux, que les Chinois, pénétrant dans le pays, prirent à leur solde les pirates exercés pour nous le disputer, le moment venu. Il nous fallut alors y envoyer 40.000 hommes.
La préparation de ia conquête (1882-1883). — Au début de IHS'-i, le gouverneur de la Cochinchine, Le Myre de Vilers, estima qu'il devenait nécessaire (( de relever le prestige de lautorité fran-
CIIAI'ITHE V
raisi' 0. Il n'iir<tit;a iloiif li' dt'IaclicMiu'iil d'Hanoï par 'M)Û lioiuincs cl une (lciui-l)allcrie aux ordres du (capitaine de vaisseau Henri Rivière (mais 1S82). Rivicro devait, surveiller le Souj^'-koï, établir un poste sur la rivière (Maire, en évitant les coups de fusil qui (( ne serviraient (|u'à nous créer des embarras ». Mais coninie, du côté annamite, les préparatifs de guerre ne se dissimulaient même plus, le commandant somma le Tong-Doc d'évacuer la citadelle et, de vive force, s'y établit (2f) avril). Pendant une année il en resta le maître, menacé toutefois par rinlillration continue de réguliers et
dirréguliers chinois qui, en automne, occupèi-ent Nam-Dinh. A I^ékin, les négociations diplomati«iues menées par le ministre de France, Bourée, avec Li-Hong-Tchang, présentaient un caractère si illusoire que le président du Conseil, Duclerc, dut, malgré l'opposition de Grévy, expédier au Tonkin 700 hommes de renfort.
Rivière s'en servit pour rétablir ses communications avec la mer et pour reprendre Nam-Dinh (27 mars 1883).
Mais assiégé dans Hanoï même par 20.000 Annamites, Chinois et Pavillons Noirs, il sortit vers l'ouest avec 500 hommes et deux canons, tomba dans une embuscade préparée au Ponl-de-Papier, fut entouré par un ennemi très supériem- en noml)re qui lui tua 4 oflicicrs et 73 soldats, et y périt (19 mai).
La mort de Rivière et l'échec subi décidèrent Jules Ferry, devenu président du Conseil (avec Challemel-Lacour aux Affaires étrangères), à rom[)re la conversation de Pékin par le rappel de Rouréc, à porter à 4.000 hommes l'effectif des troupes, à contier au do(-teur Harmand, consul général à Rangkok, les pouvoirs de commissaire civil pour le Tonkin et l'Annam et à détacher la division navale du contre-amiral Courbet en croisière sur les côtes contre 1(> débarquement des armes et des munitions de guerre.
Les premiers renforts expédiés de Cochinchine assurèrent la défense des places de Hanoï, Nam-Dinh et Haïpliong. Le général Bouet enleva encore Haï-Dzuong, mais ne réussit pas à débusquer 1 ennemi de Sontay ni de Bac-Ninh (15-16 aoùtl8S3). Intimidé par cet échec, il hésitait à prêter une partie de ses troupes pour aider
Henri Rivière
à la prise de Hué qui, suivant le plan de Courbet et d'Harmand, devait amener l'Annam et la Chine à composition. Courbet, averti de la mort de- Tu-Duc (17 juillet), n'en bombarda pas moins les forts de Thiian-An, à lembouchure de la rivière de Hué, et les fit enlever par ses compagnies de débarquement (20-'21 août). Le 'io août, la cour consentit de nouveau au protectorat sans limitation sur le Tonkin, moins étendu sur l'Annam dont l'indépendance à l'égard de la Chine fut affirmée. L'Annam cédait la province de Bin-Thnan à la Cochinchine et confiait à un Fran(;ais l'organisation des douanes. Des agents français contrôleraient les mandarins au Tonkin, où la France fortifierait les principaux postes. Mais la Chine protesta : elle réclamait maintenant l'évacuation du Tonkin, en vertu de la suzeraineté à laquelle elle prétendait toujours, et le retour à l'état de choses antérieur à 1873. Ferry répondit en faisant approuver par la Chambre un programme d'occupation du delta du Song-koï; et comme le général Bouet, peu d'accord avec Harmand, n'arrivait pas à dégager Hanoï, Ferry rappela l'un et l'autre pour donner au contre-amiral Courbet, avec des renforts nouveaux, des pouvoirs de commissaire du gouvernement et le commandement supérieur des armées de terre et de mer.
Conquête du Tonkin. Courbet. — Courbet possédait l'àme d'un chef, savant et énergique. Bien qu'il n'approuvât pas la fiction en vertu de laquelle le ministre, pour ne point se dire en guerre avec la Chine, n'envoyait au Tonkin que de maigres contingents successifs (le système des a petits paquets »), il utilisa ses 9.000 hommes à réaliser le programme imposé de Paris: l'occupation de Sontay, de Bac-Ninh et de Hong-Hoa. 3.000 hommes gardèrent le pays déjà conquis; avec les 6,000 autres, il assiéga Son^ laij, vaste enceinte armée <le 100 canons, entourée d'un fossé large de cinq mètres, de digues, de pagodes fortifiées et d'ouvrages en terre, d'où 10.000 soldats chinois, 10.000 Pavillons Noirs et 5.000 Annamites menaçaient assez directement Hanoï. En trois jours, au prix de 400 hommes hors de combat, il enleva la ville (14-16 décembre) et la citadelle (17 décembre), puis donna la chasse aux pirates à travers le delta. Tseng ne pouvait plus nier la participation chinoise à la guerre; il la notifia officiellement. Mais, contre la Cliine, il devenait nécessaire de recourir à de plus puissants moyens. Le gouvernement constitua avec des troupes métropolitaines un corps de 16.000 hommes en deux brigades (généraux Brière de l'Isle et de Négrier) aux ordres du général de division Millot. Courbet, promu vice-amiral, reprit,
CUAHITRK V
dans la l)aic d'AIoiifj;', le coninKiiKlciiioiit (ht son oscadre (12 février 1884).
Millot alta(iua de front Bar-Ainh avec sa prenii(''re brigade et la tourna avec la seconde (7 mars^^ ; les 25.000 défenseurs résistèrent jusqu'au 12 mais, puis se replièrent sur Langson et Thaï-Nguyen. Millot occupa Thaï-Nguyen, se rabattit avec l'ensemble de ses forces sur Hong-Hoa, d'où il chassa Luh-Vinh-Phuoc à coups de canon (12 avril). Par ses ordres, une petite colonne remonta la rivière
Claire et s'installa en avantpostes dans Tuyen-Quan (l'^'" juin).
Ces vigoureuses op'érations firent céder une première fois la Chine, qui rappela de Paris le u marquis » Tseng, et engagea par Li-Hong-Tchang, viceroi du Tché-li, des pourparlers avec le capitaine de frégate Fournier, de l'escadre d'Extrême-Orient. En quatre jours (7-11 mai 1884), ils établirent les termes d'une convention par laquelle la Chine s'engageait à retirer du 6 au 26 juin ses troupes du TonUin et à respecter les traités présents et futurs de la France avec l'Annam, — la France à respecter les frontières méridionales de l'Empire du Milieu, dont les provinces limitrophes seraient d'ailleurs ouvertes à son commerce. Le traité définitif serait signé par Patenôtre, alors occupé à parfaire en Annam l'instrument du protectorat {Irailé de Tien- Jsm, 6 juin 1884).
Or, Pékin n'expédia aucun ordre pour l'évacuation du Tonkin. Lorsque le lieutenant-colonel Dugenne, chargé, avec 800 hommes, de prendre possession de Langson, parvint à hauteur de Bac-Lé, il s'y heurta contre des troupes chinoises en force. Dugenne parlementa, voulut passer outre ; il dut rétrograder sous un feu roulant jusqu'au moment où la brigade de Négrier recueillit les débris de la colonne pour la ramener à Bac-Ninh (30 juin).
Amiral Courbet
Guerre maritime contre la Chine 1 188^1-1883). — Dans
l'affaire de Bac-Lé, où la Chine ne voulait reconnaître qu'un malentendu causé par un retard à transmettre les ordres, la France vit un guet-apens. Elle réclama des réparations, 250 millions d'indemnité à l'échéance du i"' août. A cette date, Li-Fong-Pao, successeur de Tseng, quitta Paris, et la campagne contre la Chine commença ; mais, pour ménager les susceptibilités des neutres, sans déclaration de guerre, au désespoir de Courbet, privé par là de certains moyens d'action. Néanmoins, le contre-amiral Lespès se porta sur l'ile de Formose, bombarda Keliing, sans pouvoir y maintenir ses compagnies de débarquement (o aoùtj. Courbet, plus heureux, remonta la rivière Min, parut devant Fouichéou ; il y. fit sauter 9 vaisseaux de guerre (la moitié de la flotte chinoise), ruina l'arsenal (23 août) et, redescendant la rivière, détruisit les défenses accumulées sur les rives. Il se proposait d'affamer Pékin en interceptant les convois de riz venus du sud et, dans cette vue, d'occuper Port-Arthur pour al)Outir au blocus du golfe de Petchili. Mais le cabinet de Paris redoutait les réclamations des neutres ; il prescrivit à l'amiral de concentrer ses efforts sur Formose et de se saisir de Kelung, y compris ses mines de charbon. Courbet proclama le blocus de l'ile entière (octobre), maintint pendant tout l'hiver 1.800 soldats d'infanterie de marine autour de Kelung ; ils y soufrirent à l'extrême du choléra, des fièvres, de privations de toute nature. Au nord-ouest de l'île, Lespès renonça à prendre Tamsiii [9 octobre). Les renforts amenés en janvier 1885 parle colonel Duchesne se bornèrent à prendre pied à Fort-Bambou et à Louan-Louan (4-7 mars). Toutefois, Courbet coula en vue de Sheipou deux croiseurs ennemis qui s'aventuraient hors du Yang-tseu (15 février) et se saisit des îles Pescadores, dans le détroit même de Formose ("29-31 mars).
Général Bkikre de l'Isli;
Opérations au Tonkiii. — Le général Brière de l'Isle, successeur du général Millot (août 1884), menacé d'une attaque dans le delta du fleuve Bouge par les armées chinoises des deux Kouangs et du Yunnan, s'occupa de se créer des points d'appui pour atteiniJre Langson et la rivière Claire en utilisant soit la route de Bac-Lé,
ni
CIIAPITKK V
suit la vallt'c du Lor-Nam et Ir cani|t rcliaiirlui do (Jiii, qu'il culeva le 11 octobre. Lo 8, h Kep, la l)rigadc de Négrier avait arrêté l'armée d'invasion du Kouang-Si ; en iiovendire, d'aidrcs opérations abouliicnl, a|)r(''s la défaite des troupes du Yunnan, à renforcer à CM) liiHinnes la garnison de Tuyen-Ouan, coniniandée par le eiii^f d(> bataillon Dominé.
Hriére de l'isle, fortifié au camp de Chu, en possession desesapprovisioniuMuenls et moyens de ti'ansport, força avec 7.000 hommes en deux brigades (colonel Giovaninelli et général de Négrier) le délilé de l)oii</soii (où il perdit iUU soldats, i-12 février) et occupa
LtiiKjson évacué par l'armée chinoise. 11 y laissa \^ brigade de Négrier et se rabattit (16 février) sur Hanoï pour aller, avec la brigaile (JiovaniiH^lli, débloquer la garnison de T^ycrt-Oua/J. La place possédait six mois de vivres et six pièces d'artillerie de calibres divers. Les Pavillons Noirs de Lao-Kai la bloquèivnt dès le 15 décembre (tl Jo.OUO Yunnanaisen commencèrent le siège régulier (fin janvier). Le 1"2 février, une mine fit sauter une partie du mur d'enceinte sur laquelle Dominé repoussa sept assauts ; le sergent du génie Bobillot réparait les brèches au fur et à mesure. La garnison perdit 278 tués ou blessés.
C'est alors (pi'arriva Brière de l'isle (2 mars); dans une bataille de i^\(n\\ jours contre un ennemi retranché derrière des fossés et des palissades de bambous, la brigade Giovaninelli sacrifia 500 hommes, mais délivra Tuyen-Ouan (3 mars).
De son côté, la "ï^ brigade avait poussé une pointe jusqu'à la porte de Chine ('âS février) et laissé un poste avancé à Dong-Dciru). Le 20 mai's, l'armée ilu Kouang-Si altarpiait le poste. Négrier le dégagea le 22 et attaqua le camp retranché de Bang-bo (24 mars) ; battu après avoir perdu 300 hommes, il recula jusqu'à Kiloua, en avant de Langson et se fit renforcer à 3.500 soldats. Mais assailli à son tour (28 mars) et blessé par une balle, il remit le commandement au lieutenant-colonel Herbinger. llerbinger, qui redoutait de se trouver aux )»rises avec des forces trop supérieures lon aniu)ii
Glm':kal I)K NiiuRiEit (lit' en 18oy)
r.ES AFFAIRES COLONIALES DEPUIS 187O 115
rait 40.000 Iioinmes), ordonna d'évacuer Langson et recula en assez grand désordre jus(ju'au camp de Chu ; il abandonna ou perdit le matériel, les canons, le trésor même. Tel fut le « désastre de Langson », qu'une dépèche alarmiste du général en chef présenta comme capable de nous faire perdre tout le delta. Connue à Paris le 29 mars, elle provoqua dans la Chambre des députés une discussion tumultueuse. Ferry demandait 200 millions pour recommencer la campagne. Clemenceau et Delafosse les refusaient à un cabinet désormais dénué, alléguaient-ils, de toute autorité morale. Raoul Duval concluait de môme ; Ribot accordait les 200 millions, mais à un autre ministre que Ferry: « Vous devez laisser à d'autres le soin de réparer vos fautes ». Et une coalition de 306 voix de droite et de gauche (contre 149) renversa le ministère.
Ce fut pourtant Ferry qui, en qualité de ministre intérimaire, accepta les préliminaires de paix négociés à F^ékin dans le secret par sir Robert Hart, inspecteur général des douanes chinoises, et son secrétaire Campbell. La Chine, fatiguée de la guerre, menacée d'être affamée par la suppression des arrivages du riz (considéré comme contrebande de guerre), se résolut à ratifier la convention de Tien-Tsin du 1 1 mai 1884, fît évacuer le Tonkin par ses troupes, malgré les résistances de Luh-Vinh-Phuoc, et traita déliiiitivement le 9 juin (Irailé Palenôtre-Li-Hong-Chang). Elle reconnaissait le pi'otectorat français sur l'Annam et sur le Tonkin; la France lui rendait Formose et les Pescadores, sans réclamer aucune indemnité de guerre. Deux jours après, Courbet mourait eu rade de Makung (Pescadores) sur son vaisseau le Baijard.
Pacification du Tonkin et tic l'Annam (188o-1887). —
Rien (pie la guerre fût tei'minée, une division de réserve, aux ordres du général Coiffé, arriva en Indo-Chine, avec un nouveau commandant en chef, muni de pouvoirs diplomatiques, le général Boussel de Courcy. 11 disposa de 30.000 hommes (divisions Rrière de rtsle et de Négrier), avec lesquels son chef d'état-major, général Warnet, présida à l'occupation du Tonkin (Luh-Vinh-Phuoc rentra au Kouang-Si) et donna six mois la chasse aux pirates.
Pour lui, tranquille sur le Cambodge, où une révolte, agréable peut-être au roi Norodom, avait cédé devant l'entrée de .'t. 000 hommes fournis par la Cochinchine, il s'appliquait à régler, à Hué même, les détails d'organisation du protectorat. Débarqué à Thuan-An (2 juillet) avec un l)ataillon de zouaves et une compagnie de chasseurs, il chicana deux jours sur les honneurs et préséances avec les régents Nguyen et Thuyet, qui finirent par le faire atta-
Ht; CIIAI'ITHE V
(liu'f (If nuit |i;ir tics masses d'iiiraiitcrut cl de rarlillfriu. Au inatiii (.'» juilli'l), les Fi'anrais vicloricux iiiirtMit la main sur la ciladelU' et ses 1.100 canons, le palais et le trésor impérial. Mais si N^niyen se soumit (il fallut bientôt l'expédier à Taïti), Thuyet s'enfuit avec l'empereur Ham-Nghi dans les montagnes de l'ouest, d'où il dirigea les insurrerlious de l'Annam el du Tonkiii. Des milliers d'indigènes cluéliens en furent victimes. A sa place, Dong-Khan, lils de Tu-Duc, installé empereur au mépris des formes traditionnelles, n'exerçait aucune autorité (septembre 1885). 11 fallut rappeler Roussel de Courcy (janvier 1886) ; et bien que la Chambre nouvelle, élue en réaction contre la politique coloniale de Ferry, n'eût accordé les crédits nécessaires à la piise de possession qu'à une majorité de quatre voix, le général Warnet, en quelques mois, occupa Llto-Kai, réoccupa Langson, organisa des troupes indigènes, traita des routes, en attendant l'arrivée du premier résident général civil, qui fut Paul Hert.
Paul Bert. installé à Hano'ï, délégua à Hué un résident supérieur ; il estimait que seul le Tonkin se prêterait à une organisation durable. Pour commencer, il convenait de délimiter la con- (|uète nouvelle, à quoi ne se prêtait guère la commission de man- (iai'ius nommée par la Chine, Les moyens d'information et de contrôle manquaient également; les interprètes trahissaient les di|»loniates et les ofticiers franç^ais; partout des concours sournois pi'ètés aux pirates et des haines irréconciliables. Le résident général remit l'arriéré des impôts, remplaça le paiement en nature par le paiement en espèces, atténua le régime îles corvées, attribua des secours aux provinces appauvries par la guerre, des pensions aux soldats indigènes blessés dans nos rangs, construisit et répara les digues, fonda un hôpital pour les indigènes. Il comprenait que l'aristocratie des lettrés demeurerait longtemps hostile ; une Acodémie tonkinoise devait donc grouper un corps de savants capables de renouveler le personnel administratif avec le système des examens. L'n conseil de notables élus donna son avis sur les impôts, la police, l'entretien des digues, des canaux et des routes, l'exploitation des mines, le service télégraphique, etc. Un Comité permanent agricole, industriel et commercial prépara les tarifs de douanes, correspondit avec les Chambres de commerce de France et projeta pour 1887 à Hanoï une Exposition coloniale; enfin Paul Bert créa des écoles franco-annamites qui firent j)énétrer la langue française dans les rangs des petits bourgeois et du peuple. Lu même lenq>s, il s'appliquait à réduire le brigandage dans les provinces du nord et du siul de l'Annam; au retour de l'une de ses négociations à la
cour de Hué, il succomba à la maladie (9 septembre 1886). Bihourd, son successeur, se heurta aux mêmes difficultés : piraterie au Tonkin, brigandage en Annam, hostilité du cornai (conseil du roi) et du roi lui-même qui se plaignait de ne plus posséder qu'une autorité dérisoire. En 1887. les décrets des 17 et ^20 octobre organisèrent un gouvernemenl général de V Indo-Chine qui comprit la Cochinchine et les protectorats du Cambodge, de l'Annam et du ïonkin, avec un budget commun pour les dépenses militaires, postales et douanières. 11 releva du sous-secrétariat d'État des Colonies.
Le rég-iine du g-ouverncuient général (1887-1910). —
Le premier gouverneur général de l'Indo-Chine, Constans, arrivait de Pékin, où il venait de négocier un traité de commerce avantageux. 11 ne resta que le temps d'allirmer à la cour de Hué le maintien du régime du protectorat. Richaud, ([ui lui succéda (avril 1888avril 1889)i, succomba sous l'accusation de vouloir rétablir le régime militaire, après avoir assuré la succession de Dong-Khan ^28 janvier 188D) au profit de Than-Thaï, âgé de dix ans, et d'un conseil de régence composé de mandarins éprouvés.
Piquet, qui avait longteiîips vécu dans le pays, passa ses trois années de gouvernement à lutter contre les [)irates du Tonkin, renl'orcés par l'infiltration de réguliers chinois, à organiser les régions montagneu.ses en territoires militaires. Il démissionna en 1891. Le gouvernement le remplaça par le député de Lauessan (I891-189i), qui inaugura une expérience décolonisation toute nouvelle. Le décret du 21 avril 1891 lui donna le droit de correspondre avec tous les agents français d'Extrême-Orient, de nommera toutes les fonctions civiles (sauf les résidents et les chefs de services), de les suspendre en cas d'urgence, de disposer, en qualité de commandant supérieur de la défense, des forces de terre et de mer. Le gouverneur réglementa les milices de police, contrôla les services financiers et dressa le budget, d'accord avec le Conseil supérieur de VIndo-Chine. De fait, il abandonna les anciennes pratiques de répression contre les indigènes, amorça un programme de travaux publics, inaugura le premier chemin de fer, de Phu- Lang-Thuong à Langson. Rousseau (1894-1896) continua la politique économique, grâce à un emprunt de 80 millions, destiné à fournir les moyens de poursuivre les pii'ates, construire des routes et des voies ferrées, améliorer le port d'Haiphong. En décembre 1896, il mourait à la peine. Doumer (1897-1902i, anc-ien ministre des Finances, réalisa l'unité de l'empire colonial indo-chinois, en lui donnant une organisation commune et une personnalité finan-
lis CllAI'lTlli; V
fi6rc capable ii\Mnj)niiil»'i', sous sa propre f,'ai'aiilie, ^200 millions do francs en ISÎ)8. 11 institua une vaste enquête sur les conditions d'exploitation des forc'^ls, de culture du riz, du thé et du cale, sur les ressources minières (houille de Kebao et du fleuvi' Houn^e, or et cuivre, étain, plomb et fer) et s'appliqua à leur créer des déboucliés, soit par voie d'eau sur le.s biefs successifs du Mékong et sur les côtes, de Saigon à Haïphong, soit par voies ferrées. A la place du Trnnsindochinois nord-sud, rêvé par son prédécesseur et dont lulililé paraissait douteuse, Doumer ti'aça un [)lan di'xploitation pi'atique des voies ferrées : de Hué à Tourane, de Hanoï à Haïphong, de Saigon à Tan-Linh; enfin, lors du brcak-up of China (avril 1898), la ligne de Hanoï à Lao-Kai fut prévue dans son prolongement chinois jusqu'à Yunnan-sen. En 1900, le gouvernement général était si bien assuré de l'ordre (que seules les entreprises isolées du Ky-Doiig et du Dé-Than avaient un moment troublé), t]u'au premier appel de la légation de France à Pékin il put expédier un contingent de troupes coloniales qui assura la défense initiale contre les Boxeurs. C'était aussi le résultat des opérations militaires auxquelles présidèrent successivement les généraux Duchemiii, Horgnis-Desbordes, Dodds, le vainqueur du Dahomey. (".e progrès [)olitique, militaire et économique, sest encore affirmé sous les gouverneurs généraux Beau et Klobukowski.
Cambodg-e et Laos (ia«i-li)07). —L'établissement français en Indo-Chine s'est consolidé par une série d'arrangements au sujet du Cambodge et du Laos. En 1863, Norodom, par le traité d'amitié et de commerce signé avec la France, avait sauvé son pays de la conquête siamoise. Le Iraitéde i88i établit au Cambodge le régime du protectorat avec toutes ses conséquences : résident général à Pnom-Penh faisant fonctions de ministre dirigeant; dans chacune des huit provinces, un résident, chef de tous les services publics, pourcontrôler les chefs de canton et les maires indigènes. Cependant, au cours des opérations menées au Tonkin, le Siam, qui avait autrefois enlevé au Cj.ind)odge ses provinces iTAugkor et de Hattambang à l'ouest du Tonlé-Sap, avait poussé ses avant-postes jusqu'à la rive droite du Mékong, et bientôt sur la rive gauche, en se rapprochant des ports de Oui-Nhône, Faïfao, Vinh, et jusqu'à 40 kilomètres de Hué (1892). Plus au nord, des détachements envahissaient le Lao&, vaste région montagneuse traversée par le moyen Mékong, dans les i)rincipales villes de laquelle, à Nong-Kaï et à Louang-Prabang, résidaient des consuls français. Depuis Lagrée et Garnier, des explorations répétées avaient dé-
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montré la nécessité de ne pas laisser intercepter sur le Mékong la voie naturelle de circulation entre Saigon et la frontière chinoise : voyages du docteur Harmand à travers les plateaux du centre, du docteur Neïss dans le Tran-Ninh, surtout de la mission Pavie et de ses officiers dans la région du haut Mékong (à partir de 1887). C'était l'époque où l'Angleterre mettait la main sur la haute Birmanie, avec l'intention d'y trouver une route de pénétration vers le Yunnan (projet Colquhoun); il ne manquait pas de Français pour imaginer une liaison entre les mouvements siamois et anglais vers l'est et le nord-est, «l'autant |)lus que l'avancée siamoise s'accompagnait d'humiliations et de violences contre nos résidents et nos protégés; le vice-consul de Louang-Prabang, se croyant abandonné par le gouvernement de Paris, se suicida (1892).
Sous la pression de l'opinion coloniale (que la réussite même de l'entreprise indo-chinoise avait contribué à créer), le gouvernement fit refouler, par des colonnes parties de Hué, de Vinh et do Pnoin- Penh, les soldats siamois sur la rive droite du Mékong et occuper l'île de Khône. En se retirant, les Siamois enlevèrent le capitaine Thoreux et assassinèrent l'inspecteur de police Grosgurin ; un de leurs détachements attaqua le poste de Khône que dégagèrent des renforts venus de Pnoin-Penh. Deux canonnières qui pénétraient dans le Ménam, appelées par le ministre de France, Pavie, furent reçues à coups de canon. La France, par ultimatum, exigea aussitôt toute la rive gauche du Mékong ; sur une réponse dilatoire, le vice-amiral Humann, forçant les passes du Ménam sous le feu des navires de guerre et des batteries, mouilla dans Bangkok môme, prêt à bombarder le palais royal. Le Siam céda, paya des indemnités aux Français lésés, accepta une garnison dans le port de Chantaboun, des consuls français à Mvan et à Khorat, renonça à toute prétention sur la l'ive gauche du Mékong, ijromit de n'entretenir aucune force militaire sur la rive droite dans une zone de 25 kilomètres, ainsi qu'à Angkor et à Battambang, ni aucune embarcation armée sur le Tonlé-Sap [Ivailé du 3 octobre i893, signé par Le Myre de Vilers et le prince Dewawongse).
Derniers rèjirleineiits territoriaux. — Les difficultés insurmontables qu'éprouvèrent les Anglais à mener leur voie de pénétration à travers les hauts plissements du massif indo-chinois conduisirent à d'autres arrangements. Déjà, en 4892, dans la vue d'établir la voie ferrée plus à l'est, vers Maulmein-Semas, l'Angleterre avait déclaré son pj'otectorat sur les Élals shuns du haut fieuve, y compiûs la partie de ct'lui de Xifn-Khonij située sur la rive droite. Elle souhaita la
civation d'une /oiu" iieulro ou (run Klal-tanipon destiné ti prévenir les coidlits. Pavie, qui ach(îvait avec la Cliine la délimitai ion du Toidiin et ouvrait les provinces du Sud chinois à notre pént'tralion éconoini(iue (li'aité i\u "20 juin IHDrii, mena sur place avec Scott, de Louang-Prahang à la frontière chinoise, les études d'où sortirent la coni'enlion franco-anglaise du i 5 janvier 1896. Le Méicong servait de limite au nord du coude de Xien-Khan; les deux puissances s'interdisaient de pénétrer, sans accoi'd préalable, dans le domaine siamois du Ménani et de S(>s ariluenls. lui dehors de cette zone neutre, liherté
d'action pour la France dans le domaine des affluents de droite du Mékong ; liberté d'action pour l'Angleterre dans les provinces siamoises situées au nord d,e la péninsule de Malacca. Ainsi, c'est le Siam, considéré, en dé- |)it desinfluences anglaises et danoises qui s'y
exercent, comme indépenchiut, qui sert d'État-tampon entre les deux Indo-Chines.
Mais le Siam, en vertu de son indépendance même, s'en tenait au traité de 1893. Libéral en concessions de voies ferrées à des compagnies anglaises, de privilèges commerciaux à des Allemands et à des Américains, de lignes télégraphiques à des Danois et à des IJelges, il ne respectait même pas la clause des 25 kilomètres, ni celle de la juridiction des tribunaux français, encourageait les collisions entre Siamois et Cambodgiens, acculait le représentant de la République, Defrance, à la rupture des relations diplomatiques (1896). Ni la visite à Paris du roi Chulalong-Korn, qui put s'entretenir directement en anglais avec le président Félix Faure (1897), ni le voyage de Doumer à Bangkok (I8!)9) ne mirent tin à la politique des coups d'épingle qui dura presque aussi longtemps (pie le désaccord général entre Londreset Parissur les affaires coloniales. De fait, c'est à la veille du règlement franco-anglais qu'ajirès un |»i-eiuier|)rojel,que
Nam-Quan. — La Porte de Chine.
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le Parlement tVanrais refusa crexaminei', les deux États fixèrent la frontière entre le Siam et le Cambodge, en cédant à ce dernier une longue étendue de côtes au sud de Kratt et une partie de la rive nord du Tonlé-Sap, à la France les territoires de Melouprey à Bassac et, au Laos, 25 kilomètres environ sur la rive droite du fleuve, de Xien-Khan à Xien-Kliong. Dans les provinces de Battambang et de Sysophon, la police serait assurée par des troupes indigènes commandées par des officiers français ; par contre, les troupes françaises d'occupation évacueraient Cliantaboun (13 février 1904).
Laconvenlion franco-anglaise du 8 avril amorça néanmoins d'autres conquêtes, en reconnaissant rintluence de la France dans tous les territoires situés à l'est du domaine du Ménam. Là se trouvaient les provinces historiques du Cambodge avec, à Angkor-Vat, les plus grandioses monuments de l'art kmer. En 1907, alors que la République signait avec le Japon un traité de garantie pour ses possessions des mers de Chine, elle obtenait aussi du Siam qu'il rétrocédât au Cambodge les provinces de Siemréap, de Sysophon et de Battambang.
L'Indo-Chine confemporaine. — L'Indo-Chine française comjjrend aujourd'hui les colonies de Cochinchine et du Tonkin, les proleclorals du Cambodge, de l'Annam et du Laos et le lerriloire de Oouang-Tchéou-Ouan. Un gouverneur général, à Hanoï, assisté d'un conseil supérieur et d'un conseil de défense, administre, par un lieiilenanl-goiwerneiir (à Saigon) et des résidents supérieurs à Hué, Hanoï, Pnom-Penh et Savannaket (Laos), un ensemble de l)lus de 800.000 kilomètres carrés, peuplé de dix millions et demi d'habitants, très clairsemés dans les régions montagneuses, pressés en fourmilières dans les plaines et les deltas fluviaux. Pour les Français. llndo-Chine ne représente donc pas une colonie de peuplement, mais une colonie d'exploitation, dans laquelle leur rôle consiste avant tout à introduire, soit pour la culture du sol, soit pour le rendement du sous-sol, soit pour le travail industriel, les procédés de la science et de la technique occidentales. Elle s'avoue plus encore: à savoir un point d'appui i)Our les entreprises françaises dans tout l'Extrême-Orient, si toutefois les réformes réclamées par les plus intelligents des Annamites (répartition meilleure des impôts, remaniement des monopoles, développement de l'instruction secondaire et supérieure) viennent à propos accuser le caractère bienfaisant de la domination ou de la tutelle de la France.
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A CONSULTER
Pelet : Allati des colonies françaises. — Ferhy : Discoiini el opinions, oX : Le Tonkin el la mère-pairie. — L)k Lankssan : L'Indo-Chine française. — DupiJis : Journal de voyage et d'e.rpédilion : Origines de la qaeslion du Tonkin ; et: Le Tonkin de i8j2 à 1886.
Rambauo : Jules Ferry et : La France coloniale. — M. Dubois et Teriueiî : Les colonies françaises. — Waiil : L'Algérie et : La France aux colonies. — PiouET : Les civilisations de l'Afrique du nord. — Lorin : L'Afrique du nord. — Pavie : Rapports sur la mission d'Indo-Chine. — Doumer : L'Indo- Chine (rapports).
I. Le partage de l'Afrique et les affaires du Congo. — II. Conquête de lAfrique occidentale. — III. L'Afrique équatoriale française. — IV. Conquête de l'Afrique centrale.
A partir de 1884, l'élan imprimé aux découvertes africainos ne s'est pas ralenti un instant. La France avait occupé la Tunisie et poussait vers l'est les explorations parties du Sénégal; l'Angleterre, sans bruit, étendait ses possessions de l'Afrique australe et du golfe de Guinée et s'implantait en Egypte. Les nécessités économiques allaient imposer la mise en valeur rapide des continents nouveaux comme IWlricpie, que les applications récentes de la vapeur rendaient facile à atteindre; là les perfectionnements de l'outillage mécanique promettaient une exploitation fructueuse des matières réclamées par l'industrie. Peu à peu disparurent, contre les pays exotiques, ces préventions qui, en France, avaient entravé les démarches de Ferry. L'expansion européenne prit dès lors le caractère d'entreprises politiques ; il s'agit, pour les gouvernements, d'annexer de grands territoires, de constituer de grands empires. De là date l'histoire moderne de l'Afrique.