‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 22 sur 96 · I. — Le partage de l'Afrique et les aûaires du Congo · texte numérisé non relu

I. — Le partage de l'Afrique et les aûaires du Congo

F.'Acte ft'éiiéral de Berlin. — En 1884, Bismarck commença de s'intéresser aux colonies ; il s'approjiria le Togo et le Came-

124 CHAriTliE VI

roun dans le golfe de (îiiim'c, sur la rMo occidonlale le Damoraland, sur la côte orieidale la partie continentale du /<inzib(ii\ territoires immenses vers lesquels il espérait dirigerses 200.000 ômigrants annuels. L'exemple parut bon à suivre à d'autres puissances d'Kurope, même h l'Italie, qui rêva d'un empire d'Afrique orientale. Pendant plusieurs années, l'assaut fut donné au ronlinenl noir avec une ardeur de croisade. Le primat d'Afrique, devenu depuis 1884 archevêque de (iarthage, Mgr Lavigerie, y participait en envoyant ses P(>res Blancs dans le centre équatorial et dans la ré- (/ion tics (jvaiuh lacs, de Tinibouctou à Zanzibar, annoncei* à la fois, avec une charité ingénieuse, la puissance franç-aise et l'Kvangile. Les gouvernements y apportaient des sentiments moins désintéressés, chacun d'eux faisant valoir des i)rélentions qu'il appuyait de droits peu délînis. Des querelles pouvaient en sortir entre partageants. Le chancelier allemand proposa à la France de réunir une conférence diplomatique qui énoncerait les principes d'une sorte de droit international africain (2o septendjre 1884). Le ministère Ferry, alors occupé au Tonkin, y consentit.

La Conférence de Berlin (lo novembre 1884-26 février 1883) réunit, sous la présidence de Bismarck, les représentants de treize États européens et des Étals-Unis d'Amérique. Dès ses [iremières séances, elle reconnut l'État indépendant du Congo, qu'elle déclara, dans des limites à déterminer exactement au moyen d'accords avec la France et le Portugal, neutre sous la garantie collective des puissances. A la France, qu'il s'agissait de gagner, Léopold II et VAssociaHon africaine iwnieni déjà consenti un droit de préemption, pour le cas où elle serait amenée à « réaliser ses possessions », c'est-à-dire à les céder. La Conférence enregistra ce droit. Léopold II prit le titre de souverain de l'État indépendant du Congo {1«'- août 1885).

L'Acte général de Berlin {•'26 février), pour prévenir les contlils internationaux, déclara libre la navigation sur les lleuves africains, libre aussi le commerce dans les vallées du Congo, de 1 Ogooué et du Niger; il précisa que tout gouvernement qui s'attribuerait un territoire en Afrique devrait notifier la prise de possession à toutes les puissances signataires, et y établir un pouvoir assez solide pour y maintenir la paix. Cependant l'État libre s'est fait plus tard reconnaître le droit de percevoir des taxes sur le grand tleuve, et les gouverneurs anglais de la Nigeria n'ont pas toujours respecté la liberté de navigation (celle des explorateurs français, par exemple) sur le Niger inférieur el la Renoué.

L'Acte g-énéral do Bruxelles et les traités particuliers. — La prise de possession des territoires africains rencontra plus d'obstacles que ne l'avaient prévu les puissances ; l'Italie dut même renoncer à ses rêves de colonisation. De plus, la traite des nègres, qui continuait hypocrite, même dans l'État libre du Congo, malgré les protestations du cardinal Lavigerie (1888), l'abus des liqueurs fortes et de l'alcool qu'introduisaient les <( factoreries », les guerres entre les chefs indigènes, auxquels des négociants peu scrupuleux procuraient des armes perfectionnées, menaraiont de rendre stérile l'onivre européenne en dépeuplant le pays. Une nouvelle Conférence, à Bruxelles, dressa VAcle général dii'i juillel 1890, qui interdit d'introduire en Afrique des marchandises dangereuses ou nuisibles, comme les armes et les spiritueux. Des mesures de surveillance devaient empêcher le commerce de la contrebande de guerre ; sur ce point, l'œuvre de Bruxelles s'avéra peu cflicace.

En 1890, tout le pourtour africain était occupé ; l'Acte de Berlin avait bien créé la notion de Yhinîerland ou arrière-pays, sur lequel pouvait s'exercer à titre légitime le droit d'expansion en partant des possessions de la côte. Mais cet arrière-pays lui-même, à mesure que l'exploration ferait mieux connaître les lignes naturelles et les accidents de terrain capables de servir de frontières, aurait besoin d'être délimité. C'est ainsi que l'accord anglo-allemand (Berlin, l*'"" juillet 1890) consacra la mainmise des deux puissances (1884-1885) sur le sultanat de Zanzibar. L'Allemagne retint les possessions continentales (ancien Zanguebar) dont elle iiiVEsi africain allemand, depuis la côte jusqu'aux grands lacs équatoriaux et aux limites orientales de l'État libre. L'Angleterre, qui rétrocédait à rEnq:)ire allemand l'île d'Héligoland, en face de l'estuaire de l'Elbe, reçut l'île même de Zanzibar, avec Pemba et Vitou, où ses intérêts commerciaux étaient grands. C'était, disait Stanley raillant l'Allemagne, <( échanger un magnifique habit contre un bouton de culotte ». L'appréciation ne tient pas compte de cette notion morale : la satisfaction obtenue par le patriotisme germanique, ni des ambitions fondées sur Héligoland par les créateurs de la jeune flotte, ni enfin de ce fait que l'Est africain s'est révélé rapidement comme la plus riche des colonies impériales, et comme capable de retarder longtemps la réalisation du chemin de fer du Cap au Caire, rêve africain de l'impérialisme britannique.

La France mettait aussi en avant d'anciens droits sur Zanzibar. Par des accords signés avec l'Angleterre (5 août 1890) et avec l'Allemagne (17 novembre), elle reconnut le démembrement du sultanat en échange du protectorat qu'elle se réservait d'établir sur l'île de

Ma(l;ii;a>iar. Ih^sormais, le lot de la Franco se Iroiivadélcrniinédaiis reiis(Mul)le : Alyéiic-ruiiisio, Sciiôgal, Soudan occidcnlal, (iiiinéc, C(Mr (^lvoil•^^ lîlCôli' des Ksclavt'S, (^ongo Iraïu^ais, Côlc des Sonialis, Mailayascar, sans coiiipler raiicieniu' colonie delà Hénidon. Criait le quart du continent noir, donton a prcMendu <|u'ii avait été acquis avec une hâte imprudente, suivant les cai)rices aventureux d'oxplorateui-s lialùles à forcei- la main au gouvernement ; en réalité, l'AlViquc IVançaist? s'est constituée sons la pression des circonstances, plus l'ortes en générai que les calculs des politiques.

Page 1