II. — Conquête de VAfriqut occidentale
Du Séiié^'al au l\ig-er. — LN'lan inqjrimé par Faidherbe à l'expansion vers l'est, en [tartant du haut Séiu'gal, fut repris par ses successeurs. Le colonel Brière de llsle, en 1878, prétendait atteindre le Niger pour le descendre ensuite jusqu'à ses embouchures, où des maisons françaises possédaient des factoreries ; d'autres, plus chimériques, imaginaient de relier le Niger avec l'Algérie par une voie ferrée. En attendant, comme le port de Saint-Louis restait peu accessible, le ministère de la Marine développa celui do Dakar, (jui dut être relié à Saint-Louis par un chemin de fer de '263 kilomètres; une autre ligne, Saiul-Louis-Ivayes, fut ajournée parce que le tleuve était navigable pendant la saison des hautes eaux. \Jno troisième, plus urgente, fut projetée de Ivayes à lîammako.
Pour pousser ainsi le rail au Niger, il fallait s'entendre avec Ahmadou, le [dus puissant des fils d'El-Hadj-Omar, sultan iVun empire toucouleur du Ségou et du Kaarta (avec capitale à Scyou- Sikoro), qui devait d'ailleurs se défendre contre les Bambaras et les Malinkés, et aussi contre la rivalité de quelques-uns de ses parents. Bi-ière de l'isle, qui venait d'établir le poste de Bafoulabé, lui envoya pour traiter le capitaine Galliéni avec cinq officiei-s, cinquante tirailleurs et quelques spahis {"lO mars 1880). A cinquante» kilomètres de Ségou, un parti de Baudiaras lui déroba son convoi et tua la moitié de l'escorte ; en arrivant à Bammako, Galliéni avait les nuiins vides. Ahmadou refusa de le recevoir et l'interna dix mois à Xango. Derrière lui, marchait le lieutenant-coloiud Borgnis-Desbordes, comnuindaid. supérieur du haut Sénégal ; il déliuisil (1880-1881) les villages bambaras (jui avaient dépouillé Galliéni et construisit le fort de Kila. C'est alors qu'Aluiiadou se di'iida à libérer la mission (avril -188'J).
L"affaii*e était à reprendre, d'autant plus que le massacre de la mission Flatters par les Touareg à la sebka d'Amagdor (février 1881) semblaitfermer la voie de pénétration saharienne. Borgnis-Desbordes qui, en novembre 188'2, reçut Tordre de tracer la route de Bafoulabé à Kita, se vit entraîné à commencer contre im adversaire nouveau, Samory, une lutte qui devait durer seize années. Samory, fils d'un colporteur malinké, esclave, puis entrepreneur de guerres et roi (almamy), s'était taillé un empire dans le Ouassoulou, autour de Bissandougou ; grand tueur d'hommes, comme les conquérants de son espèce, il exerçait une industrie (pu lui fournissait des esclaves pour la traite, grâce à une armée redoutable, surtout en cavalerie. Politique assez subtil, il sut se créer des partisans dans les pays de la rive gauche du Niger (Manding, Niagassola, Bouré) et les attirer à sa cause par le bhi/fde ses succès militaires. En 1882, il avait pris Kéniéra, avant l'arrivée de la colonne de secours, qu'il avait ramenée vivement jus(iu'aux portes de Kita (février-mars). A l'automne, Borgnis-Desbordes perçait donc à travers les villages bambaras, détruisait Mourgouba et Daba ^ce dernier ai)rès un assaut très meurtrier). Débarrassé de l'almamy, il pénétra dans Bammako (l*"' février 1883), le défendit ensuite
contre une agression menée par Fabou, frère de Samory, et envoya vers le nord-est la mission du docteur Bayol, quiconclut des traités avec les chefs de la rive gauche.
Les campagnes de 1884 à 1887 eurent pour objet d'imposer la présence française sur le haut Niger à la fois à Ahmadou et à Samory. A cette fin, le lieutenant-colonel Boilève construisit un nouveau fort à Koiindou, mais n'avança guère les travaux de la voie ferrée qu'arrêta la mortalité effrayante des terrassiers (188i). Le colonel Combes installa un fort à Niagassola (1885); il détacha contre l'almamy le colonel Frey et le capitaine Péroz qui le battirent à Kouro, à Niagassola, à Nafadié, au marigot de Fata-Djingo, et le
^'^lei
il iljnj ■'^wÉMÊêM
Samory
128 CUAPlTHi: VI
poiirsuivirLMit sur la rive droite où ils brûlèrent ses viUaj^es. Samory accepta le premier traité que lui présenta dans Hissandougou môme le capitaine Péroz (13 avril 1887) à (pii il confia son lils Karamoko pour être conduit à Paris.
Cette paix rendait disponibles des troupes que menaçait d'ailleurs en arrière le soulèvement du marabout Mahmadou-Lamine, entre le Sénégal et la Gambie. Mahmadou, après avoir enlevé un canon à un déta<h(Mnent dont il avait détruit la moitié en embuscade, assiégeait Hakcl. Le colonel Fi'ey, ayant pourvu aux délcnses de Kayes, battit deux fois le marabout (piil rejeta dans le Boudou (mai 1885). La même année, Lat-Dior, notre ancien protégé, qui prétendait s*opi)oser au passage du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis à travers le Cayor, fut tué dans une escarmouche. Galliéni, promu lieutenant-colonel, se chargea de réduire Mahmadou-Lamine (1880-1887). Il captura et fit exécuter Soybou, fils du prophète ; puis deux colonnes remontèrent la Falémé, enlevèrent Diana, d'oîi Mahmadou s'était enfui, et le rattrapèrent à la frontière de la Gambie anglaise oîi le capitaine Fortin le captura (décemlire 1887).
La poursuite de Mahmadou amena les troupes françaises vers les rivières du sud et le Fouta-Djallon. Galliéni, qui élevait les forts de Siguiri et de Nyamina sur le Niger, estimait possible de s'entendre avec Ahmadou et Samory ; de l'ait, Ahmadou signa une sorte de traité de vassalité par lequel il ouvrait ses États à nos commerçants, et Samory conclut avec le capitaine Péroz un accord qui limitait ses possessions au Niger supérieur et au Tankisso. Le capitaine Audéoud put dès lors occuper Timbo, au centre du plateau du Fouta, et rejoindre à Benty les rivières du sud. Vers le nord, le lieutenant de vaisseau Caron, sur la canonnière le Niger, descendit le fleuve jusqu'à Kabara en face de Tiniboiiclou (l*^"" juillet-I8 août 4887), mais sans pouvoir débarquer. Plus heureux, le capitaine Binger, chargé de reconnaître la boucle du Niger, pour relier le Soudan avec la Côte d'Ivoire (1887), partit de Bammako, traversa les États de Samory (qui assiégeait alors Sikasso), et, sans appareil militaire, à travers le Kénédougou, atteignit Kong (20 février 1888). Bien accueilli, il gagnait Ouagadougou (au nordest) en pays Mossi, d'où la défiance du souverain local le contraignit à revenir vers le sud, dans la vallée de la Volta, puis dans celle de la Comoé qui le mena à Grand-Bassam (mars 1889). Sans qu'il eût tiré un coup de fusil, des traités avaient fait passer sous le protectorat de la France tous les territoires situés entre les États de Samory et le golfe de Guinée.
LE PARTAGE DE L AF'niOUE 129
ta conquête du moyen Nig-er. — En 1889, le lieutenan Jaime renouvela sur le grand lleuve le voyage aux ports de Timbouctou. Dès lors, il s'avéra que les territoires riverains offraient peu de ressources, que la végétation y rappelait celle du Sahara, tandis que les contrées soudanaises du sud-est, révélées par les dernières explorations, présentaient des sols riches, bien arrosés, aux plateaux fertiles et salubres. L'intérêt commandait de s'y établir avant que les Anglais s'en fussent avisés. Des opérations méthodiques fixèrent nos droits sur les comptoirs de la côte, depuis la Guinée portugaise jusqu'à la colonie anglaise de Sierra- Leone, puis sur la Côte d'Ivoire (où le drapeau français avait été maintenu, à Grand-Bassam et Assinie, par un négociant de la Rochelle) jusqu'à la colonie anglaise de la Côte de l'Or (les Anglais en avaient déjà occupé Vhinlerland, le pays des Achantis, par une sanglante campagne, 1873). Dans le Bénin, nos efforts furent moins heureux : les compagnies françaises installées sur le bas Niger, en vertu d'accords avec les indigènes, se trouvèrent inférieures à leurs concurrentes britanniques, surtout lorsque des souscriptions montant à 25 millions eurent fusionné ces dernières en Lniled African Company. En 1884, elles lui vendirent leurs comptoirs et leurs marchandises. La compagnie, devenue Royal Niger Company, reçut de Londres une charte qui en fit, sur le bas Niger et la Bénoué, une puissance souveraine reconnue par l'Acte général de Berlin. La France ne conserva qu'un comptoir à l'embouchure de la rivière Forcados.
La convenlion anglo-française du 5 août 1890 se révéla plus avantageuse encore aux intérêts britanniques. Elle reconnut comme zone d'influence de la France, <(au sud de ses possessions méditerranéennes », tout le Sahara jusqu'à une ligne tirée de Say sur le Niger à Barroua sur le lac Tchad (en laissant à la Compagnie royale anglaise tout le royaume de Sokoto) : en fait le seul Sahara désertique, sans pluies, « terres légères », disait lord Salisbury, dénuées de valeur économique. Les Anglais, très bien informés des conditions géographiques, s'adjugeaient la i)artie soudanaise.
Du moins, fallait-il s'installer dans ce domaine que les diplomates nous avaient attribué et dont tant de morceaux demeuraient inconnus. Ce fut l'objet de deux séries d'opérations : conquête sur lu hîiut Niger ; reconnaissances danii la boucle du Niger en attendant la conquête.
Le colonel Archinard parcourut le Ségou et le Kaarta, enleva Séyou-Sikoro (6 avril), puis Ouossebougou, repoussa Ahmadou sur Nioro et le chassa dans le Macina où le chef toucouleur travailla à dé-
FEYEL. II. 5
i:$o ciiAiMini:; vi
trôner un de ses frères. Ses États l'ijrent partagés entre deux chefs que surveillèrent des oflicicrs. Alors Arcliinard se retourna contre Samoi-y, qui s'apprêtait à l'ninchir le Nii^er. En 189-2, il erra un poste à Kiuikan, occupa Bissantluiigou, capitale de rnlnianiy, lit enlever Sunankoro par le lieutenant-colonel Ihunberl, tandis que le capitaine Marchand, venu de la Côte d'Ivoire, battait les contingents samoryens qui avaient envahi le pays de Kong, État du roi Tiéba, notre protégé. En 4893, le colonel Combes coupait Sanu^ry de ses liaisons avec la Sierra-Leoue et le Foiila-Djallon, le battait à Oiiéléba, l'isolait des routes du sud, et ralliait le lieutenant-colonel Bonnier, vainqueur des sofas samoryens dans la région de Sikasso. D'autres sofas, conduits parBibali, lieutenant de Samory, se firent battre à Faranah et détruire aux sources du Niger parle capitaine Briquelot. La campagne s'acheva par une nouvelle délaite d'Alimadou, devenu maître du Macina par la mort de son frère. Archinard enleva d'assaut Djenné, aidé par la flottille qui descendit à Mopti, et mit garnison dans Bandiagaru.
L'hiver suivant, le lieutenant de vaisseau Boiteux se laissa porter avec la llottille jusqu'à Kabara, mit à terre un détachement de marins et entra dans Tindjouctou (15 déceudjre 1893); mais le 28, l'enseigne Aube, laissé à la garde des bateaux, fut attaqué sur le fleuve par les Toiiareg, attire dans une embuscade, tué avec 19 hommes. Le lieutenant-colonel Bonnier, pressentant le danger, abandonna la i>oursuite de Samory, marcha sur Timbouctou avec cinq compagnies et deux batteries, en deux colonnes (commandant Joffre sur la rive gauche, Bonnier en pirogues). Trois compagnies dégagèrent Boiteux (10 janvier 1894). Bonnier en laissa une au capitaine Philippe, puis, avec une compagnie et demie, il courut aux Touareg, installés près des lacs de Goiindam. 11 se gardait mal ; le 15 janvier, il fut surpris au petit jour et massacré avec dix officiers et 71 soldats. Les vainqueurs assiégèrent Timbouctou, où se maintinrent pourtant Philippe et Boiteux jusqu'à l'arrivée de la colonne Joffre (12 février 1 89 i).
Keconiiai!!>saiice el ooiiquèto de la boucle du Nîjçei*
(1800-1ÎJ08). — Timbouctou n'était plus, comme au XIII" siècle, la grande cité intellectuelle et marchande de l'Islam africain. Il fallait du moins la conserver en la reliantaux régions déjà conquises. Le capitaine Monteil tra(:a une partie de la route nécessaire. Parti de Ségou (dé(eud)re 1890) sans escorte niilitaire, il toucha d'abord aux États de Tiéba, traversa la bovidé du Niger de Mossi à Say, et atteignit le SoUoto et le Bornou, ipie la convention du 5 août avait
LK l'ARTA(.E 1)1' L Al RIOL'K 131
attribués à l'Angleterre. Il séjourna à Kano et à Kouka, contourna le lac Tchad (août 1892) et gagna la Tripolitaine par la route des caravanes dcMourzouk; il montrait ainsi qu'une liaison était réalisable entre les établissements du Soudan du nord et la Méditerranée. Le capitaine Marchand, après Binger, mais en sens inverse, allait en indiquer la jonction avec le golfe de Guinée. Parti de Grand- Bassam, il emporta Thiossalé sur le Banuama (mai 1893), toucha à Kong, se heurta aux bandes de Samory et se rabattit sur le Cavally, d'où il regagna la cote (septembre 1894). Il avait prouvé qu'il était possible de relier le Bandama ouïe Cavally avec les aflluents du Niger à travers la forêt tropicale, dans sa région de moindre épaisseur.
En attendant, il s'agissait de combattre Samory, qui s'était rabattu sur le pays de Kong pour le razzier. Le lieutenant-colonel Monteil, avec 1.200 hommes et huit canons, passa deux mois à réprimer les insurrections du Baoulé (novembre-décembre 1894), gagna péniblement les routes de la forêt tropicale qu'il fit garder par de petits postes, et prit contact (février 189o) avec les 12.000 sofas de Samory. Ses 350 tirailleurs sénégalais et haoussas les culbutèrent à Aaolo (10 mars); mais il fut battu et blessé à Sokola (14 mars). Il recula, laissant au commandant Caudrelier deux compagnies qui arrêtèrent Samory à la lisière de la forêt.
C'était répoque où Allemands et Anglais, partis aussi de la côte, travaillaient à se distancer dans les territoires de la boucle du Xiger, déjà reconnus à la hâte par nos explorateurs. La France lança des missions armées qui, partant du Dahomey récemment conquis et du Niger, se rejoindraient à l'intérieur. Le commandant Decœur, de Carnotville, gagna Nikki, Say et le Niger, de Say à Boussa (août 1894). Le capitaine Toutée, du Dahomey (décembre 1894), atteignit le tleuve à Badjibo et le descendit jusqu'au golfe de Guinée. Le lieutenant de vaisseau Hourst, parti de Kabara (janvier 1896), descendit jusqu'à Say, Boussa et la mer. Enfin, la mission des lieutenants Vonlet et Chanoine (juillet 1896-mars 1897) parcourut toute la boucle par le Mossi, dont elle enleva la capitale 0«aga(/o«^o« (I*'" septembre 1890. puis par le Gourma et le Gouroumsi, où la rejoignirent les capitaines Baud et Vermeesch, venus du Dahomey par la haute Volta noire pour fermer l'hinterland du Togoland allemand et de la Côte d'Or anglaise. En 1897, la prise de possession s'achevait par l'établissement d'un poste à Say commandant Destenave) et par l'occupation des territoires de la \'oUa noire sur un fils de Samory commandant Caudrelier . Des conveidions intervinrent alors pour départager les Français,
]à-2 CHAPITRE VI
Ii«s Alloinaiiils et les Ang-lais, dont les itinéraires enchevi^tn^ à l'ex- Irùnie avaient déjà causé des conllils. La première, signée avec l'Allemagne {^3 juillet J897), fixa la frontière entre le Togoland et les possessions du Soudan et du Dahomey, en laissant à la France le (iouroumsiot le (îourma. La seconde, conclue avec l'Angleterre {J4 juin IS98), régla les limites franco-anglaises dans le Soudan occidental et central, reconnut à la France les territoires de la boucle et la propriété de routes soudanaises jalonnées de points d'eau entre Say et Barroua. Mais nos détachements devaient évacuer Ho, Boussa et Badjiljo, moyennant la cession à bail de deux enclaves en terrain anglais, en aval des chutes de Boussa et à l'embouchure du lleuve.
Conquête du Dahomey (1«90-1894). —A partir de 1857, la France avait créé sur le golfe du Bénin des comj)toirs à Agoué, (iraiid-Popo, l^elit-Popo et l*orto-Seguro. Déjà, par un traité du 1" juillet 1851, le roi du Dahomey, Guézo, avait promis protection aux commerçants français qui lui payaient certaines redevances, surtout en eau-de-vie. Plus tard, le roi Toffa, de Porto-Novo, réclama notre protectorat (1863 , cependant que par deux traités (mai 1868 et avril I878i. Glé-Glé, successeur de Guézo, nous cédait Kotonou. Ces o Établissements du golfe du Bénin » (constitués en 1870) furent délimités longtemps après par l'accord franco-allemand du i24 décembre JS85 qui cédait au Togoland Petit-Popo et Porto- Seguro en échange d'enclaves sur les Rivières du sud, et par une convention du 23 juillet 1897. Celles du 11 août 1889 et du 2 janvier 1890 tracèrent le bornage du côté du Lagos anglais ; enfin le Portugal retira (octobre 1887) le poste que depuis deux siècles il entretenait à Ouidah.
Seulement, le roi du Dahomey prétendait aussi à la possession de Ouidah qui donnait accès à la mer. Il protesta contre l'établissement de garnisons à Porlo-Xovo (1884) et à Kolonou (1887) ; en mars 1889, il dévasta le territoire de Porto-Xovo et chassa de Ouidah les trafiquants français. Paris, désireux d'éviter de nouvelles conquêtes coloniales, chargea le gouverneur des Rivières du sud, Bayol, de résoudre le conllit. Bayol risqua le voyage d'Abomey (novembre 1889), n'obtint rien de Glé-Glé, s'en tira indemne à grand'peine. Avec Behanzin, successeur de Glé-Glé (31 décembre 1889), ce fut la rupture. Le nouveau roi razzia les villages de TotTa et menaça Kotonou et Porto-Novo (janvier 1890). Aussitôt, le contre-amiral Cavelier de Cuverville croisa sur la cAte ; le commandant Terrillou, avec des Iroupes du Sénégal et du Gabon, dégagea Kotonou
et rejeta les Dahoméens sur l'Ouémé (21 février-5 mars). Puis il se porta au secours deToffa, que Behanzin assiégea quand même dans Porto-Novo avec 8.000 soldats et amazones. A Ouidah, le roi nègre se saisit de six Français, dont le P. Dorgère, qu'il emmena comme otages dans Abomey.
Les premières mesures arrêtées par l'amiral de Cuverville, le lieutenant-colonel Terrillon et le capitaine de vaisseau Fournier, nommé lieutenant-gouverneur, empêchèrent, par le blocus de la côte, l'importation des armes et des munitions de guerre. Behanzin, attaqué à Alchoupa (20 avril), lâcha à peine Porto-Novo et tint en respect les 700 Français de Terrillon. L'amiral avait l'ordre d'éviter un engagement à fond et de chercher un accord ; le P. Dorgère le procura à Abomey. Par la convenlion assez mal venue du S orlobre 1890, Behanzin reconnaissait le protectorat français à Porto-Novo et l'occupation de Kotonou, mais recevait, comme compensation à ses di'oits de douane perdus, une indemnité annuelle de 20.000 francs, qu'il présenta à ses sujets comme un tribut de vassalité.
11 les employa en achats d'armes et de munitions fournies par les trafiquants allemands du Togoland. Dès juin 4891, il razziait de nouveau le royaume de Toffa, attaquait les postes français, faisait tirer à coups de fusil sur la canonnière qui remontait rOuémé avec le lieutenant-gouverneur Ballot à son bord (mars 1892) ; un mois après, le Parlement vota les crédits nécessaires pour une expédition, confiée au colonel Dodds, de l'infanterie de marine. Le but était, par la prise d'Abomey, de mettre fin au royaume de Behanzin.
Contre les 12.000 soldats du roi nègre (y compris les amazones de sa garde) armés de fusils à tir rapide, de quatre mitrailleuses et de six canons Krupp, Dodds, en juin 1892, ne dis[)osait pas d'effectifs suffisants; sous ses yeux, Behanzin occupa quelque temps Ouidah
GÉNÉRAL Dodds (Né en 184-2)
i:{l ciiM'iTni: vi
cl Kotoiioii. \a^ coloiit'l employa li'ois mois à orjj^aniser ses troupes en vue de la guerre tropicale, à réunir les porteurs et les sapeurs chargés de tracer les roules dans la l'ortH, à se donner de l'air autour de Porto-Novo. En septembre, de ses 3. r>00 hommes (Européens, Sénéi^alais etllaoussas) il (il deux paris : l'une, avec l'ai-lillerie, garda (Jrand-I'ui)o, Kolonou et Porlo-Novo ; l'autre ('•2. 000 hommes dont deux escadrons de spahis) forma une colonne fractionnée en trois groupes, avec une réserve et un convoi, pour la marche sur Abomey par la rive gauche de l'Ouémé. A Dogba (14-19 septembre), où s'opéra la concentration, la colonne se laissa surprendre au matin par un détachement de i. 000 ennemis commandés parle frère du l'oi ; mais le camp ri^poussa l'assaut Kn quatre heures, les Dahoméens pei*dirent -400 tués. Ils n'en résistèrent pas moins dans les lignes de Poguessa (i octobre), où ils perdirent encore 200 hommes et 20 amazones ; après quoi, ils se replièrent sur Abomey, non poursuivis par Dodds qui n'avançait que lentement. Du 1"2au it) octobre, les Français enlevèrent le camp dApka et restèrent victorieux à Kola ; puis, renforcés et ravitaillés par le commandant Audéoud, ils soutinrent une nouvelle attaque de l'ennemi, de ses mitrailleuses et de ses canons (20-21 octobre). Dodds reprit alors la marche en avant, assaillit les lignes de Kolojui (^(J^T octobre) et enleva la ville sainte de Kana, après trois jours de combats violents (2-'é novembre). Sans répondre aux offres de paix de Behanzin, il quitta Kana( 16 novembre) pour attaquer Abomey, incendié par le roi avant sa fuite et où il entra le 17. Il avait perdu environ 400 soldats.
Dodds, promu général de brigade, déclara Behanzin déchu du trône et partagea le Dahomey en trois régions militaires : Abomey, Ouidah, Porto-Novo. En vain, le roi nègre chercha à négocier soit sur place, soit à Paris, où son ambassade ne fut pas reçue (novembre 1893'. Dodds avait recommencé à le traquer, l'isolait, par des colonnes lancées contre ses bandes, à la fois des routes de l'est et de celles du nord. Behanzin finit par perdre ses j)artisans ef, complètement cerné, se soumit (Ajego, 2S janvier 1894). Il fut déporté à la Martinique avec sa famille et plus tard ramené à Alger. Son royaume forma (22 juin 1894), sous le nom de Dahomey el dépendances, une nouvelle colonie administrée i)ar un gouverneur
Deriiîèros opérations contre Samory ( IttUii-lîîî)»). —
La puissance de Samory succoml)a en 1898. La retraite des Français en 1893 l'avait consolidée dans la région soudanaise conq^rise entre l'État de Libéria et le Conioé (hinterlaïul de la Côte d'Ivoire^.
Il avait rallié à sa cause le successeur de Tiéba, Babemba, retranché dans une ville fortifiée à Teuropéenne, d'où il menaçait jusqu'à nos postes du Niger. Une colonne venue du sud commença par déloger Samory de Komj (janvier 1898); le lieutenant Demars s'y maintint, malgré un retour offensif de l'almamy (février), grâce à un renfort du commandant Caudrelier. Samory dut fuir vers les forêts de l'ouest. Puis, ce fut le tour de Babemba; le 10 avril, 1.500 hommes venus de Bammako, aux ordres du lieutenant-colonel Audéoud, assiégèreut dans Sikasso les l.j.OOO combattants de Babemba. Après quatorze combats et un siège régulier, un assaut emporta la forteresse (1^' mai) et tua son défenseur. Opération sanglante, qui nous coûta 60 tués et 200 blessés, mais qui, connue aussitôt dans tout le -Soudan, brisa en fait Samory. Quatre colonnes lancées vers l'ouest l'acculèrent à la lisière du Libéria, le battirent sur le Cavally, l'empêchèrent de s'échapper à l'est avec les 50.000 affamés qu'il traînait dans sa smalah, le surprirent enfla à Gue7emo« (22 septembre); il se laissa capturer par les tirailleurs du capitaine Gouraud. Avec lui, disparut le dernier obstacle à l'occupation française dans la boucle du Niger.
L'Afrique occidentale française. — Les dernières explorations menées, en partant du bas Sénégal, dans les pays maures étalés à travers le Sahara jusqu'au sud du Maroc, ont permis d'atteindre les deux limites naturelles de l'Afrique occidentale : vers le nord-ouest, la côte de l'Océan jusqu'à la baie du Lévrier et au cap Blanc, puis, en arrière des territoires du lUo de Oro reconnus à l'Espagne par la convention du '21 juin 1900, les mers de sable de riguidi. Plusieurs des tribus maures rejetées par Faidherbe au nord du Sénégal (Trarza, Brakna, Douaïch ayant repris leurs incursions et pillages sur le fleuve, des troupes occupèrent la Mauriltinie I90oi;maisà l'instigation du maraljout Ma el-Aïnin, leur chef, Coppolani, fut assassiné à Tidjikdja (l'2 mai). Une nouvelle colonne soumit les Trarza et les Brakna; et Tidjikdja devint, sous le nom de Forl-Coppolani, capitale de la Mauritanie française.
Le contact était pris avec les nomades pillards de l'Adrar (|ui avaient arrêté plusieurs missions. Le colonel Gouraud, avec des cavaliers méharistes, battit les Maures, occupa les oasis de l'Adrar oii ils se ravitaillaient et reçut la soumission des sédentaires {décembre iOO'^-septembre 1909). Il débarrassait la colonie d'attaques (ontinuelh^s et. reliant ses itinéraires avec ceux des méharistes du colonel Laperrine, il amorçait les relations transsahariennes par le couloir jaloniu' de [)oinfs d'eau qui conduit à l'oued I)i'aa.
CHAI'ITHK VI
Vers l'est, la limite était plus (liilicile à déterminer. La mission du capitaine Ca/.emajou s'y elfoi^-a ; partie de vSay, entrée à Zinder en avril 1898, elle renonça à atteindre le Tchad par la roule qu'avait indiquée Monteil, après l'assassinat de son chef à Zinder même (o mai). La mission de rAfrii/uc ccnlrale {Ynulcl-Clnmoinc, puis Joallaud-Meyiiier), constituée pour reeomiailre les frontières prévues par la convention franco-anf,'laise du li juin 1898, arrêtée d'abord à Zinder, atteignit en vingt et un jours le Tchad à Nguiguis, le contourna au nord par le Kanom et, après avoir aidé aux opérations
L'ancien port de Dakar (Avant les travaux commencés en 1902)
contre Rabah, rallia Zinder par les routes du sud du Tchad à travers le Bornou. Il fut dès lors avéré que la route de Say à Barroua, que les tracés de délimitation avaient rejetée en plein désert (reconnaissances du colonel Péroz et du commandant Gouraud), demeurait impraticable en temps ordinaire. Mais il fallut attendre 19Ui pour obtenir un règlement avantageux. Le même accord franco-anglais du 8 avril qui nous donnait accès à la Gambie maritime avec le territoire de Yarboutenda, et nous cédait les îles de Los, en face de Konakry dont elles auraient pu, à l'occasion, menacer la sécurité, rectifia la frontière de la Nigeria du nord, de façon à nous laisser des terres fertiles dans l'Adar, le sultanat de Zinder et le Manga, étapes régulières d'une route ca|)able de relier le Niger avec le Tchad et les possessions françaises du Chari.
Dans ces limites, l'Afrique occidentale française, constituée par décrets successifs (16 juin 1895, 17 octobre 1899, 23 juillet 1900, 15 octobre 1904), comprend aujourd'hui cinq colonies: Sénégal, Haut- Sénégal et Niger, Guinée, Côte de l'Ivoire, Dahomey, administrées par des lieutenants-gouverneurs, le territoire civil de la Mauritanie, le territoire militaire du Niger (Timbouctou, Ouagadougou, Zinder). Sous l'impulsion des gouverneurs généraux Chaudié, Ballay, Roume et Merlaud-Ponty, son organisation administrative s'est développée de telle sorte que, chacune des colonies demeurant autonome pour l'établissement de son budget et la mise en valeur de ses richesses naturelles, toutes ont bénéficié d'une politique d'ensemble qui s'est appliquée à trois ordres de questions : assainissement des régions insalubres, surtout des côtes et des ports ; développement des cultures tropicales et introduction de cultures nouvelles ; construction de voies d'accès (principalement de voies ferrées) qui amèneront à la côte les produits de l'exploitation forestière et agricole. Un tel programme, à la veille d'être réalisé, grâce aux emprunts que l'Afrique occidentale a pu gager sur ses propres ressources, suppose davantage aujourd'hui, à savoir : un service d'assistance qui diminue la mortalité indigène et multiplie la population ; un service d'enseignement qui ne borne pas son rôle à se subordonner timidement aux routines locales, qui, sous prétexte de (I politique musulmane »>, n'interpose pas de prétendues écoles supérieures coraniques entre nous et les noirs jusque-là fétichistes, à qui les missionnaires apprenaient à la fois le christianisme et le français, écoles capables tout au plus de développer le (( cléricalisme islamique », c'esl-à-dire la propagande antifrançaise des marabouts; un recrutement d'armée indigène qui utilise la force noire pour la défense de la colonie. A ces conditions, l'Afrique occidentale, dont les rapides progrès économiques autorisent déjà plus que des espérances, pourra devenir le cadre d'un développement original, à l'abri de la paix française.