‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 25 sur 96 · IV. — Conquête de J' Afrique centrale · texte numérisé non relu

IV. — Conquête de J' Afrique centrale

Les conventions signées à partir de 1890 avec l'Angleterre et avec l'Allemagne, qui réservaient à l'influence française les pays de l'Afrique centrale (entre le Sud-Algérien, le Niger et le Tchad), ne donnaient exactement à la France que le droit de les conquérir. Car ils étaient inconnus; personne alors n'aurait pu apprécier d'après des données sérieuses leur valeur, la facilité ou les dangers de leur pénétration, leur rôle probable dans la politique nationale en Afrique. Dix ans après, on ne connaissait guère encore que le Touat, et le reste seulement par ouï-dire. Deux voies d'itinéraires limitaient cependant les recherches : celle de l'ouest, du Sénégal au Maroc, suivie par René Caillié(1828) et par Lenz (1880); celle de l'est, du Soudan à Tripoli, utilisée par de nombreux explorateurs depuis Denham et Clapperton (18t>3) jusqu'à Monteil (1892). Pourtant, avant même les arrangements diplomatiques, la (piestion du Sahara s'était posée : question de médiocre intérêt économique, car les caravanes venues du Soudan à travers le désert n'ofl'renl pas grosse valeur; mais question d'intérêt national, s'il est vrai que pour lenii' en repos les tribus demi-nomades desplateau.x, il fallait

porter jusqu'au désert les postes de sécurité. L'idée d'un chemin de fer transsaharien, lancée par l'ingénieur Duponchel (1879), séduisante par les profils que semblait lui promettre le succès d'entreprises réputées similaires (Transcaspien), rendit plus populaire la nécessité de la pénétration. En l'absence même du projet, la pénétration se serait faite, tant il paraissait indispensable d'établir des relations avec l'intérieur du grand désert.

Premiers voyag-es de pénétration (1870-1890). — Par

l'occupation de Zaatcha et de Laghouat, les armes françaises avaient réduit à l'alliance la confédération des Oaled-sidi-Cheikh, ce qui permettait à des officiers, le commandant Colonieu et le lieutenant Bourin (1860), de reconnaître les parages septentrionaux du Touat, pendant que Duveyrier parcourait les oasis de Ghadamès, de Ghat, même de Mourzouk.

Désormais le contact s'établit avec les Touareg (.4zdjer et Hoggar), que l'on se flattait de gagner bientôt, en attendant que l'on pût joindre les Touareg du sud (Keloui), maîtres de l'Air, et les Touareg Aouellimiden, sur les deux rives du Niger moyen. Après l'insurrection algérienne de 1871, le général de Lacroix réoccupait Toiiggourl et Ouargla (1872), le général de Gal- Iiffet£'/-Go/ea(1873).— Mais il fallut attendre 1890 pour y constater la création d'un poste permanent qui, avec les forts Mac-Mahon et Miribel, Hassi-lnifel et Fort-Lallemand, devint un point d'appui pour les opérations de police étendues alors depuis le Gourara jusqu'à la Tripolitaine.

Ici, à vrai dire, la frontière n'était j)as fixée. Ce n'est qu'après 1864, à la suite des intrigues de Rohlfs et du consul anglais de Tripoli, que l'oasis de Ghadamès, jusque-là hospitalière aux convois français, se ferma pour nous et que des autorités turques s'implantèrent dans la ville. Largeau, qui la visita deux fois (1875), se vit évincé à J'instigation des gens de Tripoli; les missionnaires d'Afrique (pour qui la pénétration sahat'ierïno constituait Uile partiâ essentielle

Ouargla (Forl et magasins)

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Ui' It'Uf tàclie , Richard et de Kermaljon, n'y purent pénétrer (187!') qu'en assurant qu'ils ne feraient pas de commerce. Ghat s'était fermé même à Duveyrier et no s'ouvrait qu'à l'Allemand Erwin de Bary {IS70). L'une et l'autre oasis, devenues centres d'action aiitifran(;ais, accuoillaierd les assassins de l)ournau\-l)u|)éi-é et Jouhert (187;^), des PP. Paulmier, Ménoret et Houchard (1875), des PP. Richard, Morat et Pouplard (décembre 1881).

Au contre, les oasis du J'/V/ZAr// demeuraient impénétrables; Paul Soleillet ( 1873) avait dû s'arrètei- devant In-Salah, comme après lui les oriiciors d'I-^l-Goléa et de Fort-Miribol. C'est par là que les promoteurs du Transsaharien prétendaient pourtant faire passer le rail. Tandis que les ingénieurs Pouyane et Choisy en amorçaient l'élude, le premier par Ras-el-Ma, le second par Riskra, le lieutenant-colonel Flatters , avec deux ingénieurs, explora les pistes d'Ouargla par El-Biodh jusqu'au lac Menghough, mais sans réussir à prendre cordactavec les tribus touareg (1880). l'ne deuxième expéilition tourna au désastre; Flatters, attiré au puits de Hassi tadjemoul, fut massacré par des Touareg Hoggar (16 février 1881) qui prirent chameaux et bagages, et harcelèrent les survivants dans leur retraite désespérée vers le nord. Tous les Européens succombèrent aux blessures ou à l'épuisement; seuls quelques indigènes échappèrent.

La même année, la révolte de Bou-Amama dressa contre nous les Ouled-sidi-Cheikh et les tribus du Sud-Oranais, avec l'appui du Maroc. Leurs incursions, pousst'^s" jusqu'à Saïda, décidèrent le général Saussier, commandant du 19' corps d'armée, à une action énergique. Six colonnes rejetèrent les révoltés au Maroc, menacèrent Figuig, imposèrent la paix aux Ouled-sidi-Cheikh (1881- 1883) et annexèrent le Mzab (IHH^I). Un poste fut créé à /lïn-Se/>-a (où le chemin de fer d'Oranie parvint en 1887), puis à Djenian-bnu- Bezg, en face des ksour do Figuig. Mais d'In-Salah partaient les Touareg qui assassinèrent le lieutenant Palat (1886) et Camille Douls, venu d'Afrique occidentale (1889). En somme, jusqu'à 1890, tout se borne à des travaux d'attente, à un projet de chemin de for de Riskra (1888) à Ouargla, à la préparation, parfois peu systématique, de l'avancée vers In-Salali et les oasis du Sahara central.

JDu Toiiat au lac Tchad (1890-1901). — Cette avancée a été lente : ni les belles explorations de Foureau (depuis 1882) au plateau do Tademaït (188!)), à Temassinin (189îi), au sud-est jusipi'au lac Meur'our (1893), au sud-ouest jusqu'à la vallée du Miheio (janvier 1894) ; ni les missions i]o Méry (18«)2-1893) et de Bcr-'

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nard d Attanoux (octobre 1893-avnl 189i) autour du îac Menroui-, ni la création do marchés francs aux contins saliariens, n'amorcèrent l'entente commerciale souhaitée avec les Touareg Azdjcr auxquels les gens de Tiipoli interdisaient de se faire, malgré le profit, les convoyeurs de nos caravanes, et que terrorisaient les Hoggar, assassins de Flalters, ledoutant la vengeance des d Roumis». De même le commandant Godron (189oi, les commandants Germain et Laperrine (1898) s'arrêtèrent en vue d'in-Salah.

Enfin, en décembi'e 1899, la mission géologique Flamand, escortée par les méharistes du capitaine Pein, s'installait dans les oasis du Touat et, menacée par les tribus, occupait In-Salah. En quelques mois, la colonne d'Eu, victorieuse à In-Rhir, achevait la prise de possession du Tidikelt.

pendant qu'au Gourara la colonne Bertrand pénétrait dans Ifjli. Déjà l'on prévoyait le prolongement du chemin de fer de Djenian-bou- Rezg vers Zoubia, l'oued Zousfana et Igli.

Ces opérations reculaient de oOU kilomètres au sud les frontières algériennes du Sahara; deux années furent encore nécessaires au général Servière pour obtenir leur pacification (1900-1901), en dépit de combats contre les Touareg qu'encourageaient les intrigues des Marocains du Tafilelt. Le plus sanglant fut l'attaque par des Berabers du poste de Timmiinoun (l'JQl).

En 1898, cependant, le gouvernement français avait résolu de joindre par une exploration, renouvelée de celle de Flatters, encadrée d'une force militaire suffisante, les postes du Sud-Algérien avec

L'.NE PAKTIE DU LAC TcHAD

(Marccaiie de ro^jcauxi

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l'Ail- à travers le désert. Le chei" en était Charles Foureau qui, depuis douze ans, étudiait les dunes et plateaux sahariens ; l'escorte (300 tirailleurs algériens et sahariens, un peloton de spahis, 2 canons de montagne à dos de chameau, il olTiciers et 2 médecins) fut confiée au coiuuiandaut Lamy, l'organisateur (1890) de la première section méharisle à LI-(Joléa. L'iiuportance du convoi (l.TjOO chameaux pai-ait indiquer des desseins cpii dépassaient une simple course dans l'Aïr. De fait, la mission Foureau-Lamy devait lier ses opérations avec deux autnis : celle de l'Afrique centrale, aux ordres des capitaines Voulet et Chanoine, qui gagnerait le Tchad en reconnaissant la frontière franco-anglaise de 1898 ; celle du Chari, aux ordres de l'administrateur Gentil. Deux obstacles entravèrent la réalisation de ce plan, et d'abord la rébellion de Voulet et de Chanoine, qui firent tirer sur le colonel Klobb venu enquêter sur leurs actes (Maijirgui, 14 juillet 1899). Quelques jours après, leurs tirailleurs les tuaient à leur tour. Le lieutenant Pallier, de Zinder, rentrait bientôt au Soudan avec 300 hommes, laissant les lieutenants Joalland et Meynier continuer avec 130 méharistes, quelques spahis et un canon, leur marche vers le Tchad. Ils le contournaient par le nord (-23 octobre), traversaient le Kanem et se joignaient à la mission du Chari (9 décembre 1899). — Le second obstacle fut la nécessité de combattre Rabah.

Ruine de l'empire de Rabah (1900). — Ce personnage, d'origine inconnue, noir de haute taille, brutal et de goûts simples, avait été l'esclave de Zibehr-Rahama, qu'avait enrichi le commerce de l'ivoire et du bois d'ébène sur le haut Nil et le Bahr-el-Ghazal. En 1872, Zibehr, victorieux d'un rival grâce à Rabah, était passé au service du khédive, qui en fit un pacha de la province de Chekka, puis, quand il eut conquis leDarfour, l'appela et le retint au Caire. Son fils Suleyman, malgré Rabah, se rendit, après défaite, àGessipacha, qui le lit exécuter (1879). Rabah, réfugié au Darfour avec 800 hommes, mena la vie d'aventures à la limite des pays dominés par le chef des Senoussya de Djaraboub (très hostile au chef du Soudan anglo-égyptien, comme plus tard aux mahdistes). Sommé de reconnaître l'autorité du mahdi, Rabah se détourna vers le sud, rOuellé et le Chari, occupa le Dar-Roiuiga (1887), demeura neutre entre le khalife AbduUah elles nomades du Darfour du nord, sectateurs du prophète Abou-Cemaizeh (1888- 1889), recueillit d'ailleurs une partie de l'armée derviche, dont le gros avait abandonné le Darfour ruiné. Avec 3.000 nègreset bandits, ses u Rabi-Tourgous n et ses ({ SnoussousD, dont beaucoup armés de fusils à tir rapide, il domina

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par la terreur depuis le Baghirmi jusqu'au haut Chari. Il y exploitait lespopulations et protégeait les caravanes, moyennant une taxe. Ses hommes assassinèrent Crampel (1891), pillèrent le Gribingui (1892). Allié avec le sultan du Sokoto, il envahit le Baghirmi, dont il enleva la capitale, se rendit maître du bas Chari et du Logone, puis, ayant battu le cheikh du Bornou, razzia 5.000 prisonniers à Koiika avant d'incendier la ville, s'établit enfin à Dikoua, d'où, en qualité de souverain dun empire du Tchad, avec des impôts réguliers levés sur chaque habitant, il lia commerce avec les trafiquants de Tripoli. Les Anglais de Nigeria le recherchaient. En mai 1893, une épidémie qui éclatait dans son armée l'empêcha seule de conquérir le Ouadaï.

Quelques mois après, la canonnière de l'enseigne Gentil pénétrait dans le Chari et descendait le fleuve vers le Tchad. Gentil traitait avec le sultan du Baghirmi, lui accordait la protection française. Le 30 octobre, sa canonnière flottait sur le lac. iMais à peine Gentil avait-il remonté le bas Chari que Babah dévastait le Baghirmi, détruisait Koiisseri et Goulfei, chassait le sultan qui implora les Français. L'année suivante, il anéantissait à Togbao la mission Bretonnet, à laquelle survivait seul un sergent sénégalais (17 juillet 1899i. Gentil, renforcé par les capitaines Bobiflot, de Cointet et de Lamothe, attaqua Babah à son tour, à Komio, et le mit en fuite (-29 octobre). En janvier suivant, Joalland et Meynier rejoignaient les postes du Chari. Quelques jours plus tard, c'était la mission saharienne.

Elle avait beaucoup souffert dans la traversée du désert. Partie d'Ouargla (22 octobre 1898), elle arrivait à El-Biodh (10 novembre!, puis à Temassinin et, par le haut Igharghar, au puits de Tabalbalet. A sa descente du plateau rocheux (Tassili des Azdjer), elle retrouvait (février 1899) le puits où périt Flatters; mais des combats contre les Touareg retardaient au 28 juillet l'entrée dans Agadès, capitale de l'Air. Les Keloui refusaient d'aider la mission, qui avait déjà perdu nombre de chameaux; un guide essaya de l'égarer. En novembre seulement elle parvint à Zinder, où le commandant Lamy se remonta en chevaux et en bêtes de somme. De Zinder, la mission gagna le Bornou, puis le Tchad qu'elle contourna aussi par le Kanem pour rencontrer le corps Joalland à Debenenki. A Goulfei, Lamy, commandant supérieur, commença par repousser Babah dans deux affaires d'avant-garde (mars 1900); puis, avec 700 .soldats et 1.500 Baghirmiens appuyés par quatre canons, il bouscula les 5.000 hommes de Babah, appuyés par trois canons, les dispersa, mais tomba blessé à mort tandis que le capitaine

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de Cointet rhul l.ié -2^2 avril l«)00i. Mais lialuili succoinhait lui aussi. Kr cominainlaiil Hcibcll pomsiiivil srs (iciix (ils dont il détruisit U's haïuK's et soiiipara de Dilania. La lils aîné, Fade! Allah, revenu à l'attaque, fut rejeté dans le Boruou anglais (janvier tOOl).

Chargé de paeifier le pays, le lieutenaiit-eolonel Deslenave le maintint par les postes de Forl-Archam/Minll, Forl-Brclonnel, Forlde-Coinlel et Forl-Lami/, pendant (pie le colonel Péroz, installé à Ziuder, travaillait à se relier à la fois avec le Chari et avec l'Air. Ainsi se trouva réalisée, pour la première fois, la jonction des anciennes colonies françaises de la Méditerranée et de l'Atlantique avec les établissements nouveaux du Niger et du Soudan central.

A CONSULTER

Sta^lux : Aulohiograpfiie, t. H. - Monteil : De Sclnl-Louis à Tripoli l-REY : Campagne dans le Jlaut-Sénégal. - Lenfant : Le Niger. - Binger • Jhi Alger au golfe de G ai née. - Touïke : Dahonié, Niger, Touareg: et : Du Dahonie au Sahara. - D'Aliuôca : La France au Daho'met,. - Mou'rst ■ Sur le Niger cl au pags des Touareg. - ]• OA : Du Zamhèze au Congo français - Haratier: .1 travers lAfrique : et: Épopées africaines. — D' Euii^x ■ Journal de la mission Marchand. - (> Lamy : Lellres (publiées par le C'. Keibell). — Gentil : La chute de l'empire de Rahah. — Lenfxnt" La grande roule du Tchad; et : La découverte des grandes sources du centre ilel Afrique. — Dvrowski : Le Congo français.

Dirnois : Timhouclou la mystérieuse. — Sonolet : FAfrique occidentale Iran, aise. - C Mevmer : U Afrique noire - Rondeï- Saint : LAfrique equaloriale française. - Cuallaye : Le Congo français. - E.-F. Gautier • La Conquête du Sahara.

{Fin)

I. La France en Afrique orientale. — II. La question éthiopienne. III. L Afrique au début du XX' siècle.

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