‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 26 sur 96 · I. — La France en Afrique orientale · texte numérisé non relu

I. — La France en Afrique orientale

En Afrique orientale, les deux grandes puissances aujourd'hui sont l'Allemagne et l'Angleterre. Toutefois, depuis deux cents ans, la France prétendait posséder dans les îles de la côte des étapes sur la route de l'Inde. A la faveur des circonstances, elle a fini par y trouver une nouvelle colonie.

Les établissements de la mer Rouge et de rocéan Indien. — Dans la mer Rouge, qui redevenait, à partir de 1870, grâce au canal de Suez, une des grandes voies de circulation du monde, la France ne tira aucun parti de la position de Cheikh- Saïd, acquise en 1868 sur la côte de l'Yémen. La position domine de deux cents mètres l'îlot anglais de Périmetle détroit de Bab-el- Mandeb. Des soldats français y étaient casernes en 1870; après la guerre, ils disparurent, sans que le gouvernement ait consenti au surplus aucun abandon de ses droits.

L'acquisition, sur des sultans locaux, des territoires â'Obork, Tadjoiirah, Sagallo et Djibouîi (1882-1885 , fait compensation. La côte, creusée dans le golfe profond de Tadjourah, depuis le détroit de Bab-el-Mandeb jusqu'au cap Djibouti, forma (1884^ avec

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l'arrière-pnvs qui s'étend à mi-cliemin de Harrai" la Somalie française (depuis IS9()). Le centre en l'ut il'altord OI)()ck (1885-1895), sur la côte septentrionale du golfe; puis Djibouti, mieux placée sur la (•(Me sud pour devenir le d(^bouché maritime de l'Ethiopie à laquelle doit la relier une voie ferrée qui atteint déjà Harrar. Mais Djibouti, entourée de déserts brûlants, constitue surtout une étape de ravilaillenient et une halte de repos sur les lignes de paquebots qui gagnent l'Extrême-Orient ou les pays de l'océan Indien.

Dans la partie occidentale de cet océan, l'île de la Réunion ne s'est pas relevée des désastres naturels et des ruines économiques qui l'ont accablée à partir de 1860. Beaucoup de ses habitants émigrent dans la « grande terre » (Madagascar). La France devait l'occuper aussi après l'avoir entourée dune série de postes d'approche : tel l'archipel des Comores, où Mayolle nous appartenait depuis 1841. La Grande-Comore fut cédée par le sultan Saïd-Ali en forme de protectorat (1886), de même l'île Mohély et l'île d'Anjouan. En i89'2, les iles Glorieuses, où des Fran(:ais possédaient depuis vingt ans la concession de la pêche, furent placées dans la dépendance de Mayotte, et l'ensemble forma (septembre 1899) un gouvernement de Mayotte, dont le gouverneur résida à Dzaoudzi.

Au sud, et déjà perdus dans les eaux antarctiques, les îlots de Sainl-Paul et d'Amsterdam déclarés français en 1892, ceux de Kerguelen, n'ont plus rien d'africain et ne sauraient compter que comme relâches de fortune sur la route de l'Australie ou comme point d'attache de câbles sous-marins.

Preiiiîors établissements à Madag-ascar. — Les Français sont sans doute les premiers Européens (\\n (à partir du XMl"" siècle) prirent pied dans la grande île malgache (à la fois dans l'île de Sainte-Marie et la baie d'Antongil au nord-est, et au sud-est à Fort-Dauphin). Des indigènes massacrèrent les colons de Fort- Dauphin (167"2); le poste otïrait pourtant une telle valeur d'étape sur la route de l'Inde que par deux fois le gouvernement de Louis XV tenta de le relever et que Sainte-Marie fut occupée à titre définitif (1750).

Sous l'Empire, Vile de France devint le centre des possessions de la mer des Indes; toutefois, le général Decaen, gouverneur, fonda des comptoirs à Tamatave, au centre de la coXe, de l'est (1804). Les Anglais les enlevèrent, et ce n'est qu'en 1816 et 1819 que le gouverneur de la Réunion reprit possession de Sainte-Marie et de Fort-Dauphin. Possession précaire que contesta le chef do la tribu des Hovas (de race malaise), campés depuis le XVI' siècle

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sur le plateau central d'imérina, et qui, au XIX% avaient imposé leur autorité aux quelque trois millions d'indigènes africains, Sakalaves (à l'ouest), Betsimisaraka (à l'est), Beisiléo, Anlandroy et Mahafaly (au sud). Radaraa I", roi depuis 1810, entra en contestation avec des autorités françaises laissées sans instructions ni appuis, et, fort à la fois des conseils d'un résident anglais et d'une armée organisée par un ancien sous-officier de la Réunion, il captura la garnison de Fort-Dauphin (cinq soldats et un officier, mars 1825), et chassa les trafiquants. Nos réclamations restèrent infructueuses. Bien plus, l'amiral Farquhar, gouverneur de l'île de France, revendiquait pour l'Angleterre cette « dépendance » d'un territoire devenu anglais depuis 1815.

Radama mourut en 1828. Sa femme, Ranavalona, qui lui succéda, s'inspira, sans doute à l'instigation des Anglais, de la même politique xénophobe. Le gouvernement de Charles X, tout occupé des affaires méditerranéennes, résolut d'intervenir, mais avec des moyens si réduits qu'il ne récolta qu'un échec. Le capitaine de vaisseau Gourbeyre, qui amenait sur trois bâtiments 300 hommes de troupe, prit terre à Tinlingue et bombarda Tamatave (juilletoctobre 1829), mais fut repoussé à Foiilepoinîe et, malgré un succès à Pointe-à-Larrée (4 noveml)re), dut hiverner à Tintingue dans des conditions désastreuses. La royauté de Juillet s'en laissa imposer par les représentations de l'Angleterre et, tout en réservant ses droits de première possession, fit évacuer et incendier les établissements de Tinlingue (juillet 1831).

Les acquisitions territoriales et les relations de commerce. — Les droits de la France se trouvèrent en effet sauvegardés par les officiers de la station navale de la Réunion et par leur chef, le vice-amiral de Hell. Si le gouvernement de Louis-Philippe ne songea qu'un instant à s'établir dans la baie de Diégo- Suarez (1835), du moins le capitaine Passot occupa A^oss/-6e, Nossi- Comba, et la baie voisine de Passandava que lui céda une reine Sakalave traquée alors par les Hovas (mai ISil). Ranavalo P' riposta par Védit de 1845 : il réduisait tous les étrangers à une sorte de servage à l'égard du pouvoir malgache et, sous menace de ruine après pillage de leurs biens, leur donnait quinze jours pour se soumettre. Onze Français et douze Anglais subirent le sort annoncé. Aussitôt, une escadre franco-anglaise (capitaine Kelly et capitaine de vaisseau Romain-Desfossés) bombarda Tamatave après un ultimatum à la reine (15 juin); mais l'assaut donné à la ville manqua, faute de unnutions, et les troupes durent faire retraite sans même

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oiuportei' leurs morts. Le. ininisfèi-c Gui/ol se contenta de réserver l'avenir en organisant les « Ktablisseinents franrals tin canal de Mozambique » (septembre 1H47).

Malgré l'édit de 184.5, des Français demeurés dans lile, Jean Laborde arrivé en \S'M) et de Lestelle, associés avec Lambert, négociant de la néunion, l'ondc'rent une société de commerce qui s'installa dans la capitale même, exploita mines et forêts, commenç^a des plantations dans l'imérina. Leur succès leur assura du crédit près de Rakoto, héritier du trône, qu'ils se Hattaient d'amener à l'idée d'un protectorat. Mais, à toute entreprise malgache, le second Empire se croyait tenu d'associer l'Angleterre; lord Clarendon en protita pour, y soutenir les pasteurs méthodistes du consul Ellis qui finirent, en I8o3, par provoquer un massacre des chrétiens. Il fallut attendre la mort de Ranavalo (août 48G0). Rakoto, devenu le roi Radama II, s'entendit tout de suite avec les négociants français (Lambert était son représentant en Europe). En dépit du parti rétrograde, il signa avec le capitaine de vaisseau Dupré un traité qui, sans prononcer le mot de protectorat, ouvrait l'île aux entreprises commerciales de la France, à la propagande de ses missionnaires. L"ne« Compagnie de Madagascar » recevait le droit d'exploiter les' mines, les forêts, les terres en friche, de posséder des immeubles, d'ouvrir des routes, de fonder des usines. La contre-partie, c'était la reconnaissance de Radama comme roi de l'île entière, au préjudice des Sakalaves de la cote ouest et des Mahafaly de la côte sud, qui mettaient depuis vingt ans leur confiance dans notre protection {ii septembre 1862).

Aussi bien, lo traité de 1863, la v Charte Lambert », demeura lettre morte, tout en provoquant une révolution de palais. Les « vieux Hovas », excités par Ellis, menèrent à l'assaut du palais royal la populace qui réclamait l'abrogation du traité, étrangla le roi et ses conseillers (mai 186;^). Ellis triomphait. Rasshernia, veuve de Radama, accordait tout à l'inllnence anglaise, tout en ménageant Laborde, devenu consul de France. Sa cousine, Ranavalo II, qui lui succéda en 1868, accepta même un nouvel accord qui confirmait aux Français le droit de posséder ou de prendre à bail perpétuel des biens meubles et immeubles, ti-ansmissibles à leurs héritiers, d'engager des travailleurs libres, dacconqdir toutes opérations d'industrie et de commerce. Traité mal observé, compatible au surplus avec toutes sortes de vexations que la reine et son mari, le premier ministre Rainilaiarivony, convertis officiellement au protestantisme (1861)), ne ménagèrent ni aux missionnaires, ni aux traitaids l't colons français.

Li: PARTAGE DE L AFRIQUE

Du moins, des voyageurs, Alfred Grandidier, le P. Roblet, exploraient le centre de Tile et en dressaient la première carte (1865-

La guerre de 1882- 188o. — En 1881, survint la rupture inévitable entre les deux gouvernements. Depuis la mort de Jean Laborde (1878), le ministre ho\a i-efusait d'envoyer les héritiers en possession de ses domaines

fonciers ; il invoquait une loi nouvelle qui défendait la vente de terres à d'autres qu'aux sujets malgaches.

Cette loi, prétendait-il, ne violait en rien le traité de 1868, car si elle empêchait les Malgaches de vendre ou d'engager des terres, elle n'empêchait pas les Français d'en acheter en se conformant aux lois du pays. La plaisanterie s'aggravait de tout un ensemble de faits contraires à la dignité de la France : mainmise sur les chefs sakalaves de la côte nord-ouest, méconnaissance affichée des traités de 1841, drapeau français abattu à Ankify, occupation de Majunga et de plusieurs ports au cours môme des négociations qu'une ambassade

malgache suivait alors à Paris. Bientôt, le consul Baudais, menacé à Tananarive, gagnait Ta4natave, devant laquelle croisaient les bateaux du capitaine de vaisseau Le Timbre. Cet officier abattit le pavillon hova à Majunga et sur toute la côte occidentale (1882) ; et comme l'ambassade de Paris refusait l'évacuation du territoire sakalave, la reconnaissance pour les Français du droit d'acquérir des propriétés et le paiement d'une indemnité pour tous les dommages subis, le ministère Duclerc-Fallières prescrivit à la division navale des Indes, aux ordres du contre-amiral Pierre, d'exiger par la force satisfaction sur ces trois points (février 1883).

Le contre-amiral bombarda et occupa Majunga (18 mai 1883)

Ranavalo m

l.îf) CHAPITRE VII

après avoir iielloyé la côte nord-ouest de tous les postes malgaches. Le l"'" juin, il remettait son idlimalum au gouverneur de /'(inidhire et, sur une réponse négative, il bombardait la ville qu'il tidevail, malgré l'incendie (H juin). Tout pouvait se terminer en «pielques semaines; l'hostilité de l'Angleterre, qui avait accueilli l'andjassadehova après son échec à Paris et qui faisait surveiller par ses vaisseaux nos opérations à Tamatave, la duplicité des Hovas (pii réclamaient de nouvelles négociations sur place, auxquelles (lut se prêter le contre-amiral Galiber après la mort du contreamiral Pierre (novembre 1883), firent traîner les choses pendant de longs mois. Les négociations, rompues en novembre, reprises en février 1884, puis en avril, avec le gouvernement de Ranavalo III Manjaka (reine en juillet 1883), n'arrêtaient pas l'occupation de P'ort- Daui»liin et des points essentiels de la cùte orientale ; mais elles empêchaient la marche sur Tananarive, seule procédure efficace, que réclamait Mgr Freppel, soucieux de sauver les missions catholiques, mais que Jules Ferry, engagé au Tonkin, hésitait à ordonner. L'amiral Miot, succédant à Galiber (mai 1884), prit sur lui d'agir; mais ces longueurs avaient moralement anémié l'armée. L'occupation de Vohémar (décembre 1884) ne résolvait rien; Ferry tomba sans avoir pu expédier les renforts nécessaires pour l'action décisive. En août 1885, alors que le ministère Brisson, vivement pris à partie par Clemenceau, n'obtenait pas sans peine les 12 millions nécessaires, le combat indécis de Passandava était suivi de Uéchec de Farafale, d'où nos 1.500 soldats partis de Tamatave ne purent pas déloger les 10.000 Hovas du colonel anglais Willougby (10 septembre). Le traité du 17 décembre, que signèrent avec "Willougby l'amiral Miot et le ministre plénipotentiaire Patrimonio, ne produirait, très probablement, que des résultats précaires.

Il portait néanmoins que le gouvernement de la République représenterait Madagascar dans ses relations extérieures, qu'un résident français, installé à Tananarive avec une escorte de 50 soldats, sans s'immiscer dans l'administration intérieure, présiderait à la politique étrangère. Tout en rapi)elant les garanties de liberté religieuse consignées au traité de 1868, il ne reconnaissait plus aux Français que le droit au bail emphytéotique et non à la propriété des terres et immeubles; il affirmait pour toute l'étendue de l'île la souveraineté de Ranavalo. La reine nous cédait la baie de Diéyo- Siiare:, où la marine s'installerait à sa convenance, et payait une indemnité de 10 millions pour laquelle l'occupation de Tamatave servirait de gage. Mais le traité n'énonçait pas le mot de protectorat.

Accords et rupture (1883-1895). - Le traité fut cependant reçu sans observations par les chancelleries, et le Pf^te^^t^rf avec outesses conséquences inscrit dans les accords du 5 août 1890 avec r\nirleterre et du 17 novembre avec l'Allemagne, c est-a-dire avec les puissances dont la France enregistrait alors les acquisitions en Afriaue Mais, sur place, le système ne fonctionna vraiment jamais. C'eirà grand'peine que les résidents,Le Myre de Vilers (1 86, Bompard (1889), Lacoste (1891), Larrouy, tirent continuer l'exploration de ? le par les missions Catat et Maistre, Douliot, Gautier, Muller (qui fut assassiné,, Besson et d'Anthouard; pour le reste, ils se heurtaient à une politique qui se borna pendant dix ans à tourner les dispositions du traite^ grâce aux u lettres interprétatives >, arrachées des 1886 à Miot et Patrimonio, à contracter notamment des emprun s qui passèrent en achats de canons anglais, à soustraire les consuls étrangers à Ve.e.ualur du résident de France, à traiter les affaires extérieures sans passer par son intermédiaire. L'insécurité dansles transactions paralysait la colonisation etle commerce ; aucunemise en valeu^possible'des ressources naturelles; des difficultés indeûnies opposées à toute entreprise française de travaux publics, alors quenimporte quel aventurier hostile à notre influence voyait ses exi-ences aussitôt réalisées ; enfin de nombreux assassinats de Fra'kçais (1890-1894) dans lesquels le ministre des Affaires étrangères Hanotaux surprenait la main de fonctionnaires hovas. A toute réclamation, le gouvernement malgache se dérobait; a ce point que Larrouy demandait à Paris (28 août) l'autorisation de gagner la cote avec ses nationaux, dont il estimait la vie en danger

Toutefois, le ministère Charles Dupuy envoya Le Myre de \ ilers présenter un dernier ultimatum. 11 devait réclamer l'exécution complète du traité de 1885, avec l'établissement du protectorat, le renforcement de l'escorte du résident général, l'occupation de certains points de la côte, la construction de routes de Tananarive a Tamalave l'attribution de toutes concessions réservée au résident général Le gouvernement hova répliqua par un contre-projet qui, dans une forme dérisoire, impliquait la négation même de 88o. Le Myre de Vilers rompit les pourparlers, amena le drapeau de la résidence et descendit à la côte (18 octobre-2 novembre 1894).

Seule une action de force imposerait le protectorat avec le sens qu'y attachait la France. La loi du 7 décembre alloua 6.^ millions au ministre de la Guerre (général Mercier) pour préparer c( 1 effort vigoureux » et décisif.

La guerre de 189S (janvier 30 septembre). - Deux di-

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l'i'ctions s'oiri-ai.Mil pour |>aivciiii- à l'iuianarivo, objoctif de Vo.xi^éditioii : ou bien, partani de ramatavc, rade médiocre, escalader sur HOO kilonuMrcs les penles abru|)l('s du pbiteau ; ou partir de Ma- .juiij,M (baie ileHouibeloka) pour ga^nier, par les vallées de la Helsiboka et de sou alllueul llkopa (480 kilomètres), les environs delà capitale. Suberbieville, dont les Fa/iaualos pillards avalent en 18!»H saccagé les exploitations aurifères, propriétés de Français, servirait de première étape. Les Hovas nous opposeraient sans doute "25.000 soldats armés à l'européenne, avec HO canons; la i)Ius grande difticulté viendrait i)ourtant de l'absence de loules, de rinsalubrité du climat (les Ilovas comptaient sur le (( général La Fièvre » plus «pie sur leur commandant en chef Ramazombaza), de l'impossibilité de se ravitailler sur place. Une commission d'études préconisa la marche |)ar la Hetsiboka (utilisable jusqu'aux premières pentes du plateau ])our le transport du matériel) de hi.OOO combattants, ravitaillés par Majunga. En réalité, le corps expéditionnaire, formé en France avec des volontaires de l'armée métropolitaine, et en Afrique avec des troupes coloniales, comprit 14.500 hommes (dont 10.400 d'infanterie), portés à 18.000 avec les renforts, et T. SOO auxiliaires. Le général de division Duchesne, avec le général de Torcy, chef d'étatmajor, et le médecin principal Kymery-Desbrousses, chef du service de santé, commandait à deux brigades : Metzinger (de la Guerre) et Voyron (de la Marine), renforcées de 150 cavaliers et de 46 canons. Le convoi comprenait 5.000 voitures métalliques Lefebvr'e attelées de mulets et qui rendirent peu de services. La marine devait préparer les débarquements; en conséquence, le contre-amiral Bienaimé occupa fortement Tamatave (12 décembre 1804), dégagea les abords de Diégo-Suarez, prit pied à Passandava et à Majunga tandis que les Hovas se massaient au camp de Farafate (en l^u-e''de Tamatave) et à Marovoay (en arrière de Majunga).

Lavant-garde Metzinger (troupes d'Algérie) débarqua à Majunga le 1" mars 189.5, En vingt-cinq jours, elle avait dégagé les abords de la baie Bombetoke ; aidée par l'escadre, elle s'installait à Mahabo, bataillaitautour de Marovoay qu'elle enlevait le '2mai. refoulait enfin' aux combats d'Ambotidimonli, du gué des Tamariniers et d'.i/?rf/-o//-a (15-17 mai) l'armée hova que Hamazombaza repliait jusqu'au continent de rikopa. Le général Duchesne. arrivé le 6 niai, maintint les garnisons de Tamatave et de Diégo-Suarez dans leur allilude défensive et prescrivit au corps Metzinger de re|)rendre conlact avec Tennemi qui se dérobait, sans profiter des avantages que le terrain boisé et marécagcnx, traversé de ruisseaux bourbeux olTrait pour une guerre de partisans. Metzinger passa la Hetsiboka s,,,

LE PAHTAGE DE L APHIOUE

des chalands (7 juin), culbuta et tourna les Hovas retranchés sur les hauteurs de Meualanana, les dispersa à coups d'obus à la niélinite (9 juin) et s'installa à Suberbieville.

A Suberbieville Duchesne décida de créer une base de ravitaillement, reliée par une route praticable aux voitures Lefebvre avec Marovoay; le génie s'épuisa à cette construction, à celle des ponts sur la Betsiboka et divers affluents. En un mois, pourtant, le gros avait rejoint Tavant-garde, couverte par le bataillon du comman-

Tana.naiuve (D'après une phologiapliie;

dant Lentonnet, qui se maintenait dans Ti^arasalra ("29 juin) et, avec l'aide de Metzinger, battait un corps hova au mont Berilsoka. L'ennemi, en retraite, gagnait Andriba.

Assurée de ses ravitaillements par la route, construite jusqu'à Tsarasatra, l'armée, alternant ses deux brigades en tête, reprend la marche en avant. Les 'il et 22 août, le général Voyron déloge d' Andriba o.OOO Hovas qui résistaient bien. Le commandant en chef voulait d'abord attendre que la route des voitures fût achevée; à défaut de la main-d'œuvre sakalave, qui se dérobait par rancune de notre abandon de 1885, il y avait employé presque toutes ses troupes, qui pertiirent de nombreuses unités à cette (euvre de terrassements, dans des terres vierges, aux émanations putrides. Pour combatlre la fièvre, le sulfate de quinine mancpia aux 70 mé-

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dccins ainsi que le matériel d'évacualioii. Or il restait 100 kilomètres à parcourir avant la mauvaise saison. Seule une colonni' lég(';re, utilisant les pistes, avec un simple, convoi d'animaux, pouvait y réussir. Ducliesne la forma à Andriba d'une avant-garde (Metzinger), d'un corps principal avec le convoi (Voyron), d'une réserve (colonel de Lorme), en tout 5.800 liommes, l'^ canons et vingt-ileux jours de vivres. La colonne parfit le 14 septembre. Le lendemain, Metzinger cull)uta les llovasà Tsin(iinonilrif;lo surlendemain, rejoint par Voyron, il for(;ait l'tMitrée du plateau d'imérina. Tous les deux, le 26, arrivaient en vue de Tananarive, qu'il leur fallait contourner par le nord au moyen d'une marcIie de flanc (27-30 septembre). Le 30 septembre, Metzinger dominait la capitale par les crêtes de l'est; ^■oyron , au nord-est, tenait la hauteur de l'Observatoire. Ils refoulaient l'ennemi dans la ville et commençaient le bombardement à la mélinite quand le drapeau blanc apparut sur le palais de la reine. Le même soir, Metzinger occupa Tananarive ; le 12 octobre, Duchesne imposa à Ranavalo 111 (( le protectorat de la France avec toutes ses conséquences », et d'abord le renvoi du premier ministre Rainilaiarivony. Les commandants hovas devant Tamatave etDiégo- Suarez reconnurent la capitulation de Tananarive.

La campagne, rendue meurtrière par les défauts d'organisation déjà signalés, coûtait plus de 5.700 honunes, dont 7 seulement tués par l'ennemi. A lui seul, le 200'' régiment, formé de volontaires de l'infanterie métropolitaine, en avait perdu 1.035), dont son chef, le colonel Gillon.

L'annexion (189o-1899). — J^a formule du protectorat semblait un résultat bien médiocre pour de si lourds elïorts ; le gounenient ne s'y tint pas longtemps. Dès le 18 janvier 1896, le résident général Laroche faisait signer par Ranavalo un acte qui rendait Madagascar « possession française » ; le résident général dirigerait la politique extérieure et contrôlerait l'administration intérieure, dont une partie seulement était laissée à la reine. Annexion ? Xon; mais « prise de possession » que les puissances reconnurent, certaines d'entre elles avec des réserves qui ne faisaient que trop ressortir l'ambiguïté de la solution. Le Parlement franchit le pas, vota l'annexion de l'île, terre française, et déclara par le même acte l'esclavage aboli.

Le gouvernement hova subsistait comme intermédiaire entre la France et les indigènes. (Seul Rainilaiarivony avait été déporté en Algérie.) Or il ne pensait qu'à organiser, à l'insu du résident général et avec l'aide du vieux parti hova, l'insurrection dans les bour-

gades voisines de Tananarive, et à provoquer des massacres d'Européens, explorateurs, prospecteurs de mines, colons agricoles, par des brigands Fahavalos, dans lesquels se reconnaissaient sans peine d'anciens soldats réguliers. La reine prenait contre eux des arrêtés menaçants, non suivis d'effets. Bientôt les convois furent attaqués par des bandes que recrutaient les fonctionnaires; contre elles, Voyron lança des colonnes volantes qui exécutaient quelques villages, mais derrière lesquelles se reformait l'insurrection (févrierjuin 1896}. Au demeurant, persuadé de la trahison de la reine et de ses ministres, il s'entendait imparfaitement avec le résident général qui s'obstinait, lui, à vouloir gouverner avec les Malgaches. Cette pratique d'hésitations cessa quand arriva, succédant au général Voyron, avec le pouvoir de décréter toutes les mesures nécessaires (notamment l'état de siège), le nouveau commandant en chef, général Galliéni (9 septembre 1896).

Galliéni, à qui ses campagnes du Soudan et d'Indo-Chine avaient appris à s'orienter rapidement dans le dédale des politiques tropicales, fixa tout de suite le double objet de sa mission : réduire la rébellion du vieux parti hova, et briser l'insurrection armée. Dans une visite qu'il l'obligea de lui rendre à la résidence, il le signifia à la reine avec un décret qui déportait à la Réunion quatre hauts personnages de la cour. Un conseil de guerre condamna à mort, comme coupables de haute trahison, le ministre de l'Intérieur, Rainandriampandry, ancien gouverneur de Tamatave^ et te prince Ratsimamanga, oncle de la reine. Ils furent fusillés (15 octobre). Puis Galliéni mit les provinces du centre en état de siège, et comme la cour intriguait encore, même avec l'étranger, il décréta l'abolition de la royauté (28 février 1897). Ranavalo, internée à la Réunion, fut plus tard (après les événements de Fachoda et les menaces de conflit avec l'Angleterre) transférée dans une villa d'Algerffévrier 1899).

La nouvelle politique coloniale à Madagrascar. —

Pour la pacification et la mise en valeur de Madagascar, le général Galliéni, gouverneur général (.30 juillet 1897), inaugura une méthode coloniale originale. La pacification, délaissant le système des colonnes u en coups de lance », à grand fracas, s'opéra par le système de la « tache d'huile ». Il s'agissait, en entourant Tananarive de postes militaires dans un rayon de 20 kilomètres, « d'occuper progressivement le pays en procédant par bonds » pour refouler l'ennemi jusqu'aux limites de l'Imérina. L'Imérina serait pacifiée quand, en arrière de ses postes de la périphérie, fortement constitués en troupes régulières, s'échelonneraient, sans fissures entre

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eux, dos postes (le milice en dcuxièiMc ligne, et, en troisième ligne, des villages armés sous l'autorité d'un gradé français. La reddition des chefs rebelles (mal 1897! marqua le premier résultat. Ensuite, la tache d'huile déborda dans les districts de plaines : à l'ouest dans le Menobé, on le commandant (îérard, puis les colonels Seplans et Sucillon pi-océdaient à la soumission des Sakalaves ; au nord-ouest, dans le Bouéni et le Manasamody, où deux ex{)éditions (des capitaines Toquenneetde Bouviéetdu commandant Rouland, puis des commandants Lamollcel Mondon) vinrent à bout des résistances indigènes ; dans le sud, où les elforts du commandant Cléret, des capitaines Brulard et Génin, du commandant Michard imposaient la paix aux Baras pillards, organisaient le cercle de Tuléar, sans pouvoir pendant longtemps pénétrer dans le pays des Mahafahj, à la pointe sud-ouest de l'île. Enfin, le colonel Lyautey, chef du 4*= territoire, opérait, par la Mahavany, la liaison entre l'imérina et le territoire sakalave (1897-1900).

La deuxième partie de l'œuvre commença. Galliéni avait divisé le pays soumis en provinces, « en respectant scrupuleusement le principe de rautonomie des races », et en observant que l'organisation administrative, financière, judiciaire, simple au début, devait « suivre le pays dans son développement naturel ». Rien de plus souple que cette méthode ; toutefois, elle doit combiner la politique et la force, fie détruire qu'à la dernière extrémité, et pour mieux bâtir. Après la prise d'un village, 'de haute lutte, le premier soin sera, la soumission des habitants obtenue, « de reconstruire le village, d"y créer immédiatement un marché et d'y établir une école ». Aussi bien, a lorsque, en prenant un repaire, on pense surtout au marché qu'on y établira le lendemain, on ne le prend pas de la même façon (1) ». Cette organisation qui marche s'achèvera par l'action économique. L'oflicier du secteur territorial et les soldats ^e transforment en administrateurs, créateurs d'écoles primaires et instituteurs, d'écoles professionnelles et ouvriers d'art, de fermes modèles et constructeurs de routes, jusqu'au moment où survient l'administrateur civil. Telle est l'œuvre accomplie par le colonel Lyautey dans les provinces civiles de Fianarantsoa et de Farafangava, auxquelles s'ajoutèrent les cercles des Baras, de Tuléar et de Fort-Dauphin pour constituer un commandement supérieur du sud (septembre 1900).

Dans un pays aussi étendu (58B.000 kilomètres carrés, autant que la France, la Belgique et la Hollande réunies), dépourvu de Jleuves

(1) Colonel Lyauh'v.

navigables, le problème capital est celui des voies de communication. Sur la côte orientale, festonnée de lagunes, le canal des Pangalanes réunit aujourd'hui sur 100 kilomètres Andevoranto avec Ivondrona. Dès 1900, des services d'automobiles utilisaient les routes tracées autour de la capitale et assuraient jusqu'à Tamatave et Majunga la circulation des coui-riers postaux. Des emprunts garantis par la métropole ont permis d'achever le chemin de fer de 270 kilomètres de Tananarive à Tamatave (1909) sous le gouverneur général Augagneur (1906-1910). Telles quelles, ces voies suffisent pour amener à la côte les matières premières que recèle le plateau central et les produits de l'industrie indigène (tissus, nattes, dentelles et broderies), et pour faire pénétrer à l'intérieur, par l'intermédiaire des trois ports aujourd'hui construits et pourvus de phares de Tamatave, Diégo-Suarez et Majunga, les marchandises surtout françaises (tissus, vins et machines) auxquelles un jeu de tarifs douaniers presque prohibitifs pour les produits étrangers imaginé par Galliéni (1905) assure, malgré les protestations de l'Angleterre, une situation privilégiée.

En faisant mieux connaître les ressources véritables de la grande île, la conquête a mis (in à des illusions irraisonnées. Quelques-uns y avaient placé un Eldorado ; or l'exploitation aurifère ne produit guère plus de 8 millions par an. D'autres y supposaient d'énormes gisements houillers ; il faudra sans doute déchanter et se contenter longtemps encore de la houille anglaise du Natal (1). Mais le fer, le cuivre et l'étain, abondants, constituent d'appréciables richesses ; les rizières trouvent place partout où le sol n'est pas recouvert de latérite ; les forêts fournissent déjà aux 9.000 colons, guidés et aidés par le service de l'Agriculture et les bureaux de la Colonisation, des essences précieuses ; les terrasses à moussons de la côte orientale, des conditions favorables à l'acclimatation des cultures tropicales; les grandes plaines de l'ouest et du sud, les espaces nécessaires à l'élevage du gros bétail. Rien qui rappelle ou qui annonce les richesses de l'Inde, de Java ou de la Chine, et pourtant les efforts dépensés, les sacrifices de plusieurs sortes consentis par les Français pour devenir ici les maîtres incontestés s'avèrent légitimes et profitables au prix de ce ([ue nous eût coûté l'indifférence, préconisée de 1885 à 1895 par certains partis politiques, ou le renoncement à nos séculaires prétentions. A considérer la position de premier plan réalisée par les Anglais et les Alle-

(1) La population, estimée d'abord 5 millions, n'atteint pas tout à fait 3 millions (le gens trop souvent paresseux et sans initiative. La main-d'œuvre, peu abondante, doit recourir à l'aide chinoise ou africaine.

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mands en Afrique orienlale, il n'est personne qui ne regrettât aujounlluii de voir passer en d'autres mains «jue les nôtres le petit continent austi-al qui porter à son extrémité nord les postes de Diégo-Suarez et du cap d'Ambre, et qui, au large de la côte du Mozambique, commande vers l'occident l'une des trois faces de l'océan Indien.

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