‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 27 sur 96 · II. — La Question éthiopienne · texte numérisé non relu

II. — La Question éthiopienne

L'Ethiopie au XIX" siècle. — En Afrique orientale, dans le complexe de monts et de vallées qui s'étend entre la mer Rouge méridionale, les plaines du Nil blanc et les plateaux des grands lacs, les Éthiopiens, civilisés peut-être dès les temps pharaoniques, avaient préservé, « île de chrétiens au milieu delà mer des païens », leur indépendance contre les assauts répétés de l'Islam. Le plus terrible fut sans doute celui que mena contre le Choa, par la vallée de l'Aouache qui le fait naturellement communiquer avec la baie de Tadjourah, le conquérant musulman Mohammed « le Gaucher », qu'arrêta seulement au XVP siècle un secours portugais déclanché par le pape en faveur des pays du (( prêtre Jean ». Au XVII^, les souverains éthiopiens, descendants hypothétiques de Salomon et de la reine de Saba, Makedda, établirent la supériorité de leur action militaire par l'emploi des armes à feu sur des populations comme les Gallas, porteurs de lance, du plateau fertile du sud, superficiellement convertis à l'islam, partagés en tribus sans cohésion, décimés par les guerres civiles. Les Éthiopiens les razziaient chaque année de novembre à avril, les poursuivaient à travers les plateaux et les vallées rendues désertes et rentraient pour la Pâque avec un butin de troupeaux, de femmes et d'enfants.

Par ailleurs, aucune unité de gouvernement. Plusieurs États se succédaient du nord au sud, du pays égyptien jusqu'aux grands lacs : le Tigré, VAmhara, Je Gocljam, le Choa, le Kaff'a, isolés de la mer par le désert des Danakils et des Somalis, gouvernés par des souverains qui devaient tout à leur énergie souvent sauvage. L'ensemble présentait un aspect du moyen âge, où la terre fournit le soldat et l'impôt. Longtemps, dans leurs palais, amas de paillottes, les néfjous ne connurent d'autre luxe, à la façon des Mérovingiens, que celui des chevaux, des boucliers aux ornements barbares, des trouvères soldés pour chanter leurs exploits. Nulle administration dans des pays aux communications pourtant difliciles; des chefs de

clans OU de fiefs viagers, noblesse de fonctionnaires à la fois juges et commandants de troupes, se chargeaient de transmettre les ordres, souvent mal obéis, du souverain. Nul commerce régulier : les marchands, parfois juifs, surtout musulmans, avaient, pour ne pas traiter d'après le seul caprice de leurs clients, introduit le thaler de Marie-Thérèse d'Autriche (le lalari, qui a cours aussi au Ouadaï); il fallut attendre 1896 pour voir circuler des écus à l'effigie du négous. Les villes, simples bourgades de refuge, étaient aux mains de dignitaires ecclésiastiques, riches en biens de mainmorte, peu instruits en général, volontiers simoniaques et usuriers, vicieux et charlatans. Conviendrait-il de rapporter à leur influence le code éthiopien, qui mêle le chaos des ordonnances royales à des prescriptions juives et chrétiennes et à des réminiscences de Justinien? En tout cas, à côté de la procédure purement verbale que termine souvent l'offre d'une paire de moutons ou de bœufs, il s'accommodait de la pratique du concubinage; le mariage, réduit en un contrat purement civil, évitait les liens trop étroits entre les conjoints et rendait aisées les combinaisons financières par les séparations lucratives. Une impératrice s'enrichit par la série de ses six divorces, en obtenant après chacun d'eux le partage des biens de communauté. Dans un tel pays, si rapproché par tant de traits des origines mêmes de l'État, l'action personnelle d'un chef d'armée décide du gouvernement, son bonheur à la guerre de la durée de ce gouvernement. Les habitants l'expriment d'un dicton sans obscurité: (( En Ethiopie, celui qui a le plus grand sabre est négous. »

Théodoros, Johannès IV et l'Europe. — Un aventurier, Kassa, se proclama de la sorte négous néghesli (roi des rois) d'Ethiopie en 1833. Avant lui, le dedjaz Oubié, roi du Tigré, avait accueilli la mission des deux frères Antoine et Arnauld d'Abbadie (1837) et, ainsi que le ras Ali, roi de l'Amhara, reçu le missionnaire catholique de Jacobis (1839). Kassa les vainquit, se fit couronner sous le nom de Théodoros II par labouna Salama, ancien élève de l'école des méthodistes du Caire et devenu, grâce à eux, chef du clergé copte d'Ethiopie. Intelligent et brutal, il mata toutes les révoltes, comme celle de Négoussié (neveu du dedjaz Oubié) qui avait insurgé le Tigré (1858-1860), accueillit très mal les Européens dont il se défiait. Il en voulait surtout aux Français, suspects de soutenir en Afrique les intérêts catholiques, et qui venaient (1861) d'obtenir de la Porte un firman pour l'établissement à Ma.ssaoïiah d'un vicariat apostolique auprès de leur consulat. Le consul Lejeau manqua d'être emprisonné. Il semble que Théodo-

Irtti tniAPirni: vu

ros t'proiivait des diniotiltés nouvelles <le la part de ses sujets, que rtSollaifnf ses cruautés, lorsqu'il lit jeter en prison le consul aniriais Cameron et l'ambassade britannique qui vint le réclamer. Ouand ils connurent le débar<iuement à Zoula(au sud de Massaouah) de sir Hol>ert Napier avec une armée an^lo-liindoue et des éléphants, ses pai'tisans désertèrent son cam|) de Mntjdaki M867). Napier s'assura la neutralité bienveillante du dedjaz Kassaï, roi du Tigré, de Waghsum-Gobaza, roi des Lasla, qui pour lors tenait tête au négous, de Méiîélik, roi du Choa; il leur promit d'évacuer le pays aussitôt obtenu le chAtiment de Théodoros. Ses 12.000 hommes escaladèrent les plateaux jusqu'à Magdala, exigèrent la capitulation du négous, qui renvoya ses prisonniers européens, et se fit sauter (13 avril 18081.

Le roi du Tigré, Kassaï, releva le titre de négous et prélendit s'imposer aux deux autres rois, celui de l'Amhara, Gobazié, qu'il vainquit à Gondar, et celui du Choa, Ménélik, qui refusa l'hommage de vassalité. En \%~i\, il se fit sacrer dans l'église d'Axoum sous le nom de Johannès IV et, très fanatique, soutenu par les moines coptes, il érigea sa formule de foi monophysite en religion d'État. Par ailleurs, il luttait pour maintenir ses frontières contre les Égyptiens qui, par Massaouah, l'avaient déjà isolé de la mer. En 1876, il les battait à Kiiuiva et à Goundel ; puis, à la faveur des troubles qui, à partir de 1881, encerclaient les Anglo-Egyptiens dans Khartoum et contribuaient à élever la puissance du mahdi, il se faisait reconnaître par l'ambassade de l'amiral Hewett (4884) la possession de Keren et de Kassala, et du pays des Bogos. L'année suivante, il apprenait que le port de Massaouah, pour lequel il avait stipulé le libre transit des marchandises éthiopiennes, venait d'être cédé à l'Italie par les Anglo-Égyptiens.

Ce n'était pas la première acquisition italienne sur la côte africaine de la mer Rouge. Dès 1880, le gouvernement de Rome, désireux d'obtenir une conqiensntion pour la Tunisie qui allait lui échapper, jetait son dévolu sur la baie d'Assal», où la compagnie Rultattino avait acquis des terrains en 186!», à 1:20 kilomètres au nord d'Obock. Il roccu[)a en 1882, ainsi que divers points delà cote d'où il expulsa les étrangers et les i)rolégés français (188'2-l88o). Les mécomptes survinrent quand ses trou|)es, aux ordres du géïiéral San Marzano, abordèrent le |)lateau: vaincues à I)Of/uli {iii jmwïev 1887) parle ras Âloula, beau-frère du négous, elles se firent écraser au combat de Sayanéiti (8 août 1888) et perdirent presque tous leurs officiers. Les derviches leur épaignèrent de plus grands désastres. En deux combats livrés sur l'Atbara, Johannès les avait mis en déroute;

au soir du second, il tomba, frappé à mort par une balle perdue (10 mars 1889). Les Italiens poussèrent alors le roi du Choa, Ménélik, à prendre la couronne de « roi des rois ».

Méiiélik II, roi du Choa et nég-ous d'Ethiopie (1844-

1880). — Le Choa, royaume du sud-est, suivait depuis longtemps une politique particulière. Dans la vue d'assurer aux Choans qui se rendaient en pèlerinage aux lieux saints la protection de la France, le roi Sahlé-Sallassi conclut avec Rochet d'Héricourt, consul à Massaouah et représentant de Louis-Philippe, u protecteur de Jérusalem », un traité aux termes duquel la France promettait son aide en cas d'attaque du royaume parles musulmans, stipulait pour ses nationaux le droit de commercer et d'acquérir des propriétés foncières, pour ses marchandises la libre circulation moyennant un droit de 3 pour 100 prélevé en nature (7 juin 1843). 11 aspirait dès lors à faire de Tadjourah, par la vallée de l'Aouache, le débouché particulier du Choa sur la mer Rouge. Son fils, Haëli- Mélicoth, approuva les entreprises qui donnèrent Obock à la France (1862). Mais le roi mourut en 1866, au moment d'entrer en campagne contre Théodoros.

Le fils dHaëli Mélicoth, Sahala Meriem. né en 18ii, se trouvait

depuis dix ans en otage à la cour du négous, dont il refusa d'épouser une fille, et qui l'avait interné au camp de Magdala. Il s'échappa et, sans redouter les représailles de Théodoros, alors aux prises avec les Anglais dans le nord, il se proclama roi du Choa sous le nom de Ménélik II (le premier aurait été le propre fils de Salomon). 11 n'osa pas attaquer Johannès, qu'il croyait soutenu par lAngleterre, mais il agit en dehors de lui, en souverain indépendant, (l'esprit positif, investigateur, curieux de sciences appliquées, occupé d'adapter son pays à la pénétration étrangèie. Allié avec Abou- Beker, sultan musulman de Zeilah, qu'il savait capable d'ouvrir ou de fermer à son gré la roule du pays somali, mais hostile aussi aux (pierelles de moines, il se donna pour un ami des évéqiies

Le négous Mé.nélik (né en 1844)

li;*^ CllAPlTRi: VII

niissioniiaires. En leur faveur, il proclama In liherté des ciilies. Il rétablit les routes et les ponts construits pai- les Poi'tugais au XVI' siècle, abolit l'esclavage et se prôla aux opérations de découverte et de commerce tentées par des voyageurs français, Soleillet, Denis de Hivoyre,Ai-noux, Hrémond. En 1876 et en 1881, il deuu\ndait au présidi'ul de la Hépid)li(pic française ([u'il lui fit, en vertu du traité de 18i3, passer des armes et des munitions. Ainsi, tandis que les communications se fermaient à l'ouest et au nord, du fait de l'Egypte et de l'Italie, elles s'ouvraient vers l'est assez largement pour que Ménélik, dès cette époque, souhailAt la construction d'un chemin de fer.

Pour payer cet équipement moderne, Ménélik chercha des ressources dans la mise en valeur des « Indes » galla, c'est-à-dire des plateaux fertiles qui, au sud du Choa, s'étendent jusqu'au Sobat (qui mène au Nil), aux lacs Rodolphe et Stéphanie (que venaient de découvrir des explorateurs autrichiens) et aux déserts du Hénadir. Celte expansion, qui ilevait rendre la capitale cho-âne, Addis-Abeba, la ville centrale des plateaux de l' Est-Africain, s'avère comme l'œuvre la plus importante du futur négous. De ces Indes, exploitées jusque-là par les Ethiopiens à la mode barbare, Ménélik opéra la conquête méthodique, par avancée progressive vers le sud, y plaça des garnisons de soldats réguliers, y perçut des impôts (1). La suppression de l'esclavage rendit inutile la chasse au GalIa ^1884), sans toutefois améliorer de façon notable le sort des habitants. Moyen d'action politique plus encore qu'œuvre solide achevée en vue de l'avenir, la conquête employa des procédés violents : amende iionoralde, une i»ierre au cou, imposée aux chefs soumis; lourdes redevances (dîmes, provisions mensuelles), réquisitions, corvées de portages pour les armées et les marchés exigées des simples paysans ; poudre d'or, ivoire, civette, café toujours exigibles des chefs, pourvus eux-mêmes par le roi de tenures toujours révocables. La conquête se compléta par l'occupation du Harrar (1887), où des troupes égyptiennes avaient cantonné depuis 1875.

A la mort de Johannès, Ménélik, puissant et riche, se proclama négous sans opposition (mars 1889). Puis surgirent les difficultés : le ras Mangascha, roi du Tigré, fils de Johannès et d'une concubine, refusa de reconnaître le nouveau négous. C'était, avec le ras Aloula, l'adversaire direct des Italiens qu'il empêchait de pénétrer ilans l'arrièi-e-pays de leur ÉrijUirée côtière. Or, depuis 1881, leurs voya-

(1) Toulefoiri, au suil-oufst, la lorninèle ne fui achevée qu'en 18'J7, par le deilja/. Tessama.

geurs parcouraient le Choa, esquissaient, en attendant mieux, une prise de possession de tout le littoral africain, d'Assab et île Massaouah jusqu'au Bénadir et à la Djouba sauf la Somalie française et britannique). Us estimèrent que le nouveau négous paierait volontiers laide qu'ils lui apporteraient pour abattre le Tigré; en leur nom, le comte Antonelli conclut à Oulchali un traité (2 mai 1889) qui limitait les possessions italiennes à une bande autour deMassaouah, mais établissait (article 17) un vague contrôle italien sur les affaires extérieures de l'Ethiopie. Ainsi se dessinait un empire érythréen que Crispi entendait sans doute pousser jusqu'au Nil, et dont le roi Hurabert prenait, au regard des puissances européennes, le titre de souverain.

De son côté, Ménélik, ayant contracté par l'intermédiaire du ras Makonnen, son représentant en Italie, un emprunt de quatre millions à la Banque de Florence, se faisait sacrer dans l'église d'Axoum (4 novembre 1889j etréduisait Mangascha et le ras Aloula (2 décembre) avec la collaboration des troupes italiennes du général Baldissera.

Le ras Makonnen

Ménélik et la politique coloniale italienne

(1890-1896.) — Legouvernement de Rome, impatient de tirer parti des arrangements

d'Outchali, frappa des monnaies éthiopiennes à l'effigie du roi Humbert et donna l'ordre au général Orero, successeur du trop circonspect Baldissera, d'occuper le Tigré. Orero entra dans Adoua, ce qui provoqua, entre Ménélik et Mangascha, wwq réconciliation immédiate. Dans une lettre au président Carnot ( 1889), le négous avait déjà affirmé son indépendance complète; il refusa de ratifier le traité d'Outchali, dont les Italiens auraient altéré la disposition essentielle : le texte amharite portait que Ménélik (' pourrait à son gré» se servir des agents diplomatiques de l'Italie, le texte italien qu'il « consentait » à s'en servir. Ménélik l'expliqua dans un message au roi Humbert (septembre 1890), n'accorda

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rien à l'ambussade extraordinaire du comte Antonelli (octobre I8!)0février 1891), et comme les Italiens, poursuivant par Agordat leur marche vers le Nil, signaient avec l'Angleterre (24 mars et loavril 1891) deux conventions par lesquelles ils se désintéressaient de la question du Soudan égyptien, mais obtenaient liberté complète sur les jtlateaux éthiopiens, soigneusement délimités du Ni! Bleu à la mer Rouge, avec la faculté de placer une garnison temporaire dans Kassala, il notifia directement aux puissances les limites présentes de ses États. Il annonça l'intention de ne pas rester « spectateur indilïérent si des puissances lointaines se concertaient avec l'idée de se partager l'Alriquc )), mais de rétablir les anciennes frontières, de Kharloum au lac Nyassa, et d'obtenir par arrangemen ts équitables quelques-uns des débouchés autrefois possédés sur la mer (10 avril). Après quoi, il remboursa les quatre millions empruntés en Italie, dénonç^a le traité d'Outchali (l"2 février 1893), acheta force fusils en Europe et se prépara à combattre pour l'indépendance.

Déjà menaçants à la frontière du Tigré, dont ils venaient d'écarter 10.000 derviches par leur victoire d' Agordat Ci i décembre 1893), les Italiens convoitaient d'encercler l'Ethiopie i)ar le sud. A cet effet, ils signaient avec l'Angleterre (6 mai 1895) un accord qui leur abandonnait le Harrar, dont une convention franco-anglaise de 1888 avait garanti l'intégrité. La France protesta; la Russie, oîi Ménélik annonçait l'envoi d'une ambassade spéciale, observa qu'elle n'avait pas reconnu le protectorat italien de 1889. Ouelques semaines plus tard, le général Baratieri ncn donnait pas moins l'assaut à Kassala (7 juillet). L'action italienne semblait s'organiser pour progresser vers Khartoum. A la lin de l'année, la guerre commençait contre « le protégé rebelle ».

Elle comprit deux séries d'o])érations. Baratieri se heurta d'abord aux troupes de Mangascha, roi du Tigré, le vainquit à Coalil (13 janvier 1893), puis à Senafé{[<ô janvier); à la suite d'une marche brillante, il entra dans la forteresse d'Adigrat (:2o mars). Ses avantpostes, lancés vers le sud, atteignirent J/aArt//e; après quoi il remit à l'automne pour pousser, avec les renforts qu'il alla chercher en Italie, justpi'au (lodjam et au Choa. Du moins, une proclamation prononça l'annexion du Tigré. Mangascha, dépossédé, réclama le secours de son suzerain.

Le négous dirigeait alors une opération de police en jiays galla ; mais il se tenait au courant. Son service de renseignements l'informait de tous les mouvements italiens, ainsi que des discours piononcés à Rome et des articles de journaux. L'attaque ne le surprit

point : des marchands grecs de Massaouah, d'autres de Djibouti et deZeilah l'avaient annoncée. Par contre, Baratieri ne savait rien sur ses adversaires qu'il croyait à ce moment ((en dispute et divisés ». Ménélik agit comme il faisait eu cas de guerre musulmane. En adressant aux vassaux (1) l'appel ordinaire (( au nom de la patrie et de la foi » (20 septembre 1895), il obtint la levée des contingents fournis parles choums (chefs de villages), expédiés aux ras et concentrés pour le premier ban dès le 6 octobre au lac Ascianghi : 150.000 hommes arrivés avec les chefs à la lile indienne, les mulets portant les vivres, l'intendance assurée exactement par les femmes. Au début de 1896, ayant fait garder le Harrar par de forts détachements contre les musulmans Danakils alliés aux Italiens et mobilisé les milices territoriales armées de fusils anciens (beaucoup de fusils Gras déclassés), il se porta dans le Tigré avec les ras (dont deux seulement de famille royale : Mikaël et Mangascha) et près de 400.000 combattants protégés à l'avant-garde par un rideau impénétrable de "20.000 Choans aux ordres de Makonnen. Les armes modernes ne leur manquaient pas: 20.000 fusils Remington enlevés aux troupes égyptiennes, 40.000 Wetterli rapportés de Rome par Makonnen en 4885, d'autres livrés par l'ambassade Antonelli, d'autres encore achetés à des négociants italiens et grecs ; en tout au moins 65.000 fusils à tir rapide. La cavalerie, composée surtout de Gallas montés sur chevaux arabes, s'acharnait à poursuivre et sabrait avec un cimeterre en forme de faux. L'artillerie, dont Ménélik se montrait fanatique et pour laquelle il avait établi des poudreries et des ateliers de réfection, comprenait 70 canons (dont 30 légers), sur lesquels une douzaine furent affectés à l'armée de Makonnen. Les canonniers, instruits par le capitaine français Clochette et les Russes Zwiaguine et Léontiev, se montrèrent capables d'un bon rendement.

Ménélik, seul général, combina lui-même, sans l'assistance d'un chef d'état-major, mais en utilisant les cartes italiennes, les mouvements d'une tactique simple : occuper des positions solides, puis une fois le choc italien prononcé, déborder des deux côtés par enveloppement et attaque de masse. Les tireurs devaient viser d'abord les officiers, puis, passant le fusil dans la main gauche, achever au coutelas. Ainsi fut anéantie, dès le 7 décembre 4895, à Amba-Alaghi,

(1) CY-taient: Telka-Hayrmandt. roi de {iodjcim; le ras Makonnen, vice-roi du Harrar ; le ras Mangasrlia, vice-roi du Tigré ; le général Guébré-Esguère, gouverneur du Leka(pays île mines d'or); le ras Mikaél, musulman converti, gendre de Ménélik, vice-roi des Ouollos-Galla ; le ras Welé, frère de l'impéralrice Taïlou le ras Aloula, le ras Valdé-Guiorgis, etc.

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la colonne «lu major Toselli ; le gi^nc^ial Arimondi on recueillit 400 fuyards qu'il ramena dans les postes d'Anlalo et do Makallé et vers rEryllirôo pour hàlor l'arrivée des renforts de Baratiori. Mais Baratiori ne croyait pas au danger. Le '23 janvier, Makallé succomba ; le major Galliano, épuisé de lutte, réduit à la famine, obtint do se rotiivr avec la garnison, mais on livrant le matériel.

Le Tigré échappait aux Italiens; mais Crispi no l'avouait pas. Très attacjué par les chefs do l'opposition à la Chand^re, Golajanni, Imbriani, Cavalotti, il avait fait venir le général qui, devant de nombreux députés, s'était porté garant de « ramener Ménélik prisonnier à Rome m.II annonça Amba-Alaghi comme un « incident glorieux », parla de la d libération » deMakallé, expulsa lesjournalistes étrangers qui laissaient entrevoir la vérité, entraîna le roi Humbert à Naples passer en revue les troupes de renfort. Il excitait Baratiori devenu prudent à enlever cette victoire décisive dont avait besoin le ministère avant la rentrée du Parlement. Mais les avant-gardes italiennes butaient ( 15 et IG février) contre les tirailleurs de Makonnen. Crispi devint insultant : « Tues donc phtisique ! » télégraphiait-il au commandant en chef, qui risqua l'affaire. Lâché par ses guides, ignorant que dans la nuit l'armée adverse avait commencé son enveloppement tactique, il lança ses colonnes à l'assaut du plateau qui domme Adouci (l'^'" mars). En une matinée, elles furent écrasées: deux généraux, Arimondi et da Bormida, et le colonel Galliano étaient tués, le général Ellena blessé, le général Albertone pris, 10.000 hommes mis hors de combat, 4.000 prisonniers, toute l'artillerie (62 canons de montagne, 8 mortiers, 12 canons à tir rapide, avec les caissons, le parc et les mulets) tombée aux mains de l'ennemi, les convois d'ambulance mêmes enlevés par sa cavalerie. La déroute avait entraîné Baratieri jusque dansAsmara. Il fut destitué ; devant son successeur, Baldissera, le vainqueur laissa le ras Mangascha avec une forte couverture, fit cerner la garnison d'Adigrat et regagna le Choa avec ses prisonniers.

Ménélik n'avait plus à redouter l'arrivée par Zeilah de contingents italiens destinés à la conquête du Harrar. Crispi tombé sous le poids de la déception publique, le nouveau ministre di Rudini avoua la faillite des espérances italiennes sur l'Ethiopie et concentra les troupes de Baldissera dans l'Erythrée autour y\e Keren et de Massaouah. La garnison do Kassala, aux ordres du colonel Sfefani, résistait victorieusement aux assauts des derviches (marsavril); celle d'Adigrat évacua le fort (5 mai). Il ne restait plus ciu'à traiter. Usant d'un armistice de fait qui depuis six mois avait permis d'actifs échanges de vues, le major Nerazzini signa (28 octobre)

la convention d'Addis-Abeba, ratifiée le 26 novembre, qui abolit le traité d'Outchali, reconnut l'indépendance absolue de l'Empire éthiopien, fixa la frontière provisoire de l'Erythrée aux rivières Mareb, Belesas et Mouna, régla le sort des prisonniers, prévit une délimitation de la frontière dans le délai d'un an (ce fut l'objet de la mission complémentaire du capitaine Ciccodicola).

L'Ethiopie et l'Europe depuis 1896. — Depuis Adoua, rien n'a troublé la paix entre Ménélik et les Italiens, satisfaits de la position qu'ils conservent en Erythrée (même après la cession de Kassala aux Anglo-Égyptiens), et plus attentifs, semble- t-il, malgré le massacre des missions Cecchi et Bottego, à développer leur situation économique dans l'hinterland du Bénadir.

Mais d'autres voisins européens s'annonçaient plus redoutables, visant une conquête déguisée : un encerclement anglais auquel souscrirait encore l'Italie. Le U mai 1897, la mission de Rennell- Rodd et du colonel Wingate, chef du service des renseignements en Egypte, signait un accord qui confiait au ras Makonnen, viceroi du Harrar, le soin de délimiter avec le négociateur anglais la frontière de la Somalie britannique, ouvrait le port de Zeilah en franchise de douane aux approvisionnements de guerre destinés à l'Ethiopie, mais empêchait le transit à travers l'Empire des armes et des munitions vendues au khalife d'Omdurman. Le 4 juin suivant, l'accord prévu reconnaissait la possession du Harrar à Ménélik. Déjà le gouverneur d'Obock, Lagarde, avait négocié le tracé de la frontière de la Somalie française à 90 kilomètres à l'ouest de Djibouti. En retour, le négous appuya les missions françaises Clochette et de Bonchamps, expédiées vers le haut Nil à la rencontre du commandant Marchand : opération conforme à ses idées de 1891, qui tendaient à établir les Éthiopiens sur le Nil Blanc. Mal organisée, la mission Bonchamps s'arrêta le 30 décembre 1897. Plus heureux, Potter, Febvre et le colonel russe Artamanov, aidés par le dedjaz Tessama, arrivèrent au confluent du Nil et du Sobat (22 juin 1898). La saison des pluies, qui changeaient le sol en fondrières, les détermina au retour sans attendre Marchand, qui les manqua de quelques jours. Du moins Tessama avait atteint le rebord occidental des plateaux et soumis les négroïdes de la plaine.

La même année, le ras Makonnen remplaçait comme viceroi du Tigré Mangascha révolté, vaincu, humilié et pardonné; le ras Valdé Guiorgis étendait la frontière du sud jusqu'au lac Rodolphe, le dedjast Hapté Guiorgis occupait solidement l'Ogaden. Les résul*

tais, 1111 peu tardifs, ce fiii-eiil : les Irailês (iiuflo-élhiopicnn (lu mars 190:2 cl !*'■ décembre 1}M)7) qui, en écartant décidément du haut Nil devenu anglais les sujets de Ménélik, leur laissent cependant accès à la plaine jusqu'à une ligne qui coupe le Mareb en amont de Kassala, l'Atbaia à Meleninia, le Sohal à Nasser, et, par le nord du lac Hod()l|»lie, rejoint la Djouba en amont île Lougli; et les Irailês ihilo-étliiopiena itO juillet li)08) qui, sur les données des arrangements antérieurs, bornent l'Erythrée et le Bénadir.

Ces retards, on les devait en grande partie aux rivalités diplomatiques qui, dans cette cour lointaine et réputée demi-barbare, mettent aux prises les agents des puissances. Le rapprochement était un lait acquis depuis plusieurs années (190"2-lî)0i) entre l'Angleterre, l'Italie et la T^rance, alors que leurs envoyés continuaient la lutte pour le prestige personnel et pour l'influence économique. L'accord de 1906 la rendit vaine eu réglant à trois la question des chemins de fer.

La politique des chemins de fer. — Dans cette question, si d'autrespays (Angleterre, Italie) conservaient des arrière-pensées de conquête, la France s'avouait désintéressée, disposée seulement à prêter cette aide que le négous lui avait demandée en 1889. Ménélik commença par concéder (l'i lévrier 1898) à un ingénieur suisse, Alfred Ilg, la construction de la voie ferrée de Djibouti à Harrar et Addis-Abeba, avec prolongement éventuel jusqu'au Nil Blanc. Or des Français fondaient précisément la c Compagnie internationale des chemins de fer éthiopiens )>, mais sans ressources financières suffisantes, ce qui les entraîna dans des combinaisons assez suspectes et les livra aux usuriers, à ceux de Londres principalement. Pour les tirer d'afïaire, Paris consentit en faveur de la compagnie une annuité de 500.000 francs pendant cinquante ans (6 février 1902); ils la cédèrent à des comi)agnies d'assurances pour une somme globale de 11.400.000 francs qui sullit à peine à les libérer de leurs empi-unts. L'argent épuisé, les Anglais entrèrent en scène pour fonder 1' <( International Ethiopian Raihvay Trust » et demandèrent, par leur ministre Har-rington, qu'appuyait son collègue italien Ciccodicola,rinternationalisalion de la ligne, ce qui légitimerait une grosse émission île litres nouveaux. Lue campagne en ce sens avait déjà commencé en France et en Europe, qui masquait une autre opération autrement importante aux yeux des Anglais : par un îrailé du 15 mai ■I90'2, ils obtenaient en effet de Ménélik le libre passage pour leur chemin de fer de Kharlouui à l'Ouganda (section de la ligne du Cap au Caire) sur la rive droite du Nil. Le

LE PARTAGE DE l\vFR10UE 175

« Comité de l'Afrique française », qui combattait ies menées d'Harri = gton, finit par l'emporter. Déjà le ministre des Affaires étrangères Delcassé avait officiellement déclaré que le chemin de fer de Djibouti-Harrar serait français. Malgré des intrigues politiques et financières que révéla l'enquête gouvernementale, l'ambassadeur français à Londres signa enfin l'accord du 13 décembre 1000, auquel adhéra l'Italie. Il reconnaissait la Compagnie française du chemin de fer, mais spécifiait des garanties en faveur du commerce étranger. Il fallut néanmoins liquider judiciairement la compagnie (3 juin 1907). A la Compagnie nouvelle du chemin de fer francoéthiopien de Djibouti à Addis-Abeba, Ménélik rétrocéda la concession (30 juin 1908).

L'Éthîopîe d'aujourd'hui. — Le traité du 13 décembre 1906, imposé par la France aux puissances qui attendaient l'héritage de Ménélik, apparaît comme la charte de l'Ethiopie indépendante. Toutefois il ne supprime pas les problèmes politiques nés de circonstances que ne sauraient calculer les plus prévoyants.— Circonstances extérieures: des voisins puissants entourent l'Ethiopie, autrement dangereux que les tribus gallas aujourd'hui soumises- Ses plateaux, sorte de Mexique africain, constituent une proie tentante avec leurs terres à élevage, à cultures de céréales, de café et de coton. Pour aider à leur exploitation, Ménélik, qui fait installer ses télégraphes par des Français, a dû autoriser le fonctionnement d'une Banque d'Empire qui n'est guère ({u'une filiale de la Banque d'Egypte. — Circonstances intérieures : à cet Empire demeuré archaïque et qui persiste à se défier des Européens, même choisis par lui, à qui il demande son outillage, il faudrait, comme au Japon moderne, une solide armature. Or le chef qui la résumait achève de disparaître. Depuis de longs mois, Ménélik paralysé, privé du ras Makonnen, mort trop tôt pour la dynastie choane, a cessé de diriger les affaires. Contre le nouvel empereur Yeassou, fils d'une fille du négous, proclamé à treize ans malgré les répugnances des grands feudataires qui font grief à son père, le ras Mikaël, de son origine Israélite, les intrigues ont aussitôt commencé, nouées par l'impératrice Taîtou, avide de pouvoir, soutenue par les gens du Tigré. Jusqu'à présent, le groupe des conseillers de Ménélik garde l'avantage : Tessama, régent (mort en 1911), qui a réprimé les menées de Taïlou et l'a mise hors d'état de nuire, le général Hapté Guiorgis, possesseur d'une grosse fortune, commandant de l'armée, d'attitude loyale et qui, Galla d'origine ne saurait aspirer au li-ùne.

!''♦> CIIAPITHE VII

Toiil <l(' iiK^mo, chacun sent que la .si«curité et la durée de l'ordie piésonl demeurent, lors de la dis])arition de Mënélik, à la merci <1 une crise de succession. Et c'est l'avenir immédiat.

ni. — L'Afrique au début du XX' siècle.

Depuis que la Conférence de Berlin a posé les bases du droit public relatif à l'occupation de l'Afrique, le continent noir a été tout entier exploré puis envahi par l'Europe et découpé en colonies, protectorats et zones d'influence. Seules l'Ethiopie et la République nègre de Libéria (encore celle-ci sous une sorte de tutelle des Etats-Unis) ont préservé leur indépendance.

Les vieilles colonies européennes. — La configuration même des côtes et leur caractère inhospitalier, tantôt désertiques, tantôt noyées sous les pluies tropicales, de même qu'ils empêchaient

(said- vers Zanzibar et sur la côte des Graines) le développement d'une vie maritime, arrêtèrent longtemps la conquête des Européens. Les preuiiers survenants sen sont tenus là. Les Portugais, maîtres des îles (du Cap-Vert, du Prince et de Saint-Thomas), installés aux rivages de l'Angola et du Mozambique, ignorèrent l'arrière-pays jusqu'au jour où la nécessité de résister aux Anglais venus du sud, sur les traces de Livingstone, les poussa, trop tard, à joindre leurs deux colonies. Aujourd'hui, grevées d'une hypothèque en vertu d'arrangements secrets anglo-allemands (1898i, elles attendent l'occasion jugée favorable par les partageants poui- une mainmise politique ou économique.

L'Espagne, accrochée aux présides de Ceulu et de Mélilla, débris misérables de la croisade du XVI« siècle, assiège depuis 1909 le Riff marocain et se découvre des aptitudes colonisatrices, dont la preuve reste à fournir dans la péninsule même. Les Marocains en donnent la raison pittoresque quand, encore inconsolés de Grenade perdue, ils api)ellent l'Espagnol u l'homme à la culotte percée n. Mais c'est aussi le diplomate aux déductions scolastiqucs qui revendique, au nord dti Rio de Oro saharien (acquis en 1887), toute la côte atlantique jusqu'au sud d'Agadir comme (( hintcrland » des îles Canaries. Le même raisonnement ne lui avait-il pas valu, en face d'Annobon el de Fernando-Po, à défaut du Cameroun, la Guinée du liio Moiini? 11 place aujourd'hui son point d'honneur à devenir le possesseur ombrageux d'un bon

quart du Maroc [Irailé franco-espagnol, Hl novemhi'e lOl'â); mais avec quoi le paiera-t-il, c'est-à-dire l'exploitera-til ? C'est l'argent étranger qui tire au jour ses richesses d'Europe ; le moment viendra peut-être où la peseta espagnole perdra au change marocain.

Les empires nouveaux. — Les autres peuples ont dû, en effet, payer très cher l'acquisition de territoires développés plus lard en empires. C'est le cas de V Allemagne, du Cameroun et du golfe de Guinée au lac Tchad; dans le Sud-Ouest africain, du cap Fric et du fleuve Counéné à la rive droite de l'Orange ; dans l'Afrique orientale allemande, péniblement occupée, du cap Delgado aux lacs Tanganyka et Victoria et au Kilimandjaro. — C'est l'histoire aussi de l'Angleterre, à laquelle la ténacité et la continuité diplomatiques n'ont pas seules été nécessaires pour s'attribuer l'Afrique australe, du Cap au Tanganyka, une partie de l'Afrique orientale, de Mombaz au Nil supérieur, enfin l'Egypte et le Soudan oriental, auxquels s'ajoutent la Somalie du nord, la Nigeria, du golfe du Bénin au Tchad, le Lagos, la Côte de l'Or et le pays des Achanlis, la Sierra-Leone et la Gambie, enfin les îles (Ascension et Sainte-Hélène, îles de France et Rodriguez, Seychelles), postes renforcés sur les routes de l'Inde, pour la relâche des flottes et l'atterrissement des cables sous-marins. — On a vu les efforts multiples de la France pour maintenir sa place dans la mer Rouge et dans les îles de l'océan Indien, pour développer, par le protectorat tunisien, la pénétration saharienne, sénégalaise, nigérienne, congolaise, et souder au centre même du continentles empires amorcés depuis plus de quatre-vingts années. L'achèvement en date d'hier, si leOuadaï ne nous appartient vraiment que depuis la soumission du sultan Doudmourah (décembre 1911) et si le protectorat du Maroc, ébauché sous l'emprise des relations séculaires entre les deux <( maghzens » de Fez et d'Alger (1901- 1902), contesté par l'Angleterre jusqu'à 190i, marchandé par l'Allemagne aux divers règlements de 1906, 1909, 4 novembre 1911, acquis enfin moyennant des compensations onéreuses qui, au Congo français, tendent une double antenne allemande jusqu'au grand fleuve et à l'Oubanghi, organisé enfin par le traité du 30 mars 1912 (avec Moulaï-Hafid), vient à peine de réaliser l'unité française de l'Afrique mineure.

Ainsi l'Afrique du Nord et l'Afiique du Sud ont opposé des difficultés très inégales à roccu|)ation européenne. Au sud, l'Europe n'a rencontré que des peuplades fétichistes incapables de formations politiques sérieuses, parmi lesquelles l'Islam n'avait pas

OIIAIMIUE NU

j^roupé de sociétés. La région dos forêts équatoriales au\ rares clairières ne connaissait qne des races de force médiocre, dispersées par \illages. La civilisation venue du sud, qui a déjà produit ^0 Coninionwealth austral, maître de sa politique parlenieidaire, (inanciôre, douanière, s'apprête à transfoiMuer le Congo, réduit jusqu'à l'annexion par la Belgiciuc (1908) aux siuUs procédés incontrôlés d'exploitation par les traitants. — Au nord, au coidraire, ri^^gyptt' ndse à paît, l'Euroite s'est heurtée aux organismes créés par l'islam (sultanats d'Uualata fondé au XIL siècle, de Timbouctou au XIV'', du Ouadaï au XVII"), à la lisière desquels elle a dû s'arrêter longtemps, et que défendait contre son assaut, i-amifîée depuis Djaraboubet Koufra à travers le Sahara jusqu'à l'Adrar, au Sénégal et à rOubanghi, la confrérie musuhnane des Senoiissi/a. Refovdée en ces derniers mois du Ouailaï, elle tient encore le IJorkou et les espaces stériles du désert libyen, d'où ses hordes sont accourues pour s'opposer, mais en vain, contre les Italiens, au rapt de la Tripolitaine, débris dernier de la domination ottomane (4).

La France a connu leur hostilité qui arnu\it contre elle les Touareg sahariens, excitait les défiances des Arabes des ksour algériens et des sédentaires de Kabylie, et qui a prolongé de longues années les tâtonnements dans notre politique africaine du nord. C'est ainsi que, de 1881 à 1898, sous les gouvernements d'Albert Grévy, de Tirman et de Jules Cambon, le système des « rattachements )) plaçait sous l'autorité directe des ministres compétents la plupart des services civils de l'Algérie. L'article 4 du décret du 26 août 1881 ne laissait au gouverneur général, indépendamment des attributions à lui conférées par des lois spéciales, que le pouvoir dv statuer, par délégation di's ministres, sur diverses affaires limitativement désignées par sei)t décrets rendus de 1881 à 1888. Alors l'Algérie était considérée comme un « prolongement de la France ». Sur de vives protestations des fonctionnaires et des colons, le décret du 31 décembre 1890 supprima le système des rattachements et centralisa au contraire la haute administration aux nuiins du gouverneur général. Le gouverneur correspondit directement avec le résident général à Tunis et le ministre de France au Maroc. Trois autres décrets (!23 août 1898) créèrent les Délcyulioris financières, composées des représentants des colons, des contribuables non colons, et des indigènes musulmans, que le gouverneur dut consulter chaque année sur les qutjstions d'inipc)ts

(1) Le vilayet de Tripolitaine a été cédé à l'ilalie p«r le liuilt' ili- Lausanne du 18 octobre 1!)12,

et de taxes perçues ou à percevoir, et introduisirent quelques-uns de leurs membres dans le Conseil supérieur de gouvernement. Le gouverneur général Laferrière mit ces réformes en train. Enfin, la loi du 9 décembre 1900 a doté l'Algérie de la personnalité civile et d'un budget spécial voté par les Délégations et arrêté par le Conseil supérieur. Toutes réformes qui s'arrêtent à mi-chemin de l'autonomie : alors que l'Angleterre reconnaît à ses grandes colonies le droit de pourvoir par leurs propres moyens à leur défense militaire, et inscrit au budget de l'Inde et de l'Egypte les dépenses d'entretien afférentes à l'armée d'occupation, la France dépense 82 millions par an pour le 19^ corps, dont le transport en Europe au cas d'une guerre continentale dépendrait de tant d'heureuses circonstances. Bien plus, non contente d'allouer 17 millions de subventions aux chemins de fer, de payer seule les subventions aux services maritimes postaux, elle exonère les Algériens de tout impôt foncier, de tout droit sur les successions, de la cote mobilière et personnelle, de l'impôt des portes et fenêtres, de l'impôt sur les transports, les allumettes, etc., de la moitié des droits d'enregistrement, de tout impôt destiné à payer les arrérages de la dette publique. Elle hésite à leur imposer dans les mêmes proportions qu'aux Français les charges du service militaire. C'est encore un pays qu'il faut traiter en mineur, que l'on protège à la fois et que l'on maintient, et dans lecjuel subsistent trop de différences de races pour que l'on y aperçoive encore beaucoup plus cjue les commencements d'une nation.

Le problème des chemins de fer. — La mise en valeur économique est autrement avancée, grâce aux routes de portage aménagées entre les grands tleuves, et surtout aux chemins de fer. De tous côtés, les voies ferrées montent à l'escalade du plateau central et drainent sur les côtes les richesses de l'intérieur. Des lignes françaises atteignent : de Tunis et Bône à Oran et à Colomb- Béchar, à l'entrée du couloir qui mène au Tidikelt; de Dakar à Bammako et à Koulikoro, de Konakry à Kouroussa sur le haut Niger, de Bingerville à la moyenne Comoé, de Kotonou à Parakou et vei's le Niger moyen, enfin de Djibouti à Harrar vers Addis- Abeba et le haut Nil. — Des lignes allemandes desservent l'arrièrepays de Tanga et de Dar-es-Salam, parcourent en partant de Swakopmound et de Luderitzbay les hauts plateaux de Grootfontein, de Windhoek et de Keetmanshop. — Les Portugais euxmêmes abordent par deux voies les terrasses de l'Angola. — Les Belges, qui ont racheté les chutes du (^ongo inférieur par leur che-

ISO CHAPITBIÎ VII

min de fer de Matadi à Léopoldville, et celles du haut fleuve par le chemin de fer de Slaideyville à Houli, sonp^ent à relier ces deux tronçons par des voies transversales dont les éludes sont connnencées. — Mais \iis A ny lais ont fait ilavanlage : outre leurs railways de pénétration de la Côte de l'Or (de Sekoudi à Koumassie), de la Nigeria (de Lagos à Zoungerou), de l'Afrique oi-ientale (Mombaza à Port- Florence sur le Victoria-Nyanza), du Soudan oriental (Port-Soudan à Berl)er), ils ont jtlus qu'à moitié réalisé leur gigantesque projet du Cap au Caire, en menant leurs rails d'abord de Capetown à Broken-Hill (frontière du Congo belge), puis d'Alexandrie à Khartoum et bientôt à El-Obéid. L'achèvement du premier Transafricain n'apparaît plus que connue une question de tem{)S.

L'avenir prochain en connaitra-t-il d'autres? C'est le problème que viennent de poser, pour certains esprits, les derniers arrangements territoriaux. Que l'intérêt des relations entre l'Europe atlantique (spécialement la France) et l'Amérique du Sud rende nécessaire l'établissement, de Tanger à Dakar, d'une voie ferrée à laquelle se reliei-aient les voies algériennes, c'est l'évidence même. Faut-il rêver davantage, et, cédant à la séduction qu'exerce sur les imaginations la réussite d'autres transcontinentaux d'Asie et d'Amérique, prévoir ailleurs que sur le papier le raccordement des deux Afriques [)ar un Transafricain dAlger à Mombaza et au Cap, au prix d'une traversée, sur plus de 3.000 kilomètres, de l'irrémédiable stérilité des plateaux pierreux et des dunes sahariennes ? — L'Afrique n'a pas cessé d'être une terre de mirages.

A CONSULTER

Outre les ouvrages généraux indiqués au chapitre XIV du tome I ; Galliéni : Neuf ans à Madagascar. — Lvautey : Du rôle colonial de r Armée ; et : Dans le sud de Madagascar ; pénétration militaire, situation politique et économique. — Hanotaux : l'A/J'aire de Madagascar. — Denis de Rivoyre : Mer Rouge et Alujssinie. — Vic.nkras : En Ahyssinie. — Vanderuey.m : Une expédition avec le Négous Ménélik. — Dehérain : Éludes sur rAfrii/iie. — De Segonzac : Voyages au Maroc. — Aubin : Le Maroc d'aujourd'hui. — Ismael IIamet : Les musulmans français du nord de l'Afrique. — C Fehry : Les Français en Afrique. — Auc. IJernaru : Le Maroc.

I. — L'Angleterre parlementaire. — IJ. Organisation de l'empire colonial.

La réforme électorale de 1832 inaugure une période nouvelle dans l'histoire anglaise. Pour la première fois, l'oligarchie politique (noblesse et gentry) qui avait détenu jusque-là l'influence se voit obligée de la partager avec la classe moyenne. La Chambre des Communes cesse d'être la seconde citadelle des intérêts aristocratiques et oppose ses desseins particuliers à ceux des Lords. Seulement,comme les radicaux théoriciens et les industriels enrichis ont dû, pour obtenir la réforme, associer à leur action les masses ouvrières, il est naturel que ces masses, ainsi que les Irlandais, espèrent à leur tour améliorer leur condition demeurée précaire. La première lutte sociale accompagnera la mise en train du régime parlementaire.

L — L'Angleterre parlementaire.

Dernière résistance royale. — De 1832 à 1837, sous le règne de Guillaume IV, si l'aristocratie conserva son prestige dans la vie sociale et son autorité grâce à la Chambre héréditaire, elle dut céder sur deux principes maintenus de l'ancien régime. D'une part, Robôrt Peel à qui le roi, eu vertu de sa " prérogative », avait confié, après avoir renvoyé Melbourne, le soin d« formnr un minis'T

(.HAPITRR VIII

tt'n> tory cm i)n''sence de la Cliainhre whig de 1831, se relira on déclarant qu'un gouvernement (c ne doit pas persister à diriger les affaires intérieures contre l'opinion nettement énoncée de la Chanil)re des Communes » (I«;ii-t83a . D'autre |)art, un an après la mort de Wilheiforce qui, depuis ITNT, soutenait la cause de l'émancipation des noirs, une loi aixdit le servage dans les colonies, moyennant une indemnité aux propriétaires d'esclaves (1834). Dès lors, pressés par les circonstances, les partis se transforment

pour s'adapter à la vie parlementaire. Dans les nouvelles IloiisesofParliament, reconstruites après le grand incendie d'octobre 183 4, pom- (' enchâsser la libre constitution », les séances des Communes deviennent publiques (pour une assistance très restreinte, il est vrai). Les votes désormais publics des députés sont commentés par les journaux que n'entrave plus aucune censure, sauf celle de la Chambre elle-même, et les partis échangent les noms historiques de (' \vliigs » et de » tories »

contre ceux de libéraux et de conservateurs. Les libéraux accusent (sauf dans l'ordre social -et économique) leur programme de réformes utiles à l'indivicUialisme bourgeois. Les conservateurs, lidèles à la monarchie et à l'Kglise établie, ne demeurent j)oint attachés en aveugles à la ti-adition ; ouverts aux préoccupations sociales, ils s'appliqueront à prévenir par des sacritices opportuns les transformations violentes. L'allernanee même des deux partis au pouvoii-, suivant un rythme inq)Osé par l'opinion de la haute et de la moyenne bourgeoisie, assurera la continuité

La Reine Victoria (18191901) (Dans la seconde moitié du règne)

LANGLETERRE DE l8o2 A 1867 ^^'^

des réformes qui demeurent acquises, malgré les changements de majorité.

L'ère victorienne. — La princesse Victoria, fille du duc de Kent et petite-fille de Georges 111, avait dix-huit ans lorsque la mort de son oncle Guillaume IV la fit i-eine de Grande-Bretagne et d'Irlande ("20 juin 1887) (1). C'était lord Melbourne, chef de la majorité libérale aux Communes, qui détenait le ministère ; il le conserva jusqu'en 1841, malgré Peel (jui le fit tomber en 1839. Mais Peel dut céder la place quand il eut prétendu changer les charges féminines de la maison royale en même temps que la haute administration (affaire des dames d'honneur ou des « femmes de chambre »). Le mariage (10 février 1839) avec le prince Albert de Saxe-Cobourg, ennemi de tout éclat, peu populaire, mais instruit, sérieux et réaliste, confirma la reine dans la pratique d'appeler invariablement au pouvoir le chef de la majorité aux Communes. « Dominer les hommes d'État, disait le prince, et conduire les affaires, tels furent l'ambition et l'orgueil ■> des rois antérieurs. « Identifier la couronne avec des intérêts et des forces )>, tel était désormais le seul moyen de faire du trône le siège du loyalisme et de la puissance. Victoria refléta ces idées.

Dans cette » ère » de 64 ans (1837-1901), il serait inexact de croire qu'elle ait « dirigé » les affaires. Mais elle les a toujours connues ; et surtout son règne, qui a vu se produite de si radicales transformations, demeure aux yeux des Anglais conune le résumé d'un fragment d'histoir<i extrêmement brillant.

L'ag-itation radicale et ouvrière. — La translation du pouvoir aux mains de la bourgeoisie capitaliste avait laissé subsister trois sortes de plaintes: des radicaux contre l'inégalité politique persistante; des Irlandais contre les restrictions apportées à leur droit électoral; des classes populaires contre la misère, exploitée par les employeurs avec la tolérance de l'État. Les radicaux avaient de commun avec les Irlandais qu'ils réclamaient la diminution progressive du cens électoral pour aboutir au suffrage universel ; avec les gens du peuple, qu'ils voulaient une amélioration de la vie ouvrière.

Mais la bourgeoisie des Communes déçut leurs désirs en s'affirmant conservatrice de l'ordre rétabli. Les seules réformes qu'elle consentît devaient consolider sa i)Osilion récemment conquise. Une

(Ij Le Hanovre fonua des lors un royaume parliculier avec Ernesl-Auguste, ihu' rie Cuinberlaud (cinquicrae (ils de Georyes III), coininc souverain.

CIIAlMTKli VIII

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La C.HAMliKE DES COMMI.NES

la nourriture, à travailler dans le workhouse. Mesure radicale, mal acceptée de beaucoup de gens, résignés à la misère, et qui sévirent aslremts au travail ; utile au demeurant, puisrp.elle leur assurait des salan-es plus élevés. - Mesure politique, car la loi autorisa les paroisses a s unir pour répartir plus équitablement la taxe des pauvres et pour organiser les maisons de travail. Ces « unions . administrées par des délégués élus, formèrent, entre la paroisse et le comté, un organe intermédiaire qui échappa assez vite au contrôle desjusiin' offH-ace et à riulluence de la genlri,. L'année suivante de semblables unions se fondèrent par districts pourl'entretien des routes et des bureaux d'hygiène (18:^5). Enfin la paroisse

l'aNGLETERRE de 1882 A 1867 185

se vit reléguée au second plan dans les bourgs et les villes nouvelles dont les conseils municipaux furent élus par un très large suffrage [Municipal-Corporalions Acl) et qui élurent eux-mêmes un maire et des aldermen (1). Auprès de ces municipalités, des regis- Irars tinrent les registres de l'état civil. Et tout cet organisme ressortit au Local gocernmenl board, première forme, en 1836, d'un ministère de l'Intérieur.

Les ouvriers s'en souciaient peu. Pendant que les campagnes du sud et de l'est se dépeuplaient, à la satisfaction des grands propriétaires, qui reprenaient les terres communes, et des manufacturiers enrichis, qui se constituaient à bon compte de vastes domaines, les villes de l'ouest et du nord connaissaient l'afflux de population. Au lieu des tenanciers, des patrons moyens et des journaliers de petit métier des comtés agricoles, dont les gains se réduisent à quelques sous par jour, c'est maintenant le prolétariat des usines, des mines du pays noir, qui forme la majorité, à la fois énergique et misérable, du peuple anglais. Le l'égime de la concurrence entraine la production à bon marché coûte que coûte; l'usine recherche donc le travail peu rétribué des femmes, même enceintes ou relevant de couches, des jeunes filles et des enfants, astreints aux mêmes fatigues que les hommes dans les filatures et les tissages. Les apprentis, ce sont les enfants pauvres livrés par les veslries de campagne aux contremaîtres armés du fouet. La journée de travail, laissée au caprice du maître d'usine, atteint souvent jusqu'à quinze et seize heures, se prolonge pour le nettoyage des machines aux heures des repas et pour les tâches de nuit. Les salaires sont souvent payés en nature ou compensés, à l'estimation du seul patron, par la location forcée d'une maison voisine. Des enfants traînent les chariots dans les mines, brutalisés par les maîtres porions. Dans la petite industrie, en attendant qu'elle disparaisse, les conditions sont les mômes: tisserands réduits à l'inaction, ti-availleurs à domicile et ouvrières de l'aiguille exploités sans miséricorde par les petits entrepreneurs et les intermédiaires (swealing System) (2) mènent une vie atroce. Dégradés par la brutalité des mœurs et l'ivrognerie d'alcool, entassés dans les sliims sordides et

(Il Londres resta toutefois jusqu'à 1850 dépourvue d'administration municipale : un ensemble de vesiries présidées par le curé, élues sous linlluence des lords-patrons, et de bureaux ou commissions chargées par exemple des égoiits et de la distribution de leau de la Tamise. Seule la police fut organisée. Ce self-yovernmeiit semblait si parfait aux libéraux que Stuarl Mill, pour avoir proposé aux Communes de créer une vraie administration londonienne, passa pour un dangereux rêveur.

(i) C'esl-à-diré « système de la sueur ».

18f, (HAPITHE VIll

dans les raves des raul)oui'j>s, beaucoup versi'iil dans le crime; ils s'en iroul (>ulretenir rarriiée des lor(;ats dans les bagnes australiens. Les aulres i-etournenl à la deuii-barbarie, par manque d'une instruclion cpie l'IUat lib(''ral ne se jnge pas tenu do leur assurer. Kn l(SS;^, il se contente de faire distribuer une subvention de 'JO.OOO livres par deux sociétés privées, la << British and Foreing Scliool Society » et la « National Society» pour l'Angleterre, et i)ar les associations paroissiales |)our l'I^cosse. Mais leurs écoles sont aux mains d'hommes sans valeur professionnelle ou sans conscience (enquêtes de 18^4 à 1837); et quand, en 1839, le ministère se décide à proi)Oser une loi sur l'inspection des écoles, c'est au tour (les Lords de la paralyser.

Le « Chartisnie » et la réaction socialisante. — De celte crise sociale prolongée, masquée au surplus aux yeux des étrangers par le développement prodigieux de la richesse commerciale, sortit le mouvement de revendications politiques et sociales inscrites dans la C/utrle du peufile (le mot est d'O'Connell). Rédigée à Birmingham (fi août 1838), sous l'inspiration de 1' «Association des ouvriers de Londres », par Lowett, son fondateur, elle fut adoptée par Feargus O'Connor, fougueux député irlandais de Cork, OBrien, l'avocat Jones, Atwood, dé{)uté radical de Birmingham et Scolefield, qui donnèrent à l'agitation son caractère de violence. La Charte contenait six articles : élections annuelles au Parlement, suffrage universel, scrutin secret, circonscriptions égales, suppression du cens d'éligibilité, indemnité aux députés des Communes. Un programme radical aussi hardi froissait autant les sentiments des Lords conservateurs qui, avec Macaulay, résignés au fait de 183"2, tenaient le suffrage universel pour incompatible avec la monarchie et la civilisation, que ceux des libéraux de haute et de moyenne bourgeoisie. Ils le laissèrent cependant acclamer à travers le pays dans les meetings monstres que présidait O'Connor et où la Charte se couvrait de signatures. Bientôt, des délégués nommés par ces meetings se réunirent, à Londres, en une Convention nationale (avril 1839) qui prétendit délibérer en mémo temps que Le Parlement sur les questions ouvrières et qui forma un « Comité de salut public ». Klle centralisa les signatures qui devaient appuyer la Charte sous la forme d'une pétition à \Vestminsler i2 mai \Sii\ La Chambre refusa de la recevoir. Boliert Peel, revenu au pouvoir a|»rés des élections conservatrices (1841-'I84(3), réprima les émeutes à Birmingham, à Newport, où des ouvriers grévistes s'avisaient de recommencer ragilation et se heurtèrent, dès le début, aux nouvelles forco>

l'angleterre de i832 a 1867

de police municipale (4843). En avril 1848, les « chartistes », pleins d'illusions sur le rayonnement possible de la révolution de France, reprirent leurs meetings et leurs pétitions avec une Convention de délégués. Une pétition de cinq millions de signatures fut portée à la Chambre ; mais les trois cinquièmes en furent reconnues fantaisistes. La bourgeoisie, sur un appel de Wellington, fournit des conslables volontaires qui aidèrent la police de Londres à réduire le mouvement. A partir de 1850, il ne fut plus question du Chartisme.

Parmi les ouvriers, il n'avait guère enrôlé que ceux dont le travail subalterne et « non spécialisé )) allait devenir inutile par le triomphe du machinisme. Les autres n'avaient pas attendu la crise de 1840- 184'2 pour se donner une organisation corporative. De 18-29 à 1848, par des procédés encore révolutionnaires, des syndicats ( Tracle Unions) se formèi-ent, en vertu de la loi de 1825, pour défendre les intérêts des travailleurs d'un môme métier, et pour débattre avec les patrons les conditions de leur salaire. Owen, grand filateur de. coton, les y avait encouragés en fondant pour eux des sociétés coopératives de production que reliaient entre elles des délégués. Il fit davantage: il leur conseilla de fondre leurs Trade Unions en une seule et vaste association! Trac/es L^/2/oH, confédération générale du mondeouvrier qui engloba des paysans et môme des femmes. Ses 500.000 adhérents acceptèrent d'enthousiasme l'idée de faire imposer par la loi la limitation des heures de travail à huit par jour et d'imposer la loi ellemême au Parlement par la cessation concertée du labeur dans tous es métiers [r/rt've (/énéralr, 1833). Jamais la bourgeoisie n'avait sid)i

menace aussi directe. Vouv lutter, elle comment^a par s'unir en associations analogues à celles des ouvriers, répontlit aux violences de la gi'ève |)ar celle du lock-oiil (leruieture Iji'usque de l'usine), exigea de ses hommes la déclaration écrite de non-affdiation à un syndicat, et contraignit le ministre libéral Melbourne à déclarer illégale et criminelle l'œuvre des Unions ouvrières. En conséquence, six j()uriu\liers de Dorchester, coupables de s'être formés en syndicat at'lilié à la Trades Union, furent (envoyés au bagne (1834). Pendant toute l'année, des meetings, des pétitions, des processions à travers Londres réclamèrent du gouvernement la grâce des condamnés. L'agitation n'aboutit pas ; en 1837 encore, après bien d'autres procès, des fdateurs de Glasgow syndiqués furent condamnés à la déportation.

La Trades Union cesse alors de jouer le principal rôle; mais les ouvriers, retenant des idées d'Owen le principe essentiel, demandent désormais à la coopérative de consommalion le moyen de préparer la fraternité économique. C'est ainsi que se fonde la (( Société des équitables pionniers de Rochdale » (1844.). Après les crises de misère de 1846, et à la faveur de la reprise des affaires, les syndicats en reviennent à l'action pacifique ; telles les Unions des ouvriers du livre, la Société des mécaniciens, modèle de beaucoup d'autres (1851). Restreintes volontairement à la gestion d'intérêts économiques, et limitées en principe k des métiers bien déterminés, elles finissent par « amalgamer d bon nombre de syndicats qui s'en réfèrent à un comité central pour l'étude approfondie des questions spéciales à la classe ouvrière. Parallèlement, des fédérations nationales réunissent les principaux métiers ; pour les diriger se crée une élite ouvrière, celle des secrétaires de syndicats, tout prêts à transporter dans la politique leurs énergies réformatrices. Ce sont eux qui, en 1861, imagineront les Trades" Councils avec les délégués des Unions d'un même centre et une « Junte » qui travaillera de façon continue à détruire, malgré les tenants de l'économie orthodoxe, les cadres étroits de l'ancien contrat pour faire reconnaître le droit syndical nouveau. Mais il faudra d'abord que cette élite ouvrière, alliée avec les radicaux, ait fait tomber une partie des privilèges électoraux de la haute bourgeoisie.

L'a$*itatioii iilaiulaise (l«*i{)-1848). — A partir de 18-29, les Irlandais, ou du moins certains d'entre eux, fui"ent électeurs et éligibles. Mais l'Irlande continua d'être administrée par des fonctionnaires protestants, la dîme d'être perçue sur les catholiques romains pour l'entretien de l'Église établie; et bien cfue, dans cer-

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tains districts, la condition des tenanciers se fût améliorée (des maisons sont construites à leurs frais en grand nombre et la population de l'île s'élève en 1840 au chiffre de 8 millions et demi), les landlords gardaient le droit de les évincer ou au moins de les affamer par l'arbitraire du prix des fermages. « L'émancipation, disait l'évoque catholique Mac Haie, n'a rapporté que peu de bénéfices à la grande masse du peuple. »

Cest cet évoque d'un diocèse très pauvre qui représenta à cette date l'esprit d'opposition irlandais, bien plus que l'archevêque de Dublin, Murray, que le vice-roi gagnait aux idées de modération, plus même qu'O'Connell, très loyaliste à l'égard delà reine et qui, de tempérament parlementaire, tout en continuant sa propagande catholique et libérale, réclamant même le suffrage vmiversel, faisait voter à Westminster les députés catholiques pour le ministère Melbourne. Mac Haie répudiait la loi scolaire de 1831 qui créait en Irlande l'école neutre, avec l'enseignement religieux donné en dehors des heures de classe; il dénonçait le régime usuraire des landlords, l'existence précaire des paysans, l'indliférence du gouvernement pour l'industrie irlandaise ; il repoussait même l'idée d'un traitement servi par l'État aux curés, tant que l'inégalité serait maintenue entre les deux peuples au détriment du plus nombreux, muré puis exproprié dans son île par la (( garnison » anglaise. « Qu'on abolisse [d'abord] les dîmes, qu'on pourvoie au sort des pauvres. » En face de l'occupant saxon, il s'attachait à retrouver à travers l'Europe les traces de l'évangélisation irlandaise du Vl" siècle et restaurait la langue gaélique dans la liturgie. Avec lui, l'identification se fit complète entre le catholicisme et les aspirations nationales (1830-1840).

Après 1840 et la chute de Melbourne, cesse la politique 'des (( sourires à l'Irlande » et, d'autre part, l'île va passer comme la Grande- Bretagne par une longue crise de misère (1840-1848). Dès la constitution du cabinet conservateur, O'Connell recommença de combattre les (( Saxons envahisseurs », reforma la Ligue pour le rappel de l'union (National Loyal Repeal Association). D'accord avec les jeunes évéques, Mac Haie, Cantwell, Higgins (qui parlait avec lui sur les plates-formes des meetings), il rovendiquale sel f-gorernment qui, sans péril pour l'unité de l'Empire britannique, créerait un Parlement à Dublin et relèverait l'Irlande (( au rang d'une nation digne et prospère ». En 1843, il fit acclamer ce programme à Kells, à Mellingar, à Trin, à Tara (où se pressèrent 230.000 repealers). Mais Peel intervint pour interdire le meeting monstre de Clontarf (3 octobre 1843 . Et 0' Connell s'inclina. Peel, pour épuiser la victoire, le

1!)0 ClIAIMTRi: VllI

fit néanmoins traduire devant un jury protestant qui le condamna à un an de prison et à 50.000 francs d'amende. Mais la Cliandjre des Lords cassa l'arrc^l.

Peel essaya donc d'une politique d'apaisement ; il tripla la dotation officielle du séminaire catholique de Maynooth et créa une nouvelle Université (Queen's Collèges) d'enseignement littéraire et scientifique, non confessionnelle. Tout de suite elle eut contre elle les catholiques et les protestants. Au surplus, 0' Connell s'avouait dépassé ; le groupe de la Jeune I viande, wUWié à la Jeune Europe de Mazzini, alTectait naturellement une allure révolutionnaire. Au début, quelques prêtres lui étaient venus pour qui O' Connell, avec ses scrupules légalistes de juriste anglais, n'était qu'un grand homme manqué. Mais très vite le |)arti s'affirma laïque; son journal, la Nation, s'employait à instruire la génération nouvelle dans les maximes d'un radicalisme réaliste (I840-IS45). A ses yeux, la Confédération irlamlaise devait viser à la constitution rapide de la (( République irlandaise .). En attendant, il dénonçait l'injustice du Jiirij Parking qui permettait aux Anglais de récuser, lors du tirage au sort des jurys, tous les catholiques et les nationalistes (1844). Puis il rompit avec O'Connell. Sous l'inspiration de Smith O'Brien, déjà mêlé au mouvement chartiste, de Francis Meagher et de John Mitchell, il déclarait que la force seule, l'insurrection, pourrait obtenir le rappel de l'Union (27 juin 1840). 0' Connell partit pour Rome, qu'il ne devait pas atteindre; il mourut le 15 mai -1847.

La famine atroce qui pesa sur l'île en 1846-1847, à la suite d'une maladie de la pomme de terre, exaspéra l'Irlande et la dépeupla. Pour ne pas mourir de faim, ce qui fut le sort d'un grand nombre, des Irlandais émigrèrenten Amérique où ils formèrent comme une nouvelle nation. Ceux qui restaient (G millions sur 8) s'excitaient aux résolutions désespérées. O'Rrien vint à Paris demander des secours militaires et l'appui de la France; Lamartine les refusa. Le ministère libéral de lord John Russell (1846-1852) n'attendit pas plus longtemps. Aux termes d'une « loi de bâillon », il déféra les tenants de (( la République irlandaise » à des tribunaux d'exception qui condamnèrent Mitciiell à quatorze ans de déportation. O'Brien et Meagher, acquittés, attaquèrent à Ballinganj un corps de police qui les dispersa. Arrêtés avec leurs principaux lieutenants, ils furent condamnés à mort, graciés et déportés (août 1818). Ce fut la fin de la Jeune Irlande, non pas celle des agitations irlandaises ni des crises sociales.

« Lo l'cmoi'ds social » et los réformes ouvrières. — Le

l'angleterbe de i832 a 18(17 191

malaise révélé après 1832 dans les classes inférieures fut mis d'abord parles penseurs au compte du triomphe de la bourgeoisie industrielle, celle des « lords du coton ». C'étaient ses vices qui, en arrachant le peuple des villes à l'influence de ses anciens tuteurs spirituels et temporels, en ne laissant subsister d'autre règle de relations entre les hommes que l'utilitarisme de Bentham et l'individualisme de Ricardo, avaient laissé se développer la misère. L' « Old merry England », grâce au progrès matériel réalisé parles « Philistins » chercheurs de bénéfices et insensibles à la culture intellectuelle, devenait la proie de la médiocrité morale, de la concurrence brutale pour le luxe, de la vulgarité et de la laideur. Cet enseignement, prêché par Carlyle et Ruskin, illustré par les violences du Chartisme, se produit à un moment utile, celui où dans les Églises, comme dans l'aristocratie, des esprits généreux se demandent en quoi consiste leur devoir à l'égard des déshérités. Le « remords social », né vers 1840, n'inspire pas seulement les disciples de Carlyle, Frédéric Maurice, théologien et prédicateur moral, Kingsley, apôtre de la coopération et de la charité sociale activement pratiquée par les classes dirigeantes, et en général les « socialistes chrétiens » de 1848. Il se trouve encore à la base des Principes d'économie politique où John Stuart Mill, délaissant les axiomes du libéralisme absolu, pose les règles d'une propriété collective des instruments de travail, énonce le droit pour tous à jouir des produits du labeur commun.

Il gagne la bourgeoisie elle-même, préparée à le comprendre par le réveil du sentiment religieux (1). A l'époque où le ministère libéral de lord Grey supprime en Irlande deux archevêchés et dix évêchés anglicans (1833), les éléments les plus agissants de cette Église en entreprennent la restauration dans les âmes, seul moyen d'éviter en Angleterre môme une « apostasie nationale ». John Keble, auteur de V Année chrétienne, s'atteste l'initiateur du mouvement dont Oxford est le centre. Avec lui, Froude, Rose, Palmer, Pusey et Newman. Leur « Association des Amis de l'Église » établit <ians des brochures de propagande les titres de l'anglicanisme à la direction des consciences. La bourgeoisie les dénonce au début comme des traîtres à l'esprit de la réforme protestante (1839), des suppôts de l'Église romaine ; en effet, Newman et ses disciples les plus ardents adhèrent au catholicisme intégral (1845). Les autres, les vrais « Puseyistes », continuent leur effort dans les cadres de

(1) Alors seulement se fixe le type de l'Anglais, puritain et rigoriste, tel (pie se pl.-iil il le représenter la littérature du continent

lt)2 CHAPITRE VIII

rHglist' anglaise, et appuiont Ruskin dans la prt^dication de son rvangili' à la lois ('stlu'liquc (^t social. Cetfe i)liilanllii-opie aflivc s'applique à prévenir les révolutions politiques et à enrayer la dégénérescence de la race, que la liberté de l'usine produisait chez les travailleurs. Auprès d'eux commence (1842) une véritable croisade contre l'alcoolisuie. l"]ii Irlande, c'est un prêtre catholique, le P. Mathieu, rpii la conduit ; en Angleterre, elle est aussi d'ins|)iration religieuse. Aidée par les taxes croissantes dont le Parlement frappe l'eau-de-vie (tout en abaissant les droits sur le thé), elle s'avère comme le début d'une réforme des mœurs populaires.

Les règlements d'usines antérieurs à 1830 n'étaient pas appliqués, non plus que la loi sur les manu factures de 1831 (Factory Act). Lord Ashley, Fielden, Sadler obtiennent cependant que la loi interdise dans toute manufacture (sauf celles de la soie) le travail de plus de douze heures aux jeunes ouvriers de moins de dix-huit ans. Mais les patrons la tournent, malgi'é les inspecteurs, par l'organisation d'un système d'équipes. En 1840, Ashley et ses amis suscitent donc une série d'enquêtes qui dévoilent les scandales des ateliers et des mines. Dès lors, la loi sur les mines (1842) interdit tout travail aux enfants de moins de dix ans, et soumet les mines à une inspection ; celle de 1844 sur l'industrie textile l'interdit aux enfants de moins de neuf ans, et fixe une limite au travail des femmes ; en 1845, une troisième réglemente le fonctionnement des usines d'impression sur étoffes. Enfin la grande loi de I8i7 (appliquée totalement en 1850) fixe à dix heures la journée de travail pour les femmes et les enfants. Elle ne parle pas des adultes ; mais comme leurs tâches sont solidaires de celles de leurs auxiliaires plus faibles, il s'établit rapidement que la limitation s'appliquait aussi à leur travail. La moyenne bourgeoisie accepta toute cette législation, qui haussait le niveau matériel et moral des ouvriers (leur standard of life) et assurait une production plus stable sans à-coups.

Elle se développe, en étendant d'abord sa tutelle aux industries voisines du textile, puis à la petite industrie d'atelier. A la suite d'une enquête nouvelle sur la situation des enfants astreints au travail (1861-1866), la loi de 1864 l'imposa aux établissements métallurgiques, aux manufactures de papier, de verre et de tabac ; deux lois de 1861 réglementèrent le fonctionnement des petits ateliers (Workshop Régulation Act). Dans cette émancipation du travailleur anglais, les philanthropes vont jusqu'au bout, jusqu'à la correction des vices sociaux : les asiles d'aliénés sont soustraits à la barbarie des anciens traitements et soumis au contrôle de l'Etat

l'angleterre de 1882 A 1867 193

(1845) ; l'emploi des petits l'émouleurs, souvent volés à leur famille, est défendu (1840); supprimée aussi la « presse des marins » (1835) ; le duel interdit aux officiers (1844) après une propagande qui depuis 1840 l'avait fait disparaître des mœurs ; interdite enfin la vieille coutume des combats d'animaux. — La réforme des prisons est mise à l'étude, cependant qu'autour de la « Société contre les habitations insalubres » s'organise la lutte contre l'entassement des familles ouvrières dans les slums des faubourgs (loi de 1851).

Llnstruction retient enfin l'attention du Parlement ; mais les essais restent timides parce que les écoles dépendent étroitement des diverses confessions religieuses. En 1836, V Université de Londres se fonde pour devenir un centre d'études modernes, moins dépendant qu'Oxford et Cambridge des formes du passé. Trois ans après, lorsque les subventions prévues pour les écoles par la loi de 1833 sont augmentées (elles le seront encore en 1851 et deviendront en 1853 proportionnelles au nombre d'élèves), un Comité du conseil privé pour l'enseignement est chargé d'en surveiller l'emploi. Modestes débuts d'un ministère de l'Éducation; les efforts déployés par Matthew Arnold pour obtenir que la culture intellectuelle s'impose aux dirigeants, devaient en hâter les progrès.

La révolution économique et le libre-échanjife. — La révolution la plus profonde, imposée par les faits et les besoins nouveaux de la nation, eut pour objet de donner aux ouvriers le « pain à boa marché ». Les droits sur les blés étrangers avaient été soumis par Canning, Peelet Huskisson au système de Véchelle mobile (1823- 18:27) ; en fait, ils se trouvèrent maintenus pour payer à la genlrij, sous forme de revenus fournis parles consommateurs, les services qu'elle avait rendus au temps des guerres continentales. Les Chartistes en avaient réclamé l'abolition, sans résultat. Cependant les économistes philanthropes observaient que cet enrichissement de l'aristocratie foncière ne pouvait s'opérer qu'en augmentant la misère, avec le prix du pain. L'un d'eux, Richard Cobden, « self made man », instruit par ses voyages aux États-Unis, fonda avec John Bright la « Ligue contre les droits sur les blés « [Anli Corn-Law League) à Manchester (1838). Il s'agissait non seulement d'imposer la suppression des droits d'entrée sur les céréales, mais d'aboutir à un système général de libre-échange applicable à toutes les matières du commerce. Adeptes du parti radical et industriels bourgeois amis de la paix, Cobden et Bright concevaient la possibilité de supprimer les guerres internationales, de faire circuler dans une sorte de République universelle les

FEYEL. II. 7

iivi'iiKi: VIII

richessi's ci U:s iilroK v.[, sans inlcrveiilion de l'Elal, d'assurer le bien-être des classes oiivricies par le seul dévcloppeiucnl du commerce délivré de ses entraves. L' » lM;ole de Mancliester » résumait ses théories en quelques formules : laisser l'aire, laisser passer ; — abstention de rÉtat en matière économique ; — libreéchange universel ; — paix avec l'étranger, — Elle les colporta à travers le royaume, au moyen d'une propagande par iracls

(comme ceux des néo-anglicans), par meetings, par tournées de conférences.

En 1841, Cobden, député aux Communes par les manufacturiers de Manchester, inaugurait la campagne parlementaire. 11 fallait bien que Peel, revenu au pouvoir, et qui y appelait Gladstone (comme président du Board of Trade), amorc;àt la réforme malgré le parti conservateur (1842).

Poussant à bout le système de l'échelle mobile, il détaxait les céréales étrangères dans la proportion où la production nationale augmentait de prix, et supprimait tout droit d'entrée quand l'Angleterre (qui exporta du blé, les années moyennes, jusqu'à 18.t1) devait suppléer à une récolte déficitaire par des apports de l'étranger. Sur 1250 articles du tarif, 750 étaient supprimés ou très réduits. Mais si le système obligeait les Anglais à la culture du blé (nécessaire au cas d'une guerre continentale, comme celle qui avait menacé en J840), Cobden observait (|uil favorisait l'agiotage et l'accaparement au profit des spéculateurs. Peel ne résista pas à l'expérience de la famine de 1846 et des misères effroyables qu'elle causait en Irlande. Gagné au libre-échange par le sentiment des obligations du pouvoir envers les masses, et renversé d'abord (1845) [)our avoir proposé, d'accord avec Cobden, la suppression des droits sur les blés, il redevint ministre pour faire voter la loi (45 juin 18it)) grâce à l'appui de 104 conservateurs (Peelites) et des libéraux, mais sans pouvoir se maintenir plus longtemps contre la rancune

Richard Cobden (1804-1865)

L'ANGLETERRE DE l832 A 1867 11)5

des landlords qui lui reprochaient d'avoir rompu les liens du parti.

Les résultats s'annonçaient immenses. Bien loin que l'industrie souffrît de cette brèche pratiquée dans la vieille législation douanière, elle profita de l'essor commercial qui alors commença ; servie par une marine décidément supérieure à toute concurrence, elle faisait abolir, en 1849, l'Acte de Navigalion. En 18a"2, Disraeli, le nouveau chef conservateui', renonçait solennellement aux théories protectionnistes. Les Anglais associèrent désormais leurs espérances de richesse commerciale avec l'idée môme du libre-échange. Les paysans ne s'en plaignaient pas, à qui leurs landlords enseignaient avec profit les meilleures méthodes d'élevage ; les ouvriers voyaient hausser leurs salaires et avaient le pain à bon marché. Le Ivailé de commerce, proposé par Bright et Gladstone, que Cobden vint signer avec la France (1860), s'attestait comme une application nouvelle du principe. L'Angleterre levait les droits d'entrée sur les produits français; la France supprimait les tarifs prohibitifs, et abaissait notablement les taxes sur bon nombre de produits anglais : houille, fer, fonte, acier, machines, fils, tissus, etc. Sur le même plan, des accords furent signés avec d'autres pays. Gladstone en signalait deux avantages : d'abord la suppression des droits sur certains articles permet au peuple, dont les ressources sont limitées, de consommer davantage d'autres articles, ce qui tourne au bénéfice du revenu public ; en second lieu, toute remise de droits a pour effet d'augmenter la consommation générale, par suite d'imprimer une vive impulsion à la production et au travail. La circulation insoupçonnée de iMchesses qui en résulta pendant quarante années (1850-1890) lui donna raison ; elle devait hâter, il <'st vrai, l'évolution démocratique, que ISS^i n'avait qu'amorcée.

Réforme électorale de 1867. — Après la grande réforme l'I la retraite de Peel, l'attention des Anglais se porta surtout, à la suite de Palmerston qui avait réussi à suspendre la vie politique intérieure, sur les questions du dehors. Des épreuves les surprirent : les humiliations de la guerre de Crimée (voulue cependant par eux), oîi l'armée apparut mal commandée, routinière, inférieure à son rôle, et surtout la révolte de l'Inde (1837), qui posa un moment le problème dune dislocation possible de l'empire colonial. Gomment la haute bourgeoisie aurait-elle refusé plus longtemps les droits politiques aux artisans des villes, créateurs de la richesse sur laquelle reposait le prestige de l'Angleterre? Déjà, en 1860, quand les Lords avaient retranché du budaret les ai'ticles qui supprimaient

19(5 CHAIMTOK VIII

la taxe sur le papier, (jladslone avait lail vot(M' aux (lomniuiies la déclaration que la « Chambre haute n'a pas le droit de modifier le bill annuel des finances ». La (« Ligue nationale pour la l'éforme », dirigée par John Brighl, la réclama dans des meetings monstres à Londres, dans les villes industrielles et en Ecosse. Le ministère libéral Russell-Gladstone, qui gouvernait depuis 1859, proposa après la mort de Palinerston (1865), pour qui iS.i'i représentait les concessions délinilives, un bill qui abaissait notablement le cens électoral. Les Communes le renversèrent. Le ministère Derby- Disraëli, conservateur, n'était pas unanime en faveur de la réforme. Des émeutes sanglantes, à Londres même, la lui inq)Osèrent. Ce bill, que Disraeli aurait souhaité plus étendu, fut voté (>n d867. Pour commencer, il procédait à une distribution nouvelle des circonscriptions, qui enlevait 53 sièges à des bourgs pour les répartir entre les comtés. Dans les villes et bourgs, il accordait le droit de vote à tous les citoyens inscrits au rôle de l'impôt, sans condition de cens; dans les comtés (à la campagne), il abaissait le cens à la possession ou à la location d'une maison rapportant 300 francs. C'est donc encore au domicile (qu'il faut occuper depuis un an) qu'est attaché le litre électoral. En fait, la plus grande partie des ouvriers des villes (800.000 pour 1.119.000 électeurs nouveaux) devait en bénéficier. La base du suffrage devenait démocratique. La conséquence fut de faire entrer aux Communes des députés ouvriers, secrétaires des Unions syndicales, qui,- sans secousse, vite adaptés au parlementarisme libéral et radical, allaient l'amener à remplacer le <> laisser-faire » manchesiérien par V u interventionnisme », en verlu duquel l'Etat interpose sa médiation ou son autorité pour le règlement des questions ouvrières.

L'auteur de la réforme était Disraeli. Inventeur du nouveau torysme démocratique, il l'enrichissait en même temps d'une notion nouvelle, celle de l'impérialisme.

n. — Organisation de l'Empire colonial.

L'Empire colonial ang-li^s au XIX"" siècle. — L'organisation de l'Empire colonial appartient à la même époque qui a vu la transformation de l'Angleterre dans le sens démocratique parlementaire. En 1815, l'Inde mise à part, l'exploitation coloniale ne semblait guère avancée. Même la conquête militaire n'était pas termint''e : elle s'était appliqiïée seulement au Cana<laet à Terre-

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Neuve, à la Jamaïque et aux Petites-Antilles, à la Guyane, aux côtes de l'Inde et à Ceylan. La pénétration ne faisait que commencer dans le Dekkan et dans le bassin du Gange; et quant à la côte orientale d'Australie, elle ne servait encorS que pour les escales océaniques et pour la déportation.

De 1815 à 183'2, l'attention du gouvernement se laisse absorber par la crise politique intérieure, par la question d'Orient et, avec Canning, par le développement du commerce anglais dans l'Amél'iquo du sud émancipée. Mais c'était à Londres un dogme qu'il appartenait aux Iles britanniques de posséder la maîtrise des mers. C'est pourquoi, comme points d'appui pour la flotte, l'Ascension est occupée en 1825, puis Singapour en 18:29, Aden en 1832, les îles Falkland en 1833, Hong-Kong en 1841. Ainsi s'exerce le contrôle sur les routes maritimes du monde. Mais la colonisation commence à peine : les Irlandais de 1846 émigrent aux Etats-Unis, et non au Canada, cependant catholique; les travailleurs des champs vont peupler les villes. A rencontre d'une croyance répandue en France, l'opinion publique s'y intéresse peu. Carlyle seul, quand il prévoit que la misère pourrait bien être plus forte que les lois destinées à la combattre, songe à déverser le trop-plein de la population, aux frais de lÉtat, dans les colonies lointaines, fragments d'un Empire en train de se constituer. De fait, ce n'est qu'en 1847 qu'a recommencé le mouvement démigration.

Lo Canada. — Depuis que la « deuxième guerre de l'indépendance )) (1812-1814) avait soustrait à l'Angleterre l'espoir de dominer les Etats-Unis, ce n'est plus en Amérique que se trouvait le centre de l'Empire britannique. Le Canada n'était guère peuplé que par les 700.000 descendants des colons français, qui formaient un élément loyaliste mais irréductible à l'assimilation ; le territoire de la baie d Hudson, réuni en 1821, n'était qu'un désert; 10.000 colons et métis campaient dans la < prairie >» centrale autour du lac Winnipeg. A l'ouest, s'étendait jusqu'à l'Alaska un territoire indéterminé, soumis depuis 1818 au double contrôle des États-Unis et de l'Angleterre, et dans lequel le contesté de frontière ne sera réglé qu'en 1846. Cependant un Haut-Canada, pays de grande culture, se fondait au nord-est des grands lacs, peuplé en 1840 de 300.000 habitants. Anglais et protestants en majorité.

A ces colons, la métropole avait accordé des institutions représentatives (1791). Une assemblée élue de 50 députés siégeait auprès d'un Conseil de 13 membres nommés par le gouverneur. Mais la juxtaposition des deux éléments de race devait produire, comme

UiH CHAPITRE VIII

rn l'jirope, de longues ol violentes luttes. Df's \H^2t\, la question lies terres i)ul)liques rt^servi^es, d'api-ès le <• Pacte Colonial », an clergé (( protestant », mettait aux prises Strachar, évêque de Toronto, chef des loyalistes autoritaires, qui les revendiquait pour 1(^ seul clei'gé é|>iscopalien, et Mackenzie qui, au nom du parti libéral radient, en réclamait le iiénétire |)our tout ce qui n'était pas catlio lique. I.a crise n'éclata cepentlani qu'en IH;')!. Dans le Bas-Canada, les Canadiens français, fiers de leur nombre, de leur culture intellectuelle, do leurs l'cssources en industrie et en agriculture, soulenaicut Louis Papineau, président de la Chambre (IHli-lS.S^), et ancien combattant de IShi contre les Mals-lînis, dans ses conflits avec le gouverneur lord Dalhousie. Dalhousie prononça en 1834 la dissolution de la Chambre et lui enleva le droit de voter l'impôt. Les Canadiens refusèrent de le payer, en appelèrent au Parlement de Westminster, qui leur donna tort. Dès lors, l'agitation s'exprima par des meetings en plein air, où Papineau fonda u l'Association des fils de la liberté ». 11 leur imjjosait la résolution de ne plus acheter aucune marchandise de provenance anglaise. Mais lorsque Papineau recourut à l'insurrection, il fut vaincu parles troupes régulières, et réduit à fuir aux États-Unis (1837). — Le même échec attendait Mackenzie : plusieurs fois élu, il s'était vu invalider parla majorité du Parlement. En 1834, il se fit nommer maire de Toronto, et s'appuya désormais sur le parti radical anglais. Deux ans après, il n'en était pas moins battu pour avoir parlé de u la domination funeste de l'Angleterre »; jeté dans l'insurrection où il espérait, d'accord avec Papineau, attirer le plus grand nombre (décembre 1837) et vaincu à son tour, il rejoignit Papineau aux Ktats-l nis.

Une telle révolte obligea le gouvernement des whigs à s'occuper des colonies. Une enquête parlementaire (1838) montra que, comme naguère aux l^tats-L'nis, le régime d'arbitraire ne saurait s'appliquer à des nations jalouses déjà d'autonomie; le rapport de lord Durham, qui dénonçait dans l'organisation présente l'absence de sécurité et le danger de perpétuer dans ce monde neuf les antagonismes de race, héritages des vieilles sociétés, concluait à u l'union du Haut et du Bas-Canada dans un gouvernement libre et responsable ». Même conclusion du commissaire Poulett Thomson, envoyé de Londres (1839j pour juger de la situation sur place : nécessité d'un régime parlementaire avec un ministère responsable. Ainsi procéda, après appel au patriotisme des loyalistes pour empêcher le séparatisme, la Comlilulion du '23 juillel 1840, premier exemple, pour les colonies anglaises, d'un régime de liberté. Klle instituait un Parlemenl commun aux deux provinces dont chacune

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nommerait la' moitié ; la langue officielle serait l'anglais, et le gouverneur ne pourrait opposer son uelo aux résolutions votées par le Parlement, d'accord avec le ministère, que dans le cas où les droits de la couronne seraient directement en jeu. La capitale fédérale fut fixée à Kingston. Dans les provinces maritimes, la même lutte aboutissait en 1840 aux mêmes résultats. En pratique, et malgré l'habileté de lord Durham, le régime parlementaire ne fonctiorma pas sans à-coups. Si, en 1842, un Canadien français. Lafontaine, présidait le ministère, la pression gouvernementale s'exerrait dans le sens anglais pour les élections à la Chambre basse, et Londres devait rappeler le gouverneur de la Xouvelle- Écosse, en conflit avec l'Assemblée. Pourtant, lord Elgin se croyait assez fort pour prendre un ministère en majorité de race française 1 1847), prononçait en français le discours du trône (1849), réglait l'indemnité accordée aux propriétaires féodaux en compensation de la censive abolie, signait avec les États-Unis un traité de réciprocité commerciale (18o2i.

Le « Dominion of Canada». — Les difficultés recommencèrent pourtant entre le Haut et le Bas-Canada. En 1840, c'était le Canada français qui l'emportait pour la population ; nvec les progrès de l'expansion dans les terres neuves du centre, au contact de l'Union américaine, ce fut bientôt l'inverse. Les Anglais des lacs, tout divisés qu'ils étaient en conservateurs, libéraux et radicaux iceux-ci dirigés par Brown qui, dans son journal le Globe, réclamait la sécularisation des biens du clergé), réclamaient contre l'acte de 1840 et la prétendue égalité de représentation des deux provinces. L'instabilité des ministères, qui succombèrent nombreux de 1855 à 1864 sous la coalition des partis (notamment la coalition radicale-conservatrice), démontra le caractère précaire de l'Union. Peut-être même se serait-elle rompue, si le danger des États-Unis n'avait contribué à la rétablir.

Ce danger était double. D'une part, la mise en valeur des terres à blé du Minnesota et du Dakotah donna tort à lu « Compagnie de la baie d'Hudson )), propriétaire du centre et de l'ouest canadiens ; ses agents en niaient la fertilité et prétendaient les maintenir à l'état de réserve de fourrures. Les colons qu'elle avait établis à Vancouver en 1847 s'adressèrent au gouvernement qui, après l'enquête de 1857, reprit à la Compagnie, malgré ses intrigues, les terres de l'Ouest, pour en foi'mer la Colombie Britannique (1858), en attendant que le Buperfs land Ad lui retirât les terres du Winnipeg, plus fertiles encore que celles des États-Unis. D'autre part,

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la ^'iiciio (le Sécession avait délciiniiic iiiio crise dans les colonies marilimes canadiennes. Jusque-là, leurs produits a^i'icoles avaient alimenté librement les Ktats de la Nouvelle-Angleterre ; après la gueri-e, le traité de 1852 l'ut dénoncé par le parti républicain, qui espérait peut-être attirer dans l'Union les colonies maritimes. Entin, pour s'assurer vers l'Angleterre, demeurée l'acheteur essentiel et le protecteur en cas de guerre, un débouché plus sur que le Saint-Laurent, gelé une partie de l'année, il iallail de l'argent. Seul un grand Etat avait chance de s'en procurer.

Ainsi l'union était souhaitée par les colonies maritimes dans un intérêt économique, par celles de l'intérieur pour l'établir l'équilibre entre les deux Canadas. Sur l'initiative commune de Brown et des chefs des partis, Macdonald et Cartier, une conférence de 3'3 délégués s'ouvrit à Ouéber, présidée par Etienne Taché (16 octobre 186i).Elle promulgua le fî/"/7/.s^ Norlh America Ad qui, accepté en 1807 par le Parlement de Londres, établit le Dominion entre les ([uatr»' provinces d'Onlai-io Haut-Canada), Oiiébec Bas-Canada), Xoiivcdii-Briiiiawick et .\unvelle-Écosse. Chacune conservait un gouvernement local, un gouverneur, un ministère responsable, un Parlement de deux Chambres. Puis, les États autonomes déléguaient au i)Ouvoir fédéral, établi à Ollaira, la défense du territoire, la justice criminelle, la naturalisation, le commerce et les douanes, les taxes indirectes et le service de l'émigration. Le gouverneur général, vrai monarque constitutionnel, nommé par la reine, choisit un premier ministre (après Cartier, ce fut John Macdonald jusqu'à 1891), responsable avec ses collègues devant un Parlement fédéral. Le Parlement comprend un Sénal de membres nommés à vie par la couronne en nombre déterminé dans chaque province, et une Chambre des Communes, élue par un suffrage censitaire très large et au scrutin secret. Bientôt, dans ce Canada nouveau, où la souveraineté britannique ne s'affirma plus que par la présence du gouverneur et du commandant de la milice (les deux seuls fonctionnaires envoyés de Londresi, vinrent fusionner les provinces que des vues particulières ou leui' éloignement avaient tenues à l'écart de l'acte de 1867: le Maniloba en 1870, après la tentative peu explicable de Louis Riel pour former un gouvernement séparé ; la Colombie brilanniiiue avec l'île Vancouver en 1871.

En 1874, Vile du prince Edouard accéda à son tour, nu)yenuant une contribution fédérale annuelle versée au budget de l'île, et la construction d'un chemin de fer. Déjà il devenait possible de prévoir la mise en valeur de la prairie jusqu'aux Rocheuses: territoires d'Assiniboia, de Saskatchcwan, d'Athabasca, d'Alberta, de Keewatin,

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administrés par des gouverneurs envoyés d'Ottawa, en attendant leur transformation en provinces autonomes. — Seule, Terre-Neuve demeura en dehors, dominée par une oligarchie de marchands, colonie chétive, qui « se donnait beaucoup de mal pour vivre », paralysée qu'elle était par la servitude du French Shore.

La Colonie du Cap. — L'établissement des Anglais au Cap, à la place de la Compagnie hollandaise qu'ils abolirent, tira toute sa valeur, au début, de sa situation de principale escale sur la route de l'Inde, devenue après 1815 l'élément essentiel de l'empire colonial. Bien que la première occupation datât de lj*06, la population anglaise se présentait peu serrée sur la côte; elle devait se garder contre les indigènes Cafres, qui venaient piller les propriétés et voler le bétail, et contre la mauvaise volonté des Boers ou Afrikanders, descendants des anciens colons hollandais et français protestants, organisés en communautés patriarcales fondées sur le servage des noirs. Le gouverneur Somerset n'en appela pas moins des colons anglais pour lesquels le Parlement vota une subvention de 50.000 livres sterling. 5.000 s'en allèrent fonder Porl-Élisabelh (1820) et importèrent des procédés perfectionnés pour l'élevage.

Ces colons, augmentés de ceux qu'attiraient les descriptions de Somerset, voulurent bientôt échapper à l'autorité incontrôlée du gouverneur et réclamèrent les mêmes libertés qu'en Angleterre (1824) ; ils obtinrent, avec la suppression de la censure sur les journaux, l'institution d'un Conseil exécutif d^ûiomi au gouverneur (1826) et d'un Conseil législatif dont les séances seraient publiques (iSS^). En même temps, ils annihilaient la situation politique des Afrikanders, proscrivaient la langue hollandaise de l'administration et de la justice (1825-1828), revisaient les titres de propriété des Boers; enfin, ils abolissaient l'esclavage en 1833. Mais les Boers avaient besoin de leurs esclaves pour la culture et l'élevage ; l'idée que la loi anglaise mettait des esclaves noirs sur le même pied que des blancs propriétaires leur semblait scandaleuse. Au surplus, l'indemnité accordée par le Parlement (76 millions) ne pouvait être payée qu'à Londres; elle ne le fut qu'à quelques-uns.

En 1835, des familles, groupant 10.000 personnes, partent donc avec leurs chariots à bœufs, pour aller chercher des terres hors de la domination anglaise. Ce fut le premier Voerlrekken qui, coupant en deux les tribus Griquas, Basoutos et Betchouanas, mena les uns vers le nord, les autres vers le nord-est. Ceux du nord, guidés par Potieter, exterminèrent les Cafres (( amalécites », constituèrent la /?epf/6//V/uf du Fleuve Orange, oii ils menèrent la vie pastorale. Ceux du noi-d-est,

aver Rétif, Pieter Maritzol Andries Pretorius, doscondironl en Nalalie, sur les i)entes forliles (jiii inèaenl des sommets du Drakensberg jusqu'à la mer, eiy fonâbrcnt Pietermarilzbourg. établissement difficile, car c'est ;\ gi'and'peine qu'ils avaient triomphé des Cafres. Déjà en 1834, Esehaka, un Zoulou, avait attaqué les colons anglais ; les milices boers (commandos), aux ordres de Pretorius, vainquirent son successeur, Dingan (1839). Puis le gouverneur du Natal, Durban, le vainquit à son tour, donna son propre nom au port principal de la cote et, sous prétexte de sécui'ilé conti'e les noirs, déclara annexé loul l'arrière-pays occupé par b^s Boers, mais ne s'attaqua pas à la Cal'rerie restée indépendante. En tout cas, Pietermaritzbourg devint anglaise, grâce à des colons appelés d'Angleterre et de l'île Maurice par le nouveau gouverneur, Napier ; les Boers, qui refusaient de se plier aux exigences de l'administration britannique et qui se réclamaient vainement du roi des Pays-Bas, transportèrent plus loin leurs chariots (1843). Second Voerlrekken qui porta les Afi-ikanders du Natal vers l'ouest, et d'abord dans l'Orange, où ils retrouvèrent les îrekkers de 1835 et domestiquèrent les Bechouanas elles Griquas (184G).

Les Anglais les y poursuivirent. Sous prétexte de répondre à l'appel des missionnaires calvinistes, le gouverneur Smith déclare annexé le nouvel État d'Orange (1848 . Pretorius attaque alors la garnison anglaise de Bloemfonlein et l'oblige à capituler ; mais il succombe sous des forces nouvelles à ^oomp/a/r, et traqué, contraint de passer le Vaal, il organise avec d'autres rebelles la Bépiiblique du Transvaal (1849;. L'Angleterre, arguant de ce que toute l'Afrique située au sud du 25'' latitude est soumise à son contrôle, annexe encore le Transvaal (1850).

Cette politique d'intervention dans toute l'Afrique australe coûtait très cher et rapportait peu. A la veille de prendre dans la question d'Orient des résolutions qui devaient la mener à la guerre, l'Angleterre refusa de se mettre sur les bras une aventure coloniale. Le ministère libéral de Palmerston, après avoir amnistié les u rebelles », accepta leur établissement au nord du Vaal, du fait de la Conrention de Znnd Bivier (7 janvier 1852). Par la convention de Bloemfonlein r23 février 1854), le gouverneur Grey reconnut l'autonomie de la Bépidjlique d'Orange qui, plus civilisée et plus peuplée, s'organisa la première avec le président Brand. Le Transvaal, où les blancs étaient en minorité (60.000 contre 800.000 indigènes), passa par une période de luttes intérieures qui aboutit à la constitution de la Zud Afrikanische Bepuhlik : le président, élu pour cinq ans, gouvernait avec un Volkavaad •'■lu qui laissait à chaque citoyen une grande indépçndmiee.

l'aiNGletehre de 1802 A 1867 203

Parallèlement, une évolution libérale se produit dans le reste de TAfrique demeurée anglaise. La (( guerre de la Hache », (jui commença en 1846 contre les Cafres pillards campés entre le Cap et le Natal et qui parut terminée en 1848, mais qui reprit en 1851 sous la forme d'une insurrection générale des tribus, aboutit à l'annexion dune partie du pays (18o3),mais aussi à la consolidation du régime anglais libéral au Natal et au Cap. — Au Cap, les colons refusaient en 1849 de recevoir les convicls dont l'Australie ne voulait plus, et députaient en Angleterre pour réclamer un Parlement élu. L'Ordinance de 18o3 leur accorda double satisfaction. Ils obtinrent notamment mi Conseil législalif (Chambre haute) et une Assemblée législative (Chambre basse), élus au suffrage censitaire. Toutefois le Conseil exéculif rGHlail composé de secrétaires du gouverneur. — En I806, le Natal recevait aussi sa première organisation : un Conseil exécutif nommé par le gouverneur et un Conseil législatif iormé de douze membres élus et de quatre fonctionnaires.

Ici, comme au Cap, les indigènes étaient assimilés aux blancs pour l'exercice des droits politiques. Au Cap, la majorité, formée par les Afrikanders, les métis et les indigènes, finit par réclamer le régime parlementaire intégral et l'obtint, après trois années de conflit, en 1870. Désormais, le gouverneur dut confier le soin de former le ministère responsable à riiomme politique en possession de la confiance des Chambres, comme au Canada et en Australie. En dépit de la diversité des races, le statut politique accordé par l'Angleterre des libéraux tendait à favoriser en Afrique du sud l'éclosion d'une vie nationale.

L'Aiistralasic, — C'est aussi l'époque de la naissance de l'Australasie britannique. Au début, alors que les Hollandais, rebutés par la sécheresse de la partie occidentale du continent, venaient de l'abandonner, ce ne fut qu'un lieu de déportation pour convicts (condamnés de droit commun, 7 février 1788). Deux colonies pénitentiaires s'établirent ainsi : l'une autour de Port- Jackson qui devint Sgdney (du nom de lord Sydney, ministre des Colonies), l'autre dans l'île de jVan Diémen (1803). Après 1798, les rebelles irlandais y furent transportés en grand nombre. Dans ce |)ays désert, les condamnés ne ti'ouvaient guère à vivre du travail agricole ;ceux qui écliappaient à la surveillance des gardiens s'entendaient avec les indigènes pour organiser des bandes de brigands {bush rangers). — Mais un autre phénomène changea la situation. Les quelques officiers et soldats arrivés avec les convicls avaient reçu des concessions de terres ; ils y attirèrent des

2(H CHAPITHE Vin

colons libres dont le bélaii, làclic dans les plaines, pullula. Mac- Arfliur [il alors venir du Cap des moutons mérinos (jui, par croisement, donnèrent une laine supérieure. Les montagnes Bleues, (|u'ils franchirent en ISIM, découvrirent aux colons des terrains de pâture sans limite (où Balhursl lut fondé) et la perspective de fortunes assurées. Cependant, en 1830, la Nouvelle-Galles du Sud ne complail encore que 50.000 habitants et Van Diémen 18.000.

Dès loi's, le youvernemenl abandonna le système de la colonisalion pénale, et appela les éuiigrants par de grandes concessions de leri-es. Ainsi, autour de Perth, se constitua VAustralie occidenlaie (18:29); mais elle était si isolée que, pendant lony:tem[)s, e.vposée aux famines périodiques, elle ne fit que végéter. Un autre système prévalut bientôt, imagine- par Wakefield 1 1830) ; il consistait à vendi'e la terre aux émigrants, à la disposition destpiels IKIal mettrait des ouvriers libres. C'est d'après le système Wakefield qui; fut fondée VAuslrulie méridionale (1834), avec une capitale, Adélaïde (1836|, et le droit de se donner une législature. En 1838, un nouvel établissement était prévu à Melbourne. — En même temps, les Anglais occupaient la Nouvelle-Zélande (à 1.500 kilomètres de l'Australie, -1840) et, après écrasement des indigènes Maoris, la dotaient d'une constitution (1852).

Dix ans plus tôt, le régime parlementaire avait commencé en Australie. Déjà en 1825, Wentworth, journaliste, né dans le pays (1791), avait mené une campagm- contre le pouvoir al)solu laisst'^ au gouverneur, et en faveur d'un Parlement électif qui fixerait les taxes et ferait cesser la déportation. Ses efforts obtinrent la nomination tl'un comité qui, après enijuète, constata l'échec de la colonisation pénale (elle n'arrivait même [jas à maintenir le niveau numérique de la population el conclut à sa suppression (1838). Les convicts ne furent plus transportés à Van Diémen que jusqu'à 1847 ; sur refus de la nouvelle colonie de Tasmanie, il fallut les arrêter aux îles Andaman. L'Acl de 1842 constitua dans chaque colonie, auprès du gouverneur nommé par la Couronne, un Conseil exécutif choisi [tar lui avec un Conseil /cV/Zs/a///' composé de 12 membres nommés par le gouverneur et de 24 élus par les censitaires. C'était le régime ordinaire des colonies britanniques.

Le <( rush ) de l'or et le ré^îiiK' pnrleiuenlaire (iJtiîl- 18(î»>). Les li'ansforuuitions économiipics «pic subit l'Australie après 1850 explitpieiil les changements survenus dans la vie pi)litique. La culture du blé et des vignes dans le sud, l'extension de l'élevage du mouton vers le centre et jusque dans le Sallbush

l'angleterre de 1882 A 1867 205

désertique, l'industrie du suif (18^3i, qui formèrent rapidement une aristocratie de sqiiallers capitalistes, mais plus encore la découverte de l'or (18oO-lJ^ot) dans les Pyrénées d'Australie méridionale, développèrent, avec un rush de prospecteurs et de mineurs, l'afflux d'une population de colons libres, habitants des villes en général, et décidés à obtenir la pleine indépendance. Sur les détails, il se forma deux partis. Les uns, avec Wentworth, l'ancien « avocat du peuple »), préconisaient la formation d'une Chambre des Lords, comme contre-poids aux aspirations parfois révolutionnaires des plus récents immigrés. D'autres, avec Lang et James Martin, réclamaient une constitution radicale. L'Act du Parlement anglais, appliqué en 1855 à la Nouvelle-Galles du Sud, maintint le gouverneur, assisté d'un Conseil exécutif responsah\e devant deux Chambres, l'une nommée à vie ou élue par des censitaires, l'autre élue soit au suffrage censitaire, soit au suffrage universel. Cette constitution s'appliqua successivement à la colonie de Victoria (détachée de la Nouvelle-Galles avec Melbourne en 1854), à la Tasmanie 1856), à V Australie méridionale (1857, dans le Queensland enfin, formé de la partie nord de la Nouvelle-Galles 1860).

Dès lors se sont organisés les grands services publics propres aux États modernes. Celui de l'instruction primaire, à partir de 4866; celui de la colonisation, au moyen de ventes de terres faites par l'Etat suivant le système Torrens (1858] (t), que les colonies adoptèrent peu à peu (jusqu'à t87i). Enfin, l'intérieur du continent fut exploré, non sans peine (1860-1872), par Burke, Wills, Gray et King, partis de Melbourne et parvenus, à travers les savanes du Murray et du Darling, au golfe de Carpentarie (1861}, par Mac-Dougall Stuart, parti d'Adélaide (mars 1860) et parvenu, à travers l'horrible désert salin du centre, jus(|u'à la mer de Timor (juillet 1862); enfin par Giles 1872) et 'Warburton 187o). A la suite, furent désignés deux territoires : la Terre Alexandra et le Territoire du Nord qu'allait bientôt parcourir (1872) le télégraphe transcontinental de Melbourne à Port-Darwin.

L Inde. — En 1815, l'Inde n'était pas traitée comme une colonie ordinaire, mais plutôt comme un immense domaine d'exploitation aux limites indécises, administré par les fonctionnaires d'une Compagnie de commerce, privilégiée et contrôlée. De longues guerres furent nécessaires, jusqu'en 1860, pour achever la con-

(1) C'est une forme tris simple de cadastre. Chaque lot île terre vendue est représenté par un litre identique à une fiche conservée au Bureau dey ventes ; le titre est négociable, moyennant certaines formalités, comme une action ou une obligation de société financière.

20() CHAPITRE Vlll

qiu''te, qui iiavail (|ue coimiiciicr au WlU'' siècle. La dernière de oes guerres amena la suppression du régime de la Compagnie, et. lit de l'Inde un Empire, monde bariolé de souverainetés indigènes, de religions et de races, unifié pourtant et pacifié sous la nouvelle couronne biitannique.

1" Période de 1815 à 1835. — C'est l'époque de la première atteinte portée au régime de la Compagnie dont le monopole commercial avait déjà disparu (l8K-i). Le marquis de Hastings, gou- \erneur général (1813-1(S23), avait dû mener une guerre très âpre contre la puissance militaire des Goiirkhas, de religion brahmanique; en 1816, il les força de se renfermer dans leurs montagnes, de céder leur avant-pays de Sinda et d'accepter à Katmandou, dans le Népaul, un résident chargé de protéger contre eux leurs sujets l)Ouddhistes de race jaune. Les années 1817-1848, il les passa à combattre les Mahrafles, ligués avec tous les brigands de la plaine sous le prince Holkar. Holkar, battu, perdit Pounah et son royaume, qui devint la présidence de Bombay. Les autres États mahrattes du Dekkan furent ensuite annexés, une garnison établie dans le Radjpoutana, le tout malgré les visées pacifiques de la Com|)agnie qui finit par rappeler Hastings. — Lord Amherst (182.3- 1827), nonimé à la place de Canning, désigné pour le Foreign-Of'fice, gouverna bien plus dans l'intérêt de l'empire colonial que dans celui de la (Compagnie, et se préoccupa avant tout des approches continentales de l'Inde, surtout vers l'est. La Birmanie, dansLIndo- Chine occidentale, était devenue, par voie d'accroissement, lindtrophe du Bengale. Ayant conquis le Pégou, l'Assam, le Téuassérim, elle pouvait servir de centre de résistance aux mécontents hindous. De fait, en 1824, les Birmans attaquaient la Compagnie des Indes. La guerre, menée par Amherst, fut pénible, parce que mal prél)arée, dans un pays très mal connu ; la jirise de Rangoun et de la côte du Ténasscrini permit seule au général C-ampbell de remonter riraouaddy avec 8.000 Anglo-Hindous, sur 150 lieues, mais sans réussir à forcer les Birmans. Ce n'est qu'en 1826 que là paix d'Ava annexa VAssam, TArakan et le Ténassérim. Mais des insurrections avaient éclaté dans l'Inde ; Amherst fut l'appelé.

Lord William Bentinck (1826-183o), il'une grande famille d'aristocratie libérale, gouverna de façon i)acilique en tuteur des indigènes, au besoin malgré leurs résistances. Non content de combler le déficit budgétaire, il développa la richesse matérielle en favorisant la culture de l'opium sur le plateau de Malva; et surtout, arnmé de sentiments humanitaires, il découvrit et réprima la« secte des étrangleurs », abolit l'usage du fouet dans l'armée, défemlit de brûler les

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veuves de confisquer les biens des indigènes convertis. Fait, capital : il employa des Hindous dans l'administration. Par ailleurs, il n annexait au territoire de la Compagnie qu'une partie de l'Assam et le navsde Coarq (1H34), mais il introduisait l'administration anglaise dans l'État de Mysore. Il présidait enfin à la dernière transformation de la Compagnie. En 1833, un Ad du Parlement en racheta l'actii en assurant aux actionnaires un revenu de 10 pour 100. Dès lors, tous les Européens furent admis à commercer et à acquérir des terres. Le gouverneur général, toujours dépendant de la Cour des directeurs et du bureau du contrôle, posséda le maniement des fonds, et prit des rèo-lements de son initiative. Bentinck en profita pour adjoindre Macaulay comme légiste (law-member) au conseil du gouverneur, (hai-é de rédiger un code pour l'Inde, Macaulay établit une justke (îappel devant des cours mixtes de juges anglais et indigènes 1833) Bentinck prépara aussi la liberté de la presse hindoue par la suppression de la censure; par contre, malgré le respect qui s'attachait aux langues sacrées, sanscrit et arabe, il décida que, dans les écoles, l'anglais serait enseigné (1835).

90 Période de 1835 à 1849. - Une politique nouvelle surg-it alors en Angleterre, qui ne considère plus l'Inde pour elle seu e mais comme associée à toutes les questions capables dans le Middie Ea.9l asiatique, de mettre aux prises Anglais et Russes. \ussi, lord Metcalf (183.^-1836^ qui continue Bentinck, ne i^este pas lonc^temps d'accord avec les idées de la métropole. Lord Auck and iiS'6Q-\S^2), au contraire, était décidé à trouver en Asie centrale la solution de la question d'Orient, en se servant des peuples militaires de l'Afghanistan pour défendre les approches de l Inde. Déjà le contact s'était établi avec les Sikhs du Pendjab, commandés Mors (et jusqu'en 1839) par Runjeet-Singh, .le vieux lu.nd^^^ cinq neuves .; mais rien de plus. Même, lorsque le Shah de Peise avaU sollicité (1826), contre la menace des Russes, laide des Anc^lais dont les vaisseaux commençaient à fréquenter le golfe Persique les Anglais avaient refusé, occupés alors vers Singapour et Malacca, et laissé le Shah tomber, par le traité de Tourkmantchai, dans une demi-vassalité russe (1828). En 1837, pousse par les Russes, le Shah tentait de prendre Hérat qui commande quelquesunes des grandes routes d'Afghanistan; un débarquement de troupes hindoues dans le « Golfe .. le força de rappeler son armée. Deux ans après, Auckland tentait à son tour un coup de surprise. Il avait sous la main, réfugié dans l'Inde, un ancien emir de Kaboul, Schah-Sboudjah, évincé par Dost-Mohammed, suspect lui-même d'inlrigtier «ver la Russie. Auckland dcclarar qu'il le ROuHendrait.

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