‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 28 sur 96 · JOS CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

JOS CHAPITRE VIII

A la mort de lUiiijeet-Siiifjrh (lHo9i, uno ju'incc anglaise, s'ouvraiit le passage à travers le Pendjab, marcha sur Kundahav (où elle installa un nouveau sultan), puis sur Kaboul où Dosl-Mohanimed, malgré sa soumission, lut remplacé par Schah-Shoudjah (août 1840;. Seulement, l'année suivante, le fils de Dost-Mohammed, Âkbar- Khan, assassina le résident anglais et les Afghans- qu'il avait ralliés, souleva les autres, et força les 10.000 soldats anglais h évacuer Kaboul et à battre en retraite par la montagne. Dans lapasse de Khaïber, il les cerna, les fit capituler, puis massacrer; seul un médecin échappa qui herborisait plus loin (janvier 1842). Auckland expédia des secours qui reprirent Kaboul, mais traitèrent avec Dost-Mohammed, reconnu comme émir indépendant. Plus de garnison anglaise, ni de résident à Kaboul. L'occasion d'une démonstration de prestige était manquée.

Premier contact avec la Chine. — La revanche se ren-^ contra d'un autre côté. Depuis que Bentinck avait développé dans l'arrière-pays de Bombay la culture de l'opium, l'exportation vers la Chine en apparaissait comme nécessaire à l'équilibre du budget hindou. La drogue y fut introduite au début du XVIII® siècle par deux agents de la Compagnie des Indes; mais dès 1729 un édit impérial interdit de la fumer. Bien que cet édit eût été renouvelé par Kia-King en 1800, l'importation continua ; en 18'20, elle s'élevait chaque aimée à 40.000 caisses que les mandarins laissaient entrer en contrebande moyennant de riches pourboires. Les négociateurs anglais envoyés à Canton (1834), lord Napier, puis Davis, Robinson et le capitaine Elliott, pour négocier un traité de commerce général, n'obtinrent rien. Au contraire, l'empereur Tao- Kouang, pour empêcher la sortie de l'argent chinois, interdit les fumeries sous peine de mort, et le vice-roi Linn-Tsa'ï-Su confisqua, d'accord avec Elliott, 20.280 caisses, d'une valeur de 50 millions, que les mandarins vendirent sans doute aux contrebandiers. Et comme Elliott, de Macao, réclamait pour un règlement, Linn le bloqua, puis le contraignit de gagner Hong-Kong. Au Parlement, lord John Russell obtint alors qu'une expédition forçât la Chine à des réparations, et surtout à permettre la liberté du commerce, avec de sérieuses garanties. En mai 1840, quinze vaisseaux de guerre et vingt-cinq transports portant l.'i.OOO hommes arrivaient à Canton ; l'amiral sir Georges Elliott occupa l'île de Chusan et remit la note des réclamations anglaises à Ki-Chan, vice-roi du Tchéli, que l'Empereur substituait à Linn-Tsa'i-Su pour traiter de la paix. .\ la tin. Ki-Chan repoussa les conditions anglaises. L'amii-al Gordon Bremer

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enleva donc d'assaut le fort de Canton (7 janvier 1841), puis oanonna la ville par le sud-est, et ne se retira qu'après paiement par le préfet de la ville, U-Pao-Tchounn, de 30 millions de francs. Dans une campagne de dix-huit mois, Bremer prit Amoij (21 mai), Tchousan ii"'' octobre), Ning-po (31 octobre), remonta ensuite vers le Yangtseu pour enlever Ousong (16 juin 1842), Changhai (49 juin) et Tchenn-Kiang (2l juillet). Le 9 août, il assiégeait Nankin. La Chine céda : par le Irailé de Nankin (15 septembre 1842), signé par sir Henry Pottinger et Ki-ying, l'Empereur payait une indemnité de 105 millions, ouvrait cinq ports au commerce européen (Canton, Amoy, Foutchéou, Changhaï et Ning-po), cédait Hong-Kong, et reconnaissait aux envoyés de l'Angleterre le droit de traiter directement avec les mandarins (1).

Conquête do Tlndus. — Avec lord Ellenborough (1842-1846),

la politique de conquête s'appliqua à ouvrir les routes du nordouest, par rindus inférieur, vers la Perse et l'Afghanistan. Dès 1843, Napier réduisait les Amirs du Sindh divisés entre eux par des contestations financières; une deuxième campagne, où Napier battit 30.000 Indo-Baloutches, aboutit à l'annexion du Sindh à la présidence de Bombay. Mais la Compagnie encore une fois désavoua cette politique agressive. — Aussi lord Hardinge (1846-1849) arrivat-ilavec un programme de paix; mais bientôt il fut entraîné à intervenir dans les discordes des Sikhs du Pendjab. Deux guerres en eurent raison. Après celle de 1843-1845, la frontière fut portée au Sutledj et au Bias, et le pays entier réduit en protectorat sous la surveillance de John et de Henry Lawrence (1846). L'excellente administration des deux frères, dont le second surtout avait, par son respect affectueux des coutumes de l'Inde, gagné la confiance des Sikhs, n'empêcha pas un soulèvement en 1848, précédé d'assassinats d'officiers anglais. La guerre de 1849, dans laquelle larmée sikh fut détruite à Chillianvalla, permit au successeur de Hardinge dannexer le Pendjab (1849).

Le « proconsulat » de lord Dalhousie (1849-18o6). —

Lord Dalhousie s'avère le dernier grand proconsul, à demi indépendant de Londres, aux initiatives d'autant plus hardies qu'il n'existe plus dans llnde aucune puissance militaire capable de résister. Aussi la conquête s'achève-t-elle par de simples décrets. C'est, en 1852-1853, l'occupation du Pégou, avec Rangoun et Martaban ;

(1) Il n'élail pas question de l'opium ; mais comme il devenait un simple article commercial, plus de 50.000 caisses entraieni au grand jour en 1850,70.000 en 1858.

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sans hailcravcc la Birmanie, Dnlliousio amorce la pén(H.ration en Indo-Chine occidentale et rend la Compagnie maîtresse de tout le territoire situé entre le Ténassérim et le haut Indus. En 1854, c'est l'annexion du royaume d'Onde, avec Liichnow, centre du brahmanisme, on lenal)al)se montrait hors d'état à la fois degouverner et de solder l'entretien des troupes hritannifjues. Dalhousie proclame que l'intérêt des indigènes est de passer sous la domination anglaise et destitue le nabab. Désormais toute la plaine du Gange (provinces du noi-d-ouest) est annexée au Bengale; le reste de la pi'iiinsule est soumis au régime du vasselage. — La politique intérieure complète l'teuvre de conquête. C'est une réorganisation totale accomplie dans un esprit (( impérial », avec création des organes d'un Ktal moderne au moment même où ils apparaissaient en Europe : un service postal (1849-1834), des lignes de chemins de fer, un service télégraphicpie. Les canaux (Virriyalion formèrent un système plus développé que ceux mêmes d'Egypte et de Lombardie (canaux du Gange et du Doab;; des écoles lurent multipliées pour les indigènes, auxquels s'ouvrit l'accès des services publics. Toute cette oeuvre allait être compromise pour un temps sous le gouvernement de lord Canning (1856-1862).

La crise <le l8o7. Giierre des cipayes. Causes et caractère. — La crise de 1837, appelée communément « révolte des cipayes », a procédé de causes multiples. Les premières furent l'émotion provoquée dans l'Inde entière par l'annexion de l'Oude, pays sacré des Hindous, ainsi que les difficultés rencontrées par les Anglais pendant la guerre de Crimée; le bruit courut qu'ils avaient été vaincus et leur pays conquis par les Russes. Londres appela devant Sébastopol une partie des troupes européennes de l'Inde, déjà peu nombreuses. En 1830, i)oiii-deux régiments anglais (armée de la Couronne), il y avait 200.000 soldats indigènes, encadrés d'officiers européens, mais très divers de recrutement; ceux du Bengale, Hindous et musulmans, appartenaient à toutes les classes, ceux de Bombay aux classes inférieures seulement. Leur fanatisme religieux demandait beaucoup de ménagements i le 47* régiment avait refusé en 1824 d'aller en Birmanie par mer). D(;s mutineries avaient éclaté pour des questions de nourriture (1848-1849); un régiment, en 1852. refusa de marcher contre les Sikhs; en 1858 encore, des troubles éclataient quand lord Canning, rompant avec le système des trois armées (Bengale, Bonibay, Madras) recrutées par régions, organisa le service sur le territoire entier de la Compagnie. L'adnnnisfration »'t la police, sni'veilléos de haut par un état-major de fonctionnaire»

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peu nombreux, étaient abandonnées en fait à des auxiliaires indigènes, fléau véritable pour la population. Les taxes, maintenues à 33 pour 100 du revenu comme à l'époque du Grand Mogol, étaient perçues sans règle tixe, tantôt sur les intendants de villages que les Anglais assimilaient dans le Bengale aux grands propriétaires héréditaires, tantôt directement sur les petits propriétaires (présidence de Madras), qui, les uns et les autres, s'avouèrent assez rapidement ruinés, tantôt sur les villages eux-mêmes, véritables propriétaires du sol (Inde centrale et Pendjab). Il s'agit donc d'une révolte religieuse et militaire dont le centre fut l'armée du Bengale, mais soutenue par le mécontentement de toutes les classes contre le conquérant anglais, dont la domination apparaissait distante et malfaisante à la fois.

1) L'occasion, en 18.57, se rencontra dans le mouvement qui secoua, contre les Européens, le monde musulman, de la Kabylie jusiju'en Chine. Dans le Bengale, une proi)liétie annonçait que la domination britannique, établie par la victoire de Plassey (4757», ne durerait que cent années. Enfin, les cipayes craignirent à tort que la carabine Minié, récemment mise en service, ne comportât des cartouches fabriquées avec de la graisse animale; ils refusèrent toutes les cartouches sans exception. Les officiers s'en inquiétèrent peu, puisque les musulmans n'éprouveraient pas les mêmes scrupules. En fait, les musulmans exploitèrent le prétexte pour se débarrasser du joug anglais. — Du Bengale jusqu'à Lucknow, il fut admis que le conquérant voulait détruire le régime des castes; pendant trois mois, les cipayes correspondirent entre eux, échangèrent les gâteaux sacrés en signe de ralliement. Le il mai, à Meerut, la révolte commença.

2i La révolte. — Les trois régiments indigènes de Meerut entrent à Dehli, massacrent les officiers eurojiéens, rétablissent le descendant du Grand Mogol, Akbar, et pillent la ville. D'autres régiments les imitent, si bien qu'à la fin de mai toute la région du Gange, haut et moyen, jusqu'au Bengale, se trouve en pleine insurrection. .Mais la révolte s'arrêta là; les cipayes de l'Indus furent désarmés à temps et conjuré le danger d'une invasion afghane de secours. De plus, les Mahrattes ne bougèrent pas. Par contre, dès que rOude, contenu quelques semaines par sir Henry Lawrence, résident à Lucknow, eut trouvé un chef, il s'insurgea. Ce chef était Nana-Sahib, prince niahratte, fils adoptif du « peichwa » dépossédé de Pounah, ambitieux, brillant et féroce, à qui les Anglais refusaient le titre de rajah. En juin, avec les cipayes, il se rendait maître de Cawnpore, et assiégeait les 210 soldats de sir Hugh Whee-

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loi- ainsi que la |jo|»ulalioii riviU' dans le cinielière, redoute inipro visée h l'abri d'un simple mur en pierres sèches. Lorsque l'eau leur manqua, ils se rendirent à Nana-Sahib qui les entassa dans trente barques sur le Gange et les mitrailla ; les survivants furent jetés en prison. Enlin, il assiégea Lucknow, où le colonel Iiiglis remplaçait sir Henry Lawrence tué le ii juillet. L'insurrection s'étendait alors au Rohilciind région de Bareilly et de Mouradabad) et à toutes les trouf)es indigènes de la vallée du Gange.

3i La répression, voulue à Calcutta et surtout à Londres rapide et iniplacat)le, s'exécula [tardes forces assez médiocres, aux(pielles se joiguii'eut les Sikhs par haine des musulmans. Le général Wilson. avec 4 000 soldats renforcés par les secours du colonel Xicholson, que sir John Lawrence expédiait de Lahore, assiégea Delhi où cantonnaient 30.000 cipayes. Le VI septembre, il donnait l'assaut dans lequel siiccnmitait Xicholson, ef prenait la ville rue par rue. Le major Hodson la lit piller et massacra froidement les princes de Delhi. — lue seconde colonne r2. 300 homniest, aux ordres du général Havelock, partit d'AUaliabad le 7 juillet pour dégager Lucknow assiégée par 15.000 cipayes. Le 16, Havelock battait Nana-Sahib à Fiillehporc et. pendant que les cipayes massacraient les survivants du Gange, il engageait vingt-deux jours de combats contre toutes les forces insurgées. Mais il dut reculer jusqu'à Cawnpore, rallier les secours de Georges Outram, avec lesquels il rentra dans Lucknow (21 septembre) pour y être assiégé à son tour par le prince Nana. Il n'en sortit que le 23 novembre, laissant les insurgés maîtres de rOude tout entier. — La campagne décisive eut lieu au printemps de IS^iS. Pendant l'hiver, le général sir Colin Campbell avait harcelé les cipayes dans vingt-cinq combats, à (lawiqtore (décembre l8o7) et à Fitltehyhiir (iaiwiev 1858); avec les renforts d'Europe et le secours des Gourkas du Népaul (12.000 hommes\ il enleva Lucknow (14 mars 1858) et rejeta le reste des paysans armés dans les montagnes des Sivalik.— Une troisième opération réprima les mouvements militaires de l'Inde centrale février 1859).

Conséquences de la révolte. — L' « Empire de l'Inde >>.

— L'opinion publique anglaise avaitrendu la Couqtagnie responsable de la révolte. Un .4c/ du Parlement <( pour l'amélioration du gouvernement de l'Inde » la supprima (2 août 1858). A sa place, il institua : à Londres, un Secrétaire d'Étal pour i'/nde qui fait partie du Cabinet et gouverne assisté de 15 conseillers choisis eu dehors du service indien; à Calcutta, un vice-roi assisté de deux Conseils : un Conaeil exécutif, sorte de ministère de six membres, chefs des ser-

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vices politiques, et un Conseil législatif formé des ministres et d'autres membres désignés par le vice-roi. Dans les présidences (Bengale, Bombay et Madras), le gouverneur, nommé par le roi, administre avec des fonctionnaires que nomme le Secrétaire d'État. Lord Canning fut le premier vice-roi; mais comme il avait modéré la répression avec sang-froid, n'avait pris qu'à regret les mesures extrêmes, n'avait supprimé les journaux indigènes qu'au dernier moment et châtié les rebelles qu'après enquête sur leur culpabilité (à Londres, on l'appelait « Clémence Canning »), le ministère Derby le remplaça par lord Elgin (1862).

S'il ne fut pas question d'assimiler le monde hindou aux colonies de peupltMuent européen gratillées alors de l'autonomie, l'ancien mécanisme, restauré après amnistie, laissa subsister Xa^ princes rassatix (il y en avait 601, de titre, de fortune et de pouvoir fort différents), que l'Angleterre déclara protéger. Même, les veuves des princes retrouvèrent le droit de désigner le successeur (18(i'i). En revanche, les principes de l'administration européenne péuéti'èrent partout. A ce titi-e, le Mysore, à qui fut rendu son souverain, et le Nizam, Étatspeu[)lésde 6à 11 millions d'habitants, ne différaient guère des provinces du gouvernement direct pour la levée des impôts (l'impôt foncier réduit de 33 à 5 pour 100 du revenu), les travaux publics (routes, chemins de fer poussés jusqu'à Pechawer dès 1866 et construits par le gouvernement au moyen d'emprunts à partir de 1869, canaux d'irrigation), le code promulgué en 1860, les bureaux d'instruction destinés dans chaque province à soutenir les écoles qui instruiront les auxiliaires des services européens. Cette [)art limitée que les indigènes prennent désormais au gouvernement (des conseils municipaux élus fonctionnent dans certaines villes en 1882) ne s'exerce toutefois que sur instructions précises expédiées de Londres. La dépendance plus étroite des fonctionnaires à l'égard du pouvoir central n'a point été compensée par l'octroi d'une autonomie quelconque aux indigènes. C'est que l'Inde n'existepas comme nation; elle n'existe que comme empire anglais. En 1876, au cours d'un voyage du prince de Galles et [)Our servir les desseins impérialistes de Disraeli, la reine Victoria fut, au durbar de Delhi, proclamée impératrice de Vlnde (i"^ janvier 1877). i'ar ([uoi il faut entendre que les affaires de l'Inde devaient continuer à être traitées non pas comme les affaires des Hindous mais comme les affaires des Anglais dans l'Inde.

A CONSULTER Voir le ctiapitre àuivanU

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