I. La politique libérale-radicale. — II. L'unionisme
Dans les quarante années qui suivent la réforme électorale de 1867, l'Angleterre achève sa transformation moderne. En politique intérieure, les anciens pai'tis, sous la pression des faits, brisent leurs cadres historiques et adoptent, en face des problèmes économiques et sociaux, l'attitude qu'ils conservent encore aujourd'iiui. — En politique extérieure, la croissance d'empires établis sur (le vastes plans contraint l'Angleterre à délaisser l'évangile pacifique des IManchestériens pour des fornndes de conquête ou d'expansion qui expriment sa volonté de vivre en maintenant sa place dans la concurrence mondiale. Le moment décisif est marqué par la dernière réforme électorale (IS85) qui, appelant les masses rurales an droit de suffi-age, jette dans les batailles de la politique impériale deux forces nouvelles, le socialisme et l'unionisme.
l. — La politique libérale-radicale.
Deux hommes ont résumé jusipi'à ISS.'S la politique des partis anglais : Disraeli et (iladstonc.
Itenjainiii Uisi'uëlî, chef incontesté après la retraite de lord Derby du nouveau i)arti conservateur, n'a dû qu'à sa ténacité de
s'imposer aux familles aristocratiques qui en constituaient jusquelà l'armature. Né Israélite (21 décembre 1804), d'une famille chassée d'Espagne au XVI» siècle et acclimatée depuis soixante ans à peine en Angleterre, il ne possédait qu'un modeste revenu d'homme de lettres et, malgré ses pz'étentions à l'élégance raffinée, manquait de ce prestige que confère le passage aux Universités. Instruit seul, ayant visité la France, l'Italie et l'Allemagne, il publiait, à vingt-deux ans, son premier roman, Vivian (rrey, satire de la haute société; puis il voyageait trois années I829-183"2) en Orient, en Egypte, en Espagne, à Venise et à Ronjo- An retour, il publiait encore trois romans et un poème, essayait d'entreraux Communes comme conservateur indépendant, y échouait trois fois (1833-1835).
Pour se venger, il critiquait le ministère Melbourne dans une série de lettres anonymes à la façon du Jiiniiis de 1769. Enfin, il fut élu à Maidstone (juillet 1837) comme adversaire de la loi des pauvres, défenseur des droits égaux des deux Chambres, de l'Église établie et de l'agriculture. A son premier discours (7 décembre), la brigade irlandaise d'O'Connell lempêcha de parler: « Je m'arrête pour aujourd'hui, déclarat-il, mais le temps viendra où vous m'écoutercz .d Jamais personne ne fut plus injurié sur les huslings (1) et dans les journaux: (( Aventurier, renégat, girouette, fourbe, hâbleur, romancier saugrenu, charlatan, magicien Israélite, saltinibancpie » ; ('pithètes courantes dans la bouche de ses adversaires et parfois de ses amis. Hostile au développement de l'instruction primaire, il excusa la pétition des Chartistes sur les souffrances imposées aux ouvriers par la classe moyenne et se rangea du côté de Peel avec quelques aristocrates qui rêvaient, âmes généreuses, de réconcilier noblesse et prolétariat, de soulager la misère par une charité active et
Benjamin Disraeli
{\) Eslrados électorales d'où parlent les catidiUali,
■2H\ r.iiAPiTni' IX
par la li'^gislatioii. Idées de la joiiiie Aiiglelcrro, qui (''pouvanlaient iMU'orc (jiu^lques <;hefs do graïuics t'aïuilles. Disraeli les exposa dans trois loiuans : Coningsbi/, Si/bil (le plus lu) et Tancrecl.
Pourlant, ayant soutenu Peel quand il dégrevait les impôts et diminuait les taxes douanières, allant jusqu'à souhaiter un traité de commerce avec la France, il rompit avec lui sur la question d'Irlande (1), sur les affaires d'Orient et sur l'abolition des Corn-la \vs (4843-1846). Leader du parti conservateur en iSil après lord George Rentinck (des Acls venaient d'effacer les incapacités civiles des israélites) ["1), il devenait chancelier de rEchicpiier dans le ministère Deri)y (18r)2), mais tombait pour avoir i)résenté un budget qui sui)primait le droit sur le thé et augmentait Vincome-tax sur la propriété bAtie. Contre Palmerston, chef tory d'un ministère presque radical (1856), il réclamait les améliorations sociales, protestait (4857) contre le traitement inlligé aux Hindous dont n'avaient été respectés ui le sentiment national, ni le sentiment religieux. (( Ou n'agit sur l'opinion des nations orientales que par l'imagination. » Ainsi, vingt ans à l'avance, annonçait-il l'empire de l'Inde. Revenu au pouvoir (1858, deuxième ministère Derljy), il proposait une réforme électorale très large, mais qui maintenait l'ascendant des propriétaires fonciers sur la masse électorale des paysans. Une coalition palmerstonienne le renversa ; c'est pourtant lui qui, ministre pour la troisième fois, rompait le charme des quatre bills retirés ou rejetés, et, assurant la réforme, tirait la conclusion de cette longue lutte : « J'ai assisté dans le cours de ma vie à la fin de bien des monopoles; nous venons de voir finir le monopole du libéralisme ... Le parti tory a repris dans le gouvernement du jiays sa fonction naturelli' qui est d'être l'expression du sentiment national. » Rattu aux élections de 1869, il s'empressait de fonder des cercles d'ouvriers conservateurs ; avertissement pour son successeur Gladstone, qui ne l'avait renversé que par une alliance (jugée alors dangereuse et paradoxale) avec les radicaux, ces révolutionnaires, et avec les Irlandais, ces étrangers.
Gladstone. — Pourtant Gladstone était un pur Anglais, fils d'un ami de Canning, John Gladstone, un des princes du commerce de Liverpool, et iléputé canningite jusqu'à 18'27. Par lui William Ewart, dès l'âge de douze ans, fut dressé à discuter des questions politiques ^18"2l); à Eton, puis à Christ Church Collège d'Oxford, il
(1) Il lui repiochail à la fois la répression aiiti-nationalisle el la subvention au collège catholique de Maynooth.
(2) Ils les autorisaient à acquérir et reconnaissaient leur? niaria>;i's pour légitinu's
LANGLETERRE DEMOCRATIQUE
se montra brillant « scholar », chargé d'honneurs universitaires et d'utiles amitiés tories. En sortant, il fut député de Newark, à vingttrois ans (décembre 183':2), parce que le duc de Newcastle l'avait désigné aux électeurs. Encore en 4859 il devait défendre contre les audaces réformatrices de Disraeli les petits bourgs électoraux : (i Si l'on ne peut entrer au Parlement que par les suffrages d'une grande masse d'électeurs, la conséquence sera d'établir un niveau
WlLLIAM-EwART GlADSTOME
de médiocrité funeste à l'honneur et à la force de cette Chamlii-e, mais destiné, qui plus est, à devenir en détinitive fatal aux libertés de la nation ■>. Dès 1835, Peel, le nommant lord junior delà Trésorerie et sous-secrétaire d'État aux Colonies, décidait de sa vocation financière. En 1842, président du Board of Trade, il opérait la i-éforme des taxes douanières, grâce à une maîtrise du sujet qu'il était à peu près seul à posséder aux Communes ; en 18-45, il passait au secrétariat d'État des Colonies. Déjà il n'était plus entièrement d'accord avec ses premiers patrons aristocrates ; en 1847, Nevi^ark ne l'aurait pas réélu, mais il fut député de l'Université d'Oxford, siégea parmi les « Peelites » adversaires des anciens tories, appuya la suppression de l'Acte de navigation. C'est alors que
2IS OHAPITKE IX
cuimiiciira la rivalité aviu- DisnuUi, rciuiiie lalulo par IV'galitc «1rs ambitions el l'opposition dos caractères : Disraeli, plus courtois, Gladstone àprc à discider et tendu vers la donn'iiation. C'est lui «[ui renversa Disi-aeli en IH.'iâ et qui devint à sa place chancelier de l'Kchifiuier dans le ministère Aberdeen {ISSH). Sa rupture avec les conservateurs était accom{)lie, malgré les paroles anciennes et les livres publiés (car il y a toujours eu deux hommes en Gladstone : un homme prati(|ue et d'affaires, et un scholdf un peu théologien, capable d'écrire, en 4858, trois volumes sur Homère, pas toujours justes de ton, mais pleins d'enthousiasme pour les lettres classiques). Comme il avait déclaré en 1838 clans une élude sur les liapporls de l'Église et de VElal que l'anglicanisme était indispensable à l'État anglais pour convertir l'Irlande à la vérité religieuse, en suite de quoi il condiattait la dotation de Maynootli et refusait des aumôniers catholiques aux régimeids irlandais de l'Inde, il s'apercevait bientôt qu'il était (( le dernier homme sur un navire en train de couler », et se retournait prestement pour combattre en 1851 le bill Russell contre les titres ecclésiastiques romains, dénonçait de Naples, dans ses lettres à Aberdeen, les violences du roi « Bomba )> contre les libéraux et, ministre avec Palmerston, refusait d'accepter l'enquête sur l'armée de Crimée. 11 redevenait chancelier de l'Échiquier dans le dernier cabinet Palmersto« (1859-1865) ; coidraint de maintenir l'income-tax dont il avait autrefois prédit la fin pour 1860, il diminuait du moins, en pleine crise du coton américain, l'impôt sur les petits revenus (1863). A la mort de Palmerston, il fut /eader des Communes et amorça sérieusement la réforme électorale que d'autres allaient réaliser. « Je ne crains pas d'affirmer, disait-il, que tout honune qui n'est pas présumé incapable en raison d'un danger social ou d'une indignité personnelle, a moralement le droit de coopérer au jeu de la constitution. » Cette formule (qui lui coûta en 1865 sou siège de député d'Oxford, mais lui en valut un autre dans le Lancashire, puis en 1868 à Greenwich) n'était déjà plus celle de 1867; elle annonçait des solutions i»lus radicales.
L'œuvre du proniier ministère Gliidstone. — Gladstone, qui forma le ministère (décembre 1868) avec Forster, Bright, lord Clarendon, le duc d'Argyll, etc., disposait d'une majorité libérale de 115 voix.
1) Forster, vice-président du Conseil d'Éducation, en i)rofita pour accomplir la rétoTine longtemps attendue de l'enseignement primaire. Depuis 1858, l'État distribuait des subventions {yranls aux écoles (dépendant en général dos Églises) au prorata du nombre
de leurs élèves ; de 1833 à 1870, un milliard fut ainsi distribué. Pourtant 1.500. 000 enfants restaient encore privés d'écoles. Une (( Education league » à Birmingham (dans laquelle Chamberlain se fit connaître) réclamait alors l'enseignement primaire gratuit, obligatoire et séculier; une « National Education Union» anglicane la combattait assez vivement. De cette agitation sortit VAct Forsler do 1870. Il établissait aux frais des contribuables des écoles publiques réparties en districts scolaires; dans chacun, un School Boavd élu pourra imposer des taxes pour la construction de ses écoles» sans qu'il soit question d'obligation. Chacun courra sa chance; les subventions d'État iront soit aux Board's schools, imposées là où les écoles confessionnelles s'avèrent insuffisantes, soit aux écoles libres qui, pour les neuf dixièmes, relèvent de l'Église étal)lie(i). h?(clmise Cowper-Temple prévoit « qu'aucun catéchisme ou formulaire religieux, distinctif d'une dénomination particulière, ne sera enseigné » ; seule la Bible sera lue par l'instituteur. En 1880, les School Boards furent invités à rendre l'enseignement vraiment obligatoire dans leur district.
"2) En matière de finances, le Chancelier de l'Éclurjuier, Robert Lowe, supprima 3 millions sterling d'impôts indirects qu'il récupéra, au grand mécontentement des classes moyennes, par une forte augmentation de l'income-tax. Nouvelle augmentation quand la reine, malgré un vote hostile des Lords, accorda au ministre de la Guerre, Cardwell, le moyen de racheter tous les grades des officiers de l'armée. 11 en coûta 8 millions sterling.
3) En matière politique, Gladstone libéra 4e suffrage des ouvriers par l'établissement du scrulin aecrel aux élections législatives. Le Ballot acl {\HV2), qu'avaient réclamé radicaux et chartistes, obligea les corps municipaux à mettre à la disposition des électeurs des bulletins uniformes sur lesquels ils marquaient leurs candidats. Dans un pays où les lords de la terre et de l'Église avaient conservé, où les lords de l'industrie venaient d'acquérir un si grand prestige social, la réforme était capitale qui soustrayait les électeurs à leur inHueiice directe.
ii En matière sociale, le point de départ des améliorations est la gi-ande enquête menée de 1861 à 1866 sur les revendications des Trade Unions. Elle avait révélé les misères et les cruautés subies dans une foule de petits ateliers; le Workshop Regulalion Acl de 1867 y porta remède. En 1868, le premier Congrès des syndicats prit
(Il Aussi les dissidents reprochèrent-ils à Forsler d'a\oir conféré à ces écoles une sorte de ciractère officiel.
figure de parlement, tandis (juo leurs serriHaires renforçaient aux Communes l'aile gauche du |taiii radical. Cette aristocratie du travail, toriuéo d'ouvriers qualiliés (skilled), non d'aides el de manoMivres, prélendailètreadmiseàen régler les conditions par discussions l)acili(pies et directes avec les employeurs. De lait, ai)r6s lenquète qui précisa le rôle des Trade Unions dans les grèves de Manchester et de Shet'lield,la loi de ISIJ les reconnut comme personnes civiles, capables de posséder des caisses (d'assurances sur la vie, de chômage, de retraites pour les vieillards et les invalides), de se laii-e représenter en justice, de recevoir des legs, etc. Kn consc'cjuence, presque tous les patrons et l'Etat acceptèrent de discuter avec les Unions des contrats collectifs de travail (1870-487?)). Cependant la loi nouvelle, rappelant les Acts contre les coalitions, punissait, en cas de conllit, les violences, intimidations, menaces, mais sans beaucoup de précision. Aussi la (( Junte »> se transforma-t-elle en un n Comité parlementaire » qui, de 1871 à 1875, s'employa à faire abroger toutes les restrictions encore maintenues à l'action des syndicats.
5) En 1SH9-1870, Gladstone essayait aussi de donner une solution provisoire a la question d'Irlande.
La question cl'Jrlande de I84Î) à 1874. — Aux yeux de Ciladstone, la question d'Irlande était pour l'Angleterre une plaie qu'il fallait guérir autrement que par des mesures de répression, comme la suppression de V Uabeas Corpus obtenue par lord Russell en 18()(i : « Je prie de considérer, disait-il, (jue la liberté est une bonne chose, non seulement à cause de ses fruits, mais en ellemême ». A ce moment, l'Irlande était secouée par les entreprises des Feriians. association fondée aux États-l'nis par un réfugié de 184S, John O'Mahoney. La Convention u fenian » de Chicago (Ho décembre '18()3) prépara une descente armée en Irlande, soutenue par une caisse militaire de o millions; en attendant, elle essaya denvahir le Canada (1866). Des Fenians attaquèrent ensuite la ville de Chester (d867), puis plusieurs postes de police d'Irlande, sans autre résultat que lie se faire tuer ou emprisonner. Alors s'organisèrent des coups de main pour délivrer les détenus, pour faire sauter les prisons à Londres môme (décembre 1867). Cependant, lorsque le député irlandais Maguire, tout en condamnant le fenianisme, appela l'attention des Communes sur les soutïrances de son pays et sur la situation paradoxale qu'y conservait l'I-lglise établie (mars 1868), Gladstone se ti'ouva d'accord avec Bright pour déclarer : «> L'Eglise d'Irlande, comme Eglise d'Etat, doit cesser d'exister n ; et, malgré Disraeli et
le vieux parti protestant, il fit adopter sa formule (1). Le recours aux électeurs lui donna raison (186S). Ministre, il entreprit aussitôt trois réformes. — Le 1" mars 1869, il proposa d'enlever à l'Église établie en Irlande son caractère officiel [diseslablishmenl] : l'Église perdait ses biens au profit du clergé catholique dans les paroisses de population catholique, et, dans les paroisses presbytériennes de l'Ulster, au profit du clergé presbytérien. Elle perdait ses dîmes, mais moyennant indemnité, et elle conservait ses bâtiments. Deux (M)nséquences immédiates : la formidable puissance fiscale de la Haute-Église, (( source de souffrances pour l'Irlande et de déshonneur pour l'Angleterre », cessa d'accabler les paysans catholiques; et surtout allaient dis{)araître les antiques haines religieuses, sans objet désormais entre gens placés dans les mêmes conditions civiles et politiques ('i).
L'Act foncier essaya de régler les rapports entre les landlords et les tenanciers. C'étaient, depuis les grandes confiscations protestantes, des rapports de dépossédé accroché à son sol à usurpateur de ce même sol. La famine du milieu du siècle, l'élévation arbitraire des fermages, l'abaissement des salaires des joui'naliers, rendaient cette situation plus aiguë. Si, en 1849, les libéraux avaient créé des tribunaux pour faciliter la liquidation de leurs biens aux landlords obérés (il en fut vendu pour 600 millions), ils n'avaient rien voulu faire pour donner une base légale à la situation du tenancier. Quand les tenanciers des trois comtés catholiques, désarmés pour exiger du bon plaisir (good ivill) du landlord l'indemnité d'amélioration à la terre que les fermiers protestants de l'Ulster obtenaient toujours à l'expiration de leur bail, demandaient à bénéficier de la (( coutume de l'Ulster d, Palmerston répliquait : « Le droit du tenancier, ce serait la spoliation du propriétaire d. VAct de 1870 étendit pourtant à l'Irlande entière la coutume de l'Ulster, qu'il considéra comme un « droit » du tenancier 'lenani riijhl) ; l'indemnité pour toute amélioration à la terre ou pour renvoi sans motif (" trouble de jouissance ») sera fixée par une cour arbitrale et payée, soit par le nouveau tenancier, soit par le landlord. Seulement, la querelle entre ces deux propriétaires inégaux n'en fut pas apaisée. — Quaiul, en 1873, Forster présenta un bill pour réorganiser l'enseignement en Irlande et fondre les Universités confessionnelles rivales en un seul établissement neutre ouvert à tous, la coalition des protestants
(1) Par 330 voix contre 2fiD.
(2) Le chef irlandais de 1S80 sera un proleslant. l'arnell.
CIIAPIXnR IX
H des catholiques (ces derniers exclus j.isque-là par la m'.cessit(^ du scnnont universitaire), menée dans l'occasion par Disra/'li reie a « la poiili(,uc (le cnliscalion n par trois voix de majorité. '
l.e (loinicr ininisi^n- IMsi;u"li ( l«7/i-l8»0) - \„ vrai ce n'éta.l .p.une occasio.,, ,«1 Disraeli avait d'autres i-riefs • c'était '•'. cùte de ses hardiesses rélormatrices, la timidité ,1e (ila.lstone dans les anaires continentales. I/Anglelerre, alarmée par Bismarck à propos (les prétendues convoitises de Napoléon 111 sur Anvers avait laissé écraser la France, et voici qu'une Allemagne se dressait en Europe, autrement inquiétante que la France de << Tentente cordiale .). Puis, la Conféren(;e de Londres avait dû. rendant inutile le sacntice de Balaklava, rompre, au bénéfice de la Russie l'équilibre dans la mer Noire. - C'était aussi l'agitation rurale entachée de socialisme mysticpie dirigée par Joseph Arch ; c'était surtout la tormation d'un groupe républicain au Parlement Sir Charles Dilke, député radical, venait do déposer une motion pour supprimer les dépenses de la Couronne. - Fnlin, malgré les réformes Isaac Rutt réveillait en Irlande le parti de la séparation législativ(^ et administrative, et entrait à la Chambre pour la revendiquer Ainsi seffritait la majorité de Gladstone. Brusquement (janvier 1874), il fit dissoudre les Communes. Aux élections, 350 conservateurs y rentraient avec Disraeli.
Assuré de cent voix de majorité, de l'appui de l'opinion (!<> la confiance de la reine, Disraeli put appliquer, six années durant, les formules du torysme démocratique et de limpérialisme II commença par liquider les réformes sociales et adminisîralives léguées i)ar Gladstone. La série des (( Acts sur les usines » (1874- 1878) assura la protection du droit syndical complet : interdiction du travail pour les enfants à l'usine avant dix ans (187'*) (1) ; fixation à 56 heures et demie par semaine du travail des enfants et des femmes dans les manufactures (les Trade Unions proposaient 54 heures, 187.^) ; autorisation pour les municipalit(% de construire des logements ouvriers (loi sur la santé publique. Public Heallh Act, 1875). Ce code du Iravail, qui parut complet vers 1880, détermina deux mouvements. Chez les ouvriers d'abord, une tendance parfois victorieuse à arracher aux patrons des améliorations nouvelles. Ainsi les mécaniciens, organisés en société depuis 1851, après une grève de cinq mois dirigée parla « Ligue des neuf heures » de John BurnetI, obtinrent la semaine de 54 heures ; les constructeurs de
(1) Encore devronl-ils tiv(|iienlor IV-colo jiis(|iià .|iialoivv uns.
navires de la Clyde la semaine de 51 heures; d'autres (charpentiers, marons, plombiers), la journée de neuf heures. En revanche, les patrons ne voulurent pas rester isolés en face de leurs ouvriers syndiqués ; ils formèrent (1874) non pas des unions locales ou de métiers, mais une imion générale, sorte de Trades Union du patronat, la Fédération nalionale des Associations patronales .
Les applications de l'impérialisme. — Par réaction contre la politique i)aciliquc de Gladstone, Disraeli affirma partout la volonté de l'Angleterre de ne laisser régler sans elle aucune question internationale et d'opposer aux ambitions continentales la fédération de toutes les terres de « l'Empire ». (loutre l'évangile manchestérien de paix, économies et réformes {peace, retrenchment and reforni), la vigueur britannique avait déjà réagi, d'accord avec Carlyle, qui exaltait le droit de la race anglo-saxonne à répandre, dans des sociétés coloniales de même sang, sa civilisation et ses marchandises, et avec Kingsley, prédicateur d'un christianisme musculaire, sportif et militaire.
Le diirbar de Delhi s'attestait comme un coup de prestige à l'orientale (1877). La guerre d'Afghanistan fut entreprise pour dépasser les K limites de prison » de l'Inde du Nord-Ouest, et pour atteindre les passes qui mènent aux plaines d'Asie centrale, « les frontières scientifiques )). En 1863, les Anglais avaient poussé Dost-Mohammed, émir de Kaboul, leur allié, à s'emparer de Hérat. 11 disparaissait bientôt, et son successeur Shere-Ali, sorti en 18(i8 de longues guerres de succession, peut-être encouragé par les Russes, refusait de recevoir le major Cavagnari en qualité de résident britannique (septembre 1878). Aussitôt, trois corps (généraux Brown, Stewart et Roberts) occupèrent les passes afghanes et chassèrent Shere-Ali qui s'enfuit à Balkh chez les Russes (décembre). A sa place, Yakoub-Khan, son fils, traita [traité de Gandaniak) : il reçut un résident anglais qui contrôla sa politique extérieure et lui transmit les instructions du vice-roi de l'Inde, lord Lytton. Mais il fallut l'année suivante recommencer à combattre, après une mutinerie de soldats afghans ipû massacrèrent le résident anglais. Le général Roberts avait trop (»eu d'hommes pour imposer la paix. 11 se saisit seulement de Yakoub, qu'il envoya prisonnier à Péchawer (1879). Bientôt, il se repliait sur Kaboul, essayait de traiter avec Abderrhaman-Khan. Le soulèvement d'un prétendant à Hérat remit tout en question : Ayoub- Khan écrasa devant Kandahar une partie des troupes du général Barrow et bloqua le reste dans la ville (juillet 1880). En septembre, Roberts la délivrait, battait Ayoul»-Khan (22 septembre 1881), le
224 tllAPITHE 1>:
roi\-ail à liiir en Pors(^ et rélahlissiiit, avec Ahticri'liaiiiaii, la snpivniafic brilaimique. Los chi-iiiins de fer, de Chikaipoiu- sur la lii^iie tlf riiKlus vers Guetta et Kaiidaliar, leraient le i-este.
Ailleurs, riùii[)ire s'augmciitail par l'occupation de territoircis vacants: en Océanie, l'archipel Fidji (1874); en Afrique du Sud, le Transvaal (1877) et le Zoulotdand (187!)). — La conquête essentielle l'ut celle de Chypre. Dès le début des révoltes balkaniciues (1^<7')!, Disraeli avait pris pai'ti pour le Sultan, qu'il voulait maintenir comme pouvoir européen. Il ne s'émut que peu des alrocilés de HiiUjiirie (jue Gladstone, sorti de sa retraite (il avait abandonné à lord Hartington la direction du parti libéral) dénonijait à l'indignation publique. Sans doute, il se prêterait à faciliter la constitution d'Étals chrétiens dans les Balkans, à la condition que le sultan gardât sur eux des droits de suzerain, et surtout que, sous prétexte de « |)anslavisme », la Hussie n'allât i)as dicter la loi dans Otnstantinople. Il le lit comprendre au comte Schouvalov avant la guerre turco-russe; mais privé de l'appui fran(;ais pour recommencer en Orient la politique de ISoi, il dut se contenter, lorsque les Russes campèrent dans Andrino])le, d'expédier la Hotte anglaise aux Dardanelles. Après quoi, avec son ministre des Affaires étrangères, lord Salisbury, il s'en alla au Congrès de Berlin (juin 1878). Dans l'intervalle, ayant promis de faire restituer à l'Empire ottoman les provinces d'Europe que San Stefano lui avait enlevées, il avait touché le courtage : Chypre, cédée par Abdul-Hamid. Désormais, par Gibraltar, Malte et Chypre, les Anglais tenaient la Méditerranée, surveillaient la descente russe vers Alexandrette, stationnaient à portée du canal de Suez et, assurés de la route maritime de l'Inde, demeuraient libres d'en levenir à l'ancien j>rojet de Chesney : une voie ferrée d'Alexaudrette à Karatchi, par Biredjik sur l'Euphrate et les villes du golfe Persique. Rien n'était plus capable de satisfaire l'orgueil anglais. Lord Beaconsfield (il avait en 1876 reçu la pairie sous le titre déjà conféré à sa femme en 4869) avait réconcilié, à la faveur d'une lutte sans péril contre la Russie, le peuple anglais, patriote et chauvin, avec les pratiques et le personnel du gouvernement conservateur. Le résultat, d'extrême importance, s'imposa même aux successeurs radicaux ; et toute la politique anglaise en fut transformée.
La crise écoiioiiii<|ne et la chute de lieaconsfiehl
( I87ÎJ- !}{}{(►). — La popularité acquise par lord Beaconsfield ne survécut pas longtenq>s au Congrès de Berlin. Les expéditions coloniales coûtent cher au premier moment et rapportent peu.
L ANGLETERRE DEMOCRATIQUE 2l'5
Entreprises avec l'idée que le commerce suit le drapeau (Trade follows the llag), elles s'accompagnaient d'une crise intérieure provoquée par l'éclipsé des conditions qui favorisaient depuis I80O l'essor économique de la Grande-Bretagne.
Crise agraire : à mesure que les transports devenaient plus rapides sur terre et sur mer, les blés étrangers, surtout américains, venaient faire concurrence aux céréales indigènes. Puis c'était l'invasion des produits de Normandie, de Danemark et de Hollande, tandis que la campagne anglaise se voyait ruinée par les mauvaises récoltes de 1875 à 4879. — Crise industrielle commençante : alors que la fortune des lords du coton, de la houille et de l'acier (Ressemer et Siemens) avait établi sans conteste la suprématie financière et politique de l'Angleterre, voici que les États-Unis, une fois reconstruite leur « Union » (1870), forts de leurs ressources, supérieures à celles de l'Angleterre, en minerais, machines, main-d'œuvre, attaquaient cette sorte de monopole commercial dans le Nouveau-Monde, puis dans les colonies britanniques, puis en Europe continentale, bientôt en Angleterre même. Alors, comme les patrons avaient imposé le système de V échelle mobile des salaires, en vertu duquel les salaires doivent correspondre aux fluctuations des bénéfices industriels, les ouvriers subirent à partir de 1874 de très notables réductions, d'abord les mineurs et métallurgistes (jusqu'à 1 franc 25 par jour), puis les tisserands (1876), puis les charpentiers et les maçons (1877j. Grèves colossales et lock-out déterminèrent en 4878-79 une déroute générale du travail anglais, accrue par la faillite de banques et par la dislocation des Trade Unions qui avaient exercé jusque-là une action modératrice. Des caisses d'assurances ouvrières furent ruinées par un chômage de trois années (487.J-4878) qui atteignit presque la moitié des travailleurs. L'Association nationale des patrons essaya d'en profiter pour abolir la journée de neuf heures.
Ainsi s'explique le succès des campagnes de Gladstone contre Beaconsfield. En Ecosse, il l'accusait de trahir les intérêts de la chrétienté et de l'humanité au profit du Sultan ; en Angleterre, il le montrait incapable de résoudre la question agraire et ouvrière et de dénouer la révolution d'Irlande. Après la dissolution du Parlement (49 mars 1880), il déclarait aux électeurs du Mid-Lothian (Ecosse) que Beaconsfield avait compromis le pacte fondamental des trois Royaumes en refusant au plus misérable des trois l'égalité et la liberté. La <( campagne du Mid-Lothian » dura un mois à raison de douze heures de discoui-s par jour (Gladstone avait 71 ans) ; le premier ministre y était fort malmené, ainsi que ses alliés ttin-s, menacés d'être mis hors l'Europe, et que les Auli-ichiens,
FEYEL. H. 8
soiumt^s par une formule brutale (Hands offi), de lâcher la Bosnieller/éu:ovine (mais hii-iiuMne devait mettre la main sur l'Egypte), l'allé assura le succt'S de l'oiiposilioii : "29!) libéi'aux lureid élus eonlre :241 conservateurs et (iO Ij-laiidais. Beaconsfjeld quitta le pouvoir. Sa carrière politique était terminée ; celle du conservatisme démocratique, qu'il avait imaginé, ne l'était pas(l).
Gla(l8tono et le IIouh' Rule (1880-l«ao). — A vrai dire, la majorilé libérale se comi>osait, pour une bonne part, de radicaux, (iladstone, premier ministre en dépit des répugnances de la reine, fit entrer dans le ministère, avec les leaders libéraux, les lords Granville (au Foreign Office) et Hartington (à l'Office de l'Inde), les chefs radicaux : John Bright, Forster (secrétaire en chef pour l'Irlande^, Joseph Chamberlain (président du Board of Trade) et sir Charles Dilke, ami de Oambelta (sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères) S'il avait quelques velléités de changer le système de politique étrangère, par un rapprochement avec la France et la Russie, les événements les firent avorter. Aucune action ne fut entreprise dans la péninsule des Balkans, sauf pour soutenir les Grecs dans leur revendication de la Thessalie 1881). La politique intérieure suffît pour absorber l'attention.
1) La Ligue agraire d'Irlande et Parnell ~ Le Land Act de 1870 n'avait pas rendu la paix à l'Irlande ; si l'exploitation anglicane avait disparu, le landlordisme subsistait. La loi, qui autorisait le paysan à acheter des terres, le laissait désarmé devant une nuée d'intermédiaires, spéculateurs et usuriers; le paysan achetait trop cher et se ruinait. Le parti irlandais proposait bien un remède ; son nouveau chef, Isaac Butt, protestant et ancien conservateur, excellent avocat et manœuvrier parlementaire, mais peu obéi parce que perdu de dettes et parce que des députés Irlandais ne sont pas faciles à mener, montra que la conclusion logique du Land Act était de constituer, au bénéfice du tenancier, un vrai titre de propriété : A-ï"'^y of lenui-e (qui empêcherait de congédier le fermier), /"(//> renl (fermage modéré fixé une fois pour toutes), free sale (droit de céder la tenure à prix d'argent). Mais Disraeli repoussa obstinément ces projets jusqu'à la mort de Butt (1879). C'est alors que fut fondée la Lii/ue
(i) Beaconsfield mourut le 19 avril 1S81. Les clubs conservateurs ont foudé (octobre 18S3) une ligue politique nombreuse et riche, où les femmes sont ailniises et qui enrégimente les troupes du parti. C'est la Prinirose Lcagiie (ligue de la Primevère), ainsi nommée non à couse d'une prélV-rence du nable lord, mais parce que, à ses funérailles, l'inscription mise sur la couronne de primevères envoyée par la reine : Ilis favourite llowcr (ffi.s, c'était le prince .\lbert), a fait croire î» celle préférence.
agraire, par Michel Davitt, fils d'un fermier expulsé avec ses trois enfants pour non paiement du terme pendant la grande famine de 1846. Instruit seul après avoir eu le bras droit coupé dans un moulin, commis de librairie, employé des postes, il prit part à l'insurrection de î86o et passa sept ans en prison, où il subit diverses tortures. A la sortie (1877), il rencontra Parnell et le persuada que la question d'Irlande était avant tout sociale et agraire. En Irlande, en effet, la terre constitue la seule fortune possible. Pas de richesse mobilière (l'argent versé aux landlords est dépensé en Angleterre) ; pas d'industrie, pas de commerce extérieur (l'Acte de navigation ne s'appliquait pas à l'Irlande). De cette terre doivent vivre, outre le cultivateur et le propriétaire, le collecteur de fermages et le créancier hypothécaire introduit par les gaspillages des ancêtres, aux temps du prince-régent et de Waterloo. Tout cela coûte 900 millions, sur lesquels. SOO à payer aulandlord représentent le rendement maximum des pommes de terre. En 1879, la récolte tombe à rien : de là, gène au château et misère à la ferme, éviction du fermier.
Or, l'Irlandais se croit plus qu'un fermier ordinaire, regarde le landlord comme un seigneur à qui 11 paie une prime ou redevance pour sa tenure, non un loyer. Car il doit fournir semailles, plantations, cheptel, bâtiments d'exploitation, sans que son « droit de tenant » soit reconnu ; dès lors, l'intérêt lui échappe d'améliorer sa terre et presque de la travailler. Et le landlord rêve d'une Irlande sans Irlandais, entièrement en pâturages. Davitt fonda sa ligue, non secrète, ni d'essence révolutionnaire. Sans revendiquer avec violence les terres « usurpées », il pose le principe que la terre doit appartenir à celui qui la cultive ; la propriété sera donc rachetée et transférée légalement aux paysans par des transitions graduées. Mais Davitt, excellent pour organiser des comités et provoquer des adhésions, ne possédait pas le prestige d'un chef. Le chef, ce fut Parnell.
Charles Stewart Parnell, né en 1846, était fds d'un prolestant anglais et d'une Américaine; son éducation toute anglaise se termina par une année de Cambridge, vide de culture littéraire, occupée de mathématiques et de mécanique. A vingt ans, lieutenant de milice de son comté et gentilhomme campagnard, il s'intéressait aux ressources minières, à l'amélioration de la terre d'Irlande, non à son histoire. Cependant l'Irlande de 1870 lui ai)paraissait comme une morte, les fenians comme des martyrs, la députation parlementaire sans lumière, ni courage, ni cohésion, ni argent. En 1875, renonçant aux fonctions de sheriff, il se fit élire député de xMeath. Au milieu des nationalistes méprisés comme Biggar, marchand de
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constTVL's (le IJoH'asl, inventeur de Vohslruclionnisme, ou le major O'Gorman, il Unit par se taire écouter. Non qu'il tut éloquent; tiinideà senlirsa gorge se serrer quand il se levait à sa place, il avouait ([u'il détestait parler. Mais il était un genlleman. petit-neveu d'un l)air, dépourvu de cet accent irlandais dont les Anglais se moquent, d'extérieur froid et hautain. <> Ouand il parlait des souffrances de l'Irlande, il ressemblait à un professeur qui fait une démonstration ». Tout de suite il avait pris position en parlant contre l'annexion du Transvaal. << Je viens d'un pays qui a éprouvé dans toute son étendue les inconvénients de l'ingérence anglaise dans ses affaires intérieures, les conséquences de la cruauté et de la tyrannie des Anglais ! » Ce gentleman adhéra, après mûre réllexion, à la Ligue agraire, organisa une agitation contre les fermages, déploya une activité « diabolique » à exposer le programme des trois F, fut élu par trois collèges en 18H0. Aussitôt, ol députés irlandais le i>reiiaicnt pour leader: Gray, journaliste, Sexton. excellent f/^'ôa/t'/-, O'Connor, Power, ancien employé, O'Kelly, défenseur de Paris en 4870, Justin Mac Carthy, historien et lettré, Daniel et Arthur Sullivan. Tous, démocrates ou hommes du peuple, partisans de l'autonomie irlandaise (home riile), soutiendront la Land leaguc en dehors des deux partis anglais.
2) Les crimes agraires. — Gladstone ne refusait pas d'émanciper la terre irlandaise ; mais, en 1880, les Lords repoussèrent le « Relief of distress bill » qui accordait aux Irlandais des secours charitables. Le désordre et l'anarchie, matés par Disraeli, reparurent. Un grand propriétaire, lord Mountmorres, fut assassiné, sans doute par des affiliés aux Invincibles ("25 septembre). Pendant deux ans, presque chaque semaine vit des crimes de ce genre (1881-188'2). Parnell avait imaginé autre chose: mettre en quarantaine quiconque prendrait la place d'un fermier expulsé, s'abstenir de toute affaire avec lui. Le premier fut le capitaine Boycott, un middleman, soi'te de u fermier général » qui louait en détail à des sous-fermiers ou embauchait des journaliers. Abandonné de tous, affamé, il dut quitter l'île, protégé par la police. Le boycollage devint d'une pratique généi'ale.
Pour l'arrêter, le gouvernement décida deux mesures: donner satisfaction à la Land league, mais d'abord poursuivre les ligueurs pour tout attentat contre les biens elles personnes. — La loi Forster y pourvut : toute policière, elle attribuait pour un an au gouvernement le droit d'emprisonner les citoyens par mesure administrative. Les Irlandais tentèrent (en vertu de la liberté conq)lète de parole dont s'honorait le Parleujcnt anglais) d'en entraver la dis-
cussion par des discours interminables et répétés pour empêcher le passage au vote (1). Le speaker Brand les vainquit par un coup d'État parlementaire : il mit la clôture aux voix. Les home-rulers quittèrent la salle au vieux cri qui avait eu raison des Stuarts : « Privilège! » et il fallut, première afteinte aux traditions, voter à la hâte une procédure de clôture. Le soir même, Parnell, froidement, en démontra l'abus, proposa d'empêcher Gladstone de parler et, second coup d'État, fut expulsé de la Chambre pour le reste delà session avec les autres Irlandais qui, malgré la clôture, refusaient de passer au vote !8 février 1881). — Le Land Acl fut voté en juillet. La première partie adoptait simplement le (( programme des trois F » et faisait fixer pour quinze ans le taux du fermage par une commission spéciale ; la seconde ouvrait aux paj sans, qui voudraient acheter de la terre, un crédit au Boavd ofworks, de façon à payer un quart comptant et le surplus en trente-deux annuités. Seulement, ni la loi Forster ne rétablit l'ordre matériel, ni le Land Act ne réglala situalion de la terre. Car les paysans, qui avaientachetéles terres d'Eglise en 1869, n'achetèrent pas cellesdeslandlordsdontilsse prétendaient copropriétaires ; au surplus, les Lords avaient paralysé l'opération par un amendement qui enqièchait de tenir compte, pour déterminer la valeur moyenne du fei-mage, de quatre ou cinq années de disette. Les chefs du parti agraire décidèrent de faire échec à la loi.
Ce leur fut chose facile. Le gouvernement avait mis la main sur les opposants les plus compromis: Davitt (au lendemain d'un complot pour faire sauter Mansion Hoiise, résidence du lord-maire), Dillon, Kettle et Sexton, Parnell lui-même (13 octobre), qu'il emprisonna à Kilmainham. Six jours après, le manifeste de la Ligue proclamait: pas de fermage no rent); « 11 est aussi légal de refuser le paiement des arrérages que de les recevoir ». Il fut aussitôt obéi, alors que le gouvernement ne l'était pas; en quelques mois, 47.000 tenanciers furent " évincés » de leurs fermes pour non paiement. En môme temps, la direction passait des parlementaires aux violents: Invincibles, Moonlighlers (Hommes du clair de lune), qui arrachaient les arbres, mutilaient les bestiaux, incendiaient les granges, intimidaient et torturaient les propriétaires. Le fenianisme recommençait.
Gladstone traita avec Parnell. Le « roi sans couronne » d'Irlande exigeait pour retirer le u no rent » la libération des députés, une loi sur le fermage complétant le dernier Land Act, la répudiation de
(1^ L;i séance du 21-25 janvier dura iî lieures ; celle du 31 janvier-2 février, il heures. Sexlon y parla trois lieiires de luiil devant liuit membres, qui dormaient.
l'orstrr; (iladstcmu accepln. A la place de Forsier, il aurait voulu noninuM" (".haïuberlain ; les libéraux aristocrates s'y opposèrent. Il nomma lord Frederick Cavendish, frère de lord Hartington, qu'il chargea d'appli(iuer dans 1 île une politique de conciliation. Quatn^ heures après son débarquement à Dublin, en traversant Plnenix l'ark |>(>ur se rendre chez le vice-roi lord Spencer en plein jour, Cavendish étailpoignardéavec le sous-secrétaire Burke (6 mai 1882), Parnell, qui coulerait avec des députés, en fut comme (( assommé n ; il ne put que désavouer dans un manifeste et au Parlement. Au demeurant, il obtint gain de cause; la loi du 18 (loiil ISS'J offrit aux teuaneiers, pour liquider les dettes passées, le concours de IKtat. Le fermier paierait deux années de fermage, le gouvernement une année, et le propriétaire donnerait quittance de tout l'arriéré, quel quil fût. Compromis qui sauvait pour un temps les tenanciers obérés en leur sacrifiant les intérêts des propriétaires et des jour- Jialiers, sans créer à leur prolit cette [)ropriété qu'ils réclamaient. C'est pourqnoi l'agitation continua. Malgré les procès entamés contre les journalistes irlandais, les dissentiments qui commen- (:aient entre Parnell et les socialisants Davitt et Dillon, le parti demeurait si bien le maître qu'aux élections partielles il enleva tous les sièges. Parnell, honoré d'une souscription nationale de 9'2,T. 000 francs (décembre 1883), vrai Warwick parlementaire, faisait sentir à Gladstone qu'il tenait en main le sort du cabinet. 11 le forçait à interdire les manifestations des loges orangistes contre les meetings nationalistes, et plus tard à remplacer Trevelyan, ministre pour l'Irlande, par Campbell Bannerman. Au moment où les attentats à la dynamite visaient le Local Government Board,les gares de Londres, le bureau central de police (Scotland Yard), un club conservateur, la Tour môme et le palais de Westminster (janvier ■1885), où un Irlandais réfugié à New-York, O'Donovan Rossa, se vantait de les avoir préparés, Parnell, manœuvrant sa brigade irlandaise, {\ha.issail à quelques voix, par ses votes ou par son abstention, la majorité gladstonienne. Mais lorsque Gladstone lui fil appel pour voter la nouvelle loi électorale (dont les conservateurs refusaient le bénéticc à l'Irlande), il luiassura cent voix de majorité.
La réforiiio éloctoralo do lH8i>. — La réforme électorale, discutée en 1884 aux Communes, et que les Lords retardèrent d'un an, n'était pas un simple complément de celle de 18G7. C'était un Acte pour la représenUdion du peuple. Il étendait aux tenanciers des comtés, à la masse paysanne, le droit de vote acconié en 18(57 aux locataires des bouri'S et des villes, et au\ uièmes cojulitions : loul
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propriétaire de maison inscrite au rôle delimpot, tout locataire d'un loyer de 230 francs devenait électeur. En Irlande, les tenanciers allaient donc retrouver la situation électorale antérieure à 1829. Ce n'était pas le suffrage universel ; mais c'était le suffrage étendu à 4 millions d'électeurs. Seuls demeuraient exclus les non domiciliés en leur nom (fils de famille, gens en garni, domestiques). Le bill remaniait les circonscriptions d'après les données nouvelles de la population ; 103 bourgs inférieurs à 16.000 habitants perdaient leurs deux députés ; 37, inférieurs à SO.OUO habitants, ne conservaient qu'un député. Les sièges vacants allaient aux comtés et aux bourgs supérieurs à 16.500 habitants; 12 nouveaux étaient créés (670 en tout) pour arriver à la proportion d'un député par 50.000 habitants. Les électeurs votaient dans toutes les localités où ils possédaient une propriété.
Bien que la réforme consolidât la situation des landlords, toujours très influents sur les campagnards, les élections de janvier 1886 investirent 333 libéraux, 251 conservateurs, 8(i irlandais parnellistes. Parnell, en se portant avec la brigade, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, déplaçait la majorité. Sur les questions irlandaises, il existait aux Communes, semblait-il, une majorité de 120 voix. Gladstone (1) avait déjà accordé aux Parnellistes presque toutes leurs demandes agraires. Il se résigna à soutenir leurs demandes politiques et se déclara (8 avril 1886) partisan du Home Ride. Deux assemblées siégeraient à Dublin : une Chambre haute (23 pairs d'Irlande et 70 membres désignés par les électeurs riches) ; une Chambre des députés du second « ordre d, mais simplement pour la gestion des intérêts particuliers de l'ile. — En même temps, Gladstone proposait un Land puvchase bill qui contenait la solution, coûteuse mais logique, des difficultés agraires. La terre serait rachetée par l'État pour cause li'utilité publique; il la distribuerait aux tenanciers qui se libéreraient par des versements annuels. Les deux bills, complémentaires l'un de l'autre, étaient acceptés de Parnell, approuvés par ceux des libéraux, comme John Morley, qui voulaient associer la (( nation n irlandaise avec la (irande-Bretagne pour le partage équitable des charges et des bénéfices. Or, leur premier effet allait être de disloquer les anciens partis.
(\) Il avait été renversé le 12 juin pour avoir proposé de renouveler les mesures d'exception contre l'Irlande. Le ministère Saiislniry ne se maintint six mois que par la lolérance des liljéraux, el se retira devant Gladstone (janvier 1!S8G).