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II. — L'Unionisme

Formation <l«' la <'<»alitioii iiiiioiiistt' (lUHO). — Contre l(^s l)ills, tout ce qui était conservatcMir, proj)i'iétaire, protestant d'IilaniU', ou mêuK^ impérialiste, se trouva prêt poiu" une coalition. Le Home Rule lut rejeté aux r^ommunes par 341 voix contre 311 (7 juin). La Chambre fut dissoute, mais les électeurs (surtout ceux des campagnes) nommèrent seulement 191 libéraux et 86 honie-rulers contre 317 conservateurs et 7") libéraux (I unionistes ». (iladstono céda le pouvoir à lord Salisbury (3 août I88(i .

Salisbury, véritable liérilier de Beaconslield, n'avait pas hésité à parler sur les (( hustings » contre les candidats du Home Rule. Né en 1830, élève d'Eton et d'Oxford, il avait, sous le nom de vicomte Cranborne, siégé aux t^onimnnesà23 ans ; en 186*2, il avait demandé la reconnaissance des Etats du sud pendant la guerre de Sécession. En 1866, il lutta contre Gladstone, et fut sous-secrétaire d'État de l'Inde dans le ministère Derby ; mais il refusa de s'associer au bill de réforme de 18G7 et démissionna. Successivement, la mort de son père le faisait entrer à la Chambre des Lords (1868;, la mort de Derby l'y faisait leader du parti conservateur ; en cotte qualité, il combattit avec un acharnement égal le désétablissement de l'Eglise et le Land bill (1869-1870). Quand Disraeli reprit le pouvoir (1874), Salisbury fut ministre pour l'Inde, puis plénipotentiaire aux conférences de Constantinople (1876); mais c'est comme chef du Foreign Office qu'il siégea avec Beaconstield au Congrès de Berlin, (îrand seigneur, aristocrate intransigeant, conservateur invariable, attaché aux idées d'un protectionnisme agrarien, il n'apparut pas cependant comme un homme du passé, grAce à son adhésion à l'impérialisme colonial. Toutefois, ce serait une erreur de croire qu'il ait consenti, pour garder ses nouveaux alliés dans la coalition, à sacrifier quelqu'une de ses idées. Six années durant, il a gouverné avec un personnel strictement conservateur. Ces alliés, qu'il a fini par « assimiler », ce n'étaient pas seulement les aristocrates whigs qu'effrayaient les audaces agraires de Gladstone, c'étaient aussi les inqjérialistes de la grosse industrie métalhu'gique et textile, tisseurs du Yorkshire et du Lancashire, métallurgistes du (( pays noir », que le libre échange forçait depuis dix ans à se défendre conti-e les inq)ortations américaines, et qui, salisfaits d'inq)oser au vieux monde comme aux humanités barbares

les modèles, même démodés, de la fabrication britannique, regimliaient vers 1880 contre letfort, ingénieux et multiple, de la concurrence allemande. Ils trouvèrent leur porte-parole en Joseph Chamberlain.

Birmingham et Chamberlain sont aujourd'hui deux synonymes. De l'ait, Joë Chamberlain est né à Londres 1836), mais il est venu à Birmingham travailler à dix-huit ans, sans passer par les écoles secondaires et l'Université. Pour se former une expérience, il a visité la vSuède, la Russie, les ttats-Unis et le Canada. De l8o4 à 1873, il s'enrichit dans le commei'ce des vis et boidons et se forma à la vie publique dans la fréquentation des c debating socielies », des clubs et des bibliothèques. Maire de Birmingham (1873), qu'il avait trouvé amas de briques et de boue, grand village de 400 000 habitants, sans eau ni éclairage, il le laissa assaini, percé de larges avenues, éclairé, arrosé par des fontaines municipales, doté de bains presque gratuits ; le tout, sans endetter la ville, réalisé « pour l'instruction, la santé, la récréation,le confort ouïe plaisir du peuple ouvrier ». Député en

1876, sans parchemins historiques ou universitaires, il scandalise les conservateurs, « le vieux stui)ide parti », par sa désinvolture d'homme nouveau et par son programme radical. Car il menace tous les « frelons parasites », les Lords « qui n'ouvrent ni ne lilent et qui vissent du travail d'autrui », l'Église établie « qui mange le bien du pauvre ». Aux paysans, il promet « la vache et les quatre arpents de terre », l'abolition des lois sur la chasse, et en quatre F (Free schools, Free labour, Free land, Free Church) la liberté de l'école gratuite et la'ique, du travail, de la terre par le morcellement des lalifnndia, du culte , à tous il pi-omet le suffrage universel et le Parlement triennal, les pensions de vieillesse, limpôt progressif et la paix universelle. Mais il distingue deux sortes de radicalisme : l'un, « hurleur », occupé à poursuivre des

JostPii Chamberlain

(Né en 1830)

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k\évs impossibles, rautre, « consti'uctif », qui cherche par une légishition pratique à rendre meilleure la situation morale et matérielli' des ouvriers. Or, il est radical construetil' (« 1 am a practical uiau »), dévoué d'abord aux Ii'laudais et ami de Parnell, mais plus ami de l'oi-dre nécessaire, de l'union liisloriciue, constitutionnelle, indissoluble. Ministre du commerce et secrétaire du Local Government Board avec Gladstone, il fait votei- une loi des faillites et commencer une enquête sur la situation du commerce, travaille à résouilre la (pieslion d'Irlande, mais non au moyen du Home Unie; sur ce point, il rompt avec Gladstone pour se rajjjirocher des conservateurs. Alliance naturelle entre des f^ens qui plaçaient l'intégrité impériale au-dessus de leurs préférences politiques, et pour qui lieaconsfield avait résumé les devoirs de l'homme d'Ktat anglais en cette foi-mule : c effectuer par des moyens paciliques et constitutionnels tout ce que ferait luie révolution par des moyens violents ».

Le ^ouvc'iMioment de la coalition (I8})<î-I8î>ii).— Impérialiste et radicale, la coalition, négligeant l'Irlande (m Je ne m'inquiète guère, disait Salisbury, des paroles des gens qui sont sur leur lit de mort »), porta son attention sur deux points : la politic{ue étrangère et la réforme des pouvoirs locaux.

1) La politique étrangère. — Là, elle procura à Tamour-propre britannique des satisfactions dont (iladstone, occupé du Home Rule, tenu en échec en Afghanistan et au Transvaal, humilié par l'abandon où avait péri Gordon à Khartoum et par le recul de la frontière d'Egypte, l'avait sevré à l'excès. Flatté par Bismarck qui, tenant à la neutralité anglaise, reconnaissait par un traité la position des Anglais sur le haut Nil (1890), Salisbury laissa les AlU'mands s'installer à Constantinople et continua, contre la Russie en Asie, contre la France en Afrique, la politique d'hostilité. En Asie, il annexait la Birmanie, et plus tard le Manipour, voisin de l'Assam; il signait en 1887 un accord destiné à le maintenir en possession de l'Afghanistan et à refouler les Russes vers la Mongolie. En Afrique, il s'agissait pour lui d'empêcher la France de devenir la grande puissance maritime, commerciale et coloniale C'était peu de chicaner sur Tunis, de protester contre la création d'un port de guerre à Bizerte, de refuser pendant seize années d'abandonner dans la régence les privilèges consulaires; il lui fallait encore expulser les Français du Niger inférieur et y brimer nos explorateurs, essayer d'étouffer le Congo français, abuser de notre ignorance nationale en géographie poumons refouler au nord delà Nigei-ia.

dans les « terres un peu légères » où le coq gaulois pourrait « gratter jusqu'à user ses ergots ». Ici encore, c'était la paix armée, pleine de défiances et de rancunes.

2) Mais l'Irlande ne se laissait pas oublier. Après la chute de Gladstone, Parnell, qui répétait souvent : a Mon œuvre est de résoudre la question agraire et de rendre le sol de l'Irlande aux Irlandais », avait transformé la ligue agraire en<( National League ». La Ligue, sous l'inspiration de Dillon et d'O'Brien, imagina le plan de campagne. Il consistait pour chaque fermier à payer ce qu'il pouvait de sa (( rent » à un « Comité central de résistance », dont im agent ne versait le compte au landlord (ju'après avoir obtenu satisfaction pour les exigences des fermiers. Évincés, la Ligue les soutint, les nourrit, leur enjoignit de refuser le paiement de tout fermage, paya les frais de leur condamnation en justice. — Du moins Salîsbury et Balfour (ministre pour l'Irlande) se débarrassèrent de Parnell. Déjà h^ clergé catholique, si attaché qu'il se montrât aux intérêts du peuple et aux idées parnellistes, avait désapprouvé le boycottage, refusé en partie de souscrire au don national de 1883, atténué les conséquences du plan de campagne (1888). Le gouvernement espéra perdre Parnell en l'accusant d'avoir participé au meurtre de Phoenix Park, employa des policiers a rechercher à travers l'Europe, et sans doute à les fabriquer, des lettres du leader irlandais que publia le Times. Un policier, démasqué, se tua ; mais ce fut le dernier triomphe de Parnell. Autoritaire, il prétendait encore s'imposer comme chef après son mariage civil avec Mrs. O'Shea, divorcée d'avec son intime .ami ; le clergé l'abandonna. Les libéraux gladstoniens, dominés par les chefs du « nonconformisme », d'accord sur ce point avec l'opinion anglaise, déclarèrent qu'ils n'avaient plus rien à faire avec lui, et le firent remplacer par Mac Carthy. Parnell s'obstinait ; il en appela à l'Ir lande et à l'Amérique, mais n'osa plus affronter le scrutin, où triomphèrent en 1890 des nationalistes (( anti-parnellistes ». Il s'aperçut que les prêtres catholiques, élevés à Maynooth dans l'acceptation d'une vie pauvre, s'attestaient les guides de la démocratie irlandaise, souverains des votes, et qu'il ne pourrait se passer d'eux, u Les prêtres me tuent », disait-il. A Boulogne, il n'obtint pas d'O'Brien et de Dillon, qui revenaient de conférer avec les Irlandais d'Amérique, la réconciliation nécessaire. Ses triomphes de Dublin, Droglieda, Kells, Thurles, Greggs, ne furent plus qu'oratoires; il mourut près de Brighton ((> octobre 1891). « Donnez, ditil, mon amour à mes collègues et à l'Irlande. »

Telle était, la coupure dans la députation nationaliste quo la

iiioi-l (lu It'ader naïuonii pas l'accord entre ses (idèlos et le groupe Redmond-Healy. L'Anj^lelcrre, rassurée, traita l'Irlande en caucluMuar tpii Tcnipt'^chail de réaliser le progrès social et. politique auquel elle aspire. Livrée de nouveau à l'aïuirchie et aux batailles de rues, l'île s'obstinait à réclamer une autonomie qui, réalisée, l'aurait fait descendre, sans marine, ni finances, ni industrie, audessous de la Nouvelle-Zélande.

Dernier ministère Gladstone (1892-1894). — Les élections de juillet 189:2 aboutirent à la défaite de la coalition unioniste. Sur le pi'ogramme énoncé à Newcastle par John Morley, Gladstone obtint (avec les 80 Irlandais anti-parnellistes) une majorité de quarante voix (355 contre 315). L'enquête menée par Charles Booth (188(3-1888) avait révélé la profonde misère du peuple des grandes villes (à Londres seulement, 1.250.000 personnes mouraient à peu près de faim), et les chômeurs étaient légion. Deux grandes grèves, parmi tant d'autres, avaient secoué le monde ouvrier et le public : celle des gaziers de Londres, qui avait fait capituler les conipao-nies, celle des dockers, menée par John Burns, Ben Tillet et Tom Mann, qui paralysa pour un mois le port de Londres et ne fut terminée que par l'arbitrage du cardinal Manning et de Sydney Buxton (août-septembre 1889). De ces crises, beaucoup d'ouvriers rendaient responsables les conservateurs et applaudissaient au projet d'accorder aux travailleurs, avec la journée de huit heures (déjà obtenue par les gaziers), une réglementation générale du travail. Gladstone la promettait avec l'évacuation de l'Egypte, une politique décidée contre la Triple-Alliance, le désétablissement de l'Église dans le pays de Galles, la suppression des dîmes ecclésiastiques, l'autonomie irlandaise et la réforme de la Chambre des Lords. Sorte de laïcisation de l'Angleterre, jus(iualors instruite, dirigée, gouvernée par .ses clergymen.

Gladstone, en effet, présenta un projet de Home Rule qui prévoyait à Dublin deux Chambres constituées sur le modèle des parlements australiens, mais conservait à Westminster une représentation irlandaise de 80 députés. Pendant (juatre-vingtdeux jours, les unionistes combattirent le bill : Chamberlain nia qu'une justice quelconque fût due à « l'île sœur », associée aujourd'hui à la domination du plus grand empire de l'Univers. Aussi bien, l'autonomie obtenue, elle réclamerait l'indépendance, toute prête à s'allier avec la France contre l'ennemi de race et de religion. Le seul parti raisonnable, c'était de tenir en servitude la u bordui-e celtique » de l'Angleterre. Le bill fut cependant voté aux

Communes par 301 voix contre 267 (l"^"" septembre 1893j. Aux Lords, qui discutèrent sans passion apparente, et où l'introduisit lord Spencer, ancien vice-roi d'Irlande, le duc de Devonshire le repoussa au nom de la constitution anglaise, du pays môme, qui ne s'était pas prononcé sur ce point aux élections et qui devait être consulté au moyen d'une dissolution de la Chambre. Dans cette Assemblée, où le quorum est seulement de trois membres, il s'en trouva 419 (contre 41) pour repousser le Home Rule. Aussitôt, Gladstone remit sa démission à la reine et indiqua lord Rosebery comme chef du parti libéral ; c'était aussi le candidat de la reine, et celui de lord Salisbury.

Ses idées n'étaient plus tout à fait celles de Gladstone. Dans la discussion des Lords, il avait conclu à trois solutions possibles : le slatu quo, avec répression à outrance des crimes agraires, ou la réduction de l'Irlande au rang de colonie de la Couronne, ou lexpérience d'une indépendance administrative qui réconcilierait les hommes intelligents et modérés des deux partis. — Maintenant, il allait plus loin. Il préconisait, outre une réorganisation du travail sur les plans du syndicalisme, une fédération intercoloniale de toutes les parties de l'Empire, qui créerait un patriotisme impérial. L'obstacle était la Chambre des Lords, qui repousserait systématiquement les réformes des libéraux. Rosebery porta son effort contre la Chambre Haute.

Les élections de 189S et le triomphe de rUiiioiiisme.

— Contre les Lords, Rosebery reprit l'argument de Chamberlain en 1876. Depuis un siècle, la Chambre haute avait (( couvé tous les abus, protégé tous les privilèges ». Que repi'ésentait-elle? Rien que (( les cuillers d'argent du royaume », disait Kingsley; une assemblée de propriétaires, non pas même d'aristocrates traditionnels, car la plupart des pairies ne dataient que du XIX" siècle. Les pairs sortaient de familles eni'ichies surtout depuis la spoliation des couvents. Gladstone en réclamait la suppression, Harrison (chef des positivistes) la transformation par l'élévation à la pairie de 500 ramoneurs pris dans la rue. Cette solution insolente s'autorisait de l'accueil peu courtois fait par les pairs héréditaires aux légistes nommés en 1856 pour constituer la Haute Cour; en 1856, ils avaient déjà rejeté la nomination à vie d'un jurisconsulte renommé. En 1888, une loi avait donné à la reine le droit de créer des pairs viagers ; les autres les appelaient les lifej^s (nom donné aux bagnards) et s'arrangeaient pour les empêcher de siéger. Même les évêques étaient tenus pour des pairs douteux, parce qu'ils n'étaient pas

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lith'édilaires. Aux aristocrates, Rosebory posa riiltiinatuiu : étui or mend (disparaîtro on s'aiiuMider).

La (•anipaf*rio de Hosebery portait sur deux autres points : 1" Le désélablissement en Ecosse et dans le pays de Galles d'une l^glisp tellement liée à l'État que ses privilèges politiques, sociaux et llnanciers eiiipiélaieul sur les frontières de la société moderne. "J" Le Locnl rclùbill, imaginé |)ar William Harcourt. Il s'agissait, de donner aux autorités locales le pouvoir de fermer les tavernes d'un quartier, à la demande des deux tiers des électeurs. Or, de ces quatre articles : réforme des Lords, Home Rule, Disestablishment, Local veto bill, l'ouvrier anglais se désintéi'essait des ti-ois premiei's et repoussait le quatrième. 11 n'était plus entraînable contre les Lords ni conti-e rKglise; ce qu'il voulait, c'était le i)ain et la viande à bon marché, une meilleure habitation, moins de travail et plus de salaire.

Les conservateurs le lui promirent, o Les libertés et les intérêts du peuple, dit lord Randolph Churchill, sont les seules choses qu'il soit maintenant possible de conserver n. Les 1.200.000 chevaliers, dames et associés de la « Primrose league » l'expliquèrent dans des conférences, sous la formule générale : « améliorer la condition matérielle et sociale du peuple ». Chamberlain fut plus précis (4 juillet 1895) ; il fallait faciliter aux ouvriers anglais l'achat de maisons suivant le système des tenanciers irlandais, contrôler l'immigration étrangère pour empêcher la concurrence juive, polonaise et russe dans les faubourgs des grandes villes, assurer aux travailleurs une retraite de 5 shillings par semaine et une indemnité en cas d'accident, réduire les heures de travail dans les magasins (à 8 heures dans les mines), empêcher la vente des boissons nocives, organiser l'arbitrage dans les conllits du travail. Et sir John Gorst y ajoutait la création de colonies ouvrières et de bureaux de placement pour les sans-travail.

Sur ce programme de a démocratie conservatrice », 400 unionistes furent élus (dont 338 conservateurs purs). Ce qui triomphait avec eux, c'était sans doute le l'espect pour le gentleman et l'aristocrate, pour l'Église, qui commençait à atteindre le peuple par les œuvres des jeunes « ritualistes» (Union sociale chrétienne, Guilde de Saint- Mathieu, etc.) et qui lui donnait des écoles selon son goût ; mais c'était aussi le désir d'être assuit^ dune maison, d'un travail raisonnable qui permît à l'ouvrier de boire sa bière ou son gin en évitant le workhousci

(Inuvt'rnMnf'nt d«^8 uiiimilHtrH (I(t08-I00<t.) Pendant

onze années (tin du règne de Victoria, morte le 2'2 janvier 1901, et première moitié du règne d'Edouard VII), l'unionisme a détenu le pouvoir. Deux faits expliquent une aussi longue possession. D'abord, le désarroi du parti libéral après la défaite. Rosebery, brillant élève des Universités, de culture très étendue, ne pouvait guère demeurer le chef du parti pacifique des « petits Anglais d ; lord Spencer n'avait pas d'autorité ; sir Henry Campbell Bannerman, un Écossais, ne s'imposa que peu à peu aux purs Anglo- Saxons. — Puis, le danger couru en Afrique du Sud dans les dernières années victoriennes exalta le sentiment impérial à un degré insoupçonné. L'appel adressé aux contingents coloniaux dressa l'idée impériale au-dessus de tout débat, et les élections de 1900, en pleine crise a jingoïste », assurèrent pour six années encore le ministère à la coalition.

Lord Salisbury le dirigea jusqu'au il juillet 1902 ; puis Balfour, son neveu ; mais il y réserva une large place aux radicaux convertis. Le duc de Devonshire prit les Affaires étrangères ; Chamberlain, qui prit le Colonial Office, amenait sa famille, dont les membres devinrent : lord civil de rArairanté (son fils Austen), président du Conseil privé, ministre de la Marine, chancelier du duché de Lancastre, sous-secrétaire à l'Intérieur, etc. La situation était nouvelle : l'Union discutée au dedans, l'unité non encore établie entre les parties de l'Empire, le commerce et l'industrie du pays noir en danger, la concurrence victorieuse des Allemands, des Japonais, des Américains dans les mondes neufs, les débouchés continentaux fermés par le protectionnisme ; pas une alliance extérieure le « splendide isolement ». En conséquence, Salisbury et Chamberlain pratiquèrent une politique qui toucha très peu aux questions intérieures, mais qui à l'extérieur étendit et consolida les anciennes colonies pour fonder l'Empire de « tous les Bretons », c'est-à-dire des AngloSaxons.

Politique extérieur*' jusqu à 1901. — C'est du côté de l'Orient que Salisbury a déployé la moindre activité. Dans le Levant, où les rapports consulaires constataient les progrès décisifs du commis voyageur allemand, il ne jouait plus que le rôle d'un protecteur hésitant des chrétiens persécutés ; rôle quil lui fallait partager avec la France et la Russie. Or, la Russie demeurait la rivale en Asie centrale, et la France refusait toujours, d'accord avec son alliée, de signer la Convention de Constantinople de 1888, destinée à régler pour l'intérêt britannique la question du Canal de Suez. Abandonnant donc Constantinople aux Allemands, Salisbury

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s'associait au brea/x-uij of China (18!i8), occupait Uuoï-Ilaï-Oucï, on attendant que la révolution des Boxeurs lui permît de l'aire passer la vallée du Yang-tseu dans une zone d'inlluence anglaise. Ici, le sang-froid des consuls européens empêcha lexécution. — Du moins les frontières de l'Inde élaient préservées par la soumission du Tchilral, par celle des Afridis et d'autres peuplades rebelles à l'autorité de l'émir d'Afghanistan (1897-1898), par la surveillance exercée sur le Golfe Persique ; les Anglais, en possession des roules qui montent vers Ispahan [)ar le Karoun, y occupent les îles Ikdireïn, et protègent lesullanat d'Oman, qui sert avec Aden de point d'ai)pui à la Hotte ^i89(j-l9(>0j. — En Afrique, l'adversaire était la France. La conquête du Soudan, entreprise en 1895, mettait les troupes britanniques en r'ontaclavec des indigènes qu'avaient déjà visités des (explorateurs français. Chamberlain exigea la signature d'un traité qui, reconnaissant à l'Angleterre la possession du Sokoto, écartait la France ilu bas Niger. Ouebpies mois après, c'était la crise de Fachoda et le traité de 1899 qui repoussait la France du haut Nil. ~ En Afrique australe, c'était le Portugal écarté, la conquête des Républiques boers, voulue par Salisbury au moins aidant (jue par Chamberlain, pour assurer la rt'udisation du Cap au Caire, la formule la plus chère aux impérialistes ^1899-1902). La reiraite de Salisbury marqua, avec Edouard Vil, le dél)ut d'une ère nouvelle.

Poliliquo iiitériciii'*'. Trausroriiiatioii tics pouvoirs locaux. — La coalition unioniste a opéré la plus grande transformation des pouvoirs administratifs qu'aucun Anglais eût pu imaginer depuis l'époque moderne. Jusqu'alors, la vie des comtés s'ordonnait au gré des yt/sZ/ce of pence. Encore en 1884, Trevelyan les montrait chargés de fonctions gratuites et même onéreuses ; il était naturel qu'ils fussent désignés par les lords-lieutenants parmi les plus riches propriétaii-es. La révolution consista à remettre l'administration lo(;ale à la niasse des contribuables, mais suivant la formule de la Primrose league : le progrès du j)euple sous la direction de l'aristocratie. Si donc l'administration nouvelle parut imiter l'organisation française inotamment les conseils généraux de département), elle en dilféra sur deux points: d'un côté, elle sortit d'une élection à laquelle participaient les propriétaires et locataires des deux sexes ; d'autre part, elle ne fut tenue en laisse par aucun fonctionnaire de contrôle, représentant du pouvoir central.

1) Les conseils de comtés (1888-1889). -■ Les assemblées nouvelles, chargéesà titre gratuit des fonctions non judiciaires îles jus-

tire of peace, administrent, engagent des dépenses, nen répondent que devant leurs électeurs. Seul, un délégué du Local Government Board s'assure, à époques fixes, que les comptes sont exacts et qu'aucune dépense ne s'applique à des objets que la loi n'autorise pas. Entre les l'2'2 Conseils de comtés {Coiinly Councils) (al partagé le territoire de l'Angleterre et du Pays de Galles (I88H) (1). Londres, ou plutôt son u territoire métropolitain », devint un comté dont l'étude peut servir d'exemple pour tous les autres. Auparavant, aucune autre administration commune aux diverses paroisses que le (( Bureau des travaux de la métropole » (Metropolitan Board of Works;. Formé en 1855 des représentants des pouvoirs i)aroissiaux pour la gestion des intérêts communs, sauf de ceux de la Cité, il administrait peu et mal. A sa place, le County Council comprend 118 membres élus pour trois ans par le vote populaire, et 19 aldermen, choisis pour six ans par les membres entre eux. Cependant, la Cilé le mille carré situé sur la rive gauche de la Tamise entre la Tour et Westminster), tout en élisant quatre conseillers, conserve son Common Council de 206 membres élus pour un an, ses 26 aldermen élus à vie, sou lord-maire, président des cours de justice de la Cité, désigné chaque année, « le jour de Saint-Michel Archange »>, par la cour des aldermen, sur présentation de deux noms par les 76 a compagnies n merciers, bouchers, etc.). Pour tous les services généraux (écoles élémentaires, secondaires et techniques, services d'incendie, de transports, ponts et tunnels, égouts, voirie, habitations ouvrières, etc.) le County Council décide les travaux et ordonnance les dépenses. Sous son contrôle, les Borough Councils, anciens conseils de districts réformés, s'occupent du pavage et de l'éclairage des rues, fournissent l'eau et la lumière électrique, cependant que les 30 Boards of guardians élus administrent l'assistance pul)lique (secours aux [)auvrcs et workhouses). Le premier président du County Council de J-ondres fut lord Rosebery.

2) Les municipalités de paroisses (1894). — Restait à réorganiser les paroisses. Seuls les bourgs (boroughs), parmi lesquels comptaient les grandes villes industrielles, possédaient une administration municipale (Town Council) avec un maire. La loi de (894, votée sous le dernier ministère Ciladstone, l'étendit aux communautés de j)aroisses. L'ancienne veslry subsista, réduite au rôle d'un Conseil de fabrique ; mais une assemblée de tous les habitants de la paroisse, inscrits au rôle de l'impôt, élit un conseil de pa-

1 L'organisation fui étendue à lEcosse en 1889, à l'Irlande en 1893.

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l'oisse iparis/i council). La vie ct>iiiniiinale, endormie depuis Ir. XWV siècle, raréfiée i>ar l'exode rural vers les cités de manufactures, s'éveille et se dévelo|)pe en pratiques de selC-governiiuMil. La municipalité élue, en relations avec le County Council, a le droit de lui réclamer les achats de terres nécessaires pour la location de petits lots aux journaliers et aux ouvriers, ou pour la vente de petites tenures aux paysans suivant le système pratiqué en Irlande (sauf re\pr<)i)rialioM d'utilité pul)lique, non admise en Angleterre) et que Chandterlaiii préconisait dès 1885. Mesures de fait, ({ui ne s'autorisent, malgré les apparences, d'aucune théorie de socialisme municipal. Toutefois, il demeure vrai que la réforme a diminué l'influence de l'aristocratie dans le gouvernement des campagnes.

3j Dernières applications de la réforme. — En tout cas, l'unionisme n'a pas reculé devant les conséquences des principes d'intervention, hérités du socialisme féodal des anciens tories. A l'Irlande, qu'il frustrait du Home Rule, il appliquait (1896) avec la collaboration de Wyndham, le Land piirchase bill, qui allait créer, sans révolution, une classe indispensable de paysans propriétaires. Aux County Councils il accordait la liberté de se constituer des services publics dont ils conservent la propriété (lumière, tramways, etc.). Celui de Londres, qui représente, en plus, un conseil municipal, et dans lequel (sauf de 4895 à 1898) les « progressistes », partisans de la municipalisation des services, l'emportèrent sur les modérés, défenseurs du régime des monopoles, travaillait à régir lui-même les entreprises du gaz, des docks, des marchés et des abattoirs. Il poursuivait l'assainissement, en construisant des (( cottages » propres ou de grands édifices aérés, contrôlés par les inspecteurs sanitaires ; ainsi était enrayée la tuberculose qui menaçait 20 pour 100 au moins de la poptilation. Pour les réparations et con.structions, il décidait que son « Works Committee » n'emploierait que des entrepreneurs qui assurent à leur personnel le tarit des Trade Unions. 11 fixait enfin j)our tous les ouvriers municipaux un salaire minimum : 24 shillings ('60 francs) par semaine pour les hommes, 18 shillings i22 fr. 50) pour les femmes (1).

Si les classes bourgeoises crièrent au scandale, elles approuvèrent du moins (et avec elles les adeptes de la Haute-Église, les catholiques romains et les Ii'landais) que Balfour et le duc de Devonshire conliassent aux Councils, d'abord par des mesures de

(1) A Londres, tout individu ([ui ne ^nj>iie pas au moins 21 shillings par semaine est réputé indigent

LAN'GLETERRE DEMOCRATIQUE 243

détail (1893-d900), puis par deux lois, le contrôle de toute l'éducation. En 1900, avertis par les défaites du Transvaal, les Anglais comprirent la nécessité d'une instruction supérieure (déjà les Board schools avaient organisé malgré la loi un enseignement primaire supérieur et un enseignement secondaire). Alors fut constitué un minislère de l'Instruciion publique, et présenté un bill de l'enseignement secondaire ; les représentants de l'Église obtinrent de Balfour qu'il le transformât en Education bill pour les deux enseignements. La loi de IdO^ remplaçait les School boards par des (I Education Committees » nommés par le County Council et les conseils municipaux, et chargés d'administrer les établissements d'instruction à tous les degrés. Elle maintenait les écoles libres (non provided) confessionnelles, et leur allouait des subventions prélevées sur les taxes publiques; dans leur comité, deux représentants des contribuables seulement siégeaient avec quatre de la (( dénomination » fondatrice. Pour les écoles à fonder, le ministre déciderait de leur type. Enfin la u clause Cowper-Temple )> était maintenue. Désormais toutes les écoles seraient défrayées par des subventions du Trésor et par des impositions locales. Jamais l'éducation n'a été plus près de devenir un service public.

Il apparaissait toutefois que contre les hardiesses des progressistes de Londres (parmi lesquels figurent une douzaine de membres des Trade Unions) ce n'était pas assez de la Coi'poration de la Cité. Chamberlain eut l'idée, non de détruire ou d'amoindrir l'autorité du County Council, mais de vivifier les anciennes veslries en les érigeant en municipalités. Déjà le County Council comptait douze ou quinze lords ou fils de lords. Dans ce personnel nouveau des Conseils, les jeunes aristocrates entreraient pour faire leur éducation politique. En conséquence, la loi de 1889 créa une cité nouvelle, celle de Westminster (quartiers riches du West End), destinée à balancer la vieille Cily of London ; dans les vingt-huit autres ôoroug^/is, des conseils municipaux administrent avec un maire qui a le droit de présenter des propositions de lois au Parlement et de s'opposer aux projets émanés du County Council. Le County Council reçoit à son tour le pouvoir de transférer aux conseils des boroughs certaines de ses attributions. Balfour espérait sans doute qu'au cas où la majorité deviendrait conservatrice, le County Council les transférerait à peu près toutes. Il est vraisemblable que ce calcul se trouvera faux: les assemblées conservatrices anglaises, où l'esprit politique ne manque point, ne possèdent apparemment pas à ce degré le goût du suicide.

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A CONSULTER

Correspondance de la reine Victoria (publ. par Bardoux).

Les ouvrages de Boutmy, Hervi., Perbai d, de Pressensé. Seeley, indiqués au lonie I, chap. vu. — Ca/amian : l'Angleterre moderne. — Leclerc : l'Éducation en Angleterre : et : les Professions et la Société en Angleterre. — Bardoi X : Silhouettes anglaises.

-MÉTiN : la Colomijie Itrilannique. — Sieukried : le Canada. — Ciiaillev- Bert : l'Inde britannique: et : la Colonisation de l' Indo-Chine (l'expérience anglaise).

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