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L'Afrique australe

Le dernier, le plus considérable effort de l'impérialisme anglais au XIX" siècle, a été l'aménagement de l'Afrique australe. D'abord parles procédés anciens: organisation du self-governmenl dans la Colonie du Cap (4872) au profit des Anglais, malgré leur petit nombre, et achèvement de la conquête du littoral après l'expédition du Zoulouland (1878-1879) ; — puis, sous l'intluence d'idées nouvelles, formation lente et traversée de crises brutales d'une fédération républicaine à l'image de l'Australie.

Extension de la Colonie du Cap. — En 1870, la conquête anglaise n'aurait sans doute pas été reprise si des mines de diamants n'avaient été signalées dans la région du Yaal, autour de Dutoitspan et de Bulfontein. Le pays des Griquas occidentaux (métis de Cafres, Boers et Hottentots, à demi indépendants de rOrange) fut annexé et Kimberley fondé. L'Orange reçut une indemnité de 2.250.000 francs. L'Anglais la dédaignait. 11 guettait le Transvaal, plus peuplé et présumé i)lus riche, mais qui venait de s'affaiblir en hommes dans une guerre pour atteindre à l'Océan In" dien, où les Zonlous l'avaient vaincu, et de s'endetter pour construire un chemin de fer à sa frontière de l'Est. Sir Barile Frère, gouver-

LA CRISE DE L IMPERIALISME BRITAiNMQUË

neur du Cap, à la faveur de clauses obscures du traité de 1852, envoya à Pretoria un commissaire, sir Theophilus Shepstone, qui annexa le Transvaal (-12 avril l^i77). Le gouverneur du Natal se chargea d'attaquer le Zoulouland (janvier 1878) avec plusieurs colonnes de troupes destinées à se rencontrer au centre du pays. L'une d'elles fut anéantie le 3 février 1879; une autre, dans laquelle servait comme officier le prince impérial, fils de Napoléon IIl, battue le 1" juin et le prince tué. Un mois après, lord Chelmsford vainquit le roi Cettivayo, le prit (28 août), lui imposa seulement un protectorat (qu'il avait déjà accepté en 1882). Mais il était devenu suspect aux chefs noirs ; à sa mort (188i), son fils Dinizoulou, suspect lui aussi, se laissa forcer à un soulèvement que les Anglais réprimèrent et pendant lequel il disparut.

Les Boers du Transvaal profitèrent des embarras anglais au Zoulouland pour conquérir leur indépendance. Le 16 décembre 1880, sous la direction de Brand, Kriiger et Joubert, ils chassaient les Anglais de Pretoria, les battaient à Potchefslroom et les rejetaient au delà du Vaal. Au sud-est, les troupes du Natal, aux ordres de Sir George Colley, étaient arrêtées à Laing's Neck. Très supérieures en nombre, elles réussirent à franchir les passes du Drakensberg ; ce fut pour se faire écraser par Joubert à Majiiba Hill {"21 février 1881). Le fraifé de Pretoria (3 août 1881) reconnut en conséquence rindé])endance du Transvaal, tout en maintenant la suzeraineté de la reine. Trois ans après, il obtenait mieux. Krùger, devenu pi-ésident de la République, du Toit et Smit signèrent à Londres un traité (27 février I88i) qui garantit l'indépendance du pays, mais réserva l'assentiment du gouvernement anglais pour tout arrangement passé avec d'autres États que la République d'Orange. En même temps, la frontière serait délimitée à louest et au nord. Ail delà du Limjjopo, l'expansion anglaise fermait la voie à un nouveau Irck.

GuOUPli DE COMliAriAiMS ZOLLOU!

(D'après une photographie)

cnAiMTiu: XI

La politique «le <:ccil IthodcH fiaa>ll»0<i). ~ Coiitm le Ti'cUisvanl, Ifs liosliliU's ne repriiciil ijii't'ii 18!).'i. Diiiis rintenallc, un honinu' allait réaliser, par des moyens à lui, une politique d'iiupérialisme sud-africain et de u panbritannisme » capable d'avancer d'un demi-siècle la transformation du continent. C'était Cecil Rhodes, fils d'un clergyman, arrivé au (lap à dix-huit ans (1871), qui, tout eu surveillant à Kimlieiley ses ouvriers cafres occupés à piocher son claim de diamants, prépai-ait, dans un classique grec ou latin, s^s examens d'Oxford. Pendant sept ans, il acheta des claims, puis

les actions d'une Compagnie française ; enfin, soutenu par Rothschild de Londres, il força Barnato à fusionner la Kimberley avec sa de Beers, et se rendit le maître du marché du diamant (1888). Entre temps, (( bachelor of arts » d'Oxford, il si faisait élire député du Griqualand occidental et concevait la grande œuvre de sa vie. En 1884, il disait à Gordon qui voulait l'emmener en Egypte :

(I Ma besogne n'est pas à ce bout de la carte Quelque jour, j'espère vous rejoindre à Khartoum, mais ce doit être par le sud ». C'était déjà la formule (1 du Cap au Caire ». La même année, il était ministre des t'inances dans un ministère Scanlen, d'Anglais intransigeants, (pie renversaient au l)Out de six semaines les membres de ÏAfrikander Bond, fondé en 1880, dirigé par Hofmeyer. avec laide de du Toit du Cap et de Reitz de l'Orange. Le Bond, ouvert à tous les natifs d'Afrique australe et à ceux qui adoptaient l'Afrique pour patrie, obtint, dès 1882, que le loal, langue particulière des colons hollandais, devînt celle du Parlement et des tribunaux; de i884 à 1890, il fit la loi aux ministères Upington cf Sprigg. Bhodes gagna Hofmeyer et le Bond, auquel il promit une sorte de Home l»ule (il était ami de Parnell) ; il lui fit entrevoir une sorte d'hégémonie de la race afrikander j)ar alliajice avec les Saxons des colonies allemandes de l'Est africain. Quand il devint premier ministre (1890), il

r.ECIL ItUODES

s'adjoignit des députés du Bond, puis sir Gordon Sprigg (1893), triompha aux élections de 1894, où il obtint 58 partisans à la Chambre basse (contre "20 opposants) et, dominant le Haut Commissaire anglais, sir Henry Loch, agit en dictateur jusqu'à 1896.

(' Anglais au cœur africain )), il voulait que « l'Afrique du sud fût gouvernée par l'Afrique du sud », non par les ministres anglais. Impérialiste, à condition que l'Empire laissât aux Africains « l'indépendance la plus complète en ce qui concerne le règlement des affaires locales d, il projetait pour commencer une union douanière de tous les États, du Cap au Zambèze, avec des chemins de fer en commun, et des résolutions concertées à propos du problème des races indigènes. Ainsi l'Afrique du sud serait syndiquée au mieux des intérêts de tous, y compris ceux des Boers; car, après le Cap et le Natal, l'Orange et le Transvaal y viendraient aussi. Mais le Transvaal répugnait à l'association. Après 1886, la situation changea, avec la découverte de l'or dans le Witwatersrand, au sud du Pretoria.

Du Cap au Zanibèze. — Pour préparer la fédération sud-africaine, Rhodes avait commencé l'expansion vers le nord. ((Je crois, disait-il, que l'État qui possédera le Betchouanaland et le Matabéléland sera le maître de l'Afrique du Sud >. Sir Hercules Robinson, Haut Commissaire au Cap, le pensait aussi; il annexa le Betchouanaland et le Kalahavi (1885), fit reporter vers l'est la frontière occidentale du Transvaal. Rhodes, en son nom, soumit les deux petites républiques du Slellaland et de Land Goschen, fondées par des Boers dissidents. Puis, pour empêcher que le Portugal n'y intervînt, ou peut-être Fx^llemagne, pour laquelle le comte Pfeil cherchait aventure et profit, il revendiqua le territoire de Lo Bengula, roi des Matabélés et des Mashonas, jusqu'au Zambèze (août 1887). Le 11 février 1888, Lo Bengula signait un traité qui l'obligeait à ne pas céder son territoire sans le consentement de l'Angleterre. Rhodes lui acheta, moyennant une rente annuelle de 100 livres sterling, 1.000 carabines et une canonnière à vapeur, le droit d'exploiter toutes les mines d'or et autres du pays (30 octobre 1888). La « De Beers Consolidated Mines d se fit alors octroyer par une charte la mission de développer le Betchouanaland et ses annexes ; elle devint la « British South Africa Company » (ou Charlered), présidée parle duc d'Abercorn, avec le duc de Fife (gendre du prince de Galles) et le comte Grey administrateurs, et Rhodes délégué en Afrique 1889 . La Chartered, au capital de '25 millions, établirait des colons sur les plateaux, accorderait les licences de prospection

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pour les mines, (jiii lui appartiendraient pour moitié. Déjà le chemin (le fer, arrêté longtemps à Kimberley, allait atteindre Vrybnrg (décembre ISîtO) ; le télégraphe Mafeking. Rhodes fit occuper par une force de police de TiOf) hommes, sous Johnson, et "200 Européens, le contre du Mashonaland (1:2 septembre 1800). Lewanika, roi des Barotsé, au delà du Zambèze, signa une convention analogue à celle de Lo Bengula.

Le Portugal protesta. Depuis 188.5. les explorateurs de Lisbonuc, Silva Porto, puis Capello et Ivens. mais surtout Serpa Pinto, avaient entrepris de relier, par l'intérieur du continent, l'Angola et le Mozambique ; ils annexèrent le Mashonaland et le Nyassaland (9 novembre ■1880), et Serpa Pinto dut les occuper. Par un ultimatum, que la flotte de l'Atlantique appuya devant Lisbonne, l'Angleterre força le nouveau roi, Carlos I"^"", à résigner ses prétentions sur le Zambèze (janvier 4890) qu'une convenlion du W aoiil attribua à la Chartcred,avec le plateau aurifère du Manica et le droit d'établir un chemin de fer entre Salisbury et Beïra. Le Mozambique était refoulé jusqu'à Zumbo, l'Angola à l'ouest des Barotsé; le reste, six fois plus grand que l'Angleterre, limité au nord par la seule Afrique allemande et le lac Tanganyka, devint la Rhodesia.

Le (I Napoléon du Cap », premier ministre de la colonie, et riche à 250 millions, dévoile alors son dessein : donner l'Afrique entière, de l'Orange au Nil, à la civilisation saxonne et prolestante. Car la richesse et la politique terre à terre sont bonnes à satisfaire la foule médiocre ; seuls (( le service de l'Éternel et la coopération aux œuvres de Dieu méritent d'être vécus ». Or, sans s'attarder «( aux billevesées catholiques », il convient de fixer à 50 pour lUO la chance de l'existence de Dieu, du Dieu o dont Darwin a surpris le secret et la loi quand il nous révéla le dogme de l'évolution », qui a réservé dans la course à la survivance le succès à la race des blancs, — et aux Anglais parce qu'ils ont le plus fait pour ses œuvres (justice, paix, liberté). Servir Dieu, ce sera donc travailler à (( l'unification et au triomj>he des peuples britanniques, et travailler particulièrement à i)eiudrcle maximum de la carte d'Africpie eu rouge anglais». Nul besoin de conquête militaire; un syndicat de millionnaires y suffira, qui transformera Tteuvre divine. L'Age de l'or sera l'âge de Dieu.

C'est à ce moment que Rhodes se heurte à Kriiger.

La politiqu<' <l<' Kriiger. — Kriiger, Boer de lexode (I83(i), était un personnage biltliqiie, sorte de patriarche mystique et rusé, confiant jusqu'à l'excès dans les destinées de son i)cuple élu, déliant

de la nouveauté et de la civilisation, trop hostile à l'Anglais et raide en politique pour s'accorder avec le président de la Chartered. Il avait passé sa jeunesse à combattre contre les Cafres; en dSTS, il fut élu du Conseil exécutif, et président de la République en 1881. C'est surtout après le traité de 1884, son œuvre, qu'il devint populaire. Il devait être réélu trois fois avec une majorité croissante (1). Son idée essentielle consistait à ouvrir un chemin vers l'Océan Indien au Transvaal qui, sans rien sacrifier au fédéralisme du Bond, deviendrait le noyau d'un bloc africain hollandais.

Il se défiait de Rhodes, qu'il avait rencontré au Griqualand, puis au Stellaland (1884), enfin au Betchouanaland ( 1883); devant la menace d'une guerre avec l'Angleterre, le président avait toujours reculé.

Après une entrevue qu'il eut, à Fourteen Streams, avec le Napoléon du Cap, il confiait à son entourage : « Ce jeune homme me causera bien du tourment )).

Aussi protesta-t-il contre l'occupation du Mashonaland par la Chartered ; en mars 1890, il demandait au Haut Commissaire anglais de lui laisser comme compensation occuper le Swaziland. Rhodes n'y con- .sentit qu'à la condition que Kriiger adhérât à l'Union douanière sudafricaine conclue entre le Cap et l'Orange ; sur les instances de Hofmeyer, Kriiger accepta ("2 août 1890). L'année suivante, il lui fallut approuver la construction de voies ferrées du Cap aux champs d'or du Rand, pourvu que Rhodes payât celle de la ligne

Paul Kuugkk

(1) Rtl 1893, il eut 7.881 voix (contre 7.009 à Joubert) ; en 1898, 12.858, contre 3.753 à Bchalk-BOrger et 2.000 à Joubert.

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du Vaal à Pretoria, exploitée par une compagnie hollandaise. Kn 4893, Krnger élevait encore des dilTicidtés sur l'union douanière et les chemins de fer, fout en accordaid, au Natal de prolonger la voie de Dui-han à .lohannesbovirg par Ladysmilh, Newcastle et Standerton (18!)4.). Mais il relusail à Rhodes un accord qui aurait réservé à la Colonie du Cap 50 pour 100 sur les recettes des voies ferrées. A Pretoria, il lui déclara qu'il ne sortirait de l'isolement que si l'Angleterre lui cédait en toiite souveraineté un territoire qui mènerait du S\vaziland à la mer (décembre 1894). Aucune entente n'était possible; or, pour des raisons llnancières, il fallait que le Transvaal cédât.

La crise di- l'or. — Depuis l'ouverture de la ligne de Durban, le Cap n'avait plus le monopole des transports avec le Rand ; et il lui fallait soutenir en Rhodesia une politique coûteuse de colonisation. La Chartered avait peuplé le Mashonaland, occupé le Matabéléland (1890-1892), sans rien rapporter aux actionnaires. L'argent avait passé dans les raihvays et dans la pose du télégraphe (( transcontinental )i, dont Rhodes disait : (( Si le télégraphe est construit, c'en sera fait du commerce des esclaves et, en outre, il nous donnera la clef du continent ». Mais les « Petits Anglais n (Little Englanders) restaient sourds aux appels de fonds : Rhodes, d'accord avec Chamberlain, dut leur démontrer que l'expansion impériale était nécessaire pour le commerce anglais et le maintien des salaires ouvriers dans les manufactures. Il put doubler le capital de la Chartered (1893) ; trois ans après, elle émit encore 500.000 actions. Alors 65.000 daims étaient marqués en Rhodesia ; 6.000 colons européens avaient amorcé de petites villes à Boiiloinvayo et Salisbury. Or, dès la mort de Lo Rengula (aoveml)re I89H), la révolte des Mafabélés éclata. Le général Carrington n'arrivait pas à les désarmer (juin 189o). Rhodes s'en chargea : payant d'audace, il alla trouver, sans escorte et sans armes, les Matabélés, leur demanda « d'ouvrir leurs cœurs à leur père venu à eux avec des paroles de paix », les menaça enfin de sa vengeance s'ils ne livraient pas leurs fusils. Les chefs les livrèrent (octobre 1895). Tranquille sur ce point, il lui fut loisible de travailler à renverser Kriiger avec l'aide des u uitlanders » du Transvaal.

Les « uitlanders », c'était toute la po[)ulation étrangère accourue depuis 1887 sur les champs d'or du AF//«'«/<'/vs7'anf/; population très mêlée, d'Allemands, de Suédois, de Hollandais et de Français. Leur camp minier devint rapidement une grande ville. A cette masse industrielle qui avait acheté la terre un bon prix et sur

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laquelle le gouvernement prélevait déjà une partie des bénéfices, les Boers avaient imposé une législation inspirée de leur propre vie pastorale et contre laquelle elle regimbait : taxes élevées sur l'outillage et les objets d'alimentation ; tarifs exagérés de la Compagnie néerlandaise des chemins de fer; prix exagéré aussi de la dynamite nécessaire à l'extraction et monopolisée par lÉtat. Les compagnies minières voulaient réglementer la vente de l'alcool aux indigènes. Pour défendre leiu' industrie, elles groupèrent dans la « Chambre des mines i)(1889) les capitalistes, et dans la a Transvaal National Union » (1892) les gens des classes moyennes. Cette dernière prétendit obtenir à Johannesburg la création d'une municipalité qui assurerait la prépondérance aux étrangers et l'abaissement des droits sur l'alimentation. Ses avocats réclamaient davantage : à savoir le recrutement des fonctionnaires sur place, et une réforme de la naturalisation pour faciliter aux uitlanders l'accès du gouvernement.

L'expédition Jameson. — C'était l'occasion. Rhodes obtint d'abord que sir Hercules Robinson revînt au Cap comme Haut Commissaire; il avait 70 ans et saurait apaiser les Afrikanders après la révolution. Rhodes entama une campagne de presse contre le gouvernement transvaalien, pendant que les capitalistes gagnaient quelques députés du Volksraad;il rappela les paroles de Krûger au club allemand de Pretoria : <( Nous savons que si une nation tentait de nous faire reculer, une autre nation s'y opposerait »K Bientôt, Berlin se déclarait opposé à toute union douanière, d'amalgamation ou de fédération des États sud-africains, (( qui serait un véritable protectorat ». Ainsi Krûger comptait sur l'Allemagne. Fort d'un budget de recettes qui, de 4 millions en 1886, était monté, grâce au produit des mines, à tlO millions, il pourrait, avec ce qu'il toucherait sur les 17 milliards qui restaient à extraire, se donner un accroissement de forces tel que l'Afrique australe serait à lui, ou à l'Allemagne si elle savait manœuvrer. Rhodes se fit donner par Chamberlain le protectorat du Betchouanaland pour la Chartered, avec la disposition des forces de police, de fa(;on à encercler l'adversaire, rédigea avec les directeurs des sociétés minières un manifeste explicatif, et concentra les troupes de la Chartered à Pitsani (octobre 1895). A Johannesburg, la date de la révolution contre le Transvaal fut fixée au 20 novembre: les chefs devaient demander par une lettre officielle à Jameson (1), de chirurgien à la modedevenu en 1891 administrateur et chef des troupes de

(1) Il ùtail arrivt- au Cap en 1878, à 25 ans.

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la Charlen-d, le u vaillant (IocI.mii- Jim „, populaire dans toute l'Alrique du siul depuis la guerredes .Mata hélés, aide (< pour proléger ces milliers d'hommes sans armes, de femmes, d'enl'aids, qui vont se trouver 51 la merci des lîoers bien armés .>. Le coup lut relardé au !26 décembre, puis au ^J8; Rhodes, qu'inquiétait la débAcle des actions de nunes d'or dans les Bourses européennes, télégraphia de différer encore. Mais Jameson redoutait les espions boers (qui, en effet, renseignaient Kriiger); il (, partit trop tôt », le "29 décembre, avec le colonel sir John WiUoughby, futrejoinl ù Mafeking par les troupes du colonel Grey, et marcha sur Johannesburg, où quelques centaines d'uitlanders échouaient à l'attaque de la forteresse. Le l*^^'' janvier 1896, il était battu et pris par le commandant Cronjé à Krikjersdorp, et emmené à Pretoria.

L'entreprise de llibusterie s'effondrait. Hhodes démissionna du ministère pour ne pas avoir à désavouer Jameson. Le Haut Commissaire Robinson le désavoua directement, à la demande du président de l'Afrikander Bond, Hofmeyer. Puis il gagna Pretoria; il implora la clémence de Kriiger en faveur des révolutionnaires dont l'attaque avait réveillé les haines de race. De fait, Jameson, condamné à être pendu, fut gracié par le président et remis ai! gouvernement anglais, qui le jugerait. Le procès de Jameson à Londres, en dépit d'une légère condamnation, tourna à rai)othéose ; Rhodes fut blâmé par un comité du Parlement pour avoir organisé l'insurrection u avec les forces et les ressources de la Chartereil ». H en abandonna la direction. Chamberlain et le Colonial Office, d'abord mis en cause, furent ofliciellement innocentés (juillet 1897).

La g-uerre sud-afi-icaino. —C'est pourtant Chamberlain qui allait reprendre contre le Transvaal l'entreprise d'où sortit la forme présente de l'Empire anglais. Des deux côtés, la guerre était prévue, — et voulue, comme le seul dénouement possible à la crise ouverte par le raid Jameson. Kriiger qui, pour répondre aux griefs des nitlanders, consacrait un million et demi à entretenir des écoles (dans lesquelles il réveillerait la nationalité boer par l'étude du hollandais), se rapprocha de l'État d'Orange, jusqu'alors gagné à l'idée de la fédération ; en mars 1897, un accord signé à Bloemfontein fit revivre les traités de Potchefstroom de 1889, en vue d'une alliance défensive, et prévit un conseil de délégués pour traiter des intérêts communs. En conséquence, le gouvernement orangiste racheta les cliemins de fer de l'Orange jusqu'au \aal. — Rhodes et Chamberlain déployaient une égale activité. Rhodes amenait les chemins de fer de llhod.^sia p;»r Roulouwayo Jiisqu';'»

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Salisbury (1897), poussait le télégraphe jusqu'à Port Johnson (amont du lac Nyassa) et, réélu directeur de la Chartered (22 avril 4898), promulguait pour la Rhodesia du sud une constitution qui installait un self-government {Conseil îégislalif de 11 membres élus par les colons, Conseil exéculif nommé par la Couronne avec un résident britannique). Puis il gagna l'opinion publique à la guerre. Pour une grande partie de l'aristocratie, intéressée à la Chartered, c'était chose faite. Une partie des Communes et la presse suivirent ; les villes d'industrie (Birmingham, Sheffield, etc.) avaient besoin de marchés nouveaux, alors que se fermaient les anciens ; pour que les usines de l'acier pussent construire le <( Cap au Caire >), il ne fallait pas que ce railway pût être coupé par les Boers. Déjà l'opposition de la France avait empêché d'acquérir de l'État indépendant du Congo, à l'ouest du Tanganyka, la bande de terre nécessaire au passage de la voie ferrée, ce que Chamberlain appellera plus lard un « Fachoda anglais ». — Les gens pacifiques, Écossais et commerçants, furent conquis par d'autres moyens : récits des prétendues atrocités commises par les Boers sur les Cafres, injustices contre les uitlanders, souvenir de Majiiba Ilill, pétition de 20.000 uitlanders à la reine; elle retraçait la « vie amère o imposée par u l'oligarchie boer des plus corrompues, des plus vénales et des plus incapables », qui « suçait le sang des uitlanders », etc. (mars 4899). Les subventions, réparties inégalement entre les écoles, devenaient prétextes à récriminer. Chamberlain et Salisbury y ajoutèrent leurs griefs propres : violation de la souveraineté anglaise par des traités conclus directement avec la Hollande et le Portugal, lois sur la presse et sur l'expulsion des étrangers, etc.

Kn juin, Kriiger se rencontra à Bloemfontein avec sir Alfred Milner, Haut Commissaire au Cap. L'Anglais demandait la naturalisation et le droit de vote pour le Volksraad après cinq ans de séjour, i\ne représentation spéciale à la population nouvelle ; le président offrait la naturalisation au bout de deux ans, moyennant certaines conditions de fortune et de moralité, et les droits politiques au bout de sept ans, avec une convention d'arbitrage pour les diffêi-ends à venir. Cette dernière clause, Chamberlain la rei)0ussa comme inopérante entre un État vassal et son suzerain, et Salisbury s'arrangea pour que le Transvaal ne fut pas invité à la Conférence de la paix à la Haye. La discussion se prolongea en août et septembre ; Krûger céda sur quelques points, à la suggestion des chefs du Bond et de Schreiner. à qui les élections de 1899 venaient de donner le ministère au Cap, à la place de sir Gordon Sj)rigg. .Mais, comme Chamberlain, il essayait de

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revenir sur ce qu'il avait accordé. A la fin, coninic l'Angleterre; expéiliail desrenroi'ts, Kruger annonça le 7 octobre qu'il attendait pour le 11 une réponse favorable sur trois points : arbitrage pour les litiges, retrait des troupes arrivées en Afrique depuis le 1^'" juin, contre-ordre aux renforts déjà en route. Le 10, Chamberlain refusait.

Caracfèro de la $»-uei'r<*. — La guerre, tpii commença le M octobre, et cpie Chamberlain et Rhodes prévoyaient longue et coûteuse, dura prestpie trois aimées. Elle comprend deux périodes : l'une d'oi)érations stratégiques (jui juiièiient les Anglais à Bloemfontein et à Pretoria (octobre 1899-juin 1900); — et une suite de combats d'embuscade qui harcèlent le vainqueur sans réussir à le ruiner (juin 1900-niai 1902).

Moyens et ressources étaient très différents. Les Anglais, déconcertés par l'insuccès, dû à la méconnaissance de la guerre moderne et des effets du feu rapide, après avoir épuisé les troupes métropolitaines et hindoues de première ligne, firent appel à des contingents des colonies autonomes (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, même de l'Egypte, et à des volontaires ditsu impériaux », de valeur militaire fort inégale. Au début, 12 à 14.000 hommes, puis 80.000 à la tin de novembre, furent portés après les défaites de janvier à 240.000 hommes. Problème difficile que de transporter de telles masses à 9.000 kilomètres de Londres. C'en fut un autre de les faire vivre dans les conditions de confort réclamées par le soldat britannique (1); la consommation de chevaux fut énorme contre un ennemi qui consistait avant tout en infanterie montée. Les animaux amenés d'Europe succombèrent à la maladie. La stratégie anglaise se borna d'abord à contenir l'attaque boer et à prendre pied sur le plateau en attendant de l'inonder par des masses supérieures.

Les forces des républicains (en vertu de <( l'Union étroite », le président Steijn d'Orange mobilisa en même temps que Kriiger^ devaient comprendre de 4o à 50.000 hommes, auxijuels s'ajoutèrent H. 000 rebelles du Cap. En principe, loul Bury lier, mobilisable de 10 à (iO ans, fournissait un cheval sellé et haïuiaché, lui fusil et trente cartouches, des vivres pour huit jours. A l'ordre tt'appel ^2 octobre), les veldcornels rassemblèrent les Burghers par canton ; une fois formés en commandos, d'effectif indéterminé, ils recevaient de la viande crue et des vivres secs (café, sucre, farine). Sauf au combat, « tous étaient ('gaux dans le commando » et discutaient des opéra-

il) Des officiers esliiiiuieiil liiiller un bon yéiiérul, paire (|ue, penilunl ses o|iL'r«lioris au Nulal, ils u'uvuienl pus, un seul jour, niamiué lie leur lub el de icur tlié.

fions: beaucoup d'initiativo ot de courage, une splendide discipline du feu, nulle discipline tactique, peu d'intelligence militaire au début, rien de commun avec la hiérarchie d'une armée moderne. Chaque commando élisait un d commandant d et un « commandantadjointn; plusieurs comtnandos formaient une troupe indépendante, aux ordres d'un « général combattant », nommé parle président ; l'ensemble élisait un (( commandant en chef » ou (( général commandant 1). Quelques défections survinrent (les Anglais formèrent avec des Boers déserteurs un corps de « national scouts ») ; mais surtout la pratique des congés (i) pour se rendre dans les fermes faisait parfois fondre le commando. Si les Anglais durent leurs échecs aux formations massives el surannées de leur infanterie dans l'alfaque des positions, et leur succès final à la supériorité de leur nombre et de leurs ressources, les Boers triomphèrent d'abord par l'emploi judicieux du fusil de petit calibre, prolongèrent la guerre grâce à la rapidité de leurs unités, finirent par succomber par l'épuisement même de la nation.

Los cléfaitos ang-laises (octobre 1899-janvH'r 1900).

— Tandis que les di.OOO hommes des généraux Symons et White attendaient le corps expéditionnaire d'Angleterre aux ordres de sir Redvers BuUer, les commandos franchirent les passes du Drakensberg (13 octobre) et envahirent le Natal. Leurs chefs, Joubert et Marthinus Prinsloo, voulaient couper l'armée anglaise de ses communications avec Durban. Ils échouèrent à Glcncoë cl à Elandslaagle, mais battirent White à Nicholsons Neck et l'enfermèrent dans Ladysmilh (31 octobre-3 novembre). D'autres forces, avec Cronjé et de la Rey, assiégeaient à l'ouest Kimberley et Mafekiny. Buller arrivait (novembre) en plein désarroi ; il se proposait de marcher avec toute son armée sur l'État d'Orange depuis Estcourt et Colenso en utilisant les chemins de fer. Il lui parut plus urgent de sauver White dans Ladysmith. En conséquence, pendant que les généraux lord Methuen et Gatacre refouleraient l'ennemi sur l'Orange et débloqueraient Kimberley, lui-même, avec 30.000 soldats, escalada le Drakensberg et se heurta trois mois aux lignes d'investissement des Transvaaliens. L'artillerie boer occupait des plateaux d'accès presque impossible (Tafelkopje) ; Buller les attaqua de front, perdit 4. "300 hommes non abrités du feu, et 11 canons, à Colenso et au passage de la Tugela (13 décembre). A Spion-Kop, un premier succès 18 janvier 1900) se changea en désastre par un retour offensif de

(1) Les congés étaient presque tous demandés pour <■ maladie de cœur ». De Wel linil par ne plus accepter les certificats ainsi liliellés par les médecins.

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Lucas-Meyer qui mil 2.?JU() Anglais hors de coinbal; le o février, Biiller, vaincu à Vaals Kvanlz, était rejeté au sud de la rivière, restait i-loué sur ses positions. L(! commandement supérieur lui échappait.

Pour leur complc, Meihuen et Gatacre o|)éraient avec aussi peu de succès. Arrivés pai- chemin de fei', ils s'établissaient, Methuen à lîclmonl, malgré l'ennemi (20 novembre), Gatacre et French au sudest sur l'Orange môme. Gatacre, battu à Slormbenj, perdit 1.40(» hommes; French recula à Colesberg (iO-lo décembre). Methuen fut écrasé en deux batailles : à la Moddcr 'iS novembre) et à Maçjersfonlein (14 décembre), où il perdit '2.000 hommes (avec le général Wauchaupe). Kimberley, oîi Cecil Rhodes avait recueilli les noncombattants dans les galeries de la (( De Heers », fut assiégé pendant cent jours, et Methuen inuuobilisé sur laModder. Ces batailles, les plus sanglantes de la guerre, atteignaient en plein cœur l'orgueil britannique et compromettaient le prestige de l'Empire: (( Le danger est sur nous, » avouait lord Rosebery à la Chambre Haute. 11 montrait l'Allemagne et les États-Unis sourds aux i)ropositions d'alliance, la France conciliante sans cordialité, la Russie libre d'avancer ses affaires en Perse, où autrefois l'Angleterre (( aurait trouvé sujet à placer son mot ». Il insistait sur cette (t situalion de vie ou de mort » : si la défaite s'aflirinait définitive, c'était la perte de l'Afrique du Sud, d la base la plus importante de l'Kmpii-e dans le monde » ; le jour où les colonies ne croiraient plus être associées « au plus grand Empire du ïuonde », ce serait lini : (( Vous serez enfermés dans ces îles, dont une au moins vous hait; alors la haine accumulée de nos ennemis chaque jour plus nombreux s'abattra sur nos têtes! » Par les résolutions de ses hommes d'Etat comme par les manifestations plus vulgaires de la rue, l'Angleterre exprima sa volonté de vaincre.

La coii([iièt<' (les deux républiqm's (févrior-juin lîMM) .

— Lord Roberts de Kandahar prit en janvier le commandement en chef de l'armée d'Afrique avec lord Kitchener de Khartoum comme chef d'état-major. 11 avait la pronu'sse de 'iOO.OUO hommes. Dès février, négligeant Huiler qu'il n'aimait pas (comme élève de ^Volseley), il formait une masse d'olîensive de 41.000 soldats forte en cavalerie, balayait les commandos qui battaient l'estrade dans le nord du Cape Colony (entre Colesberg et de Aar) et, sans passer l'Orange (de la Rey l'en empêchait à Norrals-Poinl), occupait Belmont et Jacobsdal, renfoi'cait Methuen et prescrivait à la cavalerie de French d'alta(juer Cronjé par l'ouest 1"2-I6 févriei- . Le

La crise de L IMPERIALISME BRITANNIQUE

général transvaalien navait pas bougé depuis Magersfontein, figé dans la défensive par la présence d'un laager considérable, et par la circulation des femmes qui cherchaient leurs maris dans les lignes; il refusa de fournir les l.oOO hommes que lui demandait le général orangiste De Wet pour tourner Methuen (1). Au demeurant, les nombreux obus à la lyddite envoyés parles Anglais lui causaient peu de mal. — Pendant que Mac Donald fixait De Wet, French atteignait Kimberley, qu'il débloquait le IG. Cronjé se retira vers Paardenbevg en combattant, se laissa bloquer sur la rive droite de la Modder par toute l'armée anglaise, appuyée par 120 canons. Il eût pu se sauver; De Wet et Philip Botha lui avaient ouvert du côté de l'est, à coup d'artillerie, un chemin dont profitèrent Froneman et Potgieter; le •io février, des renforts de Bloemfontein, sous Andries Cronjé, tentèrent de le joindre. 11 refusa d'abandonner le laager et capitula le jour anniversaire de Majuba- Hill (27 février 1900) avec 3.700 Burghers. Comprenait-il que sa conduite « inexplicable », en faisant « passer avant le salut de son peuple, le désir de combattre quand même », allait donner le coup de grâce aux Républiques? En tout cas, les Borrs ne se relevèrent pas de Paardenberg.

La victoire de Roberts amena la levée du siège de Ladysmith ; les Burghers, craignant d'être pris à revers, remontèrent les pentes • lu Drakensberg, découvrant la ville où Buller entra enfin. Les commandos, qui tenaient Stormberg et les bourgades du sud de l'Orange, cédaient la piace aux généraux Gatacre et Brabant, et regagnaient le nord. Comme Roberts marchait vers Bloemfonlein, les Boers se débandèrent à Poplar-Grove, tinrent mieux à Abvahamskraal, mais, démoralisés, essayèrent à peine de défendre la capi-

LoRD Roberts de Kandahar (né en

(1) Le 13 février, il répondait au même général qui le prévenait du mouvement de Roberts vers l'est : ' Vous aussi, vous avez peur des Anglais. Allons 1 pas de faiblesse ; tuez-moi les uns et capturez-moi les autres. >

284 CHAIMTRK XI

1'a\v dv l'Hlat libre. Le i;{ mars, Roberls eiiti'a dans /y/ot'/7j/'o/j/t'/« presque sans avoir tiré un CA)n[) de canon. Le gouvernement de l'Ktat libre se transporta à Kroonslad.

Kriiger et Steijn avaient, le -•) mars, demandé la paix, moyennant lindépendancc des deux Etats; Salisbury refusa et le programme de conquête s'accomplit. Pendant (pi'une délégation composée des Orangistes Fischer et Wessels et du Transvaalien Wolmarans s'en allait expliquer à l'Europe et à l'Amérique les droits et les souit'ratices des l^épublicains, Hoberts, assez inquiété pendant son séjour à Hloemfontein (combats de Sannasporl, de Reddersburg et de Wepencr), envahit le Transvaal. Le 10 mai, il rompait les lignes de Venslerbunj et, harcelé par De Wet et Philip Botha, entrait à Kroonslad (12 mai); le 18, il dirigeait trois corps sur Ileilbron, un quatrième sur le Vaal à Vredforl et Parys pour tourner les commandos installés sur la Rhenoslerrivier. Le 24 mai, il se rendait maître de Johannesburg ; le S juin, il délivrait à Pretoria les i.OOO prisonniers laits par les Burghers et le l'"" septend^re, le Transvaal était annexé à son tour.

Robei'ts et Ritchener contre lu race boor (jiiio 190(^inaî 1002). ■ — La guerre régulière était Unie. A l'ouest, Mateking, défendue \)\\y le colonel Baden-Powell, fut délivrée le 18 mai; à l'est, Butler franchit le Drakensberg et força à la retraite, vers le sudouest, les Orangistes qui gardaient les passes. Deux séries d'opérations commencèrent. Il était convenu entre les Républiques que, du jour on les Anglais auraient franchi le Vaal, les commandos orangistes opéreraient seuls dans l'État libre. De Wet manœuvra donc entre Bloemfontein et le Caledon Rivier, pour maintenir hors de l'attaque ennemie les districts du sud-est et de l'est (Ladybrand, Bethléem, Ilarrismith) d'où les commandos tiraient leurs subsistances. Louis Botha, commandant général à la place de Joubert (mort le 28 mars), et de la Rey, commandant en chef adjoint, résistèrent dans la région orientale montagneuse, adossée au Drakensberg, appuyés sur la voie ferrée de Pretoria à Lourenço- Marquez. Quand, vers la fin de 1900, Roberts eut forcé Middelbnnj et occupé le chemin de fer jusqu'à Komali-Porl à la frontière portugaise, Botha et le gouvernement du Transvaal reculèrent au nordest, au delà de Lydenburg enlevé le (> septembre), avec la pensée d'inquiéter constamment, par des marches rapides et des coups de main, les garnisons de Pretoi-ia, .Johannesburg et Bloemfontein, de faii-e le désert en coupant les conduites d'eau, les voies ferrées allant au sud et les lignes télégraphiques. Gueri'e d'un

nouveau genre, adaptée au petit noinbie de Burghers en campagne encombrés encore par les chariots de leurs laagers. Les opérations auraient occupé moins longtemps les troupes anglaises si la façon dont elles traitaient les Burghers soumis et rentrés dans leiu's fermes n'avait fourni aux commandos, dont quelques-uns lirent sauter les trains blindés jusque dans la Colonie du Gap, de nouveaux et nombreux volontaires.

En septembre 1900, Kriiger quitta l'Afrique sur un croiseur hollandais pour venir plaider la cause des Républiques près des gouvernements euro[)éens. Reçu à Paris, il fut prié à Cologne, d'ordre de Guillaume II, de ne pas continuer son voyage sur Berlin, et se retira aux Pays-Bas, dont la reine offrit l'hospitaliti' au vaincu. Son rùle passa H Schalk-Bûrger, président intérimaire ( octobre -décembre).

Roberts et Butler rentraientaussi en Europe.

Roberts, créé comte, reçut la Jarretière avec une récompense nationale de 2 millions et demi et le commandement en chef de l'armée en

succession de lordWolseley. Son premier soin fut d'expédier 30.000 hommes de renfort.

Lord Kitchener, général en chef, appliqua les méthodes <le la guerre scientifique. Déjà, toute habitation, dans un rayon de dix milles de l'endroit où des Boers détruisaient la voie ferrée, était brûlée ou détruite à la dynamite, les chevaux tués, les troupeaux confisqués. Depuis l'annexion, les chefs britanniques traitèrent leurs adversaires comme des rebelles. Leur artillerie tirait sur les laagers de femmes et d'enfants qui fuyaient les colonnes d'invasion. Kitchener donna l'ordre d'appliquer le système employé à Cuba par les Espagnols: enfermer dans des camps de conccnlralion entou-

GÉNÉRAL Louis BOTHA

ÛH(\ cnAPirni: xi

rés (It* lils do for barbelés tous les « révoltés » que l'on pourrait prendre. Ils séclielonnt'rent depuis Johannesburg jusqu'aux montagnes de l'est. Le général arguait de la nécessité de venir en aide aux familles de ceux qui tenaient la campagne ou qui avaient dis|)aru ; ces familles, il refusa pourtant à des Hollandais du (lap l'autorisatiou de les hospitaliser, lui revanche, il forma le plan d'apprendre langlais de force aux enfants « concentrés )) ; les réfugiés organisèrent alors des écoles de langue hollandaise. Bientôt la chaleur des nuits d'orage amena des épidémies de fièvre typhoïde, de rougeole, de bronchite infectieuse. La mortalité devint effrayante (.336 pour 6 000 à Bloemfonlein en juillet d90i), surtout chez les enfants. Un rapport au Parlement signalait que (( le nouveau camp de Middelburg est en grande amélioration. Il est seulement un peu éloigné de la ville. Mais le cimetière n'est qu'à 800 mètres, à la bonne distance (I) ».

Contre les hommes fut organisé un réseau de blockhaus, fortifications légères (reliées par des fossés ou des fils de fer), faites de deux cloisons de tôle comblées avec du gravier, destinées à protéger les lignes de communication et à briser l'attaque des Boers, privés d'artillerie. Elles immobilisèrent 50.000 hommes, parmi lesquels les Anglais amenèrent des Cafres, malgré les engagements réciproques pris au début. Deux grandes lignes d'ouvrages, reliées par des colonnes mobiles, suivaient les voies ferrées, de Naauwpoort à Zeerust, de Cradock et Queenstown à Pietersburg et à Komati Port; des lignes transversales les reliaient, de Herschel à De Aar, de Ladybrand à Kimberley, de Ladysmith à Mafeking. Le centre, avec Johannesburg et « l'impérial résidence )) de Kitchencr à Pretoria, en étaient couverts. Elles n'empêchèrent pas le passage des commandos, mais elles en firent capturer quelques-uns : ceux de Prinsloo à Naauwpoort, d'Olivier à Winburg, de Jean Meyer au Bothasberg (septembre 1900-février •lflO'2). Les Anglais éprouvèrent aussi des échecs : à Lindley, à Boodewal, à Dewetsdorp, à Vlakfontein ; lord Methuen fut fait prisonnier par de la Rey (février 1901); Botha fut vainqueur à Itala, la colonie du Cap soulevée en partie par vSmuts, Kritzinger et Schoepers. De Wet, cerné par 60.000 hommes et traqué par le général Knox, demeura « l'insaisissable De Wet d. Jusqu'à la fin de 4001, le pouvoir des Anglais ne s'étendit guère hors des villes au delà de la portée de leurs canons.

(1) Cesalrociléa furent dénoncées par Mrs Olive Schreiner, l'écrivain lopins popu" hiire de l'Afrique du Sud.

La paix (mars-mai 1902 j. — La situation n'avait d'issue que par l'extermination de la race boer. Edouard Vil prit l'initiative de communiquer aux généraux en campagne une offre de la Hollande de mettre ses bons offices au service de la paix. Steijn et Schalk-Burger y virent une invitation à négocier. Le 9 avril, Schalk-Bûrger, Botha, Reitz, secrétaire d'État, et de la Rey rencontrèrent Steijn, De Wet, Herzoget Brebner à Kerksdorp et dressèrent un projet qu'ils soumirent le 42 à Kitchener ; moyennant l'indépendance, les Républiques acceptaient l'union douanière, postale, télégraphique et celle des voies ferrées, la solution de tous les conflits par l'arbitrage, l'égalité des langues anglaise et hollandaise, une amnistie générale.

Mais l'Angleterre exigeait une reddition totale que suivrait la discussion des conditions particulières. Or, les présidents ne pouvaient rien signer qui abolît l'indépendance. 11 leur fallut consulter les commandos, leur faire élire soixante (( délégués du peuple )) qui, profitant d'un armistice (25 avril), se réunirent le 15 mai à Vcreeniginy. Du 18 au 29, une commission discuta avec les lords Kitchener et Millier, sans obtenir d'adoucissement. Le 31, Botha exposa la situation : 3.800 Burghers tués, 20.000 femmes et enfants morts dans les canqjs de concentration, 31.400 prisonniers de guerre (dont 600 décédés) à Sainte-Hélène, à Ceylau et aux Bermudes. Restaient en campagne 10.000 Afrikanders du Cap, démunis de ressources, réduits à la famine; depuis un an, aucune intervention européenne à espérer; rien à attendre d'un soulèvement général au Cap. Si la guerre continuait, les femmes et les enfants disparaîtraient et avec eux l'avenir de la race. L'assemblée accepta le traité (par 5i voix). Le soir même il fut signé à Pretoria.

Les Burghers livraient leurs armes et reconnaissaient Edouard VII pour leur u souverain de droit o; la langue hollandaise, enseignée dans les écoles publiques, demeurait langue officielle des tribunaux; un gouvernement civil remplacerait aussitôt que possible l'administration militaire des deux colonies, en attendant des institutions représentatives, présage de l'autonomie. Des commissions s'occuperaient de relever les fermes et de fournir, pour reprendre les travaux du sol, du bétail, des outils et des semences ; 75 millions y seraient consacrés, ainsi que des prêts sans intérêt pendant deux ans. Malgré bien des ruines, la race boer sauvée commença de se reconstituer. Très prolifique, elle n'a jamais risqué de se trouver moins nombreuse que l'anglaise, et n'a subi de la part du vaiiupu'iir nulles représailles sur les personnes ou sur les biens.

CIIAPITRF. XI

Ello osl lur-iiif (levenuo l'élrinciiL ossentiol do l'onipirc d'Afriquo australe qui, de Capetown au Tanganyka pai" delà le Zambèze, manifeste le dernier et le plus échdant triomphe de la politique panbrilannicpie.

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