‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 39 sur 96 · I. — La Russie et l'Europe de 1829 à · texte numérisé non relu

I. — La Russie et l'Europe de 1829 à

Politique iotérieure. — Le(( régime de Nicolas o se caractérise moins par son absolutisme autocratique, qu'Alexandre I*"" avait partout maintenu (sauf en Finlande et en Pologne), que par le dédain de la vie occidentale, qu'une longue tradition et la mode même portaient les Russes à admirer. Le tzar, méprisant les constitutions, orthodoxe convaincu, professait comme son devoir d'écarter de la sainte Russie les idées hérétiques d'Occident. Pendant trente années, il essaya, par une rupture systématique avec la civilisation d'oulre-Vistule, de ramenerl'Empire aux formes de l'ancien régime. Pour commencer, et dès 18:26, il aggiava les mesures policières : un ministère de la Police politique, créé à la ///' section de la Chancellerie, rendit i)lus difficiles les relations avec l'extérieur, exerça la censure sur les livres et les journaux importés, dénia aux Russes le droit de sortir de l'Empire sans une autorisation impériale ; encore n'était-elle accordée ({ue pour cinq ans. L'installation à l'étranger, regardée comme un crime, entraînait la peine de la dé[)ortation et la confiscation des biens.

Deux conséquences résultèrent de cet isolement. En premier lieu, une renaissance de la littératui-c d'mspiration purement russe, appliquée à exprimer sur toutes choses l'admiration pour la vieille Russie. En second lieu, une réforme de l'enseignement dans un sens russe: les instituteurs étrangers furent à peine tolérés dans les familles nobles, les étudiants russes empêchés de fréquenter les Universités d'Europe, des écoles normales russes fondées [Y InsliUil jtrof essorai pour renseignement supérieur, le Princiiml Inslilul pé(la(joiji(jue pour les enseignenuMits secondaire et primaire). A la place de la pliilusophie allemande, des prêtres orllio-

doxcs reçurent mission d'enseigner dans les Universités les solides principes.

Ce despotisme se flattait pourtant d'être éclairé; il valut à l'Empire des améliorations matérielles. Nicolas, qui faisait tracer (en ligne droite I la voie ferrée de Pétersbourg à Moscou, poussait le travail de canalisation sur le Don et sur la Volga, l'amélioration du Dniepr, ordonnait la codification des lois russes. La collection parut en i830, le code de justice pénale et correctionnelle en 1845, 11." recueil des lois en vigueur en 1848. Pour désencombrer les tribunaux civils, il créa les tribunaux de commerce . Même il s'attachait à susciter une sorte de tiers-état : un oukase assimila aux marchands des premières « ghildes )> les bourgeois notables, les artistes, les diplômés de l'enseignement secondaire et des Universités. Toutefois, s'il songeait à l'affranchissement des serfs, il maintenait le servage, faisait ramener à leurs maîtres les serfs fugitifs. En 1842 seulement, il fixa les termes de l'affranchissement par contrat» et reconnut aux paysans et à leurs communautés {mirs) le droit d'acquérir de la terre. Il refusait d'aller plus loin ; lui qui avait encouragé Gogol à railler dans le Revisov (l'Inspecteur) les fonctiormaires véreux, négligents aux affaires, insolents pour les administrés, servîtes à l'égard des supérieurs, il interdit aux journaux de discuter les actes du gouvernement, aux particuliers de s'occuper de politique. En 1848, déjeunes officiers et professeurs lisaient le soir en commun des publications d'Europe ; 33 d'entre eux, condamnés à mort et graciés sur l'échafaud même, furent envoyés aux bagnes sibériens parmi eux Dostoïevski).

Au nom de l'orthodoxie, la persécution redoubla contre les dissidents, les Vieux Croyants par exemple. La conversion d'orthodoxes à une autre religion passa pour un crime puni de la confiscation des biens et de huit à quinze ans de travaux forcés. La propagande des cultes dissidents risquait la prison ou, en cas de lécidivc, le bagne; les mariages mixtes durent, sous peine de poursuites, être bénis par le pope à l'exclusion de tout autre prêtre- Les enfants issus de mariages mixtes furent obligatoirement élevés dans l'orthodoxie.

Politique dans les provinces allog-ènes. — Dans les l).ovinces » allogènes o, la russification se poursuivit à outrance. — l-^n Lithuanie, la pression exercée sur les paysans de rite grec uniate réussit à les détacher de Rome (1839). — Les ]provinces baltiques, peuplées de luthériens, connurent une semblable persécution. LoukabC de 1850 y supprima l'allemand comme langue olfi-

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cielle: (l<)rt''iiavanl, aucun fonctionnaire n'y fut noninn'- (ju'il ne parlAt courammont le russe. — Kn Pologne, la lévolution de 1831 dt^chaîna la croisade de Paskiewitch-Erivanski , la suppression du royaume constilulionnel, l'annexion administrative. « La Pologne lai! dt'sorniais partie de l'Knipire et ne doit former avec la Russie i[u'une seule nation ». Plus de Diète ni d'armée polonaise, mais un gouverneur russe avec des fonctionnaires russes rattachés à une section du Conseil d'Ktat de Pétcrsbourg. Plus d'Église nationale (qui .serait catholicpie romaine), ni de langue nationale respectée. Paskiewitch, vingt-cinq années durant, gouvernera par la terreur militaire ; contre 286 nobles polonais émigrés, il obtient des sentences de mort et la confiscatiou des biens, qu'il attribue à des ofticiers généraux orthodoxes. Le soudard supj)rime l'Université polonaise de Varsovie et des collèges, défend toute association, toute réunion, même privée, pour laquelle la police n'aurait jias reçu la liste des invités, soumet à la censure la musique même, défère tous les procès à des commissions militaires. Une forteiresse s'éleva d'où Varsovie serait foudroyée à la première alerte (1835) ; églises et couvents en nombre furent fermés, tout sermon interdit auquel manquait le rwa de la censure (1835-1 ^<39). En 184.8, la Pologne, à laquelle s'appliquait le code pénal russe depuis 1841. se sentait tellement écrasée qu'en dépit de l'ébranlement propagé dans toute l'Europe centrale par le réveil des races, elle ne bougea pas.

Au total, le régime de Nicolas, dénoncé par les libéraux de l'étranger comme le type de la tyrannie à l'orientale, creusa un fossé entre l'Europe et la Russie où les aspirations constitulionnelles, entravées déjà par la répression décembriste, se lirent plus timides après l'échec de l'expérience polonaise.

I*oliti<|uo oxtéruMiro . La crise égfyptioiinc (1830-

1833). — L'occasion que souhaitait Nicolas F'" poiu* reprendre sa politique balkanique ne lui vint pas de ces chrétiens orthodoxes dont il favorisait partout les progrès. Une crise intérieure de l'Empire ottoman amena ses vaisseaux dans le Bosphore, lui donna l'illusion d'être maître de Tsariyrad. D'abord simple règlement de comptes entre souverain et haut fonctionnaire : Mohammed-Ali, pacha d'Egypte, avait sacrifié, pour le service de .Mahmoud, sa Hotte détruite à Navarin et une partie tie son armée, expulsée de Morée par le général Maison. Le pachalik de Morée, prix convenu du service, lui échappa en 1829. Réduit à la Crète, qu'il détenait depuis 1820, il réclama pour son fils Ibrahim le pachalik de Damas

que Bonaparte, maître de lÉgypte, avait à demi conquis. Il escomptait, pour la réfection de sa flotte, les ressources des forêts lu Liban. Mahmoud refusa. Ouvert, comme Sélim III, aux idées de •éformes sur le modèle occidental, dégagé de tout fanatisme, il avait fort à faire pour reconstituer, avec l'aide du grand-vizir Réchid-pacha.

i.ne armée et des organes adntinistratifs, pour mater les fonctionnaires rebelles d'Âlba-' nie et de Bosnie, et pour se prémunir con" Ire les derviches qui, dans Stamboul ameuté, l'accusaient de violer ((la loi du Chéri ». Pour ceux-là , Ibrah i m apparut comme un vengeur de l'Islam humilié en Europe par les défa ill a nces du sultan, le créateur désigné d'un ein[)ire arabe sur les ruines de l'Empire turc. A

cette attente, les talents militaires du prince égyptien correspondirent presque exactement.

Sous le prétexte que le pacha de Saint-Jean-d'Acre, AbduUah, .se refusait à lui livrer des fellahs échappés d'Egypte, Mobammed- Ali embarqua sur 22 vaisseaux une armée de 30.000 hommes «lulbrahim mena à la conquête de la Syrie (20 octobre 1831). De son suzerain, qui l'invitait à formuler autrement ses griefs, il exigea l'investilure immédiate de la province! Mahmoud le dé-'

MOIIAMMEO-Al.l

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Clara traître et rel)elle (février iHH'i) et confia contre lui h Husseinpacha l'armée d'Anatolie. Mais Ibrahim s'était déjà fortifié par de trrands succès. Maître de la mer, il avait pris Sainl-Jean-d'Acre {'il mai 183'2: et Damas (24 juin). Attaqué par le paclia d'Alep, il It battait à Iloms (9 juillet) et l'écrasait deux jours plus tard à Hama; quand survint Hussein, aux défilés de Dej/lan, les Égyptiens, exaltés par la victoire, se ruèrent sur les Turcs, les mirent en fuite et pénétrèrent sur leurs pas en Asie Mineure (29 juillet).

L'Europe au s<'COurs du sultan. — Poussée à ce point, la querelle du pacha et du sultan intéressait l'Europe entière et rouvrait la question d'Orient. Lorsque Mahmoud appela à l'aide, l'Aiigleterre concentrait toute son attention à sa réforme électorale, et l'opinion française adoptait Mohammed-Ali pour son héros : c'était un nouveau Bonaparte, un « fds de ses œuvres >>, et non, comme Louis-Philippe, un parvenu de la « quasi-légitimité ». U'emblée,elle en fit une sorte de révolutionnaire, le capitaine <( sympathique » et heureux dans sa lutte contre les autocrates, tzar et sultan. Car la Russie répondit à l'appel. Elle offrait de prendre à sa charge îa défense de Constantinople et la guerre contre l'Egypte. Avant de confier son salut aux forces russes du Caucase, Mahmoud teida un dernier effort. Une armée aux ordres de Réchid-Mohammed pacha, le vainqueur d'Athènes et des Albanais, barra la route aux envahisseurs. Ibrahim la détruisit à Konieh (21 décembre 1832), prit Réchid et marcha sur Constanlinople. La victoire lui livrait toute la Turquie d'Asie, d'Ismid à Alexandrette et à Bagdad; mais ses espérances dépassaient encore cette conquête : u J'irai, disait-il, jusqu'où je serai compris en arabe, d De fait, l'armée grossissait de tous les musulmans qui, en Syrie comme en Anatolie, traitaient le Turc en usurpateur l'eligieux, tyran détesté des villes saintes. Constantinople semblait à sa merci.

Mahmoud accepta donc les offres du tzar, renouvelées par Mouraviev (janvier 1833), parce que d l'homme qui se noie s'accroche à un serpent ». Nicolas, tout en menaçant Mohammed-Ali d'une guerre directe, avec l'approbation de la Prusse et de l'Autriche, expédia dans le Bosphore la flotte de la mer Noire (février). Eu avril, malgré les représentations de l'amiral Roussin, ambassadeur de France, 1").0IJ0 Russes débarquaient à Scutari et à Thérapia, 24.0U0 s'apprêtaient à passer en Moldavie. De son côté, Ibrahim parvenait à Kutayeh et son avant-garde à Brousse ; désormais, il exigeait, outre la Syrie du sud, que le sultan lui avait ofTerte par un envoyé spécial, la Syrie du nord avec Alep et Damas, et le

LA RLSSIE ET LA QUESTION n ORIENT 305

district d'Adana en Asie Mineure pour disposer des passes du Taurus. L'Angleterre alors rentra en scène. Tandis que Roussin, un peu matamore, n'arrivait point à éloigner les Russes de Constantinople, le consul anglais d'Alexandrie, Campbell, en menaçant de l'approche d'une flotte britannique, détermina Mohammed-Ali à borner ses appétits. La convention de Kiilayeh (8 avril 1833), ratifiée par un fîrman du 5 mai, abandonnait à Mohammed-Ali la Syrie entière et le district d'Adana, moyennant l'évacuation de l'Asie Mineure. L'évacuation se terminait en juin ; les Russes quittèrent Constantinople (10 juillet).

Le traité d'tnkiar-Skélessi f8 juillet 1833). — Français et Anglais, qui se vantaient d'avoir fait reculer les Russes, connurent leur erreur quand le tzar rendit public le traité imposé à Mahmoud par l'ambassadeur Orlov deux jours avant l'évacuation. Garante de l'indépendance de la Porte, comme en 1717 de la <( liberté polonaise », la Russie s'engageait pour huit années à lui fournir tous les secours nécessaires sur terre et sur mer, ne lui demandait en retour qu'un engagement, celui de fermer les Dardanelles et d'empêcher aucun bâtiment de guerre d'y pénétrer. Mais les bâtiments russes, en sécurité dans la mer Noire, pourraient y entrer et en sortir à leur gré. Dans ces termes, le traité d'Unkiar-Skélessi conférait au tzar un jo/'o/ec/o/'a/ sur l'Empire ottoman; il autorisait de sa part toute intervention politique et militaire en Méditerranée orientale. 11 permit à Nicolas de dicter, aux conférences de Munchengraelz (septembre 1833), les articles d'une nouvelle alliance de l'Europe centrale, à laquelle souscrivirent l'Autriche et la Prusse (1). yuand les stipulations de Munchengraetz furent renouvelées aux entrevues de Kalis/i et de Teplitz, il devint évident que les monarchies absolutistes, d'accord sur le sort à réserver à l'Orient, feraient bloc contre toute entreprise des puissances constitutionnelles de l'ouest pour rétablir l'équilibre. Aussi bien Louis-Philippe, occupé des affaires espagnoles, n'y pensait guère. En vain Palmerston lui proposa contre la Russie une alliance destinée à dégager la route continentale de l'Inde à travers les terres les plus anciennes du monde (15 décembre 1835), il n'obtint qu'un refus ; le roi des Français, en revanche, amenait Metternich à lui promettre qu'en dépit de Munchengraetz, le chancelier apporterait quelque tempérament à sa politique balkanique et aux ardeurs conquérantes du tsar. Si donc l'entente cordiale franco-anglaise était rompue

(1) Voir chap. ii, p. 34.

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(1830), une autro oiilonli' s'rl»aiitliaif avec Vienne et Berlin pour le niainlien de la paix (18i-)7).

La crise de l»:iî), i-ovaiifhe de i An^jleterre. — Une

intrigue anglaise rallunia la guerre en Orient. One l'Angleterre n'aeeeplàt |)as le fait «rUnkiar-Skélessi avee ses eonséquences lointaines, elle l'avait déjà déclaré en IS33, d'accord à celte date avec la France. En 1838, cet accord n'existait plus, et l'Angleterre, isolée, se voyait réduite h chercher les moyens de priver de la consécration du temps les arrangements de Kutayeh. Elle y parvint de plusieurs manières. D'abord en fortifiant sa position commerciale aux îles Ioniennes, en Grèce, à Constantinople même.

Puis, par un traité de commerce qui supprimait dans tout l'empire de Mahmoud l'exercice des monopoles, elle se mettait en mesure d'y faire pénétrer partout ses marchandises {16 août 1^381. Enfin, autorisée par le sultan, elle occupait Aden (janviei* 1839) pendant que sa flotte rôiiait au large des côtes d'Egypte et de Syrie.

Mohammed-Ali se sentait encerclé, mais il tenait bon ; il se refusait à faire bénéficier les Anglais en Egypte des privilèges commerciaux que leur avait accordés Mahmoud, et comme Ibrahim venait précisément de réduire (1837) la dernière résistance syrienne, celle des Driises du Liban, avec l'aide des Maronites, il revendiqua la possession définitive de la Syrie et de l'Egypte pour lui et ses héritiers. Mais le sultan avait réussi à se refaire une armée qu'il exerçait victorieusement contre une rt'volte des Kourdes sur l'Euphrale. Poussé par l'ambassadeur Ponsonby, il rompit «mi juin I83ii

H.ALMliUsTliN

avec Vin vassal déclaré rebelle et porta en Syrie les 60.000 hommes crHafiz-pachà.

La question se rouvrait entre les Turcs et les Arabes ; le règlement militaire ne traîna pas. Le 24 juin, en quelques heures, Ibrahim et Soliman -pacha refoulaient les troupes turques à Nézib, passaient le Taurus et recommençaient l'invasion de l'Asie Mineure. Une semaine après, Mahmoud mourait (1''" juillet), remplacé par son fils, un jeune homme de seize ans, Abdul-Medjid. Pour comble, le capitan-pacha, Achmet, chargé d'attaquer Alexandrie, livra la flotte aux Égyptiens. Dans ce désarroi, le grand-vizir Khosrew se résigna à l'inévitable ; par ses ordres, Akif-effendi offrit à Mohammed-Ali l'hérédité de l'empire syro-égyptien constitué par les victoires d'Ibrahim (2i juillet). La France y consentait, heureuse de l'accroissement de prestige qu'elle réaliserait à cette occasion dans le Levant, et même en Algérie, à la veille des opérations contre Abd-el-Kader.

Mais Palmerston n'y consentait pas. 11 fut enchanté lorsque Nicolas I", en vertu d'LTnkiar-Skélessi, prétendit apporter au nouveau sultan le secours de ses forces ; plus encore quand Metternich, en accord secret avec Louis-Philippe, proposa que les puissances prissent l'affaire en main. Aux yeux du roi des Français et de son ministre Soult, une telle combinaison, qui sauvegarderait la paix par les longs débats d'une conférence diplomatique, ferait pièce à la Russie dont les privilèges de 1833 seraient neutralisés par les droits des autres États, et à l'Angleterre, déjà humiliée parce qu'un certain nombre de ses officiers, embarqués sur les vaisseaux turcs, avaient été livrés par Achmet avec les autres. Elle placerait enfin la Turquie sous la tutelle de toute l'Eurojie. Pour l'heure, elle empêchait la paix directe entre le sultan et son vassal. Le 27 juillet, une note fut remise au grand-vizir : les Cinq priaient <' la Sublime Porte, en attendant les fruits de leurs dispositions bienveillantes, de ne décider absolument rien sur la susdite question orientale d'une manière définitive, sans leur (concours ».

I/affaîi'o flOrîoni prov<»(|uc une crise eiiropponno

(1840). — Avant tout, les ministres de Louis-Philippe avaient voulu briser la Russie en Orient; ils parlaient de politique pacifique à l'heure même où une escadre française croisait avec les autres à l'entrée des Dardanelles pour s'opposer, au besoin par la force, à la sortie des vaisseaux russes. De ce paradoxe, Palmerston allait profiter, pour le triomphe d'autres projets. Aux conférences tenues à Londres sur les conditions à inqjoser à Mohammed-Ali, il ne s'en-

tendit point avec Giiizot (car la France refusait de souscrire à un ultimatum pour obliger le pacha à rendre la Hotte turque) ; il prit le parti de s'adresser à l'Autriche, puis au tzar. Nicolas I^', qui y vit jour pour isolera son tour la France, se déclara prêt à renoncera Unkiar-Skélessi, pour tout régler avec l'Europe, de préférence sans la France (septendjre 183!)). Du coup, Palmerston avait partie gagnée. Le meilleur atout, il le tint du gouvernement français, ou plutôt du minislère Thiers (4''' mars 1840). Il ne suffisait pas, en effet, aux oppositions parlementaires coalisées contre Mole, coui)able d'interpréter la politique paci(i(jue du roi, d'en obtenir le remplacement par Soult. Files accusaient Soult de mollesse pour avoir signé la noie du ^1 juillet, le présentaient comme suspect de partialité pour l'Angleterre, parlaient d'une attitude c nationale », ferme et digne, à tenir devant l'étranger. Les démonstrations hors des Chambres accusèrent le désaccord entre les sentiments de la nation et l'ancienne politique royale. Tandis qu'Auguste Barbier dénonçait dans ses Stances et Poèmes (1837) l'égoïsme cynique des vainqueurs de 1830, d'autres romantiques construisaient, avec la collaboration de l'instinct populaire, la légende d'un Napoléon ultime représentant des traditions nationales : au premier rang, Victor Hugo, récemment converti au bonapartisme littéraire. Les Rayons et les Ombres (1840) expriment ce regret de la gloire que le « Napoléon de la paix 1) (c'est-à-dire Louis-Philippe) n'a pas su procurer aux Français.

Je garde le trésor des gloires de l'Empire.

« Rêveur sacré », il annonce que le siècle présent se fera d i)ar la combinaison d'un homme d'action et d'un poète ». L'Arc de triomphe, enfin inauguré en 1836, lui fait évoquer tous ceux de la grande épopée, (( ceux de quatre-vingt-treize et de mil huit cent onze ». Enfin, voyageant sur le Rhin, il découvre, en dépit li'apostrophes à l'Allemagne, k nolile et sainte patrie de tous les penseurs », l'antagonisme redoutable entre les peujjles établis des deux côtés de ses eaux vertes : o Ce sera j)eut-être un jour la question flagrante du continent ».

Ce le fut presque déjà de mars à octobre 1840. Thiers se déclarait, contre le tzar, partisan de l'amitié anglaise, mais pour la pratiquer d'une façon spéciale. Président du Conseil, il imagina de prodiguer à Londres les assurances pacifiques, auxquelles ses discours antérieurs contre Soult donnaient par avance un démenti, et d'exercer une pression à Conslantinople pour »|ue, le grand-vizir Khosrew écarté, le traité préparé en juillet 1831) au prolit de Mohammed-Ali fût promulgué i)ar lirman. En juin, l'affaire allait se conclure quand

Ponsonbv à Constantinople, et Apponyi, ambassadeur autrichien à Paris, éventèrent la négociation. Aussitôt tombèrent les résistances que Palmerston avait éprouvées chez ses collègues whigs à conclure une entente avec la Russie contre la France protectrice des Égvptiens. Il publia que Louis-Philippe et Thiers avaient mystifié l'Europe, en attendant de la troubler ; ne se proposaient-ils pas par bravade, de ramener à Paris les cendres de 1 Empereur (cv que Palmerston sétait empressé d'accorder) comme prélude a une action européenne ? Le 15 juillet, sans prévenir Guizot, il signa avec la Russie, l'Autriche et la Prusse, le Imité de Londres, qui exprimait les résolutions des puissances au sujet de l'Empn-e ottoman. Les Quatre du « pacte de Chaumont .), i-ésolus à maintenir l'intégrité"^ de cet Empire par la défense de Constantinople et des détroits, signifiaient à Mohammed-Ali d'avoir a restituer au sultan la Syrie du nord et le district d'Adana, la Crète, la Mecque et Médine, pour ne conserver que l'Egypte à titre héréditaire, la Syrie du sud à titre viager. S'il résistait, il serait, dix jours après la remise de Vultimatum, déclaré déchu. Ponsonby, préludant à l'exécution militaire, envoyait un agent qui souleva, par des promesses de secours, les populations du Liban contre l'administration d'Ibrahim. La France, terre de liberté, soutiendrait-elle contre l'Europe une domination que les intéressés eux-mêmes n'accepteraient plus?

Poser ainsi la question, c'était vouloir, suivant 1 expression de Louis-Philippe, exciter « le tigre ,. et jouer « le terrible jeu des révolutions ...Thiers, pour sa part, ne demandait pas mieux ; depuis qu'il étudiait, en vue de son Histoire du Consulat et de rEinpire,les campagnes de Ronaparte, il se découvrait des aptitudes au commandement, dressait les plans d'une guerre de la France contre l'Europe, comme au temps des coalitions antirévolutionnaires, a la fois au delà du Rhin et des Alpes. 11 créa de nouveaux régiments d'infanterie et de cavalerie. Le roi ne semblait pas moins décidé : lui qui, depuis dix années, malgré émeutes et attentats, s'interposait entre les Français, assoiffés de revanche militaire, et les monarques oppresseurs de l'Irlande, de l'Italie et de la Pologne, il se trouvait menacé par eux comme en août 1830. u Vous êtes des ingrats, dit-il aux ambassadeurs d'Autriche et de Prusse. Vous voulez la guerre : vous l'aurez. » Le duc d'Orléans voyait juste quand il préférait « succomber sur les rives du Rhin ou du Danube plutôt que dans un ruisseau de la rue Saint- Denis ». La nation acceptait l'idée de la guerre et, pour commencer, la levée en masse et la marche palrioticiue à la frontière. Pour que la surprise de 1814 :

HIO f:HAPITRK XII

Paris cajdiiir iipit's nno bataille d'avant-postes, ne se renouvelai pas, elle Mpplniidil Thiers lorsqu'il mil en train la conslnictioii de reiiccinlf lorliliéc. l.es travaux eoinni('uci'»renr le Ki uoveiubre, au chant de la Marseillaise.

De son côté, l'Europe s'enlètail dans son allilude de déli. Non seulement les souverains : Nicolas l*"", toujours excité contre la France perverse et dangereuse au repos des rois, Frédéric (iuillaume IV de Prusse froi le 7 juini, dévot de la monarchie pali'iarcale appuyée sur une bonne police, Ferdinand dAulriche el Mctternich, apeurés à l'idée d'un nouveau 181-iO ; mais les peuples, donl les philologues et les érudits <( patriotes » proclamaient le droit à l'existence contre les menaces des Lalins. Alors que les germanophiles de France, (Cousin, Saint-René Taillandier, rêvaient dune Allemagne u collaboralrice naturelle i)our la libération des individus », Heine, mieux inlormé, soufflait sur ces chimères. Et la déclaration par laquelle Anglais et Russes attestaient qu'ils n'avaient d(>ssein que d'assurer la paix, semblait de l'ironie au moment où à HeyroulliK le tonnerre du canon soutenait le contraire ». Le chant de Becker sur le Rhin allemand et la réponse de Musset, expressions de bravades et de rancunes sentimentales, le retour des Cendres, pour lequel Victor Hugo publiera dans un recueil à part ses poésies d'inspiration napoléonienne, depuis la première Ode à la Colonne jusqu'à Napoléon II, la fête anniversaire de Leipzig, témoignaient de la profondeur d'émotion qui dressait, comme en 1813, contre le l)eu}>le français, isolé el insulté, l'accord des États fondés sur la force et des nations de proie.

La Convi'^ntioii clos Dôtroils (1841). — Le u tonnerre <lu canon de Beyrouth » éclaircit la situation. Le ■!(> atu'd, Vullinialnm des Oualre avait été signilié à Mohammed-Ali. Une flotte anglaise, autrichienne et tunjue, commandée par sir Charles Napier, parut devant Beyrouth; le 12 septembre, elle bombarda la ville qu'Ibrahim évacua. Les Druses, qu'il avait soumis en 1837, commencèrent à massacrer les Maronites du Liban ; et la Syrie se souleva. Sainl- Jcnn d'Acre bombardé el perdu (2 novembre i, les Égyptiens évacuèrent la Palestine et se replièrent sur l'isthme de Suez. La flotte française qui, dans le plan de Thiers, devait collaborer avec celle du pacha contre les ports turcs et Constantinople, fut rappelée de Salamine à Toulon. Le 25 novembre, Napier paraissait devant Alexandrie el Mohammed-Ali, conseillé par Walewski, consul général de France, accédait aux conditions de l'Europe : la paix avec le sultan et rEgyi)te héréditaii-e.

LA RUSSIE ET I.A QUESTION D ORIENT ol 1

Ces conditions, Louis-Philippe les avait acceptées d'avance quand il s'était séparé de Thiers {'10 octobre 1840;. Thiers avait déclaré qu'il n'engagerait pas la guerre pour la Syrie, mais qu'il ne souffrirait pas que l'Egypte fût enlevée au pacha. C'était abonder dans le sens du traité de Londres. Pour masquer toutefois cette retraite, il voulait annoncer dans le discours du trône la résolution de porter l'armée à aOO.UOO hommes, chiffre exagéré pour achever la conquête de l'Algérie, à laquelle le roi réservait désormais ses soins. Le ministère Soult-Guizot (29 octobre) prit à tAche de renouer avec Londres l'entente qui ferait sortir la France d'un isolement préjudiciable à ses intérêts orientaux et maintiendrait les Thisses loin de Constantinople.

Palmerston l'y aida fort peu : son ambassadeur Ponsonby suggérait au sultan de refuser à Mohammed-Ali l'hérédité de l'Egypte^ (janvier 1841). Mais le Parlement le désavoua ; de même ses alliés d'Europe centrale, qui ne tenaient pas à prolonger autour d'une vaine chicane cette tension des esprits qui avait failli déchaîner la guerre. Si bien qu'une Note de la conférence de Londres proclama la paix rétablie entre le sultan et son vassal. Abdul-Medjid recouvrait la Syrie, mais promettait de nommer toujours au pachalik d'Egypte l'un des descendants directs de Mohammed-Ali (SI janvier). — Une intrigue de Ponsonby manqua de tout remettre en question. A sa suggestion, le sultan, par un halli-chérif dn 18 février, apporta de telles restrictions à l'hérédité (nomination du pacha parmi les descendants au gré du sultan, réduction de l'armée à 18.000 hommes, nomination des officiers et perception d'un quart des impôts par le sultan) que Mohammed-Ali se regimba. 11 fallut la disgrâce du grand-vizir Réchid-pacha (18 avril) pour qu'un nouvel hatti-chérif, accepté le 10 juin, constituât enfin à FKgypte un statut international. L'hérédité par ordre de primogéniture était établie dans la famille de Mohammed-Ali ; mais le maintien de la suzeraineté du sultan serait constaté par le paiement annuel d'un tribut de 10 millions, par le droit de nommer seul aux grades supérieurs à celui de colonel, et d'autoriser la mise en chantier de tout vaisseau de guerre. Dans cette province à demi émancipée de la Turquie, c'était la formule anglaise qui triomphait.

Elle inspira de môme la Convention des Détroits (13 juillet 1841). La Conférence avait déclaré clos le traite'' du 15 juillet 1840 que la France, officiellement, ignorait. L'alliance des Quatre n'existait plus (5 mars). A la place, les ambassadeurs des cinq cours signèrent une déclaration qui, sans formuler une fois de plus les prin- <-ipes touchant ririlégrifé el. l'indépendance de l'Empire ottoman,

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reconnaissait « les droits souverains de Sa Ha»itesse le Sultan », et stipulait en temps de paix la fenncliire des Dardanelles et du Bosphore aux Hottes de guerre des puissances, à l'exception des bAtinients légers autorisés par le sultan pour le service des légations.

Rôsiiltnts do la crise. — Le résultat de toute cette crise s'inscrivait au hénélice de l'Angleterre. La Russie, vaincue pour avoiisuivi en aveugle les rancunes de Nicolas I*"'' contre Louis-Philippe, perdait les avantages d'L'nkiar-Skélessi, était rejetée dans la mer Noire, sans issue vers la Méditerranée. — La France avait vu la guerre de trop près pour que tous les jeunes politiciens, bonapartistes, libéraux, et bientôt radicaux-démocrates, ne tinssent pas rigueur au roi des Français de préférer une ci paix à tout prix » à l'occasion de déchirer les traités de 18iS. — L'Angleterre, qui n'avait rien concédé pour ménager l'amour-propre français et qui s'appliquait à pratiquer avec raideur la seconde entente cordiale (1841-1846), rejetait Mohammed-Ali au sud, Nicolas P'" au nord de ces provinces centrales de l'Asie antérieure à travers lesquelles ses ingénieurs projetaient déjà de faire passer voyageurs et marchandises à destination de l'Inde. Le plan de Chesney (1837) ressuscitait Antioche sur la plage de Suédiah, lançait le rail vers l'Euphrate qu'une flottille desservirait jusqu'à Bagdad (oîi précisément le résident, établi par VEasl India Company depuis 1T98 avec une garde de cipayes, recevait du Foreign Office des pouvoirs consulaires) et jusqu'au (( Golfe », prévoyait enfin, quinze ans avant les projets de Lesseps, la voie mixte de circulation du premier transasiatique. C'est de cette région, non plus de Constantinople ou de l'Egypte, que devait sortir le prochain conflit oriental.

La Turquie et le Tanziniat. —C'est que l'Empire ottoman, maintenu mais non garanti par les puissances, n'était ni restauré ni adapté par îles réformes à la vie européenne. Mahmoud, avec toute son intelligence, n'avait rencontré le succès dans aucune entreprise; Abdul-Medjid, jeune et entouré de « Jeunes-Turcs », travaillait à galvaniser la Turquie. Le halli-chérif de Gulhané (3 novembre 1839) traça le plan d'un régime constitutionnel dans lequel tous les sujets trouveraient la garantie de leurs libertés civiles et religieuses, et l'assurance d'impôts équitables par la lin des monopoles financiers et des u mangeries » de fonctionnaires. Réchid-pacha, qui présidait à la réforme {Tanzimal), organisa l'armée suivant le système occidental. Cinq corps, dont trois en Europe, massaient les régiments de nizams (soldats de l'active ser-

vant cinq ans) et de rédifs (réservistes mobilisables pendant sept ans). A la place de cette république de fonctionnaires contre laquelle Mahmoud avait lutté, Abdul-Medjid projeta d'organiser une administration à la fois spécialisée et centralisée. Dans chaque province, le l'ali exerçait le gouvernement civil, le deflerdar répartissait et levait les impôts, un moiichavir commandait les troupes, tous sous leur responsabilité (28 novembre 1852). 11 supprima la vente des esclaves nègres. Dès 1845, il essayait de créer un mouvement en faveur de l'instruction à l'occidentale par le moyen d'écoles spéciales, sur le modèle allemand ou français. Si le Tanzimat avait pu triompher de deux obstacles principaux : l'hostilité des éléments « vieux-turcs >•> à tout ce qui affaiblirait rislam, — les revendications des communautés chrétiennes promptes à réclamer l'appui des étrangers, il eût peut-être fait subir à la force ottomane des transformations qui l'auraient rendue redoutable. Nul ne le craignait autant que Nicolas I^^

Nicolas 1*^"^ et l'Eiu-opc en 1848-18o0. — En 1848, le tzar se raidit davantage dans son attitude absolutiste. Au lieu d'avoir à surveiller les essais de réformes du sultan, voici qu'il lui incombait de protéger l'Europe même contre la révolution populaire. Dès février, « notre commune existence est menacée d'un danger imminent, écrit-il au roi de Prusse. H faut ne pas reconnaître le gouvernement révolutionnaire de la France. » Pourquoi miner alors en 1840 celui que la révolution venait d'abattre? Mais s'il conçut l'idée de reprendre contre la République le rôle d'Alexandre l'"^ contre Napoléon, les émeutes de Berlin, de Vienne et des cours allemandes, autrement dangereuses que celle de Paris, l'en détournèrent. Car les réfugiés de la Pologne russe trouvaient accueil à Berlin ; le Parlement de Francf'orl réclamait pour l'Allemagne unifiée le Schleswig et le Holstein, avec l'accès aux détroits baltiques. Des États anti-russes cherchaient à se constituer en Galicie polonaise et en Hongrie ; et même, à Bucarest, r « Union des Roumains » préparait l'avènement d'un État de nationalité latine, qui barrerait aux armées russes la route de Constantinople.

11 n'hésita pas à intervenir. A Frédéric-Guillaume IV, qu'il estimait amoindri par sa promesse d'une constitution, il déclarait : (' Je ne veux pas d'assemblée constitutionnelle à mes côtés n, et il offrait des régiments pour écraser la populace de Berlin. Que le roi se débarrassât surtout des u instruments les plus infâmes de la révolte et de l'anarchie (les Polonais), et (ju'il ne les soutînt plus

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dans leur soi-disant nationalilé n. En Antriclii', qu'il lui paraissait n«''cossairc de maintenir coinnie jiuissance allemande, pour que, rejetée vers l'est danubien, elle ne devînt pas une gène à la projjagande russe, Nicolas soutint Schwarzenberget il approuva ce général-major de rétablir l'absolutisme en Italie contre les insurrections encouragées par l'Angleterre. — Sa main s'aperroit dans trois ordres de faits : 1" (Contre les « patriotes » allemands de Francfort qui, dans les duchés, appelaient à l'aide les troupes prussiennes, il lia partie avec la Suède et l'Angleterre. La Conférence de Londres, après avoir imposé aux duchés un gouvernement provisoire prusso-danois (août 1818), finit par les rendre au Danemark (juillet 1849) en attendant (|uc fiU réglée la succession royale (18o';i). — 2» Contre le roi de Prusse lui-même décidé à marcher contre l'Autriche, Nicolas prend position (1850), convoque à Varsovie ses conseillers, à qui il dicte la consigne, et le force à résigner entre les mains de Selnvarzenberg, à Olmùtz, ses prétentions à l'hégémonie allemande. — 3" Contre la Répul>lique hongroise, défendue par des généraux polonais, il lance les 200.000 hommes de Paskiewitch qui mettent la Hongrie « à ses pieds d et la livrent aux exécutions autrichiennes. Le seul Abdul-Medjid, soutenu par Palmerston, eu refusant de lui livrer, ainsi qu'à François-Joseph, les chefs de l'armée hongroise, lui résistait avec succès.

Encore devait-il composer avec lui pour régler les suites de \ insurrection roumaine . En Moldo-Valachie, les Russes, par leur Bèglemenl organique de 1832, œuvre de Kisselev, avaient posé les principes d'une administration moderne, mais résolu la question agraire au désavantage du paysan. Puis (convention de Pétersl»ourg, 20 janvier -183'*) ils évacuèrent les principautés. Toutefois, ils y laissaient »lcs consuls qui prétendaient dominer de haut les deux hospodars, Alexandre Ghika en Valachie, Michel Stourdza en Moldavie, leur imposaient jusqu'à leurs ministres. Malgré le développement matériel procuré par les relations avec l'occident, l'opposition, avec Campineano, réclama la cessation du protecloi'at russe, accusa Ghika de servilité. Ghika, aux prises avec une Assemblée hostile, finit par être déposé par les Russes mêmes. Georges Bibesco fut alors élu (1843) qui, initiateur de nombreux travaux publics, créateur d'un enseignement primaire gratuit, du lycée français de Rucaresl, dune école militaire, réussit à signer des conventions de commerce avec la Russie et la Turquie et à supprimer les douanes entre les deux principautés. Il ne désarma pourtant, ni dans l'Assemblée la rancune de ses anciens concurrents au trône, ni dans le jxniple l'opposition acharnée à le représenter

LA RUSSIE ET LA QUESTION D ORIENT SlTi

comme un agent de la Russie. En 1848, un comité valaquede radicaux et de modérés (Rossetti, Jean Ghika, Héliade Radulesco) rompt avec lui quand il refuse d'être son chef, lui arrache une constitution à l'occidentale 19-11 juin\ Ribesco, qui désapprouve l'aventure, abdique (14 juin) pour le profit d'un gouvernement provisoire, lui-même divisé, surtout sur la question agraire. Nicolas P"" décide alors la Turquie à intervenir. Le commissaire Soliman-pacha était sur le point de s'arranger avec les modérés; le tzar le fait remplacer par Fuad-pacha qui, à la première provocation des radicaux, appelle les 20.000 hommes d'Omer-pacha. Les troupes russes entraient aussi (10 juillet). Les deux armées pillèrent et volèrent à leur gré, jusqu'au moment où la convention de Balla- Liman (-1"" mai 1849}, au mépris des traditions nationales, remplaça les Assemblées de boyars par des Divans à la nomination du prince. Elle campa de plus dans le pays 25.000 Russes et autant de Turcs jusqu'à la complète pacification, plaça auprès des hospodars, nommés pour sept ans par le tzar et le sultan Grégoire GMka en Moldavie, Rarbou Stirbey en Valachie), deux commissaires chargés de surveiller la réorganisation.

<( L'empereur Nicolas est maître de l'Europe, disait le prince Albert en 18o'2. L'Autriche est un instrument, la Prusse est dupe, la France est nulle, l'Angleterre moins que rien. » Grâce à lui, l'Europe centrale était revenue à son état de 1813. Mais, en Orient, toute cette puissance était à la merci d'un incident.

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