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III. — Crise du dualisme (i

Le compromis, fondement de la monarchie dualiste, avait, assez aisément, été renouvelé en 1887. L'Autriche-Hongrie s'installait en Bosnie-Herzégovine, incorporait de force les habitants dans l'armée, y constituait une fiscalité à l'européenne, œuvre de Kallay (la « Kal-

IK CIIAPITHE 1

laylhuuie », laillaieiit les journaux viennois). Kalnoky, ministre commun des Affaires étrangères, en dépit des sphères d'inlUience prévues avec la Russie en 1876, prenait ses sûretés avec la Roumanie (projet d'un canal des Portes de Fer, inauguré en 1S96), favorisai! rélection de Ferdinand de Cojjourg, officier autrichien, au trône de Bulgarie (IH87), tenait le royaume serbe de Milan étroitement enchaîné par des tarifs douaniers et des chicanes économiques. C'est [)ourtant de cette politique qu'allait sortir la crise la plus grave du dualisme.

Le conflit tchèque-allemand en Autriche. — Après Taaffe, renversé pour sa politique favorable aux Tchèques, les ministères se succédèrent en Autriche « comme les saisons ». Le prince Windischgraetz (octobre 1893-juin 18951 et Kielmansegg (juinoctobre) essayèrent d'une coalition qui, pour ruiner les Tchèques, promettait une large réforme électorale au moyen d'une cinquième curie. xMais le ministre refusait un lycée slovène pour la ville de Cilli. La (( coalition » en mourut.

Badeni, ministre de la couronne, Polonais et autonomiste, s'avisa d'une distribution nouvelle des partis pour oittenir dune majorité d'Allemands modérés, de Polonais et de Tchèques, le renouvellement du compromis et la célébration sans troubles, en 1898, du jubilé de l'Empereur. Une amnistie prépara les réformes promises, et d'abord la loi électorale du i-i juin 1896. Aux anciennes curies de 1.700.000 censitaires, qui continuèrent de nommer 353 députés, la loi ajouta une curie du suffrage universel : 5 millions et demi d'Autrichiens, âgés de vingt-quatre ans (y compris les censitaires qui votaient deux fois), élurent 72 députés. Aux élections de 1897, le parti libéral-allemand s'effondra. Les Jeunes-Tchèques avaient publié un « Catéchisme national)) qui recommandait, pour lutter contre le germanisme, de n'employer que la langue tchèque, de ne vendiv des terres qu'à des Tchèques, etc.; ils revinrent 59, avec 14 socialistes nouveaux. Le reste était en majorité chrétien-social, populiste, catholi(iue et polonais. Badeni paya d'abord les Tchèques par les Ordonnances du 0 avril 1897. Elles conservaient l'allemand comme langue des rapports entre Vienne et la Bohème, mais décidaient que, dans le service « interne » de la province, les affaires seraient expédiées dans la langue où elles auraient été introduites, et que tous les fonctionnaires devraient savoir les deux langues avant 1904.

Ces ordonnances ai>parurent vexatoires dans les cantons purement allemands. Badeni aurait accordé des exceptions, mais les

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progressistes (anciens libéraux) dénoncèrent le péril slave, s'unirent pour une obstruction antiministérielle, môme avec len pangermanistes. Ceux-ci, élus par la Bohême du nord, une partie delà Moravie, Vienne, Gratz, et groupés derrière Schoenerer (^admirateur fanatique de Bismarck, député en 1873), professaient avec VAlldeulscher Verband que <( l'Empire allemand doit conquérir lAutriche allemande, car le peuple allemand ne peut pas se détourner de l'Adriatique sans perdre ses droits à la situation de grande puissance 1». En attendant, ils préconisaient la séparation religieuse d'avec <( une Église ennemie du germanisme » {Los von Rom) (4). Ils arrêtèrent le travail parlementaire par des scandales de tribune et des pugilats avec les Tchèques, si bien que le président, Abrahamovicz, se fit donner le droit de prononcer au besoin la clôture des débats, et de faire expulser les députés f)ar la police. Les luttes continuèrent dans la rue ; Badeni dut démissionner.

Les Ordonnances rendirent stériles cinq sessions parlementaires. Car le baron de Gautsch (décembre 1897-5 mars 1898] se contenta de promulguer le budget et le compromis par ordonnance impériale (article 14 de I86T1 pour un an, et de retirer les Ordonnances de 1897 pour les remplacer par d'autres (février 1898; qui partageaient la Bohême en trois zones jusqu'à décision du Parlement. Allemands et Tchèques, également mécontents, le firent tomber. Le comte François Thun-Hohenstein, c[ui avait pris un ministre jeune-tchèque et un autre allemand, comptait s'entendre avec son collègue hongrois pour promulguer, ai)rès obstruction violente et clôture du Parlement, le compromis pour dix ans (pacte d'ischl, août 1898) ; mais les discours interminables des Tchèques (obstruction a tactique ») menèrent le Beichsrath jusqu'en décembre, et l'article 14 ne joua encore que pour un an. L'année suivante, le Beichsrath refusa d'élire la Délégation (octobre t899, chute de Thun). Après le comte Clary-Aldringen (octobre-décembre) qui, sur pression secrète de Berlin, abrogea les Ordonnances de 1898, Wittek gouverna tout juste un mois pour appliquer encore l'article 14.

Conquête du suffrag-e universel. — Koerber (19 janvier 1900) fît tenir des conférences de conciliation entre Allemands et Tchèques de Bohême et de Moravie ; mais sans succès. Le 8 juin, au milieu d'un tumulte affreux, les interpellations commençaient au Beichsrath (il y en avait 4.000, déposées par 400 orateurs); Koerber en

(I) Li; moiivenient l'-tail soutenu par VOdiii Verein (de Municli) el parla Gazette de lu Croix.

prononça la prorogation, puis la dissolution (8 septembre). « C'est la dernière tentative constitutionnelle, déclara TEmpereur, que fait le gouvernement pour rrgéiiérer le Parlement, n En effet, depuis IS97, il n'existait plus de budget l'égidier ; toutes les forces de la monarchie se trouvaient paralysées, et l'Empereur seul gouvernait. Aux élections de -1901, Koerber rêvait d'obtenir une représentation des intérêts (non plus des nationalités). La cinquième curie devait tuer le nationalisme par le socialisme. Le calcul fut déjoué, car les nationalités continuèrent à s'affirmer. Les socialistes furent battus en Bohème, Styrie, Galicie, les antisémites en Basse- Autriche. Par contre, les partis allemand et slave revenaient renforcés ; des « Tchèques agrariens » apparaissaient, et des u Tchèques ouvriers », aussi radicalement nationaux que sociaux. Les petits partis renforcés (Italiens, catholiques, Boumains) arrachèrent quelques concessions, mais, dès les premières séances de l'Assemblée, le tumulte recommença. Koerber eut beau s'entendre avec le ministre hongrois de Szell {accord de In Saint-Stjlveslre, 31 décembre 1902) pour proroger jusqu'à 1907 les chapitres liouaniers et commerciaux du compromis, il n'en put obtenir la ratification parlementaire. Le baron de Gautsch, après lui, s'en passa ; de même, le prince Hohenlohe-Schillingsfurth (30 avril 1906).

Le baron de Beck (3 juin 1906) s'avéra plus heureux. D'une part, après seize mois de négociations, il renouvela le compromis jusqu'au 31 décembre 1917 sous la forme d'un accord commercial et douanier qui augmentait la contribution hongroise de 2 pour 100. D'autre part, il rendit de nouveau possible la vie parlementaire par la loi électorale du 36 janvier i907. Ce n'avait pas été sans peine. Encouragés par la renaissance économique de leur pays, les Tchèques s'étaient alliés aux socialistes pour réclamer le suffrage universel ; ils entraînèrent les Slovènes et les Buthènes (non les Polonais, dont la noblesse ne tenait guère à supporter en Galicie le contrôle indiscret d'un Parlement populaire), et finirent par l'emporter sur l'entourage du souverain. François-Joseph se trouvait alors aux prises avec les Magyars. 11 s'inquiéta de la révolution russe (1906 ; il accorda le suffrage universel. La loi ramena au chiffre de loO à 170 {mimeras clausus) le nombre des pairs viagers à la nomination de la Couronne. Pour le Reichsrath,étaientélecteurs tous les Autrichiens d'au moins vingt-quatre ans, domiciliés depuis un an dans la commune ; éligibles au scrutin direct, secret, uninominal, les sujets autrichiens (depuis trois ans au moins) Agés de trente ans. Chaque pays cisleithan recevait un nombre fixe de mandats calculé sur la population, le total des impôts et le degré de culture intellec-

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tuelle ; les villes et les bourgs formeraient des circonscriptions distinctes des campagnes : en tout, 5J6mandats (dont la majorité assurée aux Allemands).

Après les élections de mai 1907, bien que les Slaves eussent gagné 31 sièges, et les socialistes 77, l'Empereur se félicitait d'un résultat qui remplaç^ait les 22 groupes de l'ancienne Chambre par S blocs: catholique allemand (unifié par la fusion des chrétiens-sociaux avec le parti populaire catholique du baron Dipauli et d'Ebenbosch), tchèque, polonais, ((Association nationale allemande )>, socialiste. Ce pouvait être en effet le début d'une vie politique nouvelle.

La Hongrie et le « parti de l'Indépendance »>. — Pendant ces conflits cisleithans, la Hongrie avait connu la paix. Banffy, successeur de ïisza, tenait ses « hordes » sous le joug. Si les Serbes du sud esquissaient quelque agitation, un procès pour association secrète les ramenait à la raison (procès de VOmladina, 1893). Le congrès des Roumains, Slovaques et Serbes de 1895 n'inquiétait pas le ministre. En 1894, les Roumains, coupables d'avoir adressé à (( l'Empereur » un mémorandum sur la violation par les Magyars de leurs droits municipaux, scolaires, confessionnels, électoraux (1892)^ se voyaient condamner pour rébellion par un jui^y magyar. En Croatie, la haine entretenue avec soin entre orthodoxes et catholiques (jusqu'au moment où Strossmayer réalisa l'union de son parti avec le parti nationaliste-radical de Starcewitch, 1903) par le ban Khuen-Hédervary, devenu comme un satrape absolu, garantissait le silence.

La Hongrie en profitait pour faire la loi à Vienne, non seulement dans les affaires étrangères où prévalaient l'influence et le personnel magyars, mais aussi dans les tractations habilement conduites pour les renouvellements provisoires du compromis. Pourtant, Banffy, soutenu par ïisza, ayant voulu se passer du Parlement (qui commençait l'obstruction) pour promulguer le compromis, des défections dans son parti le renversèrent. Koloman de Szell (23 février 1899), son successeur, allait connaître derechef les conflits de nationalités. Déjà les Magyars voulaient que leur indépendance à l'égard de Vienne apparût sur les emblèmes d'État et sur les drapeaux. En 1902, le député Kossuth (fils du ministre de 1849), discutant un projet d'augmentation des effectifs déposé par le ministre commun de la Guerre, demandait que le magyar, non l'allemand, fût la langue de l'armée transleithane. Szell démissionna 10 juin 1903 et ne fut remplacé que deux mois plus tard par le ban de Croatie, Khuen-Hédervary (août), qui tomba en novembre

sans avoir rii-n lait. Etienne Tisza Icnla »l(» Iroiiver un moyen tormo on repriMianl lo prograinnic des liltri-aux dans rcîspi-il, du dualisme. 11 »''lail hienlùt dél)()rdé par le par// tic l' Indépendance qui, avec Apponyi, Andrassy el Kossuih, reprenant la ftolili«iue de 1848, revendiquait la complète disposition do l'armt^e et des finances, n'admettait plus comme lion avec l'Autricho que la personne du souverain, faisait triompher ce prograumu' aux élections de janvier 1905, oîi les libéraux Curent écrasés. Le coullit s'ouvrait entre la couronne et la nation.

Le conflit eoiistîtiitîoiiiiel. — Bien que le parti de l'Indépendance aunon<^At une ci politique positive », Tisza ne pouvait plus gouveriuM-; il démissionna (3 février liJOo). Mais François- Joseph refusait daller au delà des réformes acceptées par le parti libéral (devenu ainsi constitutionnel); ce n'est qu'en juin que le général Fejervary formait un ministère. Aussitôt il prorogeait la Chnudu-e, puis démissionnait \1 septembre), reprenait le pouvoir

BiDA-Piism. — Palais di Pahi.i:mi;iNt Hongrois

en ajournant les Chambres jusqu'au 5 mars 1906, tout eu promellant le suffrage universel, et se consacrait à combattre les conulats qui sagitaient à leur tour. Puis la Chambre était dissoute el, sur résistance des députés, dispersée par la force armée. Le direc-

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leur de la police, noiunié commissaire royal, mettait Buda-Pesth en étal de siège.

Les chefs du parti de l'Indépendance en appellent alors aux Slaves. En Croatie, depuis le départ de Khuen, un parti serbo-croate s'était formé, qui conquérait la majorité au Sabor. Kossuth lui promit, moyennant son aide, l'application complète de la Nagoda; et les résolutions de Fiume et de Zara assurèrent l'élection de 253 (i indépendants d. La coalition prit ainsi le pouvoir (ministère Wekerlé, Kossuth, Andrassy, Apponyi, 7 avril 1906), renonça à soulever la question des langues dans l'armée, mais oublia vite ses promesses aux Slaves, et prétendit imposer i^mai 1907) le magyar comme langue des chemins de fer en Croatie-Slavonie. Le Sabor de Zagreb, où 42 « résolutionnistes » affirmaient leur volonté d'autonomie, d'accord avec 20 c( catholiques du droit pur », contre 22 (( magyarons », protesta et fut dissous parle ban Pejacsevitcli ; son successeur, Rakodczay, par ses provocations, déchaîna l'émeute. Kossuth céda enfin; mais lorsque le ban Rauch procéda aux élections, 56 résolutionnistes (dont 21 Serbes) formèrent de nouveau la majorité. Pour les briser, et pour gagner les Magyars à l'annexion de la Bosnie, le ministre commun des Affaires étrangères, d'Aerenthal, inventa contre cinquante-trois Croates une accusation de haute trahison. — Cependant, Wekerlé déposait un projet de loi électorale qui prévoyait le scrutin public elle vote plural. Mais, pour ne pas compromettre le caractère magyar de l'État hongrois, ceux qui ne sauraient ni lire ni écrire en hongrois ne seraient électeurs iju'au premier degré; 10 d'entre eux éliraient seulement un électeur du second degré. Fureur des socialistes, des Slaves et des Roumains qui réclament l'égalité, mais à qui Andrassy répond : •' Légalité politique est une utopie ». — Restait le conflit avec la couronne. L' « Indépendance » voulait toujours la langue hongroise dans l'armée, des drapeaux spéciaux, une banque hongroise démission (que refusait à Vienne le parti chrétien-social). Wekerlé démissionna (avril 1909). En trois ans, le parti de l'Indépendance aboutissait à un « fiasco ».

Lukacz, qui remplaça Wekerlé, ne put même pas amorcer la loi électorale (sans vote plural); et Wekerlé reprit le pouvoir. Sans doute il aurait cédé aux volontés du roi ainsi que Kossuth, mais le président de la Chambre, Justh, secramponnait àl'idée de la banque particulière. Nouvelle démission de Wekerlé qui resta cependant chargé des alfaires jusqu'en automne. Andrassy, Tisza, Lukacz refusaient tour à tour le pouvoir qui échut à Khuen-Hédervary (18 janvier I910j sur les bases du dualisme. Mal accueilli à la Chambre

CIIAIMIHK I

(où s'eiiy:agcait une Ijataille à coups irenci-iers, de [)oiic-alIunieltt!s, etc.), il ivpoudait au vote (te défiance par une dissolution; et les élections du 10 juin écrasaient le parti de l'Indépendance au profit du nouveau parti milional du Iravail d'Andrassy. Mais la crise de nationalité n'était pas résolue.

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