‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 43 sur 96 · ciiAi-mu-: xiii · texte numérisé non relu

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<lo la laiiiriu' jiiiidicjnc, lies notions de propriété et de liherté, déliant des autoiités locales, il éconlait les jn-ophètes qui annon(;aient la concession ii:ratnitc de la ten-e par ordre de Dieu.

De plus, ropéralion, prévue pour vini>t années, dépassa le règne du « tzar libérateur ». Or, tant que le paysan n'avait pas commencé à racheter, il devait la corvée ou l'obrok, débattus avec le maître ou fixés j»ar les règlements locaux. Au 1'^'' janvier 1876, tJ. 118.000 paysans, <( teiuporairement obligés », se trouvaient encore liés aux seigneurs par une « charte réglementaire osons l'arbitrage des(( arbitres de paix ». Et il leur fallait attendre 49 ans pour s'assurer la complète émancipation; car, à part 640.000 serfs, ceux qui avaient racheté n'avaient pas payé. Ceux qui (comme à Smolensk) avaient racheté à prix ti'op élevé, n'arrivèrent pas à payer les taxes, ni à nourrir leur famille. En général, les rachats par consentement mutuel (les moins nombreux) se traitèrent dans les pays de terre noire; dans les autres, peu fertiles, l'État dut imposer, à la demande du seigneur, le rachat d'un minimum de terres, les paysans demeurant locataires pour le surplus. La défiance était si répandue que là où les propriétaires cédèrent gratuitement, selon leur droit, le quart des lots réglementaires (pour débattre en toute liberté le prix du reste), les paysans s'en contentèrent pour éviter de payer les taxes temporaires (1^. Combien d'autres, naïfs, s'imaginaient que la liberté leur assurerait la fortime immédiate et, quinze ans passés, ne se croyaient pas libres, à cause des redevances, et parce qu'ils devaient encore travailler de leurs mains.

L'opération financière qui portait, au lendemain d'une guerre, sur 700 millions de roubles (2 milliards et demi de francs) ne s'effectua pas sans troubles. L'État ne versa pas l'argent liquide ; il paya avec des (( certificats de rachat » nominatifs, convertis par tirages en billets de banque ou eu obligations 5 pour 100 au porteur, amortissables en 37 ans. Mais il arriva que les détenteurs de certificats voulurent réaliser, ce qui amena une dépréciation du papier et la gêne jusqu'à la souffrance pour beaucoup de propriétaires.

Avec le temps apparurent d'autres conséquences. Ouand les tribunaux civils évaluèrent, à l'instigation des nobles, les terres à trop liant prix, les nobles, comme créanciers, remirent la main sur les paysans. Avec les naissances nombreuses, le lot de chaque famille se révéla insulïîsant; beaucoup de paysans le quittèrent, louèrent leur travail comme journaliers, reconstituèrent un prolétariat misé-

(l) Aujourd'hui, suitoul clans les pays de sol lii-hc, ils reooniuiisseiil leur erreur et recoiumencenl à élever des prétcnlioiis sur hi lerre.

rable. Encore ne trouvaient-ils pas toujours à se louer. Car les nobles n'employaient pas les indemnités versées en améliorations de culture ; pressés d'argent, ils vendaient les terres à des marchands qui se bornaient à en exploiter le bois. Enfin, le mir fut bientôt un cadre trop étroit pour enfermer les familles nouvelles. En 1882, la terre recommençait à manquer aux paysans.

L'émancipation des serfs nen reste pas moins un fait décisif. Si le paysan « libéré )> conserva sa mentalité routinière, le progrès économique, stimulé par le travail rémunéré et par la concurrence, améliora sa vie matérielle. Chaque individu légalement libre, membre responsable dune commune qui s'administrait elle-même, obligé à des économies pour payer ses redevances, tendit à s'affranchir du patriarcat rural. Les jeunes ménages exigèrent bientôt leur maison et leur champ. Elnfin, la liberté d'aller et devenir porta des paysans de race slave, non plus seulement des étrangers, à coloniser les provinces les moins peuplées de l'Empire. Le noble, forcé de composer avec la liberté du travail, comprit qu'il lui faudrait devenir plus actif, ou qu'il serait ruiné. Ce rapprochement entre les classes, réalisé sans secousse dans les nouvelles assemblées administratives, prépara les autres réformes libérales du règne.

Réformes administratives. — Elles eurent pour objet d'établir, par labolition des privilèges, l'égalité entre les sujets.

1) La réforme de la justice s'imposait depuis que des procès multiples accusaient davantage la vénalité des tribunaux. Voukase de iSG'i distingua entre les pouvoirs, détacha la justice de l'administration et la confia à des tribunaux hiérarchisés. A part, les tribunaux de cantons, réservés aux paysans, élus par eux, jugeaient les causes de valeur inférieure à 400 roubles, les vols de moins de 30 roubles, les délits minimes. — La hiérarchie comprit des yu^resc/e paix élus par les conseils municipaux des villes et par les assemblées de gouvernement, des tribunaux de district, une cour de justice par gouvernement, et une Cour de cassation qui fut une section du Sénat. Alexandre II nomma des procureurs impériaux près des cours de justice, institua l'ordre des avocats, introduisit le jury dans les procès criminels, rendit publiques les séances des tribunaux, et les juges inamovibles. La justice, égale pour tous, fut garantie contre la pression aristocratique. En fait, le manque de personnel instruit retarda laijplication delà réforme; quelques jurys rendirent des sentences extravagantes. Le résultat essentiel n'en fut pas moins atteint: relever dans la nation le sentiment de l'équité.

iKjd cn.M'iTiiii xui

:2) En 1S54, s'rtaitMil Iraliics la vriialité et la roiiliiic adiniiiistralivcs. (jlouvernoui's et soiis-f^oiivcrneiir.s éliidaioiiL la surv(ullancc financière des assenil)lées de la noblesse. Dès 18(10, Lanskoï, niinislre de l'Intérieur, et Miliutineponsèrentàleursubstituerde vviiisorfjani's (le contrôle ; n\nïs Ci' n'est qu'en liS(!4., après la disgrâce de Miliutine, que furent créés \cs zemstros. Dans les gouvernenu'idsde l'ancienne Moscovie, les quatre classes noi)Ies, paysans., artisans, commerçants des villes) élurent <les zemslcos de district qui nommaient des zemstvos de gouvernement. Parmi leurs nombreuses attributions figuraient la nomination des juges de paix, la répartition des taxes pour l'entretien d'une partie des chemins et des écoles, l'assistance et l'hygiène. Une commission executive permanente les suppléait dans les intersessions. Réforme capitale, qui excita l'enthousiasme ; incomplète cependant. Car les zemslvos réduits, faute de revenus propres, à frapper les paysans de taxes supplémentaires, entrèrent souvent en conflit d'attributions avec les gouverneurs. Ici surtout, la Russie moderne dut composer avec les résistances du passé.

3) La réforme intellectuelle suivit, fragmentaire encore. A Moscou et à Pétersliourg, la censure préventive des livres et des journaux céda devant le système français de l'avertissement suivi delà suppression; elle subsista dans les autres villes. Le ministre de l'Instruction i)ubliquc, amiral Poutiatine, inquiet de l'enthousiasme que soulevait la nouvelle philosophie allemande, supprimait les cours publics, bousculait avec des troupes étudiants et professeurs. En 1863, son successeur Golovnine rouvrit les Universités, créa ceJle d'Odessa; à toutes, il concéda une certaine autonomie. Elles devaient rédiger leur règlement intérieur, élire leur recteur et le conseil de discipline, présenter les candidats aux chaires \ncanles (shtlul universitaire du 13 juin). L'année suivante, il rajeunit l'enseignement secondaire qui datait de Catherine II; il distingua les gymnases classiques dont l'enseignement littéraire menait seul aux Universités, et les gymnases a réels » d'enseignement moderne purement scientifique.

Mais déjà le tzar se détournait des réformes et disgraciait Miliutine, sous l'influence du parti national slave, à la suite de l'insurrection polonaise.

La criso de la Polog-ne (Ui<>2-t8(>^). — Si, depuis !83"2, il n'existait plus de Pologne, une nation polonaise vivait, conservée par ses nobles de campagne, ses femmes, son clergé catholique ti'ès patriote, encouragée par les réfugiés de Paris, groupés autour du prince Czartoryski, et par les jeunes gens (beaucoup ilevenus révo-

lutionnaii'e& niazziniens). Tranquille en 1855, elle espéra voir sortir pour elle-même, sinon du Congrès de Paris présidé par un Walewski, au moins du mouvement réformateur de 1858, des concessions politiques. Or, ces concessions, Alexandre II les qualifiait de (( rêveries ». S'il lisait les rapports du marquis Wielopolski sur les améliorations rurales qu'étudiait la « Société agronomique )) du comte André Zamoïski, en revanche le prince Gortchakov ne relAchait l'ien du système de compression.

Aussi l'attitude des Polonais changea-t-elle en 1860. Ils se mirent à célébrer les anniversaires de 1830, malgré les troupes qui chargeaient la foule; la Société agronomique demanda « des institutions émanées de l'esprit national, de ses traditions, de son histoire ». Poussé peut-être par Aksakov, qui concevait pour la Pologne le rôle possible dune autre Finlande, d'un écran contre l'Occident, Alexandre (oukase du 26 mars 1861] institua dans les pays delà Vistule un Conseil cVÉlaî, une Direction de l'instruction publique et des cultes confiée à Wielopolski, des assemblées provinciales élues. Mais il supprima la Société agronomique et fit sal)rer les manifestants qui en demandaient le rétablissement (5 avril). En treize mois, cinq gouverneurs généraux se succédaient à Varsovie; parmi eux, le général Lambert, catholique conciliant, mais mal servi par son entourage qui arrachait des églises les assistants au service de Kosciusko; enfin, le grand-duc Constantin, vice-roi, avec Wielopolski comme chef de l'administration civile et du Conseil d'Etat (juin 1862). Mais la conciliation venait trop tard. En juillet, la crise s'ouvrait par les démonstrations du parti démocrate (les rouges) en faveur de l'indépendance; ils tentèrent d'assassiner Wielopolski et le grand-duc. La noblesse suivait; celle de Podolie et de Lithuanic voulait la réunion de ces provinces au (( Royaume de Pologne )). Pour annihiler les démocrates, W^ielopolski les incorpora dans l'armée; ils se sauvèrent dans les bois (janvier 1863).

L'insurrection. — A la différence de 1831, les Polonais n'avaient ni armée organisée, ni gouvernement central, mais seulement des bandes sorties de Galicie ou des forêts et qui s'évanouissaient après chaque combat. EUessereliaientàdeux comités secrets : l'un à Varsovie qui, au titre de « gouvernement national », leva des contributions, promit à tout combattant un lot de terre après la victoire et, avec deux dictateurs, Mieroslawski et Marian Langiewicz, appela aux armes les Polonais de Prusse et d'Autriche (yanvier-mars) ; — l'autre à Vilno, gouvernement national pour la Lithuanie, qu'il jiroclamait réunie à la Pologne, appela à l'insurrec-

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lion la ^'olhynie, la Podolie et. l'Ukraine (mai). Ces comités comptaient moins sur les bandes que sni- une intervention de l'Europe. Mais Bismarck se hàtit, pour se faire payer plus tard le service, de signer avec Pétersbourg une convention qui l'ernuiit aux insurgt^s la Irontière prussienne. Trois fois (avril, juin, août), la France, l'Angleterre et l'Autriche recommandèrent au tzar un programme en six points: l'amnistie, une assemblée législative, l'administration anx mains de fonctionnaires polonais, la liberté de religion, la langue polonaise comme langue officielle, une armée [)olonaise recrutée régulièi'cnient. Toutefois, elles le soutinrent assez mollement pour qu'Alexandre II se déclarât affranchi des promesses de son oncle en 1815, et résolu avant tout à réduire ule parti dn désordre ». En Russie, les libéraux, les étudiants de Pétersbourg avaient d'abord approuvé les Polonais ; tout de suite se déclara l'hostilité du « parti national o slaviste. Katkov, directeur de la Gazelle de Moscou, prêcha la croisade contre les faux frères, coupables de revendiquer laLithuanie, en partie grecque orthodoxe. Contre de moindres capacités de résistance, la répression, animée par ce fanatisme, s'avéra plus violente encore qu'en 188:2.

La répression de l'îiisurrection et ses conséquences.

— Deux moyens y pourvurent : une armée de 200.000 hommes et la dictature militaire. Alexandre destitua Wielopolski (juillet 1803), conféra aux généraux Berg (à Varsovie), Mouraviev (à Vilno) pleins pouvoirs pour pendre les insurgés et poursuivre les bandes jusqu'à la Galicie où se réfugièrent Mieroslawski et Langiewicz (juillet-décendjre). En février 186i, Bossak-Hanké était battu par IJerg à Wengroiv ^ les dernières bandes succombaient en août avec le comité révolutionnaire de Varsovie, dont les membres furent passés par les armes.

Alors commença l'exécution delà Pologne. — En Lifhuanie, où la masse du peuple n'avait guère pris part à l'insurrection, la répression s'abattit sur les nobles, les prêtres catholiques, la bourgeoisie des villes, sur tous ceux qui possédaient liidluence ou la richesse. Mouraviev « le pendeur )) et les fonctionnaires conllsciuèrent les terres nobles, dont ils émancipèrent les paysans, éci-asèrent les autres d'impôts de guerre, pour forcer les Polonais aies abandonner. Voiikase du !ii2 décembre 1865 régularisa l'expropriation en masse et la vente des terres aux seuls Russes orthodoxes. Ils en achetèrent à vil prix par l'intermédiaire d'une « Société pour l'acjpnsition des terres dans les provinces de l'ouest », subventionnée tie S millions de rovd)les. I.e système fut poussé si loin que les pro-

priétaires russes en vinrent à redouter le môme traitement. En surplus, Mouraviev, Kautïmann, Baranov imposaient le russe comme langue de l'administration et de l'Église, fermaient imprimeries et librairies polonaises, ramenaient de force à l'orthodoxie les Grecs uniates, ligotaient le culte catholique, empèchaientde reconstruire les édifices religieux. — En Pologne., la lutte s'engagea contre l'a me môme de la nation, sa religion et sa langue. Il s'agissait de fondre le (( Royaume » avec la Russie (( par la suppression des distinctions administratives qui séparaient les sujets russes de l'idiome polonais des sujets russes de la langue russe ». Ainsi disj^araîtrait « un ordre onéreux et suranné n. Avec les postes polonaises, la commission spéciale des finances, les 39 districts (émiettés en 8S), les 5 gouvernements (transformés en 10), Berg supprima les couvents catholiques (186i), sécularisa les biens du clergé, abrogea le concordat avec Rome (1866), soumit lÉglise catholique à une commission de Pétersbourg, imposa partout le russe. Mais l'œuvre essentielle appartient à Nicolas INIiliutine, ministre pour les affaires de Pologne. Pour supprimer la culture latine des dirigeants et ramener le peuple au slavisme, les généraux avaient encouragé une Jacquerie paysanne. Miliutine, par des procédés analogues à ceux de d l'émancipation )), transforma les tenanciers des nobles en propriétaires, moyennant le rachat pour une indemnité très modique des redevances et des corvées. Soustraits de la sorte à l'influence du curé catholique et du seigneur, constatant que leurs procès se réglaient à leur avantage devant l'administration russe, ils approuveraient ce « pas complètement rationnel, tout à fait juste et salutaire vers la réconciliation ».

Cette (( réorganisation » de 4864 augmentait le pouvoir du gouvernement et procurait au peuple plus de bien-être. Elle n'affaiblit pas les sentiments nationaux. Longtemps encore le nationalisme russe dut inscrire parmi ses principes politiques le développement des mesures de rigueur contre les sujets de l'ouest.

Le retour à l'absolutisme (18G^-1880). — Tandis que les

chefs du parti modéré, le prince Souvorov, Golovnine et Valouïev fministre de l'Intérieur), repoussaient, malgré la jacquerie officielle de Pologne, l'idée d'une démocratie égalitaire sous un autocrate et s'efforçaient de maintenir la propriété aux mains de la noblesse et des classes éclairées, un autre parti, ultra-russe et slavophile, travaillait à fortifier le tzarisme par le nivellement de la nation et par l'alliance avec les Slaves d'Autriche et de Turquie. Absolutiste de tendance, révolutionnaire à demi par ses procé-

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dés, il s'ariinnait avec Mouraviev, Nicolas Miliuliiie et 'iclierkasski charge de russifier à Varsovie) ; avec Katkov,il devint une puissauce. Katkov, coiuuie patriote ultra-russe, s'imposa aux ministres ; hoiniiu' à idées lixes, iiilatué de lui-mèiue, il ne voyait guère (jue trois choses au monde : la Russie, le tzar et la Gazelle de Moscou. (I En Russie, disait-il, il n'y a qu'une volonté unique qui puisse dire : le droit, c'est moi ! » Il accapara le tzar lui-môme qui finissait par douter de l'eflic^acité des réformes, retardées ou stérilisées par les ronctioiinaires. En 18(J"2, le « Comité central de révolution » ayant publié un manifeste contre la lamille impériale, Alexandre avait fait fermer les cercles de Pétersbourg, suspendre les journaux, supprimer les écoles du dimanche pour les enfants pauvres. Le 16 avril 1806, un noble, Karakosov, ancien étudiant de Kazan et de Moscou, membre d'une société secrète, tira sur le tzar. Katkov voulait qu'il fût Polonais ; mais c'était un Russe qui déclara au tzar qu'il avait u trompé le peuple en lui donnant une liberté illusoire, et l'émancipation sans la terre ».

Aussitôt Alexandre nomma une commission d'enquête pour rechercher les complices de l'assassin. Pendant plusieurs mois, Mouraviev, qui la présida en dictateur, institua un régime terroriste qui s'étendit jusqu'à la proscription de certains costumes comme séditieux « dans l'opinion des observateurs de l'ordre social 1). L'enquête aboutit au néant, sans mettre en cause aucun Polonais; mais, en août, Mouraviev fut trouvé mort dans son lit, et en décembre, Miliutine, malade, rejeté hors des affaires. Un rescrit iiuitérial, adressé au |)résident du Comité des ministres, prince Gagarine, signala que des fonctionnaires se laissaient gagner aux idées subversives et recommanda le respect des personnes et des jjropriétés. En fait, ce fut la puliliiiue de Miliutine (l) qu'api)li- ([iia le l/.ar avec un personnel gouvernemental bigarré : le comte Schouvalov à la IIP section de la Chancellerie, Valouïev, le comte Dmitri Tolstoï (à la Marine, puis à l'Instruction publique, soutenu par l'impératrice et le grand-duc Constantin), procureur général du Saint-Synode, auteur d'un livre fanatique contre le catholicisme romain; tout à fait à part, le prince Gortchakov, esprit brillant, chancelier et ministre des Affaires étragères après Nesselrode. II passait pour très fin diplomate parce qu'il lanç^ait dans les salons des (( mots historiques ». Prudent et égoïste, populaire au surplus pour avoir ri;poussé en 1863 la médiation des trois puissances par une

(1) Eu Pologne, il l'expriiiiait piii' une l'ofnuile simplo : « La altjppc cL une loue élevée au milieu. "

note dont en réalité le ton hautain appartenait au tzar, il n'avait que deux idées : préparer pour la Russie la revanche de 1856, surtout contre l'Autriche ingrate, et se maintenir en place contre le i)rince Orlov (candidat des modérés), Budberg ou le général Ignatiev (candidat des ulfra-Russes).

Ce dernier parti, qui regardait le i)rincipe des réformes occidentales u comme tout à fait arriéré et sans valeur », put féliciter Alexandre pour<( s'être délivré délimitation aveugle de l'Occident, et pour s'appuyer dans toutes ses entreprises sur le fonds solide de l'esprit national .). En juillet 1866, le tzar refusait en effet la constitution demandée par l'Assemblée de la noblesse.

u Le droit d'initiative m'appartient exclusivement, et est lié inséparablement au pouvoir autocratique que Dieu m'a confié. » Il enlevait au jugement des nouveaux jurys les crimes d'espèce politique ; les cours martiales, sans respect des garanties juridiques, condamnaient à la peine de mort, qui n'existe pas dans le code.

C'est ainsi que Karakosov fui jugé en secret.

L'essai des :einslvos échouait ; leurs délibérations restaient secrètes, leurs sessions et résolutions livrées au caprice lies fonctionnaires. Celui de Pétersbourg proposait (13 janvier 18()T) que le Conseil de l'Empire remaniât avec des délégués des zemstvos la loi qui restreignait leurs droits en matière d'impôts; il fut dispersé par des soldats, malgré la protestation du président, comte Orlov-Davidov. En Livonie, Esthonie et Covirlande, les Bureaux d'administration menaient la guerre à la langue allemande, malgré le traité d'annexion qui en avait garanti le respect. Après une protestation de la Diète, le gouverneur civil livonien, d'Oc'tlingen, céda la place à un orthodoxe, Lysandcr. Les gouverneurs pouvaient assigner à tout sujet russe un domicile forcé (c'était le cas des Juifs, consignés dans les iO gouvernements du sud-

GORICIIAKOV

ouest), déporter par mesure administrative et à l'insu de leur famille les suspects, même acquilf('s parles tribunaux. Tolstoï, qui recommençait à limiter le nombre des étudiants, remplaçait dans les études secondaires les sciences, jugées révolutionnaires, par les langues anciennes pour lesquelles il recrutait en Allemagne et en Autriche des professeurs de hasard. Le tout sous la surveillance d'inspecteurs détachés du ministère de l'Intérieur. Les journaux étrangers s'arrêtaient à la iionlière ; dans les deux capitales, la censure ne tolérait que les journaux officieux. En fait, au milieu de l'indifférence amusée du public, l'autocratie gouvernait.

Toutefois, au moment de venir en France, malgré Gortchakov, visiter l'Exposition de 1867, Alexandre II avait accordé aux Polonais un semblant dainnislie non applicable aux transportés de Sibérie). A Pans, un Polonais, Berezowski, tira sur lui (6 juin). L'effet en Russie fut immense, le parti national slaviste exaspéré par la condamnation mitigée que prononça la cour d'assises de la Seine. Désormais, il plaça des hommes à lui dans tous les ministères : à l'Intérieur, le général Timaschev, ancien adjoint au chef des gendarmes. Malgré la famine qui désolait les 49 gouvernements les plus riches du centre, le typhus installé dans le nord, et dont le ministre ne prit souci qu'après un avertissement du consul anglais d'Arkhangelsk, il suffisait au parti ultra qu'il pût compter, surtout depuis 1870, sur le tzarévitch, sur sa femme, la princesse Dagmar, fille de Christian IX de Danemark, imbus de slavisme par réaction contre le germanisme victorieux. Katkov écrivait : « L'Occident est fini ; la grande patrie slave s'avance. »

U. ~ Le u Panslavisme )> et les nationalités balkaniques.

Les suites orientales du Congrès de Paris. — Si les

courtisans de Napoléon 111 attribuaient au parallèle (de règle aux Tuileries) entre le Congrès de Paris et le Congrès de Vienne une valeur autre que de simple flatterie, l'interprétation qu'en donnèrent les peuples d'Orient aurait suffi à les délromper. Jamais l'indépendance et l'intégrité de l'Empire otloiiKu.,aflirn.éesà Paris, ne furent niées plus tranquillement parles nationalités balkaniques! Avant toute pro|)agande slaviste, Roumains et Grecs (qui ne sont pas Slaves;. Serbes, Monténégrins, Bulgares enfin, mirent à profit

LA RUSSIE ET LA QUESTION d'oRIENT 343

les bonnes dispositions de lOccident et l'inertie de la Turquie pour faire valoir à ses dépens leurs appétits de races.

La principauté de Roumanie. — Au Congrès, Valaques et Moldaves avaient vainement affirmé leur droit historique à ne former qu'un seul État. L'Autriche, qui occupait les principautés avec l'obscure espérance de les conserver, redoutait de les voir se donner un gouvernement national qui revendiquerait sans doute la Bukovine, le Banat et la Transylvanie du sud. Elle s'arrangea avec la Turquie pour faire élire aux deux Divans par les cinq classes d'électeurs une majorité de Moldaves, hostiles à l'union. Le kaïmakan Vogoridès et les deux gouverneurs provisoires servaient cette politique de mystification qu'appuyait à Constantinople Stratford RedclilTe. Malgré le départ des troupes autrichiennes, imposé par la France (30 mai 1857), grâce à la suppression des journaux et avec l'aide d'agents à poigne, ils parvinrent à éliminer du vote les neuf dixièmes de la population (15 juin). Les élections ainsi truquées, que les gens de Constantinople, avec un à-propos insolent, rapprochaient de celles de France à la même date. Napoléon 111, appuyé par la Russie et la Sardaigne, exigea qu'elles fussent cassées (5 août). 11 proposa même à la reine Victoria (entrevue d'Osborne, 6 août) une liquidation de l'affaire dOrient; mais l'Angleterre était résolue à maintenir un Empire ottoman, nécessaire aux intérêts de son commerce levantin. 11 la proposa au tzar, avec qui Morny, depuis son ambassade au couronnement de Moscou, lui vantait l'utilité d'une entente (entrevue de Stuttgart, 29 septembre). Or, le sultan avait annulé les élections. Recommencées le 28 septembre, elles députèrent en masse les candidats partisans des deux points suivants : l'union des principautés sous un prince étranger, et l'autonomie avec un régime constitutionnel.

Déjà pourtant Napoléon 111 reculait devant les conséquences de son œuvre. Débarrassé de Stratford Redcliffe (l'^'" décembre 1857), laissé libre d'agir par l'Angleterre occupée dans l'Inde, éclairé par le vœu presque unanime des Divans, il se résolvait à ne plus encoui ager cette révolution nationale au moment où une autre, en Europe occidentale, requérait par une sommation brutale (Orsini) sa totale complicité. La Conférence de Paris (mai-août 1858) atténua les satisfactions promises aux Roumains; au lieu d'un État unique sous un prince étranger, donc indépendant, les Principaulés-Unies, liées par un tribut à la suzeraineté turque, dépendaient de deux hospodars indigènes viagers, élus par les Assemblées nationales, mais investis par la Porte. Du moins, la Conférence accepta « l'union

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adimmslraliv.' .., h savoir .les institutions identiques (législation, i)ostes, douanes, monnaies^ avec une cour suprôme de justice coiuinune, et à Foesani une Commission cnlrale de dix membres nommés par les Assemblées et les liospodars. En certains cas, les milices provinciales pourraient se réunir en une armée sous un chef commun I!) août dSoS).

Cette charte inconii)irle, les Roumains, nationaux et libéraux,

surent la développer.

D'accord, les deux Assemblées élurent à Jassy et à Bucarest le même hospodar, le colonel moldave Alexandre Couza(3et '"25 janvier ^859). Il fallut bien que l'Europe, occupée alors i)ar l'Italie, le reconnût; bientôt, il s'appela Alexandre -Jean, (I prince de Roumanie », et, après deux ans de négociations, Abdul-Aziz l'accepta à titre viager (décembre 186t). Sous la pression populaire qui réclamait un règlement unique des rapports entre boyars et paysans, il réunissait les deux gouvernements et les deux Assemblées à Bucarest (S février d862). Mais Couza, intelligent et énergique, n'avait rien d'un prince constitutionnel. Aux prises avec les intrigues des boyars mécontents des lourds impots, de son administration rigide, et dans lesquelles il devinait l'action de la Russie, il gouvernait en' dictateur, dont il s'était fait attribuer les pouvoirs par le Parlement (10 juin) après l'assassinat de son premier ministre Catargi. Encouragé par Michel Kogalniceano, le nom le |)lus populaire île Roumanie, il recourut au coup d'État légalisé par le peuple contre les boyars, et, le li mai \m\,i\ la suite du refus par la majorité tie .voter la loi qui transformait les paysans de tenanciers en proprié-

ALEXANr.HE-jEAN (CoLZA)

taires, il pi'ononça la dissolution du Parlement. Le '2 juin, il élablissait le suffrage universel et créait un Sénat. Un plébiscite ratifia ces actes, devant lesquels l'Europe s'inclina. C'est alors qu'Alexandre I^"" aurait pu dire en toute vérité que « la nation roumaine était fondée ».

Alexandre-Jean vt Charles !■"". — 11 usa rapidement cette délégation d'autorité. Les réfoimes allaient grand train : la plus importante, Vémancipalion des paij sans, requérait à la fois de l'argent et des terres. Le prince s'autorisa d'un rapport de la Commission inlernalionale de 4857 pour mettre fin au régime des couvenls dédiés (à des sanctuaires de Jérusalem) qui, administrés par des étrangers, alimentaient des revenus du sol roumain fils en possédaient la huitième partie) la caisse du patriarcat œcuménique. Ici, comme à Balta-Liman, la Turquie et la Russie défendirent les instruments de leur politique : moines grecs et patriarcat. Alexandre- Jean n'hésita pas; il plaça les biens sous séquestre et fit voter par la Chambre la sécularisation de tous les couvents. La Porte accepta l'indemnité offerte, que les moines avaient réprouvée (^ septembre 1864), mais pas assez tôt pour empêcher le prince d'exploiter la crise en vue d'une rupture avec le Phanar. Il rendit l'Église roumaine (( autocéphale » en instituant un synode national qui surveilla les métropolitains et les évoques, désormais nommés parla Couronne. Après quoi un décret-loi du "26 août iSOo al)olit la coruée paysanne, racheta, moyennant indemnité, une grande partie des terres nobles et les distribua entre 400.000 familles qui durent s'acquitter envers l'État en quinze annuités. V administration locale et provinciale fut organisée sur le modèle français, les codes français imposés, avec la pratique du jury criminel. Dans ce pays, dont la classe noble et riche s'était seule instruite jusqu'alors au contact des écoles françaises ou allemandes, le prince décréta l'instruction primaire obligatoire. Sans craindre de bousculer des traditions ou des droits, il procurait à Napoléon III l'illusion de se croire le parrain d'une nation qui n'attendait que sa bienveillance pour naître à la vie moderne. Au vrai, les Roumains se servaient de l'Empereur pour imposer à l'Europe et à leurs voisins immédiats. Russes et Turcs, la forme dunité nationale que leur refusaient les gouvernements.

Rientùl, ils se débarrassèrent de Couza, dont le titre n'était que viager, pour faire appel à un prince occidental, qui serait nécessaii-ement héréditaire. Par ses réformes hâtives, ses allures despotiques, Alexandre-Jean s'était fait nombre d'ennemis; beaucoup jalousaient les grosses fortunes vite réalisées dans son entourage. Dans la

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luiit du ±2 au "l'i lévrier 1S6(5, le député Rossetti, avec quelques officiers, le contraignit à l'abdication. Aussitôt un gouvernement provisoire oITrit la couronne au frère du roi des Belges, Philippe, comte de Flandre. Napoléon 111 répugnait à cautionner un petitfils de Louis-Philippe. A sa suggeslion, le chai-gé d'affaires de lioumauie, Bratiano, s'adressa au prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen (branche catholique), âgé de vingt-sept ans, allié aux Beauharnais et aux Murât, neveu du roi Guillaume et lieutenant de cavalerie dans la garde prussienne. Guillaume ne tenait guère à voir un Hohcnzollern vassal du sultan; il ne promit que de fermer les yeux. Bismarck, toujours dédaigneux de l'Orient, assura lourdement au prince que ce voyage formerait sa jeunesse. L'encouragement sincère vint de Napoléon III, malgré l'avis de la Conférence de Paris, dont le pédantisme diplomatique ne voulait connaître qu'un souverain indigène, suivant la lettre des traités. Au plébiscite du 30 mars, 680.000 voix appelaient au trône le prince Charles, qui traversa l'Autriche sous un nom d'emprunt et, le 22 mai, entra à Bucarest.

En temps normal, cette violation du traité de IS.'Jfi aurait déclanché lui conllit avec la Turquie et une intervention russe. Mais l'autre conflit, austro-prussien, accaparait l'atlention. Sur les conseils de Moustier, ministre français des Affaires étrangères, Charles I*% pour désarmer tout de suite l'hostilité turque, hardiment, aborda Constantinople pour arracher l'investiture au sultan (21 octobre). La Roumanie indépendante était fondée (car le prince annonçait qu'il n'avait pas l'intention de rester éternellement le vassal du sultan) et l'essor donné aux espérances qu'il partageait avec son peuple. A la première ofTre du pouvoir, le prince ayant constaté « que la ligne tracée entre Londres et Bombay passait par la principauté qui l'appelait à sa tète, il accepta la couronne en disant : <( Cela, c'est un pays d'avenir » (1).

La Grèce. - Otton de Bavière (1832-1862). — L'indépendance grecque était assurée depuis 1829, et plus encore du jour où Otton de Bavière avait remplacé Je (( proèdre » Capo d'islria, simple représentant de la Russie (■1832). Dans cette période du Royaume, au milieu des luttes de partis, héritages des cités antiques : parti (( russe » des popes et des moines orthodoxes, parti (I anglais » des politiciens intellectuels, parti « français » des palikares, Otton, entouré de fonctionnaires et d'un état-major

(l) Carmen -Sylva.

bavarois, de ministres allemands dirigés par le comte d'Armansperg, gouvernait à coups d'autorité. L'Angleterre et la France constitutionnelles acceptaient cette situation que combattait la Russie autocratique. Le lo septembre 18i3, une révolution mililairc renversa l'absolutisme, au moment même où le nouveau ministre de France, Piscatory, proposait aux palikares une doctrine politique. La consiilulion de 1844 établit deux assemblées : un Sénat nommé par la couronne, une Chambre des députés élue pour trois

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ArULNES

(A répo(iue du roi Otton)

ans au suffrage universel. Un ministère responsable, d'abord présidé par (( l'anglais » Mavrocordato, exerçait avec le roi le pouvoir e.vécutif. Lorsque les élections de 1846, en changeant la majorité, amenèrent au pouvoir le « français » Colettis et le « russe » Metaxas, l'Angleterre de Palmerston, mécontente, mit tout en œuvre pour les renverser. Elle les harcelait pour le paiement des annuités de l'emprunt contracté en 1830, les menaçait d'une révolution qui aurait donné le trône à Louis-Napoléon Bonaparte. Colettis mourut à la peine 'septembre 1847). Le ministre anglais Lyons essaya d'imposer Mavrocordato, et appela l'escadre de Malte pour bloquer le Pirée jusqu'au moment où le juif portugais Pacifico, son protégé, serait désintéressé des pertes subies dans une émeute

:ws CHAPirni: xiii

(1850). Cell«^ mainmise do l'Ani'-lcIorro, iiiic opposition très nette de la l{épnli!itpie franraise l'arrèla; mais les intrigues russes romplacrront les intrigues anglaises, suscilèrent en 18f)2 une révolte du iMagne contre le projet (l'organisation d'une Kglise nationale, quoique liée au patriarcat.

En 18o3, les excitations des chefs « palriotes » autour de la (( Grande Idée ii, l'espoir d'ac(piérir dans la mêlée engagée pour la succession de u l'homme malade » au moins l'Épire et la Thessalie, avec les îles Ioniennes et la Crète et peut-éti-e les rivages de la mer Kgée, cadre de l'expansion de la race, décidèrent le roi Otton, poussé par la reine Amélie d'Oldenbourg, parente du tzar, et par son peuple, à s'armer en favcui- de la Hussie. Des bandes helléniques entrèrent en Thessalie et en Épire, Mais les alliés en exigèrent le rappel et des détachements de marins et de soldats occupèrent le Pirée (1854 à 1857). La popularité déjà chancelante du roi bavarois y sombra; les patriotes, groupés dans les sociétés secrètes, le' rendirent responsable de l'échec de leurs espérances. Kanaris, survivant de l'indépendance, l'attaquait violemment pendant que se soulevaient les garnisons de Morée et des îles. Ballotté entre les défiances de l'Angleterre et les reproches de la Russie qui pensait à lui substituer le duc de Leuchtenberg, il s'avisa de lancer les Hellènes contre les Turcs avec l'aide des (( Mille » de Garibaldi, alors disponibles. Une dernière révolte militaire (19 octobre), qui de Missolonghi gagna Athènes, le réduisit à l'abdication.

Gcorgfos P' (1863). — Le gouvernement provisoire (Kanaris, Boulgaris et Roupho) éprouva les mêmes difficultés : la rivalité des partis qui ne s'entendaient même pas pour élire un président de la Coiifililuanîe, où les députés siégeaient en armes, et les exigences de l'armée qui, en effet, le renversa en février -1863. L'Assemblée négocia donc directement avec la Russie pour écarter son candidat, Leuchtenberg, et avec l'Angleterre pour accepter le sien, le prince Alfred, second fils de la reine \^ictoria, qui vaudrait au royaume les îles Ioniennes. Mais le protocole de 1880 écartait du trône hellénique les membres des grandes familles royales. Le 30 mars, l'Assemblée élut un beau-frère du prince de Galles, Georges, prince de Danemark, neveu du roi F'rédéric VII, qui apporta les îles Ioniennes, mais dut lutter une année encore après son arrivée t'i Athènes (30 octobre d8()3-"29 octobre 1864) pour obtenir le vote de la nouvelle constitution. Inspirée d'idées assez radicales, elle laissait le roi isolé en présence de la nation, c'est-à-dire, en fait, des chefs de clans et des politiciens. Le Sénat disparaissait et le

ministère responsable devait affronter une Chambre unique, élue pour quatre ans au suffrage universel. Le roi pouvait la dissoudre, à la condition de réunir une Chambre nouvelle dans les trois mois. Un Conseil d'Éfal, dont le roi avait exigé la collaboration pour l'étude des lois, ne dura pas au delà d'une année. Ainsi comprise, et bien qu'embellie par Tunanimité des aspirations nationales au

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