‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 44 sur 96 · CORFOU · texte numérisé non relu

CORFOU

sujet delà «Grande Idée », la régénération hellénique apportait un élément de plus à létat de trouble déterminé en Orient par le réveil des nationalités.

Les nationalités slaves. — Le Montenegrro : Danilo et Nicolas 1"'. — Le retour de fortune qui avait inscrit la Turquie parmi les puissances européennes faillit coûter l'indépendance aux Serbes orthodoxes delà Tchernagora. A ces clients de la Russie que le prince Danilo avait eu peine à retenir pendant la guerre de Crimée, les diplomates du Congrès prétendaient imposer l'aveu qu'ils appartenaient à l'Empire ottoman. Danilo répliqua en réclamant Antivari et l'accès à l'Adriatique. Napoléon 111 travaillait à lui procurer celte satisfaction: pour la rendre impossible, une armée turque envahit le Monténégro (18oS . Le V^ mars, elle était écrasée à r.rnhorn par le frère do Dnnilo. Mirko Petrovitch. Husseïn-i)acha

CHAprinF Mil

perdait 8.000 ho.n.nos cl toute son arlillene. I-n .n.^me temps, une llotte franraise bloquait Anlivari.

La pacification, que Napoléon III .-omptait garantir par une rcct.hcahon de Iront.crcs, lut retardée de cinq années : d'abord par la.sas.s.nat de Danilo (13 août 1860), puis par le soulèvement lies Serbes de llerzegovnie brutalisés par les fonctionnaires ottomans I prenait fort au dépourvu le nouveau prince, Nicolas, fils de M.rko, âgé de d.x-neuf ans, que les puissances forçaient à la neutralité. Ses montagnards gagnèrent nombreux la Narenta et ^ros sire^nt les rangs des insurgés. C'était le prétexte souhaité; Omerpacha, victorieux avec ses 60.000 hommes des bandes herzé^ovimennes, envahit la Tchernagora (1862). L'Angleterre l'excitait à détruire cette avant-garde russe sur l'Adriatique. Kn août, Mirko maigre les pertes subies, tenait toujours; le 25, à jRieka, il fut écrase. Mais la France intervint pour le sauver. Le prolocole du .imarsSbS écarta la menace d'une occupation militaire parles Turcs et réserva au prince et à son peuple le droit de posséder des armes, fournies par la France et par la Russie.

La Serbie. —Alexantlio Kaia^eoig^evitch f 1842-1838) - Milosch Obrenovitch (18o8-1860). — Michel (18<30- 1869). -A l'opposé, la Serbie risquait de retomber avec Alexandre Karageorgevitch dans une vassalité étroite à l'égard du sultan, qui ne le reconnaissait même pas comme prince viager, et sous les prises immédiates de l'Autriche. En 4848, Alexandre fournit des secours, contre les Hongrois, aux Serbes des confins militaires Docile aux instructions de Vienne, il ne bougea pas pendant la guerre de Crimée. Il y gagna de voir l'autonomie serbe nettement garantie par le Congrès. Peu sûr de la fidélité du parti paysan qu'il savait habitué a prendre le mot d'ordre à Pétersbourg, il gouvernait en tyran non contrôlé par une Assemblée. Des complots le forcèrent enfin à convoquer une Skoupchlina (30 novembre 1858^ Elle le somma d'abdiquer, et rappela Milosch Obrenovitch

Dès sa rentrée à Belgrade >2janvier 185!»:,le vieuxprince pritsoinde se proclamer sourcrain hcrédiîaire et dressa le programme d'émancii)ation dynastique que devait réaliser après lui son fils Michel • expulsion des garnisons turques, entente avec le Monténégro pour un agrandissement commun en Bosnie-Hei-zégovine et en Rascie Il y travaillait en 1860 malgré le s.dlan qui refusait de sanctionner les lois organiques votées par la Skoupchlina. C'est pourtant en vertu de ces mêmes lois que son fils le prince Michel lui succéda (20 septembre 1860).

Michel Obrenovitch, pour avoir voyagé dans les capitales occidentales, savait, à trente-sept ans, quel profit un prince entreprenant s'assure à mettre les diplomaties en présence d'un fait accompli. Une loi augmenta donc l'armée active et organisa les réserves pour le jour où le conflit entre chrétiens et Turcs légitimerait son entrée en Bosnie. Le soulèvement d'Herzégovine éclata trop tôt. Du moins, il permit à Michel de poser la question des garnisons turques, dont la présence à Belgrade avait amené le 47 juin une sanglante échauffourée. Et l'Europe, représentée par la Conférence de Conslanlinople, que l'ambassadeur de France, de Moustier, mena au nom de Drouyn de Lhuys, lui donna raison. Malgré l'Autriche et surtout l'Angleterre, le protocole du 8 septembre accorda la démolition de deux citadelles et la dévolution à l'État serbe des biens possédés en Serbie par des sujets ottomans. — Des soldats turcs occupaient encore la citadelle de Belgrade. Quand ils l'eurent évacuée (mars 1867), il se trouva que les milices serbes étaient armées et instruites, que l'armée active s'était pourvue d'officiers formés dans une école militaire, et que les espérances de la race à reconstituer l'empire des anciens tzars serbes prenaient, pour commencer, la forme d'une revendication très concrète de la Bosnie et de la Macédoine.

LesBulgfares. — Moins heureux, les Bulgares slavisés n'avaient pas encore rejeté le joug. Des inlluences intellectuelles, le livre et l'école, préparaient cependant la délivrance.

Avec Pa'issi, moine de l'Athos, commence, au début du XIX*' siècle, une renaissance littéraire qui s'oriente dans un sens national. Néophyte Rilski. élevé en Roumanie, réapprit leur langue aux Bulgares (1837) en composant une grammaire et un

dictionnaire slaves. Supérieur (hiyo amène) du monastère du Rilo, il y attirait les « patriotes d qui fondèrent en Bulgarie, où le bon ton était de parler grec, en Roumélie et en Macédoine, des écoles soustraites au patriarcat grec (1853). Bientôt, des comités révoliilionnaires reliés avec un comité central à Bucarest luttèrent contre

Un han (caravansérail) BLi.CAnE

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la police turque (|ui eiupiisoiinail. les coiniladjis, les di^porlait cii Asie ou en Tripolilaiiie. D'autres passèrent en Roumanie, à Bucarest et à Braïla, et guettèrent roccasion. Dans son impatience de rompre avec Constantinople, ZankolT leur proposa môme la réunion avee l'I-lglise roniaine, moyennant le maintien de leurs rites (18G0). Les obstacles ne vinr<Mit i>as tous de Rome; en Bulgarie, de puissantes traditions orthodoxes travaillaient en faveur de l'autonomie religieuse que le sultan, directement sollicité après dix ans de négociations inutiles avec le patriarcat, finit par leur accorder. Le 27 février 1870, un firmau reconnut l'Lglise bulgare « autocéphale )), avec sa liturgie siavonne et onze évêciues slaves sous la direction d'un exaiuiiie résidant à Constantinople. Le Patriarche put bien la faire déclarer schismatique par un Concile de prélats grecs ; elle trouvait appui près des autres Églises orthodoxes. L'Église russe, dès longtemi)s émancipée du Phanar, l'ambassadeur russe, général Ignatiev, qui s'était entremis, les slavisles de Kiev et de Moscou y virent une promesse de prochaine libération pour les (( frères bulgares ».

Les chrétiens de Syrie. — Au Liban, les 3/oron//e5 catholiques, auxquels la Porte nommait un kaïmakau particulier depuis 1842, furent de nouveau tracjués en 18io, et surtout après 1856, par les Druses musulmans. Au printemps de 1860, les assassinats se multiplièrent, saignée périodique par laquelle les fonctionnaires empêchaient le pays entier de devenir chrétien. Cette fois encore, Kourchid-pacha, gouverneur de Beyrouth, ne s'entremit que lorsqu'il put croire l'opération achevée. En juillet, la tuerie gagnait Damas : les musulmans attaquaient le quartier chrétien, brûlaient les consulats européens. Le pacha Achmet n'empêcha rien; seul, Abd-el- Kader se porta au secours avec ses Algériens et sauva 1 .500 chrétiens en leur ouvrant son konak.

Contre ces atrocités, la France réclama une commission européenne d'enquête et offrit d'envoyer un corps d'armée en vertu des Capitulations. Les i)uissances la laissèrent agir, tout en la surveillant. Le 8 août, 6.000 soldats, aux ordres du général de Beaufort d'Hautpoul, débarquèrent à Beyrouth et ne trouvèrent point à condjaltre. Un commissaire ottoman, Fuad-pacha, les avait précédés pour faire juger, exécuter, emprisonner ou l)annir (luelques civils et militaires. D'Hautpoul, trompé par ses guides turcs, ne put pas atteindre les vrais coupables, réfugiés loin des sentiers de la montagne. Et l'Angleterre ne lui en laissa pas le temps. IndilTérente au sort des Maronites, elle n'admettait point que ce pays, dont elle

avait vingt ans auparavant, au risque d'une guerre européenne, chassé Moharamed-AIi, tombât, à si peu de frais, entre les mains des Français. Lord Cowley le signifia aux Tuileries, et Napoléon III dut masquer son mouvement de générosité derrière un protocole de diplomates. Le o juin 1861, la division française quittait Beyrouth ; le 9, la Conférence des ambassadeurs à Constantinople (sir Henry Buhver, La Valette, Prokesch-Osten, Lobanov et de Goltz) signait avec Aali-pacha, ministre des Affaires étrangères, un t'èglement qui partageait la montagne en six arrondissements administrés par un Conseil législatif et gardés par une police mixte (7 hommes par 1.000 habitants). Un gouverneur chrélien, nommé par la Porte et accepté par les puissances, veillerait à la sécurité publique, percevrait les impôts, désignerait les administrateurs et les juges, présiderait le Conseil administratif cenlral. Davoud-pacha, nommé pour trois ans, fut maintenu jusqu'à 4868. Sou successeur fut Franco-Nasri-pacha i^lS()8-18To).

La question de Crète. — Très maltraités jusqu'à 1829 par les troupes d'Ibrahim, ralliés par le gouvernement grec de Capo d'Istria, puis replacés sous le joug du sultan, malgré le principe qu'une terre clirétienne émancipée ne doit plus connaître la servitude de l'Islam, les Cretois de race hellénique (150.000 contre 50.000 nuisulmans) se soulevèrent en 1840, puis en 1852, enfin en mai 18G6, dans l'espoir que la Russie, dont le roi Georges de Grèce épousait une grande-duchesse, ferait annexer leur île au Royaume. Gortchakov s'y montrait disposé. Pour lui, les arrangements de 1856 n'offraient plus de valeur depuis que des atteintes fréquentes et graves les avaient (( invalidés » ( circulaire du 20 août). Une Europe nouvelle résultait de l'émancipation italienne, des agrandissements de la Prusse, de la sanction donnée par des traités récents aux volontés populaires. Or en Turquie, depuis le hatti-humayoun de 1856, aucune réforme accomplie en faveur des chrétiens, qui conservaient leur situation inférieure ; contre eux, comme auparavant, môme régime d'assassinats et de massacres, fruits du fanatisme islamique. Le moment d'une intervention décisive semblait venu.

De Pétersbourg et de Moscou, la propagande russe se répandit dans les Balkans. Des agents et des comités locaux distribuaient des livres pieux en Bulgarie, guidaient les (( missions géographiques n (^parmi ces géographes, beaucoup d'officiers russes) jusqu'à Philippopoli et Andrinople. En 1867, à Moscou, au « Congrès des amis d(; l'histoire naturelle », qui réunit les représentants des nationalités

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slaves d'Kurope, sous le prétexte que l'opinion russe réclamait « le triomphe de la Croix sur le Croissant »> et « de libres communications avec l'Univers entier » par le Bosphoj-e, le mot de panslavisme fut prononcé.

Mot inexact en lanl ([u'cxprcssion de race, et qu'aussi bien le gouvernement russe désavouait. Des (( Slavophiles », opposés aux u Occidentaux », aspiraient seulement de façjon vague vers Constantinople. Seuls s'affirmaient nets un panserbisme, soutenu par VOmladina de lielgrade, et im pantiellénismc serviteur delà d Grande Idée o; l'un et l'autre exhortaient les chrétiens des Balkans à u donner la main aux aigles du nord ». Des chants populaires les détournaient de se fier aux promesses des Français et des Anglais pour se confier à la Russie. « Regardez donc de près ces Turcs que vous craignez, à ({uoi ressemblent-ils ? A des lièvres poltrons. V^oyez comme les Candiotes les battent ! Voyez comme les Tui'cs tremblent en entendant le nom de Candiote, de Monténégrin et de Russe I » (1808.)

La France proposait de donner à la Grèce la Crète (où combattaient des volontaires français) et d'obliger le sultan à réaliser des réformes dans l'Empire. La Russie approuvait. L'Autriche, avec un empressement suspect, suggéra en outre d'abolir l'article 44 du traité de Paris. Mais l'Angleterre s'interposa ; d la Turquie, déclara lord Stanley, avait en Crète le même droit que l'Angleterre dans l'Inde, la France en Algérie et la Russie en Pologne ». Aussitôt François- Joseph et Napoléon 111 reculèrent. Gortchakov ne parla plus que d'une coercition morale. C'était abandonner toute action européenne efficace en faveur des Crétois.Abdul-Azizsaisit l'occasion. Un firman du 10 janvier 1808 concéda qu'auprès du vali et du commandant en chef des troupes, nommés par le sultan, un Conseil de f/ouvernemenl et des conseils de provinces seraient formés de membres musulmans et de membres chrétiens en nombre égal, sauf pour les cantons mixtes, dont la délégation serait musulmane. Ace prix, le sultan garantit l'apaisement dans l'île, comme il « pacifiait » la Bulgarie et l'Empire en appelant un chrétien dans le ministère ottoman. La Grèce, déçue dans ses espérances, arma en faveur des Cretois. Une conférence, réunie à Paris (9 janvier 1869), lui défendit d'intervenir. La France renonçait à entamer, au seul [)rofit de la P.ussie, l'intégrité ottomane, et la Russie, sans finances, en retard pour son armement, ne pouvait pas alïronter l'Europe dans une guerre générale. Pour les Cretois, qui retombèrent sous la domination musulmane, la question restait entière.

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