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I. — Les Balkaniques contre l'Empire ottoman

L'alliance balkanique. — Entre les Étals Ijalkaniques, l'idée d'une alliance n'était pas nouvelle ; Garachanine l'avait exprimée avant 1868, alors que le prince Michel de Serbie songeait à grouper le Monténégro et les v patriotes »> bulgares, avec l'appui, presque promis, de la Roumanie et de la Grèce. Mais après le Congrès de Berlin, le syndical auslro-russe, sous \c prétexte qu'une tutelle s'attestait nécessaire aux États mineurs des Balkans, avait stérilisé de tels projets. A la faillite dv l'exploitation fzarienne en

LA DERNIKRE f;RISE BALKANIQUE 43!)

Bulgarie avait oorrespoiidu la mainmise autrichienne sur les gouvernants de Belgrade, l'adhésion du Hohenzollern de Bucarest aux directives de Vienne, la détresse d'argent du Niégosch de Cettigné, prêt à recevoir de toutes mains (y compris celles du Sultan rouge), l'éclipsé en Grèce du sentiment national; par dessus tout, la haine héréditaire entre Hellènes et Bulgares, alimentée aux souvenirs des Césars « Bulgarochtones » de Byzance, renforcée parla rivalité religieuse des « patriarchistes » et des « exarchistes », par la consolidation môme des deux Bulgaries (1878-1885). entretenue avec un soin et un succès merveilleux par la politique d'Abdul-Hamid. LAut riche, prolongeant l'œuvre de haine de 1878, réussissait à paralyser l'union économique serbo-bulgare de 1900 pour imposer à la Serbie (avant de la subjuguer par les armes) une entente douanière qui l'écartàt de toute fédération dans la péninsule. Athènes ne répugnait pas à s'accommoder avec Constantinople (1903), dans l'espoir de mériter la grosse part dans la succession de « l'homme malade » et d"empêcher l'avancée des gens de Sofia vers la Macédoine, saccagée tour à tour par les Turcs et les Albanais.

Alors qu'après 1897 nombre de slavophiles et de philhellènes d'Occident préconisaient une coalition de tous les Balkaniques comme remède unique aux tueries hamidiennes, aux palinodies diplomatiques, à la complicité austro-russe, le sultan savait l'art d'exciter contre les prétentions grecques en Crète la protestation des Bulgares, les criailleries helléniques contre les bérals accordés aux exarchistes macédoniens, et, tout en promettant à satiété une organisation libérale et juste, de faire, par ses Albanais, massacrer impartialement chrétiens grecs, bulgares et serbes. Le triomphe, c'est qu'ils se massacraient aussi mutuellement et qu'en Roumélie orientale les comitadjis bulgares dévastaient villes et villages grecs (à StenimachosetAnchialos), églises,écoles,hôpitauxgrecs(àBoui'gas et Philippopoli), forçaient des milliers de Grecs, laissant plusieurs centaines des leurs assassinés, à émigrer à Constantinople et dans le Royaume fjuillet-aoï'it 19()()).

La révolution de 1908-1909 et ses suites aggravèrent le problème des races. La Serbie menacée d'étouffement entre la Bosnie autrichienne, la Roumanie, le Monténégro (soupçonné lui-même d'entente avec Vienne, 1910), la Bulgarie inquiétée par la conclusion probable d'un accord militaire entre la Roumanie et l'Empire ottoman, l'Europe feignant de prendre au sérieux le nouveau parlementarisme et renonçant à organiser la Macédoine, la Grèce sommée de renoncer à ses vues Cretoises et rejetée dans ses frontières diminuées, la Jeune-Turquie restaurait le régime hami-

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dieu. Toujours profeslant lorsque le Cretois Verii/clos prenait le pouvoir ou quand les députés de l'ile voulaient siéger à la Chambre d'Athènes, elle massacrait dans les vilayets du Vardar Ainsi la communauté des revendications et des soulïrances, en Macédoine et en Crète, rapprocha les adversaires d'autrefois. Encore en 1910, les rois de Bulgarie et de Serbie s'étaient rendus à Constantinople'; des visites parlementaires s'étaient échangées. Pachitch et Milovanovitch à Belgrade (comme Ristitch en 1884), Guéchoff à Sofia, de même que le grand vizir Hilmi pacha et le prince héritier Izzeddine souhaitaient une alliance turco-balkanique ; l'ambassadeur russe Tcharykov la préparait à Stamboul et le tzar y aurait souscrit. Mais Hakki pacha, qui passait de l'ambassade de Rome au grand vizirat, y apporta le rêve (vite déçu) d'une quintuple alliance avec la Roumanie et la Triplice, se répandit en insolences sur la Grèce, installa de force, malgré les traités, une garnison à Samos.

Aussitôt se manifesta le rapprochement helléno-slave (1 ). A plusieurs centaines d'étudiants bulgares venus à Athènes avec leurs professeurs, Venizelos, recommandant l'oubli du passé, enseignait: (' Les peuples balkaniques doivent s'entendre entre eux et trouver en eu.x-mêmes la force de garantir leur développement cultural sans l'aide des puissances » (avril 49H). L'exarque bulgare, Mgr Joseph, poussant à .sa Mn le long travail de sa diploni^atie, envisageait une « collaboration commune » avec le patriarcat (mai 19H). L'entente se scellait au prix des douleurs de la Crète, de Samos et de Macédoine. La guerre italo-turque la rendit plus facile (septembre).

Dès les premiers échecs, la Turquie annonçait qu'elle prendrait sa revanche sur les chrétiens d'Europe et mobilisait en Thrace. L'opinion bulgare imposa au turcophile Guéchoff et au tzar Ferdinand, anxieux depuis dix années pour sa dynastie, la ré.solution de déclancher contre l'Empire ottoman, à la première agression sur le Pinde, l'assaut des Balkaniques. Or, en janvier 4912, Union et Progrès, terrorisant les électeurs par l'armée, réduisant la Chambre aux dimensions d'un clan, écrasait les nationalités rebelles à la turquisation. Réplique immédiate : aux fêtes pour la majorité du prince Boris, héritier de Bulgarie (Sofia, février), se pressaient les princes héritiers Constantin de Grèce, Alexandre de Serbie, Danilo de Monténégro, voire Ferdinand de Roumanie. Le 12 mars.

(1) Abdul-Hamid, extrait en octobre iyi2 de sa villa de Salonique, ne s'étonna que d'un fait : « Comment ont-//.s> laissé les Grecs et les Bulgares s'entendre ! »

la Russie rappelait Tcharykov de Constantinople; le lendemain, le Irailé biilgaro-serbe (Guéchoff-Spalaïkovitch) était signé que Daneff, président du Sobranié, portait en juillet au tzar Nicolas et à son ministre Sazonov. D'autres accords étaient conclus : Bulgarie-Grèce (avril), Bulgarie-Montenegro, Serbie-Grèce (Bochkovitch-Venizelos). Les Balkaniques (la Roumanie avait toujours repoussé ce titre), consignant en des articles secrets les partages éventuels de territoires (conventions militaires des 29 avril, 19 juin, 23 août, 15 septembre), avouaient la volonté d'obtenir la libération de leurs frères de race et de religion pour se libérer eux-mêmes de ce (jui étouffait leur vie nationale. En cas de résistance ottomane, l'armée mobiliserait chez les quatre contractants.

L'Europe et 1 alliance balkanique. — Les puissances connurent l'alliance presque aussitôt que conclue ; ne devait-elle pas servir à l'Italie, fatiguée de l'expédition de Tripolitaine, pour imposer sa paix à la Turquie? Aussitôt, l'Autriche s'inquiétait. Pour parer le coup, le comte Berchtold lançait (14 août) un projet de décentralisation applicable aux provinces de la Turquie d'Europe (spécialement à l'Albanie, à demi austriacisée par les Franciscains) avec une invitation aux États balkaniques d'attendre l'essai de ces mesures. Noradounghian effendi, ministre ottoman des Affaires éti-angères, en acceptait le principe; Arménien, il n'ignorait pas la manière d'en étouffer l'application. Mais la Russie se défiait de ce renouveau d'intérêt autrichien témoigné à l'Albanie ; s'il fallait intervenir à Constantinople, elle tenait à le faire seule, en amie du premier degré. Au total, d'accord pour conseiller aux deux parties de ne pas bouger, les puissances ne l'étaient plus pour contraindre la Turquie aux réformes sous leur contrôle international. Russes et Autrichiens se disputaient la confiance (et la clientèle) des Balkaniques; Allemands et Anglais celle de la Porte. Les uns et les autres aboutirent à zéro.

Le chapitre des atrocités se rouvrit : crimes multipliés dans les vallées macédoniennes, exécutions et incendies qui poussaient les Albanais sur Prichtina, puis sur Ouskoub, où ils dressaient en quatorze articles leur sommation d'indépendance; bombes à Istip et à Kotchana, suivies d'un massacre de Bulgares; coups de feu pendant tout l'été entre Ottomans et Monténégiins, avec un combat à Moïkovatz (août). En septembre, Pachitch et Guéchoff, dont les accords prévoyaient la mobilisation après la moisson faite, déclaraient la situation « intolérable »; alors les assassinats s'étendaient au sandjak de Novi-Pazar. Le ministère turc accorda quel-

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ques salislaitions de surlacc : entiuèle sur laÉfaire de Kotcliana, autonomie albanaise; seulement, il mobilisait autour d'Andrinople sous le prétexte de grandes manœuvres. Les peuples, à la lin, forcèrent la main aux gouvernants ; des meetings (à Sofia et à Cettigné) réclamèrent la guerre. Le 80 septembre, Sanws s'insurgeait avec l'aide des Cretois de Sophoulis et chassait les Turcs; le même jour, les Quatre mobilisèrent.

En Europe, se manifestait un double sentiment. Beaucoup se refusaient à croire au conilit inévitable, ne voyaient dans les mesures du 30 septembre que des velléités d'intimidation contre la Turquie (le seul Kiderlen-Waechter en redouta le démembrement), réservaient au syndicat austro-russe le soin d'arrêter l'éclat (Sazo nov, en visite à Balmoral, se défendait d'encourager les alliés), mena(;aient les « insoumis » de la ruine financière, qui semblait commencer en Seibie par une crise de banque et de commerce. D'autres — les plus intéressés à maintenir les Slaves sous le joug — acceptaient l'aventure sans déplaisir; l'armée turque, germanisée dans son commandement et ses méthodes de guerre, jusque dans son matériel, n'aurait-elle pas partie vite gagnée contre des adversaires crus généralement inqjrovisés? Aussi bien, la lutte» qui les épuiserait tous, les jetterait à l'arbitrage du germanisme. L'Autriche alors interviendrait : accordant à la Roumanie ses (( apaisements », elle supprimerait, pour commencer, la Serbie, <■ cette création artificielle », annexerait le sandjak, déclarerait le protectorat sur l'Albanie avec l'autonomie de la Macédoine. Au bout de ces calculs, Salonique povl aiilrichien.

Raison décisive, aux yeux des alliés, pour marcher de l'avant. Jamais les circonstances ne s'avoueraient aussi favorables : l'Autriche et la Roumanie encore neutres, l'armée ottomane dispersée en Tripolitaine et en Arabie, minée par les discordes politiques, réduite pour de longues semaines à ses corps d'Europe, subirait sans doute les premières défaites. Tandis que la Turquie armait en hâte 100.000 rédifs, que les comiladjis macédoniens entraient en canq)agne et que les ministres autrichien et russe signifiaient la volonté de l'Europe de ne pas laisser changer, même par la guerre, le statut teri-itorial balkanique (8 octobre), les Alliés, dont la concentration s'achèverait le ITi, exigeaient de (A)nstanlinople, [>ar un mémorandum en onze points, l'organisation de l'Empire par provinces ethniques que gouverneraient des chrétiens étrangers assistés de Conseils généraux élus et de conunissions de contrôle, et disposant de milices nationales, l'admission îles chrétiens à toutes les fonctions, la surveillance des réformes (à exécuter dans les

six mois) par les représenlants des puissances et des États balkaniques, la démobilisation turque. Et Venizelos admettait les Cretois à la Chambre hellénique (14 octobre). — Noradounghian, tout en exhumant à l'intention de l'Europe la loi des vîlayels de 1880 pour la soumettre « dans tout son ensemble historique... à l'approbation du Parlement et à la sanction impériale », rappela ses représentants et signa la paix avec l'Italie (IG octobre). Mais s'il gardait les 13 batteries d'artillerie et les 80 wagons de matériel saisis à Salonique au détriment des Serbes, il relâchait les bateaux de commerce grecs arrêtés en septembre. Vaine manœuvre pour détacher le gouvernement d'Athènes. Déjà le Monténégro avait déclaré la guerre (8 octobre) et des Bulgares avaient occupé Kovtchas. Le 18, Ferdinand, invoquant par deux fois « ses maîtres libérateurs russes » (car il fallait tout prévoir, même la défaite), annonça la guerre « pour les droits humains des chrétiens de Turquie », la " lutte de la Croix contre le Croissant ». Quand Berchtold (1^4 octobre) se mit d'accord avec l'Italien San Giuliano sur la formule : Slalu qiio territorial, réformes et paix, il retardait déjà d'une idée.

La griicrro turco-balkaniquo. Caractères. — C'était bien une croisade : le mot n'a rien d'anachroniqiu' dans l'Orient immobile. Contre le Turc se mobilisèrent les trois nationalités serbe, bulgare et grecque ; les terres et les monts se vidèrent de leurs hommes, les uns allant au feu, les autres escortant, au défaut des voies ferrées que seul, en Bulgarie, le ministre Franghia avait organisées, sur les pistes de Macédoine et de Thrace, les lents chariots de ravitaillement. Les femmes mêmes (surtout en Serbie et au Monténégro) assumèrent le rôle d'auxiliaires de l'intendance et du service de santé que trois des armées alliées ne connaissaient pas (1). La première guerre euroitéenne du XX" siècle aura été une décisive lutte de races.

Au 18 octobre 1912, les Quaire disposaient d'environ 600.000 hommes de premièi*e ligne. La Bulgarie, levant Ions les hommes valides de 20 à 46 ans, mobilisait 9 divisions (de 24 bataillons, équivalentes au corps d'armée turc) et une division de cavalerie (4 régiments). Elle en créa deux de réserve {iO'^ et ii"). Sous le commandement supérieur du tzar Ferdinand et de son adjoint, le général d'artillerie Savoff, organisateur de l'armée comme ministre

(1) Au Montenetjro, elles pnrièi-enl les munitions Jusque sur la ligne du feu.

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slamboulovislc do la (iiuMic (i^riirral Fitcheff, major griirral), sos "i'ia.OOO liomnit's rormèrcnl I rois armées : P'' armée (gém-ral Koutintcheff), V'',.">', Kt"" divisions; IL année (général Ivanoffj, "/ , ^'^ '■>" divisions ; Iir armée (général Radko Dimitrieff, colonel Jostoff, chef d'état-major), '4", 5'', 6''" divisions, et division de cavalerie du général Nazlimoff. Cette cavalerie, avec les Compagnies des g<ir- (les-fronlii'n's, tint secrète la concentration de la Iir armée à Jamboli ; en lace de l'indolence turque, celte (( couverture »> suffisait. Au-devant des autres armées, se déployaient 20.000 comitadjis bulgai'o-macédoniens encadrés d'officiers réguliers. A l'ouest, protégeant Sofia et Philippopoli, le généial Theodoroff commanda la petite annre du liilo (/' division active et /'' de réserve).

La Serbie, avec les hommes de 21 à 50 ans, constituait 5 divisions actives de 17.000 s(^ldats chacune (3() canons Schneider -1908},

une division de réserve et dix des 2" et 3" bans, de l'artillerie de montagne et un nombreux train des équipages. Sous le commandement du roi Pierre (général Poutnik, major général), le prince héritier Alexandre fut chef de la I' armée (général Bojovitch, chet détat-major), 5 divisions ; Il armée (général Stefanovitchi, 3 divisions ; Iir armée (général Jankovitch), 3 divisions ; IV armée (général Jifkovitch), 2 divisions.

Le Monténégro n'avait qu'une armée de milices (organisée en mai 4910) de 37.000 hommes en 4 divisions commandées par le prince héritier Danilo ; 30.000 J/rtlissores la renforcèrent. La J'" «Hvision (général Martinovitch}. la ^^ et partie de la i'' (général Lazarovitch) attaqueraient Scutari ; la 3'' et partie de la 4« (général Yanko Voukotitch) opéreraient dans le sandjak.

La Grèce, ou lie sa llotle, fournit 135.000 hommes en 6 divisions (loi de 4912), avec 6.000 Cretois et des volontaires garibaldiens. La !'•'-■ armée (diadoque Constantin; général Danglis.chef détat-major», de 5 divisions, devait pénétrer en Macédoine ; la IP (général Sapoundzakis), une division, en Lpire.

Pii:nriF. l" de Sehbii (ni- en 1846)

La Turquie mobilisa le l'"" octobre. En théorie, elle armait 14 corps d'armée active (nizam) et 58 divisions de t'édif's (réserves) répartis en i inspections d'armée (ordou), dont la première seule avait tous ses corps en Europe. Sous le commandement supérieur de Nazim pacha, ministre de la Guerre, il s'en forma 3 armées : Yarmée de Thrace ou de VEsl (Abdullah pacha) comprit les V corps fYaver pacha), II*" (Chevket Torghout), 1 11"^ (Mahmoud Moukhtar), IV'' (Abonk pacha), renforcés peu à peu par 8 divisions (\c rédifs (en tout 165.000 hommes) ; — Vannée du Vardar ou de l'Oiiesl (général d'artillerie Ali Riza pacha i comprit sous Zekki pacha les Vl" corps (Djavid bey), VII'' (Fethi pacha), 5 divisions de rédifs et la cavalerie de Féïk pacha, 2 divisions de rédifs de Ferik Tewfik, le V'' corps et 2 divisions de rédifs de Kara Saïd; — en Albanie du sud, Hassan Tashin pacha fVehib bey, chef d'état-major) commandait aux '2'2'' et 23'' divisions indépendantes, à 2 divisions de rédifs et à dos bandes albanaises. Dans Scutari allait s'enfermer Hassan Riza pacha, avec la 24'' division indépendante, une division de rédifs et des volontaires albanais. Forces imposantes si elles eussent reçu une organisation. Elles en avaient à peine l'ébauche. Effectifs de guerre jamais atteints, pénurie de cadres, absence totale de services d'armée, ni routes ni voies ferrées : la puissance militaire de la Turquie n'était qu'une illusion. La loi de 1909, qui incorporait musulmans et chrétiens jusqu'à 45 ans, admettait moyennant 40 livres l'exonération de presque tous, sauf des pauvres, peu résistants. A ceux-là, la u mangerie » et la gabegie n'assurèrent ni pain ni cartouches, approvisionnèrent trop souvent leurs Krupp de gargousses vides et d'obus en bois, les poussa au feu sans les instruire. Les divisions d'AnatoIie, plus solides, restèrent immobiles autour de Smyrne, d'abord dans la crainte d'un débarquement italien, bloquées ensuite par la flotte grecque.

Preiiiîoro période. — Opérations iiiaritimcs. — Secondaires en apparence, elles devaient interdire aux Ottomans les routes de la mer. Contre leur Hotte sans homogénéité (.S cuirassés assez récents de 10.000 tonnes, 4 cuirassés anciens, 2 croiseurs protégés modernes, do torpilleurs), l'escadrille bulgare n'était que d'un petit croiseur et de 6 torpilleurs ; mais la flotte grecque s'avouait redoutable : un croiseur cuirassé moderne (Georgios Averof), 3 cuirassés de 5.000 tonnes, un petit croiseur neuf, 12 desiroyers, avec une base navale à Salamine.

Dans la mer Noire, les Turcs canonnèrent Varna et Kavarna (10-21 oclolire;, bloquèrent les côtes poui* gêner le ravitaillement

HC) CHAPITRR \VI

(les alliés, puis s»' ralialliiriil suv la Mannnrn pour aider à la défeiist' des lignes d«^ ['(dialaldja. Seul, ï/himidit' hoiubanla les lij^iies bul^'art>s de Derkos cil novouibrei; mais, avarié par un torpilleur, il ilul iei>:agnci- la Corne dOr.

Dans Jâ laer Ionienne, les canonnières grecques forçaient le port de Prevecit, attaquaient Nicopolis (16 octobre-4 novcnd^re), boiubardaieid Vallomi, bloquaient les eôtes, du golfe d'Aria à Corfou. pour empêcher le ravitaillement épirote, ravitaillaieid au coidi-aire les troupes serbes d'Albanie.

Dans l'Egée, l'anural Coundouriotis bloqua les Dardanelles et occupa les îles qui en défendent l'entrée : Tenedos et Leinnos (20 octobre). Thasos (30 octobre i, Imbro^ et Slrali. Samolhnice (i" noveudn-e). — En rade de Salonique. une corvette cuirassée turque gênait les opérations du Diado(iue ; le lieutenant Vossis la torpilla (0 novembre) ; Tescadre bombarda le grand Karaboiivnoii (7 novembre). — Maître de lEgée, Coundouriotis occupait encore Nikuria (17 novembre). Mfililène, où les "2.000 réguliers d'Abdul Ghani ne cai)itulèrent que le 20 décembre, Chio (24 novembre), où Zihni bey résista au colonel Delagrammatica jusqu'au 3 janvier. — En vain tentait de riposter l'escadre turque : Halil pacha, après une heure de canonnade, qui mettait hors de service \e liarbarostia, était rc'foulé dans les Dardanelles (17 décembre»; le 22 dé'cend»re, nouvelle tentative inutile contre Tenedos.

La gfuorre dans le Sandjak. — 1 1 Opérations monténégrines. — Dans le sandjak, que iléfendaient 8.00(t Turcs, Voukotitch. en offensive sur l])ek, occiqia Berana dès le 1(5 octol)re, et, par Plava et (}imnié, écartant rédifs et baehi-bouzouks, atteignit Ipek, qu'il enleva (31 octobre). Une autre colonne (général Bojovitch) pénétrait dans Plevlié (29 octobre). Le sandjak échappait aux Turcs. Voukotitch se rabattit vers Diakova ; il l'emporta le 2 novembre avec l'aide de l'artillerie serbe. Après quoi, par Latch et la vallée du Drin, il ralliait Scutari.

2) Opérations serbes. — La IV" Armée (Jivkovitch) marchait, de Pozega et de Kralievo, en deux colonnes : vers Sienilza, qu'elle enleva (22-24 octobre) pour se lier à Voukotitch et donner l'assaut à Priepolié et à Plevlié (27-29 octobre); — vers Novi'Pazar (enlevé d'assaut. 23 octobre), Mitrovitza (26 octobre), Ipek (l""' novembre^. Le sandjak occupé, la IV Armée poursuivit les bandes albanaises.

La jf lierre en MaeédoiiK'. — d) Opérations serbes. — Ali

Riza, (pu sembla d'abord essayer de troultlei' la mobilisation sertie

(14 octobre), n'avait aucun plan. 11 attendait l'offensive ennemie, qui se produisit dans deux directions : !''*", ir, Iir Armées vers Ouskoub, IV^ dans le sandjak. — La Iir Armée, refoulant la gauche turque (Podnieuo, 20 octobre), battait Férik-Tewfik à Kossovo (22 octobre), enlevait Prichlina maison par maison, marchait vers Katcha nik. La IP Armé e , p a r Egri-Palanka, Stratchin et Kralovo (20-22 octobre), rejetait la droite turque vers Kolchana (où entraient les Bulgares). La V' Armée, bousculant les couvertures turques, affrontait Tarin ée entière d'Ali Riza au nord de Koumanovo i 23 octobre ).Dans la brume et la I ) o u e , Z e k k i pacha ' VII' corpsj l'assaillait, accablait

l'infanterie sur un ten-ain découvert (2i octobrei, mais pliait à son tour sous l'assaut de la IP Armée. Zekki appelle en ligne le VI'corps; il est fauché avec le VU" par Tartillei-ie serbe. Bien que les Albanais aient arboré des fanions blancs pour fusiller ensuite à bout portant les 7" et i8° d'infanterie sans défiance, la I'« Armée occupe Koumanovo, la IT la plaine d'Ovitch, pendant que les

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