SANDJAK DE NOVI-PAIAR ALBANIE, ÉPIRE ET MACÉDOINE
(à l'échelle
Ai.BAMK, Macédoini:, Epirl:
le la carie, il n'a i)as étr tenu compte du relief)
ii^ CHAPITRE XVI
Hulgiircs accablent Kura-Saïd ( V" corps). Ali Riza, qui a i)ci-du iO.OOO hommes (les Serbes 3.000), ordonne la retraite sur Monastir. Mais le Vil" corps est en dél>âele, encombré de blessés qui meurent de faim ; pris de paniiiue, qui lui font abandonner ses canons (les Serbes en capturèrent 1>27, avec 300 wagons), il rellue sur 0//s/to«i6, qu'il va piller. Les consuls européens y appellent les Serbes (26 octobre).
La poursuite menait les vainqueurs à Férisovilch et n Kalchanik, bientôt à Prizrend {IIP Armée), à Istip et à Keupruli, où la cavalerie du prince Arsène Karageorgevitch dissociait {W octobre) les derniers éléments de Zekki pacha. Les armées turques gagnaient séparément le sud, où, sur un terrain accidenté, à la faveur d'un hiver très dur, les renforts d'Albanie prolongeraient la défensive.
Tandis qu'une colonne descend la voie ferrée vers Salonique,et, victorieuse à Demivkapou (4 novembre), capture la garnison de Doiran, que la IP Armée (Stefanovitch) s'en va par Kustendil renforcer les Bulgares devant Andrinople, laf^et la III* Armée marchent vers Monastir : la IIP par Kalkandelen, Gostivar, Kirtchevo, où elle culbute 12 bataillons ottomans (1-4 novembre) ; la P par Prilip, où elle livre une rude bataille d'infanterie dans un pays de montagnes sans routes, perd 3.000 hommes, tue 6.000 Turcs, refoule les autres en déroute (4-5 novembre).
A Monastir, au milieu de terrains inondés, à l'abri de hauteurs fortifiées, Ali-Riza concentrait 60.000 hommes et 80 canons: de droite à gauche, les ¥>= corps (Zekki), VI1« (Fethi),VP (Djavid); il se couvrait en arrière contre une attaque grecque. Les Serbes,fatigués par de longues étapes dans les fondrières et les marécages de neige, les écrasèrent en six jours de combats (13-18 novembre). La cavalerie victorieuse à Nouak, l'action se déployait sur SO kilomètres; l'infanterie débordait parla gauche, et l'artillerie battait les hauteurs que l'infanterie escaladait (nuit du 16 au 17). Les Turcs s'enfuirent : Zekki vers Florina, où la cavalerie serbe lui enleva ses canons et d'où les Grecs le rejetèrent vers l'ouest ; Djavid et Fethi vers Hesna, où ils tombèrent sous les canons serbes. Djavid s'échappa. Le 18 novembre, les Serbes entraient à Monastir; ils perdaient 8.000 hommes, les Turcs 10.000 et 10.000 prisonniers (dont Fethi et 7 généraux».
2) Opérations grecques. — Si l'objectif propi-e des Grecs était la destruction de l'armée turque du Vardar, une opération préliminaire, politique et stratégique à la fois, s'imposait: se saisir de Salonique (avant les Bulgares') pour isoler les Turcs de la mer et ravitailler par ses roules les alliés en Macédoine.
Dès le 19 octobre, l'armée du Diadoque enfonça les avant-postes
de Tashin pacha (à Elassona), les poursuivit aux défilés de Saranlaporou, les délogea deDiskata et de Vlahodivadon (SO-S'i octobre), les refoula vers Selfidjé, qu'elle occupa. Lancée vers la Yislritza, la cavalerie (colonel Soutzoï bousculait les fuyards, ramassait le matériel et l'artillerie de la 22^ division. Une colonne (ô'- division, Mathiopoulo; formant couverture vers Kaïlar, deux autres enfoncent à Kaslania les arrière-gardes ennemies (28 octobre), coupent à Veria Zekki pacha de Salonique (29 octobre), et se rapprochent de la côte où la division d'extrème-droite triomphait à Kalerini. Tandis que des détachements abordaient au golfe de Kassandra, Constantin évitait les marécages du Kara-Azmak par Vodena et Venidje-Vardar. Là, Tashin pacha résistait deux jours, avec 30.000 hommes et 30 canons, jusqu'au moment où la division de Katerini débordait son aile gauche (2-3 novembre). Alors, l'escadre bombardait les forts de Salonique; les Serbes, sur le Vardar, refoulaient les fuyards turcs ; la cavalerie bulgare (Theodoroff) arrivait par le nord-est. Tashin, en déroute, démoralisé par la désertion de ses soldats, réduits à mendier leur pain, sentant la trahison latente des Saloniciens, encombré de 50.000 musulmans que pourchassaient les alliés, capitula devant la première avancée de cavalerie, à Topchin (8 novembre). La Chalcidique tombait aux mains des Grecs.
Restaient les 50.000 hommes de l'armée du Vardar. Pendant que Georges I*' s'installait à Salonique (i),les 5 divisions du Diadoque, pivotant vers le nord-ouest sur la -J*^ division (assez maltraitée par Djavid pacha), progressaient dans la neige par Vladova (16 novembre), Komano et Gornitchevo, accablaient à Florina (20-21 novembre) les Turcs échappés aux Serbes, leur enlevaient encore 20 canons à Pisodeni. — L'armée de Macédoine (général Damianos) réduite aux 5*', .5" et 6'' divisions, poursuivit les forces ralliées par Djavid pacha, les refoula de Kovilza dans les montagnes de l'Épire du nord-est fque parcouraient déjà les bandes de Griparis) et vers Janina.
La guerre en Albanie et en Épîre. — 1) O^^érations monténégrines. — Scutai'i, place médiocre, étalait ses défenses sur 25 kilomètres, de Touzi lau nord), par le Bardanjoli et Breditza, jusqu'au Tarabosch, hauteur de oTti mètres fortifiée à l'ouest sur les plans de von der Goltz, armée de 60 pièces de siège et de 100 mitrailleuses. Lazarovitch attaqua par Touzi (9 octobre), enleva les
(l) Il devait y être assassiné, par un fou, le 18 mars 1913.
FEYEL. II. 15
l»autours du nord-est (10-15 octobre) et, l'efoufant les Turcs à travers les marais, se concentra à Koplik. Par Vlaka, il aborda Scutari. — Au sud-ouest arrivait Martinovitch ; de Dulcifji^no et Antivari, il se ruait sur le 'l'araboscli en assaut de nuit et y perdait 900 hommes. 11 fallait donc, amener des pièces de siège, parle lacet par des routes ouvertes à la dynamite, bombarder le Tarabosch avec une artillerie insuffisante (24octobre)etsans grands progrès, repousser des sorties de nuit (%-28 octobre) et, après des échecs subis à l'attaque du Mardanjoli (30 octobre), tenter d'affamer la place. Mais, au sud, sur 10 kilomètres, les routes demeuraient libres vers Alessio et Durazzo, qui ravitaillaient lassiégé. Martinovitch ne s'établit pas sur la rive gauche de la Boyana (84 oclobre-8 novembre) ; mais Zhuraskovitch pénétra dans Saint-Jean de Medua (16 novembre) et dans Alessio en même temps que les Serbes, fermant ainsi le blocus. Les Monténégrins arrivaient tout juste à se maintenir contre les sorties des Turcs, jusqu'au 2 décembre, ralentissaient leur feu, soutenaient les coups de boutoir d'Hassan Riza vers Goleni et Oblika (8-25 décembre). Mais Scutari, bien approvisionnée, demeurait imprenable.
2) O'pévations serbes. — Une partie de la Iir' Armée serbe avait attaqué Prizrend (30 octobre), l'avait enlevée rue par rue, malmené le consul autrichien, massacré les Albanais. Elle occupa Diakova (G novembre). De ces deux points, deux colonnes (général Paulovitch) poussèrent à l'Adriatique à travers 100 kilomètres de montagnes, des rivières débordées, sans chemins ni ponts, traînant à bras d'hommes leurs canons dans la neige. La première, avec les Monténégrins, par Latch et la vallée du Drin, gagna Alessio ; la seconde bouscula sur les bords du Mati un corps de nizams et gagna Durazzo (28 novembre). Une partie des vainqueurs de Monastir les rejoignit : la division de la Morava par Resna, Okrida, Elbassan ; la brigade mobile du colonel Mylovanovitcli par Dibra, où un combat violent refoulait Turcs et Albanais (28 novembre). Seul, Djavid pacha se maintint avec 15.000 hommes en Albanie du Sud.
3) Opérations grecques. — Partie d'Arta, la petite armée du général Sapoundzakis avait dispersé les forces fui-ques au nord du golfe (19-24 octobre) et fait capituler Preveza (3 novembre). De cette base navale, elle remontait par les rouies boueuses qui, à travers les montagnes épirotes, mènent à Janina. Vaincus aux défilés de Penlepigadia (5-8 novembre), les Turcs rt^cuUdeut aux forts de Bizani (établis par von der Goltz, avec celui de Saint-Nicolas), |>arlie des défenses de Janina.
La place, ([u'entoui-aieut des hauteurs garnies de l'i8 canons de
LA DKPîMKBi: CRISE HALKA.MOUE
gros calibre, abritait la "23« division indépendante augmentée de rédifs, de fuyards de l'arniéc du Vardar, dirréguliers albanais sous Essad pacha (Vehib bey, chef d'état-major). Sapoundzakis, quoique renforcé des 2'' et ''/« divisions et des garibaldiens du comte Roma (victorieux à Mezzovo), ne pouvait ni opérer le blocus, ni surmonter, avec 8 pièces de siège péniblement hissées dans la boue, la lourde artillerie turque abritée dans le roc même. Par son tir très précis, il détruisit pourtant quelques canons et magasins. Mais les détachements qu'il attendait par mer, débarqués à Santiquaranta, étaient battus à Argyrocaslro (9 novembre). Le 12 décembre, il risqua l'assaut de Bizani; il échoua, soutint difficilement les sorties
Thrace
de l'assiégé, de jour et de nuit (15-20 décembre). A la fin de décembre, l'armée d'Épire était encore loin du but.
La{»'uerre en Thrace. ^Opérations bulgrares. — (Jontre les forces turques de la Bregalnitza et de la Strouma, deux petites armées, en liaison avec la IP armée serbe, |)rirent une offensive immédiate : l'armée du /?//o (général Théodoroffi contre la 14" division turque Ali-Nadir ) et des rédifs; — Varmce du Rhodope (^général Kovatcheffi contre leXll« corps (Ever pacha; et les Pomaks musul-
152 c.HAririu: \\i
niaiis. — Au 4^' novomhi-c, riirotlorolï avait nettoyé la haute Mesta, puis la haute Strouma, gagné Sérès et se rahattait sur Salonique, dont il attaquait les hauteurs du nord-est quand il apprit la capitulation de Tashin pacha. — Kovalchelï, refoulant les bandes des monts Tamrich, avait occupé tout le haut Arda, dispersé en panique lessoldats d'Ever pacha qui al)andonnaient armes et équipements ("26 octobre). 11 le poursuivit, l'euqjècha de se reprendre, le déborda sur la iMesIa, le cou[)a de Drama et de Kavala, le poussa sur Féredjik (où arrivait une colonne de la I'" armée). Alourdi par ses chariot^ d'éclopés, épuisé par 45 jours de marche, privé de tout, débordé au nord (vers Sulli) et au sud (vers Dédéagatch), Ever capitula le 28 novembre avec 10.000 soldats et:265 officiers.
La campagfiic dos Trente jours (18 octobre-18 novembre). — Les Turcs ignoraient la rapidité de la concentration bulgare; les Bulgares croyaient à une énergique résistance initiale des Turcs. Leur plan consistait sans doute à mener l'attaque sur le front fortifié Kirk-Kilissé-Andrinople, derrière lequel se massait l'ennemi, avec les III' et I''^ armées, en obtenant avec la II" l'effet de décision sur la gauche adverse au sud-ouest d'Andrinople. La première victoire ("24 octobre) changea ces dispositions; l'effet décisif, vers le sud-est, fut demandé à la IIP armée (la plus aguerrie, au sortir des grandes manœuvres) et Andrinople masquée par la IP armée, puis régulièrement assiégée.
En conséquence, Ivanoff attaqua (18 octobre) le Fortin des Loups et entra dans Miislafa pacha. Ses deux divisions, descendant la Maritza et la i"ive droite de la Toundja, progressaient jusqu'à l'Arda, refoulaient les Turcs dans Andrinople.
La I'" Armée (Koutintcheff) avait passé la frontière en cinq colonnes (18-19 octobre). Elle refoula (cavalerie Nazlimoff) la cavalerie ennemie à Demirkeui, puis l'infanterie à Seliinen et à Seïmen ("20-21 octobre), à Seliolou (23 octobre), où des attaques répétées n'en eurent raison qu'à \ 1 heures du soir. La IIL Armée i^Dimitrieff) passa en quatre colonnes (la gauche, 5" division, appuyée à la mer), refoula les avant-postes à Erikler et à Tirnouo, et, après un vif engagement à Demirkapoii (20-22 octobre), progressa vers Kirk-Kilissê. Devant cette ville (et ses forts assez mal garnis), dans une plaine de vignes parsemée de bo(}ueteaux de chênes, campaient le I" corps turc, des fractions du 111" et des divisions de redits. Après un violent combat, les deux ailes débordaient le rentre ottoman (2S octobre) ; la contre-atta(iue tie nuit de la division Aziz culbutait dans des tranchées hérissées de mitrailleuses, d'où sur-
gissait la .5" division (Christoff). Panique des Turcs qui se fusillaient mutuellement, jetaient armes et canons pour fuir vers Eski- Baba ; panique de la population. Seule la division Hilnii se maintint jusqu'au 24. Les Turcs perdaient 4.500 hommes, 56 pièces à tir rapide. 10.000 fusils, des millions de cartouches, les vivres et l'équipement entassés à Kirk-Kilissé.
La défaite découvrait d'un coup les lézardes de l'Empire. Le !«'' corps en déroute, recueilli par le IV^, le IIP retraitait sur ^'iza. A Constantinople, le ministère Moukhtar pacha tombait ; Kiamil, grand-vizir, fit juger le prince égyptien Aziz Hassan, chef de la cavalerie, fusiller :200 officiers et soldats.
Loiile-Bourg-as-Rarag-atch-Bouiiarhîssar (29-31 octobre). — Après Kirk-Kilissé, la cavalerie bulgare perdit le contact. Lancée aux renseignements ("25 octobre), elle enlevait au delà d'Eski-Baba 4 locomotives et 200 wagons, galojîait vers Rodosto, pour couper Audrinople de la capitale, puis vers Tchorlou ; elle y reprenait contact, mais sans explorer à fond. C'est par les paysans de leur race que les Bulgares et la maigre cavalerie de la 5'' division connurent la présence du gros turc à Loule-Bourgas. Abdullah pacha, en effet, avait replié son aile gauche vers le sud-est, renforcé le III'' corps d'une division de rédifs débarquée à Midia ; il le porta de Viza vers Bounarhissar. Par contre, les r^ et III'^ Armées bulgares obliquèrent au sud-est (la I" en aile marchante). Chargé, en l'attendant, de contenir l'ennemi, Dimitrieff interpréta sa mission en un ordre de résistance par offensive, prit de l'avance, occupa Bounarhissar (-28 octobre), mais dut s'arrêter devant le 111^ corps.
AbduUah, retranché sur la rive gauche du Karagatch, appuyait sa droite iTIl" corps) à la forêt de Soudjak et déployait sur un front de 40 kilomètres les II'' (Chevket-Torghout), l'"' (Yaver) et IV corps (Abouk), la cavalerie (Sali pacha; à l'extrême gauche: l"2o.OOO hommes, mais sans vivres et avec une seule journée de munitions. Les deux armées bulgares en avaient 115.000. — Le 28 octobre, Christoff reconnaissait offensivement les forces turques ; refoulé par le IIL' corps, il ne se maintenait dans ses tranchées, creusées en lu'ite, que grAce à l'énergie morale de ses soldats et à la précision de ses shrapnells. Le 29, la III Armée attaquait Karagatch, enlevait LouIe-Bourgas, qu'écrasait sa puissante artillerie; essayant de déborder par le sud, elle était arrêtée parla cavalerie de Sali, qu'elle rejetait, puis par le IV" corps, qui la chassait de Loule-Bourgas, sans l'occuper lui-même. A Karagatch seul les Bulgares se mainte-
VA CIIAIMTHK XVI
nait'iil. Joiiriit'i' iiulécise, mais (|iii n'avait engagé que la IIL Aimée ; la I'" la loiifDi'ftM'a le Iciidcmaiii, laiulis que l'aniH'M^ turque, ébranlée, à court tle munitions, attend son saliit de la seule (dïensive du III^ corps.
Le 30 octobi'C, la r" Armée prolongeait la IIL', avee sa division de cavalerie sur la rive gauche de rKigèni^; sur deux laces elle assaillail le 1\'*' corps turc. Ahouk i-eculait, demandant du secours. Dépourvu de réserves, Abdullali lançait le II"^^ corps sur Karagatcii que canonnait au préalable son artillerie ; les canons bulgares la démontaient, écrasaient l'infanterie pai- rafales, la détruisaient dans sa retraite. Le IIL' corps échouait de même vers Bounarhissai- devant la division Chrisloff; le IL' corps s'y brisait à son tour. — A S) heures du soii-, la droite de la IIL Armée chassait de Turkbej les débris du I" corps (le vaincu de Kirk-Kilissé), permettait à l'infanterie et à l'artillerie de passer toute la nuit la rivière. Le centre turc ne sera pas reconstitué.
Le lendemain, la poussée bulgare se produisait irrésistible. A droite, Koutintcheff , à coups de canon, repoussait le IV'' corps vers Tchorlou ; au centre, Dimitrieff débordait la gauche du IIP corps par la division Christoff, que renforçait une brigade accourue d'Andrinople, enveloppait la droite. Mahmoud Moukldar retraitait en bon ordre. Partout ailleurs, c'était la déroute; les Turcs perdaient :25.O0O hommes, 8. 000 prisonniei's et ^2 canons. Les Bulgares en perdaient 15.000.
Sîèg'C d'Andrinople. — Andrinople se défendait par des positions naturelles piesque formidables sur lesquelles !2() fortins, élevés après 1878, avaient été cuirassés et bétonnés en partie et armés de GOO canons. Les plus résistants (Kartaltepe, Kasaltepe, Papastepe) s'étendaient à 10 kilomètresvers le nord-ouest et le sudouest, protégés encore par les inondations de la Maritza et de l'Arda.Les lignes du sud-est et de l'est, plus rapprochées, n'offraient pas grantle valeur. Dans leurs murs en bricpies, pas d'abris pour les canons ni pour leurs servants, les munitions à peine protégées; seul, un réseau inextricable de tils de fer barlxdés arrêterait un assaut d'infanterie. Là était le point faible contre lequel il convenait d'accumuler le matériel île siège; mais ce matériel (800 obusiers, 80 canons de 15 centimètres et 7 batteries de campagne de 75 servies par un personnel nu'diocri>) arrivait et s'api)rovisionnait par chemin de 1er. L'attaque porta donc sur le front nord-ouest, entre Toundja et Maritza.
Contre la garnison île 58.000 hommes {M' division ni/am et liois
divisions rédifs) l'assiégeant disposa des 8" (Kirkoff) et 11" (Veltcheff) divisions bulgares, au sud et à l'est ; puis, après Koumanovo, de deux divisions serbes: 5'' du Timok, et division de réserve du Danube (IP armée, Stefanovitch), d'une brigade mixte de cavalerie serl)o-bulgare. En tout, moins de 150.000 hommes (surtout réservistes) sommairement équipés et sans unité d'armement.
Ivanoff, commandant en chef, brusqua d'abord une attaque sur les forts de Papastepe et de Kartallepe. Du 22 au 24 octobre, échouèrent quatre assauts de joui' et de nuit; le 29, Choukri pacha, commandant de la défense, ordonnait vers le nord-ouest une sortie qui lui coûtait 2.000 hommes. Deux autres, au nord-est et sur la Maritza, échouaient aussi (4 novembre). Quand Choukri attaquait encore (7 novembre) en avant de Papastepe, les Bulgares le refoulaient et enlevaient Kartaltepe. Nouvelles sorties (H et 18 novembre), après lesquelles l'assiégeant enlevait aussi Papastepe (22 novembre). Ivanoff lançait alors la S'' division contre le faubourg de Karagatch (nuit du 23 au 24 novembre); elle ne prenait que Doudjaros. Déjà les Turcs avaient iS.OOO hommes hors de combat, les Bulgares 10.000. C'est ailleurs que la campagne allait se décider.
Batailles de Ïchatalclja(l7-lî) novembre). — Après Loule- Bourgas, les vaincus refluèrent vers Tcherkeskeui et Tchataldja. Les Bulgares ne poursuivirent pas. Épuisés d'efforts physiques, sans munitions ni troupes fraîches (toutes les réserves avaient été engagées le 31 octobre et assez disloquées), incapables de ravitailler des colonnes à marche rapide, noyés de pluie, atteints par la dysenterie, ils s'arrêtèrent jusqu'au 7 novembre pour reconstituer leurs armées. La III'' fut renforcée à 4 divisions (79.000 hommes), la r*^ à 3 divisions et une de cavalerie (01.000 hommes). Ces 140.000 soldats, Dimitrieff les mènerait au combat sous la direction supérieure de Savolï.
Les Turcs n'avaient plus d'armée. Au quartier général d'Hademkeui, Nazim pacha (remplaçant Abdullah) organisa des forces nouvelles avec des troupes d'Asie, mais dépourvues d'officiers (les plus jeunes, les plus instruits étaient morts) ; il les nourrit, les arma, les reconstitua dans des camps (où s'abattait le choléra), les protégea à la hâte avec les 32 pièces du (^reusot confisquées à la Serbie, appela les oulémas à prêcher le renouveau religieux et national. Sur leslig-nes de Tchataldja, qui surplombent de 200 mètres les vallées écrasées du Karasou et du Katarchi, entre les lacs Derkos et Bouyouk-Tchekmedjé, n'existaient que <(uelques ou-
4r)fi CHAPITRE XVI
vragcs de campagne cl des casernes. Du nord au sud, Nazim les utilisa pour disposer en première ligne les III'', II'', l"'" corps; en seconde ligne le IV" corps encadré de deux divisions de redits.
Aucune olVensive n'avait contrarié l'avancée d(^s lUdgares. Leurs détachements occupèi-enl liodoslo ol Siliitri sur la Marmara (10 novembre), Demolika et Sii/li sur la Maritza intérieure. Cheminant à travers bois, les colonnes atteignaient les crêtes occidentales du Katarchi (300 mètres) et, trois jours durant, sondaient en reconnaissances les points faibles des lignes. Dimitrieff, renvoyant pour ordre à Sofia une demande d'armistice, comi)tait arriver à Tsarigrad en une semaine : les ligues n'étaient qu'un « épouvantait n. 11 constata bientotqu'illui faudrait non les lourner,mais les forcer ; il disposa donc la I™ Armée au sud contre Mahmoudié, la Iir au nord en deux lignes contre Lazarkeui.
Le 47 novembre, la P'' Armée assaillait Mahmoudié, mais s'arrêtait sous le feu de deux cuirassés embossés tlans le BouyouU-Tchekmedjé. La IIP, en face du IIL" corps turc, profiterait d'un terrain plus ferme et plus accidenté pour mener l'attaque décisive qui ferait s'écrouler le système des lignes. De fait, la 3*^ division enlevait Lazarkeui, mais sans pouvoir en déboucher vers le sud-est; la 9" restait clouée sur la rive gauche du Katarchi, avait deux régiments (^t'^ et 17'') écrasés. La nuit, elles reprenaient leur avance, que Mahmoud Moukhtar arrêtait au jour, refoulant la S'' division sur la .'">'. Le 4'' et le //' i-égiments étaient anéantis par lartillerie ; la ^ division battait en retraite. Les Bulgares perdaient 10.000 hommes, les Turcs 9.000.
Le premior arinisfico (3 (Icceiiibre). — Bien qjie trois divisions (sur sept) n'eussent pas donné, et que le forcement des lignes affectât une haute importance stratégique et politique, Savolï replia l'armée sur les crêtes occidentales, en les protégeant par une canonnade intense contre les reconnaissances ennemies (10- '21 novembre). L'échec était évident, qui fournissait aux Turcs l'énorme gain moral d'une résistance inentamée par ce demi-coup de force. Nazim, d'abord étonné, organisait deux lignes nouvelles de défense, renforçait ses corps avec des troupes d'Asie dont il éliminait les non-valeurs. Toutefois, nombre d'hommes n'avaient aucune instruction militaire et les cadres manquaient. Les Bulgares, au surplus, appelaient leurs recrues de 1912 et 1913, mettaient en ligne leur 7'' division, transportée par mer de Salonique à Dédéagalch. Si donc Nazim pouvait résister, il ne pouvait [>as, sans approvisionnements de munitions et de vivres, attaquer hors de ses
retranchements. L'ennemi, au contraire, se ravitaillait par les ports de l'Egée et par les voies ferrées, depuis Sofiaet Koumanovo, restait maître de la Thrace (sauf Andrinople), de la Macédoine, de l'Épire (sauf Janina), de l'Albanie (sauf Scutari) et de la mer. Mais la Russie lui défendait l'entrée de Constantinople et le choléra s'attaquait aux deux armées. Les situations militaires se compensaient. Daneff, Savoffet Fitcheff signèrent donc avecKechid pacha, Nazim pacha et Ali Riza bey un armistice pour la durée des négociations de paix (3 décembre). Les troupes conservaient leurs positions, sans que les places fortes pussent être ravitaillées. — La Grèce seule ne signait pas ; sa Hotte devait empêcher les Turcs de secourir Janina et Scutari, de renouveler leurs munitions et leurs vivres, d'amener rapidement à Constantinople les réserves d'Asie mineure.