‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 51 sur 96 · I. — La Chine et l'Europe · texte numérisé non relu

I. — La Chine et l'Europe

L'aiioîeiino Chine et le GouveriKMiieiit in:iii<lelioii. —

En 1044, la concpiète inaudclioue avait inq)(>sé à VEmpire du Milieu une dynastie étrangère, celle des l^sing substituée aux Ming. (ie gouvernement tartare obligea les Chinois à se raser la tète, à porter la natte, et conserva l'organisation polili(|ueet provinciale. Si l'Eiupii'e est soumis en théorie, connue une grande famille, au despotisnu^ patriarcal de rEnq)ereur, en fait, c'est un (loubl(> personnel de l'ouctioimaires, mandchous et chinois, qui l'administre : conseilleis el secrétaires du Grand Conseil et des six Bureaux ou ministères, vict>rois des o Dix-lmil pi-ovinces n, gouverneurs et laolaïs des ilistiicts

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et aiTondissements. L'année des Huit Bannières admettait des Mandchous, des Mongols et des Chinois, mais en corps séparés; l'ancienne armée chinoise cessa d'être organisée. Aussi bien, les 3S() millions de Chinois, actifs à travailler leur sol, démocratiques de mœurs et de sentiment égalitaire, firent passer les mandarins militaires après les mandarins civils, recrutés au concours après des am[)lifications littéraires sur les (( Quatre classiques ».

Une civilisation très ancienne et déjà usée, le respect religieux des ancêtres, le contact séculaire avec les musulmans de l'Ouest, avec les juifs et les chrétientés nestoriennes, avaient rendu le peuple tolérant. Si les Portugais, au XVI® siècle, réussirent à s'accrocher au rivage de Macao, entrepôt du commerce avec l'intérieur, les Espagnols ni les Hollandais ne parvinrent à s'implanter même à Formose; par contre, les missions des Jésuites, des Lazaristes et les Missions Etrangères servirent le renom et les intérêts de la France. La Compagnie anglaise des Indes, au XVIIP siècle, commençait à faire passer l'opium par les routes du Yunnan. Malgré l'édit de l'empereur Yung-Chen, qui interdisait de le fumer (1729), elle l'imposa avec l'amiral Drury (180S), lord Amherst (1810), lord Napier (1834;.

Contre les d Diables étrangers » (Yang-Koueï-Izé), dont le peuple ne connaissait que les plus cupides, la Chine officielle se maintenait fermée. Ouand les empereurs Kia-King (1796-1820) et Tao-Kouang (1821-1850) traitaient avec eux, ils «sauvaient la face » en donnant à leurs accords la forme de condescendances à l'égani de u barbares 1), aux ambassades qui montaient à Pékin la lenommée de simples témoignages de soumission. Dans cette Chine ancienne, le Irailé de Nankin pratiqua la première brèche en faisant ouvrir les ports de Canton, Amoy, Foutchéou, Ningpo et Changhaï, où résidèrent des consuls anglais. Dès lois, la Chine du sud et du centre se prêta légalement à la pénétration étrangère (lo septend^re

La (>hin(' ouverte aux étfang-ei*?» et les révolutions (lu sud. — Les autres nations réclamèrent des avantages analogues ; et d'abord les États-Unis (traité de Wanghia, 3 juillet 184i). La France suivit ; son ambassadeur Lagrené conclut avec Ki-Ying à Whampoa un traité qui ouvrait à ses trafi(iuants les rin(j ports de 18i2, admettait des consuls français avee le droit d'étal>lir des églises, des hôpitaux et des hospices, des écoles et des cimetières, et le pi'oteclorat sur les missions catholiques (2i octobie ISi-i). La Belgique (2:; juillet 1845) el la Suède-Xorvège (20 mars 1847) signe-

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rent à Canton des traités de eoiumeice calqués sur les précédents.

La conséquence lut une révolution dans les provinces du sud, de population toute chinoise. Le gouvernement mandchou s'avouait sans force matérielle; les braves (irréguliers) pillaient les cam|)agnes du Kouang-toung; les impôts de guerre levés pour payei- aux Anglais les 105 millions d'indemnité s'ajoutaient aux a mangei'ies » mandarinales. Contre elles s'étaient fondées des sociétés secrètes; elles tentèrent de renverser la dynastie.

Ces sociétés secrètes, si nombreuses, remontent-elles aux Bonnels jaunes, qui vengèrent sur Tempereur Lien-Ti (11*^ siècle) la mort de l.:200 lettrés? En tout cas, celle des Triades agissait au XVI F siècle ; peut-être s'est-elle ramifiée en Nénuphars blancs, A^énuphars azurés et Nénuphars rouges. Le Ciel et la Terre remonte à la même origine; et aussi les sociétés du nord, les Tzaï-li, les Grands et les Pelifs Couleaux, les Vieilles Lanlerncs et les Vieux Frères, qu'absorbèrent peu <à peu les Nénuphars. Elles avaient soutenu les révoltes depuis 1800, au Turkcstan, à Canton, à Formosc, à Pékin même, oîi le Nénuphar blanc s'empara du palais impérial sous l'empereur Kia-King (18 juillet 1813). A partir de 1849, les Triades menèrent la révolution des Taïpings.

Leur chef, Hong-Sin-Tsuen, né d'un chef de village (1813), lettré malheureux au concours, illuminé teinté de méthodisme évangéliquc, se rendit maître de Canton, du Kouang-si et du Kouang-toung. Ils remontèrent jusqu'au Yang-tseu-kiang(18ol) et à Nankin qu'ils occupèrent (19 mars 1853). Hong se proclamait l'empereur Tien- Ouang, fondait la « grande dynastie de la paix ». Il concentrait à Lintchéou une forte armée des huit provinces méridionales (les plus riches) commandée par trois lieutenants, Hong-Jenn, Fong-Yun-Tché et Mo-Ouang, qui menèrent leurs bandes au nord du Yang-tseu et menacèrent Pékin (t8o5). D'autres rebelles avaient pris Changhaï (1833) ; des brigands assiégeaient Canton et menai^aient à la fois Mandchous et Européens. La Chine se trouva coupée en deux : le nord resté fidèle au Trône, le sud tombé au pouvoir des Taïpings qui remplaçaient la tunique tartare par la robe chinoise et, coupant leurs nattes, laissèrent pousser leurs cheveux ((( Rebelles aux longs cheveux », Tchang-mao).

Mal informé, le gouvernement envoya contre eux des généraux qui se firent battre. Hien-Fong (empereur en 1850) renforça l'armée que commandait Tsen-Koué-Fan par deux corps nouveaux, aux ordres deTso-Tsang-Tiang et de Li Hong-Tchang. Ce dernier, né d'une famille de lettrés ^10 février 1823), biillant licencié à vingt ans et

l'extrême-orient 489

lauréat à Pékin de la « Palme première » pour le doctorat (1847), avait débuté comme rédacteur impérial au ministère des Édits. Li se forma une troupe disciplinée, se procura des intelligences parmi les rebelles et les quatre rois nommés par Tien-Ouaug, qui se massacrèrent dans Nankin (1856). En 1837, les Taïpings campaient en bandits sur le Yang-tseu; ils bloquèrent Nankin, bientôt à cours de munitions et de vivres.

La guerre franco-anj>laise do J800. — Ces troubles déterminèrent une nouvelle intervention étrangère. Les puissances, habituées;» traiter directement avec les mandarins, rendirent Yeh, gouverneur de Canton, responsable des dangers courus par des commerçants anglais et américains. Les Anglais détruisirent les forts de Canton (1836-1857). Par représailles, Yeh fit incendier les magasins européens et décapiter le P. Chapdelaine. La France et l'Angleterre pouvaient intervenir : Palmerston par nécessité de prestige, Napoléon m comme défenseur des intérêts catholiques. Une expédition commune s'organisa, avec le concours de la Russie et des États- Unis. La flotte franco-anglaise bombarda Canton (1858), puis, forçant l'entrée du Paï-ho, détruisit les forts de Takoii, remonta jusqu'à Tien-tsin où lord Elgin et le baron Gros contraignirent le gouvernement impérial aux Irailés du f7 juin. Des ministres français et anglais se rendraient à Pékin ; sept nouveaux ports (Kioungtchéou dans Haïnan, Tchao-tchéou, Taï-ouan et Tamsui à Formose, Tchéfou, Nankin, Niou-tchouang) seraient ouverts au commerce international, des indemnités versées aux gouvernements et aux particuliers.

Mais la Chine ne voulait pas de ministres européens dans sa capitale. Lorsque Bourboulon et Bruce arrivèrent à Takou pour aller échanger à Pékin les ratifications de Tien-tsin, ils furent reçus à coups de canon. Une deuxième expédition dut réclamer les ratifications, des excuses et une indemnité. 10.000 Anglais, aux ordres de sir Hope Grant, et 8.000 Français (général Cousin- Montauban), appuyés par les (escadres des amiraux James Hope et Charner, reprirent Takou, fortifié depuis deux ans à In moderne (-20 août 1860) et, marchant sur Pékin, culbutèrent la médiocre armée impériale à Tong-tcliéou et à Palikao (18-21 septembre). L'ai'iiiée alliée entra dans Pékin (18 octobre) et, comme les Chinois avaient torturé "21 soldats prisonniers, elle pilla et l)rLda le palais d'Été de l'empereur. Hien-Fong s'était enfui en Mandchourie pour ne pas « perdre la face » au contact des étrangers. Son frère, le prince Kong, accepta toutes leurs conditions : ratification du traité

|!HI ClIAlMTlii: \V!II

(le Ti(Mi-lsiii, iiidciiiiulr de 'M) millions, ouvcrtiii'i' de Ticii-fsiii an coiniiuTci', cession de h'aoliinr/ (eu l'ace de Hont^-Kong) à l'Aiif^lc- Icrro, reconnaissance aux missions, à titre de propriété, de lenrs établissements religi(Mix et hospitaliers ("24. octobre). Le gouvernement ci'éa'un conseil nouvean, le Tsonf/-li-Vnmen, chargé des relations extérieures.

JU'piH'ssioii (les rôvoluUoiiiiairos. — En 4860, profilant du désarroi du Trône, les rebelles avaient repris Nankin et menacé Hong-Kong, landis que Li-llong-Tchang pacifiait les provinces de l'ouest. Quand Hien-Fong mourut (22 août 1861), une intrigue de palais donna le pouvoir, au nom de Toung-Tchi, aux deux impératrices, en fait, à Tseu-Hi, « impératrice de l'Ouest ». Née le iO novembre 18i5 d'un noble mongol, capitaine dans les Huit bannières, entrée au harem en 4832, elle avait eu un fils (1856), alors que (( l'impératrice de l'Est » demeurait stérile. Intelligente et décidée, elle s'était opposée à la fuite devant les alliés (octobre 1860), avait conseillé le retour à Pékin, soutenu le prince Ivong qui voulait, malgré le « vieux parti », traiter régulièrement avec la France et l'Angleterre. C'est elle qui fit créer le Tsong-li-Yamen que présida Kong (janvier 1861). Elle s'entendit avec l'autre impératrice pour évincer les régents, institués par Ilien-Fong, au profit de Kong, chancelier. Peut-être les régents complotaient-ils la disparition de la dynastie des Tsing avec la connivence d'Anglais favorables aux Taïpings. (lagnés par elle, Tsen-Koué-Fan, Tso-Tsong- Tiang et i.i-Ilong-Tchang, chefs de l'armée, exécutèrent les régents (novembre 18GI) et traquèrent les Taïpings (■1862). Li, général en chef, dirigea la principale armée dont l'Ecossais Gordon organisa les régiments à l'européenne; il prit Ningpo (J863) et A'o/j/i/n, qu'il enleva d'assaut (1864). Tien-Ouang, l'empereur rebelle, se tua ; les chefs furent exécutés, sauf Mo-Ouang qui tint la campagne.

Li, délégué impérial, régularisa la situation des volontaires européens. Des corps francs avaient défendu Changhaï; les l'rançais Protêt et Tardif y avaient succombé (186-2-1^63). Li, par traité avec l'Angleterre, nomma Gordon général chinois; Prosper Glquel le fut à l'armée de Tso-Tsong-Tiang. Ce furent eux qui pacifièrent le Yang-tseu et qui rétablirent l'administration chinoise. Ma-Ouang, acculé dans Foutchéou, fut assassiné par ses lieutenants. (!ordon leur promit la vie sauve de l'aveu de Li, généralissime ; nuiis Li vice-roi, les fit décapiter (18(17) (1).

(1) An |iiL'iiiii'r iniitiu'iil lie coltTc, (ioriloii \uiilail lui bnlU-r lii ifiM'lUv

L EXTRKiME-OHIEiNT

Le rapprochement avec l'Europe. — L'impératrice, qui avait appelé au conseil des hommes de valeur (Ouen-Siang, puis Tsen-Koué-Fan et Li-Hong-Tchang, 1865-1868), décida de s'assurer les perfectionnements militaires et industriels de l'Europe, (iiquel et d'Aiguebelle, officiers français, établirent sur la rivière Min l'arsenal de Foulchéoii ( 1860-4868; où se formèrent ingénieurs et marins. Tseu-Hi proclama la liberté des croyances chrétiennes (I86:2t, fit organiser les douanes maritimes par deux Anglais, Lay et Robert Hart (1862-1867), et accrédita en Europe comme ambassadeur un aventurier américain, Anson Burlingame. Après lui, trois chargés d'affaires représentèrent l'Empire auprès de onze États. Mais elle se défiait des puissances avides de territoires.

Une nouvelle crise faillit sortir du massacre de Tien-lsin (21 juin 1870), qui coûta la vie à un consul français et à des sœurs chrétiennes dénoncées au fanatisme populaire. Li, vice-grand chancelier et gouverneur du Petchili ^28 août), régla l'affaire avec lamiral Dupré, accorda les réparations et indemnités exigées.

Grand chancelier (à la place de z;^ Kong) et premier ministre, il ménagea en I 873, malgré le vieux l)arti chinois, une

audience de l'Empereur aux aml»assadeui-s ; puis il le maria. Mais l'Empereur, usé de débauches, mourut en janvier 1875. Tseu-Hi, sans avoir à massacrer beaucoup, proclama, quoique illégalement, Kouang-Siu, né le 2 août 1872, fils du prince Choum, son beau-frère. Elle fut seule régente à la mort de l'impératrice de l'Est (1881), grâce à Li-IIong-Tchang, confirmé comme premier ministre (1875-1889).

Ll-Il0.NC.-T<.IIAN(.

D'après Léaiidre. E.xtrait du Journal « Le litre

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L'un et l'autre prétendaient maintenir l'annal iire mandctioue dans une Chine indépendante et dotée des foires modernes. Li forma une ai'niée de 30.000 hommes, avec des officiers i-evenus dKurope et (U's aventuriers i l'e.\-tand)our I*inel, promu général chinois), fonda àTien-lsin une Ecole mililaire pourvue d'instructeurs européens, établit des arsenaux bien garnis (à Tien-tsin et à Foutchéou). Il provoquait des souscriptions nationales pour la construction des navires de guerre; ministre de la Marine (1885), il créa des écoles de pilotage et de canonnage à Nankin et à l^ékin, une école de torpilleurs à Canton, des porls mililaives à Port-Arthur, à Takou, à Ta-lien-ouan, à Oueï-haï-oucï. Après 1885 et la guerre du Tonkin, il voulut transformer les milices du sud en bataillons de combat. 11 comptait sans les concussions des fonctionnaires (lui-même y avait gagné 300 millions), qui achetèrent des fusils américains démodés. En 189i, ses troupes du Petchili se battirent bien contre les Japonais. 11 travaillait enfin à une refonte totale de l'armée qu'entravèrent les gaspillages. — Initiateur intellectuel, il créait une Université des sciences qui enrichissait la langue de 5.000 mots nouveaux, un Collège des langues élrangères, une École de médecine, une Ecole d'ingénieurs à Pékin, une Ecole des chemins de fer à Tientsin. Des ouvriers allèrent s'instruire aux usines de Seraing, en Belgique. Les mines de houille du Petchili furent reliées à la mer par une voie ferrée, le télégraphe installé, ainsi que de nombreux phares perfectionnés sur les côtes. Le gouvernement encouragea la navigation à vapeur, fit rechercher les minerais dans les provinces. Li, intéressé dans les sociétés de transports, commanditait (1890) des filatures de Changhaï, destinées à combattre les importations de cotonnades anglaises et américaines. La Chine tendait à s'entourer de barrières protectionnistes.

Politique étrang'èro. — Deux principes dominèrent la politique étrangère : dans les Dix-huit provinces, tenir les Européens à distance ; aux frontières, empêcher l'infiltration de l'étranger. Comme armes, la temporisation et la ruse. Déjà, pour terminer les révoltes du Yunnan, le Trône en avait nommé généraux les deux chefs. — A l'Angleterre, dont une expédition, dirigée |)ar l'iuterl)rète Margary, avait été massacrée à la frontière de Birmanie (1874), il accorda, avec des excuses, une indemnité d'un million et demi, l'ouverture de quatre nouveaux ports (Pakoï, Ouen-tchéou. Vou-hon et I-lchang), deux consuls, à Tchong-king et à Talifou [Irailé de Tchéfou, 1876). — A Kouldja, où les troupes russes île Sibérie, sans déclaration de guerre, tiraillaient contre les troupes

chinoises, Li, conseillé par Gordon, obtint, moyennant des concessions en Mandchourie, la rétrocession du moyen Ili : et il orcranisa une vraie province, avec des colons agricoles avantagés. — Au Tonkin(l), il refusait d'abord de secourir l'Annam contre la France (1876-1880) ; puis, cédant à l'opinion, il y écoula les débris des Taïpings (Pavillons noirs, jaunes, etc.), poussa l'Annam à la guerre. Des troupes régulières parurent dans le haut Tonkin, machinèrent, grâce à un truquage de la convention Fournier (mai 1884), le guet-apens de Bac-Lé. Suivit un état mixte, à la fois de guerre et de paix ; c'est que les pirates, une fois soutenus, retardaient d'autant l'accès de la France aux routes du Yuniian. — Au Sikkim enfin, que convoitaient les Anglais, Li tint bon pendant trois ans. Si, en définitive, les Anglais l'occupèrent, il en récupéra la partie septentrionale, avec les passes himalayennes et le haut Iraouaddy (1889-1893).

Le sort voulut que tout cet échafaudage, minutieusement dressé contre l'Europe, s'écroulât sous l'assaut d'une autre puissance extrême-orientale, le Japon.

IL — Le Japon jusqu'au XX" siècle.

Le Japon féodaL — C'est de la Chine, avec laquelle le Japon encore barbare commerçait depuis le I^"" siècle avant notre ère, que la civilisation fut apportée aux « îles du Soleil Levant » et volontairement assimilée (¥!•= siècle). Vers 550, en concurrence avec le confucianisme, le bouddhisme se propagea au Japon ; ses livres y répandirent l'écriture chinoise avec les sciences et les arts bouddhiques. L'empereur Mommou-Tenno (697-708) publia deux codes (droit administratif et civil et droit criminel) qu'étudiaient encore les juristes en 1875. Au V1II° siècle, les Japonais imaginèrent une écriture syllabif[ue de quarante-sept signes assez simples : au XVl", le pays s'ouvrit aux Européens (Portugais et Hollandais), à la propagande chrétienne de saint François-Xavier et au mercantilisme des successeurs de Mendez-Pinto (15W-134U). Enthousiaste de la civilisation de rEuro|)e, il y envoya des ambassades (1583). Les conversions au christianisme, nombreuses j)armi les nobles du sud et de louest, atteignirent peut-être deux millions. Puis le christianisme fut interdit, ses fidèles persécutés (1587j ; lyemitsu, menacé par

(1) Voir cliap. v, ii.

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quelques avenhu'ifi-s railleurs de jj^uerres civiles, expulsa les Européens, sauf les Hollandais, lis raidèrcnl. à uiilraill(M' les iO.OOO derniers chrétiens de Shimabara, el conservèrent à ce prix le droit assez précaire de continuer leur commerce (1(537).

Dans ce |)ays de nouveau fermé aux inlluences extérieures, s'établit la pa/j: féodale. Tue noblesse luilitaiie de (/aj'm/o.ç, chefs de clans, vivait dans ses châteaux à donjon hors de la loi commune. Elle dominait les samouraïs (officiers et soldats) autorisés à porter deux sal)res, l'un pour la guerre, l'autre pour s'exécuter en cas dedéfaite ou de condamnation (/!a/'aA7r/). A la fin du Xll° siècle, cette féodalité militaire s'im|)osait au souvei-aiu. Yoritomo, de la famille des Fujiwaras, obtint le titre de shogoun (général victorieux) et s'établit à Kamokoma, au sud de Yokohama. Dès lors, le Japon connut deux souverains : l'empereur (m/A'«^o), qui résidait à Kioto, et le shogoun, dont le conseil s'a[)pelait le Bakoufou. En 1603, le shogounal passait à Yéyas, de la famille des Tokiigawas, « commandant en chef de rarnu^e pour l'expulsion des l>arbares ». Il reconniil l'aulorilé du mikado, mais sanslui rendre hommage; il résida à ^ edilo,cai)ital(^ nouvelle où se dressait son château (dans l'enceinte, les palais des daïmios). Son gouvernement supprima la politique des clfius batailleurs et maintint dans une paix niveleuse les ipmtre castes : saiiiouiaïs, (laysans, artisans, marchands.

Au XVlll^siècle, Kioto deviiMilune ville surannée, résidence d'un mikado impuissant, confite en dévotions bouddhiques, refuge des aristocrates et des vieilles écoles d'art. Par contre, le shogoun de Yeddo, servi par ses espions, s'approprie les richesses des particuliers, éteint les initiatives, mais encourage la sociabilité et les divertissements : les théâtres de marionnettes, les coml)ats de coqs, les vengeances privées avec les intrigues et escapades nocturnes, qui occupent les jeunes féodaux et leurs imitateurs populaires. Vers quarante ans, le Japonais, saturé de ces plaisirs, désireuxdu repos, cherche une retraite dans la campagne, se fait inkijo (reclus) pour laisser la place aux jeunes.

Lew Révoliiiions ot lo Moiji. — Au XIX'^ siècle, des révolutions, menaçantes dt'piiis les Tokiigawas, ruinèrent le Japon féodal. Le gnuul commerce, (pii enrichit les niarchaiids, mêla les class(>s actives et, en face des m)bles «usifs, di-essa des déclassés iiilelligeids. des samouraïs ambitieux, même di-s paysans tyraïuiisés par les usuriers, tous inq)atients de la paix inqiosée pai- les féodaiix militaires. Déjà, au siècle précédent, une révolution littéraire avait ju-éparé l'autre, écarté la langue chinoise i)our écrire uniquementen japonais.

L EXTRKME-OHIENT 41)0

Les grands prosateurs, Motori el Hirata, exaltèrent le shinloïsme, religion nationale, et le niikado, seul souverain légitime, comme issu de la déesse du soleil. Us l'estituèrent en dignité les anciens mythes, les concilièrent avec la physique et la cosmographie européenne, réclamèrent la suppression du shogounal, de la féodalité, du bouddhisme, la restauration de l'absolutisme et des antiques coutumes. D'autres, qui s'instruisaient à Nagasaki avec des Hollandais, mettaient leur espoir en la science. A partir de 1801, des vaisseaux russes, anglais, américains, abordèrent aux îles Kouriles, à Sakhaline et dans Hondo, mais sans résultat jusqu'en 1850. Svuls des samouraïs souhaitaient, pour réorganiser le pays sous le mikado, la guerre contre les barbares européens.

Le Commodore américain Perry demanda en 1853 un traité d'amitié et de commerce ; il ne l'obtint, sur menaces de guerre, qu'en mars 1854 (traité de Kanagaiva), avec l'ouverture des ports de Shimoda et Hakodaté, Yokohama et Kobé. L'amiral russe Poutiatine avait (1834), en bombardant Nagasaki {défendu par Yamagata,, réclamé les mêmes avantages : il les obtint en janvier 1853. Ce fut ensuite l'Angleterre (1857), enfin la France (1859). Tous ces traités étaient signés par le shogoun (ou taïkoun), non par le mikado. Des troubles suivirent, menaçants pour les Européens. En 1861, lorsque les Russes débarquèrent dans l'île de Tsoushima les équipages du capitaine Birilev (mars), une révolution força le shogoun à se réfugier à Kioto. Les clans du sud-ouest se soulevaient contre ceux du nord en faveur du pourvoir mikadonal, si bien (]u"en 1866 le nouveau shogoun, Keiki, abdiqua entre les mains du mikado. Les clans du nord ne l'admirent pas, forcèrent Keiki à la guerre contre ceux du sud-ouest. Keiki fut battu avec les Tokugavvas dans les provinces centrales parle prince Arisugawa. Après deux ans de guerre, Keiki i-econnut comme seul souverain le mikado Moutsou-Hito, âgé de seize ans (3 janvier 1868). Toutefois, la guerre civile se prolongea dix-huit mois contre les clans du nord qui avaient enlevé un prince impérial pour en faire un mikado. Moutsou-Hito, maître de Yeddo (qui devint Tolîio', fît reconquérir le territoire de ces clans avec l'île de Yézo, où Enomoto se défendit dans Hakodaté jusqu'à 1870 (1).

La restauration mikadonale était Tteuvre de deux paitis : celui des progressistes, dirigé par Iwakoura (ministre de 1870 à 1883), Kido (samouraï, mort en 1877), surtout Okoubo, samouraï de Satsuma (assassiné en 1878i; — celui des romantiques féodaux, dominés par le maréchal Saïgo, samouraï de Satsuma, chef d'état-major en 1868.

(1) Avec rahlc du capitaine Biunel, iiisli'iicU'iii' franrais.

41)t) niAlMTHR XVIII

I.i- proinicr l'cniporla : Iwakoura, Okoubo t't Kido, miuislres, suppi'inièiviil le domaine t'iniiient de l'Empereiir el des scigiieui-s sur les terres, exproprièrent samouraïs et daïmios contre une indemnité du dixième de leurs revenus (17 juillet 1871), Iranslormèrerd en prélectures les anciennes principautés (en 187(5, 45 prélectures nouvelles), imposèrent le S(M'vic(î militaire pei'sounel de vingt à quarante ans {"IS novembre I87i), abolirent le bouddhisme d'I'lLil, sécularisèrent les biens du clergé boudilhique, déclarèrent légaux les mariages entre les classes, défendirent de vendre et de tatouer les enfants, rapportèrent les édits contre les chrétiens, fondèrent des écoles supérieures, interdirent aux samouraïs le port des deux sabres. Ce fut l'ère du Meiji (<( gouverner clairement »i contre lequel se révolta Saïgo avec le clan de Satsuma et les prêtres bouddhistes. Ils formèrent une armée de 30.0U0 jeunes samouraïs : mis hors la loi, ils furent battus par le prince larou- Hito après sept mois de campagne et perdirent 13.00(1 hommes, parmi lesquels Saïgo (■1877).

Le Japon iiiodoriie. — La mort d'Iwakoura (1883) amena au pouvoir une génération de ministres jeunes qui, pour la plupart, avaient étudié à l'étranger. Ils accomplirent une sorte de seconde révolution. Ito (samouraï de Choshiu, venu en Europe de 4871 à 4873), Inouyé(de Choshiu), Mori (de Satsuma, assassiné en 4889) rédigèrent les nouveaux Codes civils, sanctionnèrent le régime de la propriété libre, admirent, avec le système hypothécaire, un Code pénal préparé par un juriste français (4889). La Conslitulion octroyée en 4889 énonça le droit des « citoyens japonais » d'aller partout, d'exercer la profession de leur choix, de n'être arrêtés que sur mandat régulier, jugés que suivant la loi, proclama l'inviolabilité du domicile, le secret de la correspondance, la liberté de la presse, des cultes, d'association. Comme garantie, un régime représentatif: une Chambre des Pairs, formée des princes du sang, puis pour une moitié des représentants de la noblesse nouvelle établie eu 4884, pour l'autre de membres nommés à vie par l'Empereur et de 45 élus par les 75 citoyens les plus imposés de chaque district; — une Chambre de 300 représenlanls ûgés de trente ans, élus pour quatre années par les citoyens de vingt-cinq ans taxés à 15 yen d'inq)ôts annuels (1;. L'une et l'autre votaient les impAts. L'Enij)ereur se réservait de sanctionner les lois, de prendre ties décrets complémentaires, de suspendre les garanties constitulion-

(1) Le Yen vaut 2 ïr. 58.

l'extrême-obient

nelles en vertu de l'état de siège, de déclarer la guerre et de commander les armées.

En novembre 1890, le Parlement tint sa première session avec une Chambre des députés en majorité d'opposition. En fait, les clans Satsuma et Choshiu avaient conservé les ministères, les administrations, les deux tiers des grades militaires. D'autre part, la majorité voulait la responsabilité parlementaire des minisires (elle n'existait que devant l'Empereur), une réduction des dépenses, la suppression immédiate de la juridiction consulaire pour Icîs étrangers (elle l'obtint en 1898-99). Mais le gouvernement, qui entendait ne rien aliéner de sa force, renvoya trois fois en cinq ans le Parlement. Le peuple, aussi bien, s'en occupait peu, révérait toujours dans le mikado une puissance surnaturelle et divine. C'est par sa vertu que les généraux ont triomphé dans deux grandes guerres sur le continent asiatique.

Malgré l'implantation dans l'Empire d'un

« pays légal », d'assemblées provinciales élues, d'écoles de droit officielles et privées, d'une Université (avec une section des sciences politiques), d'une Cour des Comptes, voire du système métrique, r (( européanisation » n'a pas atteint les profondeurs de la nation, ni altéré le caractère des dirigeants qui, dans leurs relations avec lEurope et l'Amérique, apportent leur mentalité de Nippons. Les officiers ont su de môme imposer leurs volontés belliqueuses.

Politique extcric'iiiM' ; la question de (]oré<'. — Jusqu'à 18(J7, l(î Japon ne s'intéressait à la Coi'éf; — sorte d'Italie péninsulaire soudée à la Mandciioiuie, ouverte; au nord-ouest et au sud-csi,

4;is cHAiMTitv: xvin

Iinhiléo par des soiidards mongols et niaiidchous miMang('*s à des pirates ni|>[)oiis et malais — qu'en verlii de souveiiirs tiistoriqnes dont il ne pensait point A tirei- des droits. L'impératrice Dzingon avait (Uh' siècle avant notre ère) cnncpns ee pays, et la Corée rendit à l'Empii-edu Soleil Levant un interinillent hommage ; mais les influences continentales remportèrent. Vassal de la Chine depuis l'établissemeid de la dynastie (189'2), qui payait à Pékin un tribut annuel, le Royaume du Malin calme formait un État féodal à la chinoise, avec mandarins et noblesse héréditaire.

Après la révolution du Meiji, les nécessités économiques tournèrent vers la Corée l'allenlion des Japonais. En I8G8, le Mikado restauré réclama l'hommage coréen et ne l'obtint pas; il se garda d'insister à cause de la flotte chinoise (que Courbet ne détruisit qu'en 1884^. Toutefois, insulté par des pirates chinois, le Japon arracha le Irailé du "20 février 7.976' (jui reconnaissait l'indépendance de la Corée, mais ouvrait au commerce nippon les ports de Gensan, de Tchemoulpo et de Fousan ; des consuls japonais y exerceraient leur juridiction. L'arbitrage de l'ancien président américain Grant lui attribua encore les /7e* Riou-Kiou (1879).

Aussitôt la lutte commença contre le Palais de Séoul où la reine Min, énergique, capable de résister aux complots et aux assassinats que sollicitaient les Japonais des mandarins corrompus, appela des troupes chinoises. Li-Hong-Tchang les expédia poui* affirmer la suzeraineté de la Chine (1882). Elles enlevèrent le régent japoiAOphile. En 1884, le chef d'un complot contre le roi, découvert, trouvait refuge à Tokio ; mais la légation jaj)onaise était incendiée. Des troupes de protection campèrent alors auprès des 500 sohlats d'escorte du résident chinois (condominium sino-japonais de 1885). Puis le régent, rentré, intrigua pour changer la succession (1890); menacé d'assassinat, il essayait (1894) de faire .sauter le roi et ses ministres. En môme temps, des troupes japonaises débarquées à Fousïin et à Tchemoulpo appuyèrent un plan de rél'ornu^s [)Oirr un code, une justice et une i)olice équitables, une armée régulière, un programme de travaux publics. Contre ces prétentions, Séoul requit l'appui des Russes (qui traitaient en 1888) et du consul américain. Ces conqiélitions, très aiguès depuis 1890, amenèrent la guerri". La reine en effet résistait, soutenue par la Chine ; le roi, sommé de se déclarer indépendant, céda devant les 5. 000 Japonais qui ooc»q)aient la capitale. Mais alors les Touakoutos se révoltaient contre le roi (mai 1894). Tandis que les ambassadeurs européens s'interposaient à Pékin et à Tokio, Ouen-Tong-Fo, président du ConstMl ihinois, envoya, malgré riuq)éralriee, des troupes sur huit trivnsports que

le général Oshima rerul Tordre de repousser. Un de ses croiseurs coula un transport chinois ('25 juillet). La guerre commença entre la Chine et le Japon avec pour enjeu la Corée.

La g-iierre sîno-japonaîse (1894-1893). —Dès le premier choc, Oshima chassa les Chinois de Seikouan (au sud de Séoul, ■29 juillet). Le 15 septembre, d'Hiroshima, la 3'= division japonaise arrivait à Tchenioulpo; le lendemain, le maréchal Yamagata, commandant en chef, avec Oshima et Nodzou, battit et tua à Ping-yanrj les généraux Tso et Yeh et 14.000 Chinois. Le 17, les Japonais se rendaient maîtres de la mer.

L'amiral Ito commandait une flotte neuve, orgueil du Japon moderne. En 1866, l'enseigne de vaisseau de Rotrou avait donné les plans d'une marine; après lui, l'ingénieur Thibaudier (187;i) créa dans la baie d'Yokoskoun arsenal et des chantiers de construction. Jusqu'à 1880, une mission française et le commodore Douglas avaient instruit le personnel. A cette date, des officiers japonais furent envoyés en Europe. Toutefois, l'ingénieur Berlin fit construire (1880) les arsenaux de Sasebo et de Hiroshima, cinq croiseurs très puissants en canons à tir rapide et quatorze torpilleurs (au Creusot). Avec cette flotte, Ito devait combattre quatre (( inapines » chinoises (du Petchili, de Changha'i, de Foutchéou, de Canton! dont seule comptait celle du Petchili, entretenue depuis quinze ans par Li- Hong-Tchang : deux cuirassés de 7.000 tonnes, deux croiseurs-cuirassés, cinq protégés, six torpilleurs, avec deux croiseurs et une canonnière empruntés à Foutchéou et à Canton. L'amiral Ting employait dix-neuf officiers européens iparmi eux. le major von Hanneken, son ad lalus) et disposait de deux points d'appui : Oueïha'i-oue'ï et Port-Arthur (ou Lin-chouen-tcheng).

Ito surprit les Chinois à l'embouchure du Yalou, en plein débarquement : avec ses croiseurs rapides, il entoura la lourde escadre ennemie, la canonna à 3.000 mètres, l'incendia de deux côtés. Le centre chinois démoli, chaque navire essaya de percer pour son compte. L'un d'eux coula. Les munitions épuisées, l'amiral Lin (successeur de Ting blessé) rallia Port-Arthur sans être poursuivi par les Japonais dont les torpilleurs attaquaient Ping-yang. Le lendemain. Ito revint faire sauter deux croiseurs.

Alors, le j)lan japonais se développa. Maître de Séoul, Yaïuagata poussa une avant-garde reidorcée sur Oiiijoii et rejeta les Chinois au delà du Yalou (8 octobre). Passant la rivière (24 octobre), Nodzou enleva les positions de Mandchourie du sud : Fouseng, Anloung, Takoiichan et Fen-hoang-cheiuj . Le lo novembre, la neige

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arrêtait Yainat,'a ta iiialadcà Liao-yaii;^ (à (iO kilomètres de Moukden), et Nodzoïi rei>(»ussait des retours olVensifs chinois à Kangoiianlsaï (19 déceiu'.)re), à Kaïpimj [\0 janvier 1895), à Nioii-lchouang ('2"2 janvier-Ki lévrier». — Une deuxième armée japonaise, aux ordres du maréi'hal Oyama, avait débarqué dans la baie de Ta-lien-ouan (25 octobre). Maître de la place (7 novembre), Oyama attaqua Porl-Arlhiir déjà bUxiué par Ito. En trois jours, il l'écrasait d'obus et le prenait d'assaut (2:2 novembre). Nodzou emporta Niou-tchouang (5 mars), Inkéou, Ticn-chouany-laï sur la route de Pékin (9 mars).

Déjà les vainqueurs de Port-Arthur avaient détruit l'autre base navale, Oueï-haï-oueï. L'armée d'Oyama y débarqua le 20 janvier. Ito détruisit dans la rade les navires de Ting échappés au Yalou (les commaiulants se firent sauter) puis s'empara des îles Pescadores, entre Formose et la côte du Fokien ("26 mars).

Le Iraîié do Simonoseki et l'Europe (189o). — En vain la Chine avait sollicité, avant la chute de Port-Arthur, une médiation derEuro[)eetde l'Amérique. Aucun accord entre les puissances: les tinsses, vieux alliés, avaient essayé de s'implanter à Ouelpaert et les Anglais à Porl-Hamillon (1885-1887) ; les Français, du Tonkin visant le Yunnan, n'avaient nulle raison d'arrêter les marins japonais, leurs élèves. Li-Hong-Tchaug alla donc traitera Simonoseki (16 avril). La Chine reconnaissait la Corée indépendante, cédait au Japon Formose elles Pescadores, le Liao-toung avec Port-Arthur, payerait en sept années 760 millions, garantis par l'occupation de Oneï-haï-oue'i, ouvrirait trois nouveaux ports, concéderait des avantages douaniers. Mais, tout en négociant avec le comte Ito, Li avait employé son (( bureau de la presse » à remuer l'Orient et rEuro[)e (même la Russie); iUlénonijait l'ambition japonaise dans les journaux anglais et allemands, qui commençaient à s'effrayer du nouveau « péril jaune ». Le Japon allaitexclure d'Extrême-Orient les Occidentaux, leur créer en Chine une redoutable concurrence industrielle. Nulle part plus que dans l'Allemagne, qui aspirait à un grand rote sur les mers, ces appréhensions ne trouvèrent créance. Guillaume 11, à l'issue des fêtes du canal de Kiel, entraîna la Russie et la France son alliée (mais non l'Angleterre) à proclamer l'intégrité de la Chine, à presser le Japon i)our (ju'il abaiuh»nnàt Port-Arthur et le Liao-toung, à garantir l'empriiiil chinois de li([uidation, négocié à Paris, Pétersbourget Amsterdam pour solder l'indemnité. Le Japon céda (il avait déjà de la peine à occuper Formose) ; il évacua le Liaotoung (décembre 1895) mais se fit allouer un complément d'iiulemnité de 1 14 millions. Et il continua d'occuper Oueï-haï-oueï et la Corée.

L EXTREME-ORIENT . ÔOl

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