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IV. — L'impérialisme japonais

Japon et Europe en Extrême-Orient. — Au lendemain de la liquidation des Boxeurs et de la mort de Li-Hong-Tchang(6 novembre 1901), tandis que les plus intelligents des Célestes procédaient à l'examen de conscience du pays, obtenaient un ministère spécial de l'Instruction publique avec la réforme de l'Université de Pékin (1903), songeaient à emprunter au Japon les instruments d'une révolution conservatrice, les puissances développaient les avantages acquis. L'Angleterre, réduite en Asie à ses médiocres troupes hindoues, ne pouvait guère se faire ouvrir le Seu-tchouen ; la France reprenait sa pénétration économique du Yunnan (le rail n'atteignit Yunnan-sen que le 1" janvier 1910). Mais la Russie profita de l'attaque ordonnée par le prince Tonan contre ses postes amouriens pour étendre sur la Mandchourie (Vaccord anglo-russe du 28 avril 1899 lui laissait carte blanche au nord de la Grande Muraille) une tutelle appuyée de solides garnisons (2). Le Japon ne gardait rien, sinon l'espoir de galvaniser un jour à son profit la masse chinoise (3). A l'Europe, il dénonça les prétentions russes, incompa-

(■1)11 fut réorganisé sous le nom de Waï-wou-poii.

\i) Traité (secret) russo-chinois pour assurer « la paix, la lranf|uil!itc et la prospérité (le la Mandchourie ".

(3) En pleine guerre de 1004, le comte Katsoura déclarait que le Japon serait le guide de l'Extrême-Orient : <■ Si jamaiscette responsabilité nous incombe, le monde peut être bien sûr que le .Ja[)0n ne reviendra pas volontairement sur ses pas et qu'au moins il tentera de persuader à l'Orient de faire ce qu'il a fait lui-même, ou ce qu'il essaie encore de faire plus parfaitement. «

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tibles avec les cn^a^fMTiont.s pris, et comme la Mussie ni là France ne faisaient accueil aux ouvertures du marquis Ito, il s'allia pour cinq nus avec l'Anf^^lelerre, préoccupée de voir le commerce chinois passtu' aux mains des Russes (80 janvier 190'2). Défaite diploniati<pie russe dont la France prit sa part (déclaration du 19 mars) et qui obligea Pélersbourg à promettre (12 avril) l'évacuation de la Mandchourie par échelons pour les 8 octobre \dOi, 8 avi'il et 8 octobre 1903. Mais la Mussie n'évacua pas, malgré les réclamations de la Chine. Cédant aux intrigues de son entourage, Nicolas II créait même à Vladivostok une vire-roi/aulé d'Exlrcme-Orienl dont le titulaire I namiesinik , l'amiral Alexeïev, gouverneur de Port-Arthur, recevait pleins pouvoirs pour traiter les questions de politique étrangère. Or Alexeïev était l'homme des a coloniaux d, fondateurs d'une compagnie à charte pour l'exploitation de la Mandchourie, concessionnaires depuis 1907 des forêts surleTioumen et le Yalou. l'ne société nouvelle, qui comprit des secrétaires impériaux, des généraux et le secrétaire d'Etat Bezobrazov, obtint le monopole du flottage sur le Yalou (mai 1903). A point nommé, dans les forêts concédées, éclatèrent des désordres qui amenèrent l'envoi" de troupes. Alexeïev proclama la prépondérance russe dans le Pacifique.

La rivalité russo-japonaise en Corée. — C'était ce que les Japonais ne voulaient pas. Jamais le public n'avait pardonné à Enomoto d'avoir cédé à la Russie Sakhaline contre les Kouriles [Iraité de Pélersbounj, 7 mai 1875). Il exigeait maintenant la domination de la Corée; il y développait ses entreprises, malgi-é le roi, dont il renversait les ministres (septembre 1898), achevait le chemin de fer Tchemoulpo-Séoul (1899\ construisait le Foiisan-Séoul (1901-1!)03\ accaparait le cabotage par ses Nippon-Vousen-Kaïsha et Osaka-S hosen- Kaïsha , se faisait ouvrir quatre ports nouveaux (1897-1898) et Ping-yang à l'intérieur, avec droit d'y mettre garnison. Le roi résistait à la réfoi-me administrative, se proclamait « (irand Empereur », rétablissait l'absolutisme, accréditait des ambassadeurs en Europe. En 1901, au mili(Mi des révoltes de l'armée, des pilleries des préfets et des gendarmes, Li-Hsi interdit l'exportation du riz malgré le ministre du Japon, cependant que le ministre russe Pavlov obtenait toutes les concessions qu'il demandait, sans promouvoir au surplus aucun travail public, ni la voie ferrée .Séoid-Valou, ni le télégraphe.

Ov le Japon, qui n'avait réussi à iiu|)laiitei' dans l'ormose, insalubre et forestière, que 38.000 de ses nalionaiix, devant qui se Cei'

m aient les Philippines, l'Australie elles États-Unis, avait besoin de la Corée. Besoin stratégique, politique, économique; il y trouverait la maîtrise de la mer, une base continentale d'opérations et, contre la menace constante du « riz cher » suspendue sur une population accrue chaque année de 400.000 unités, la rizière dont il paierait les récoltes en produits manufacturés, outils, (ils et tissus. Car La Corée est un autre Japon, mais non surpeuplé, où 60.000 colons déjà installés excitaient les espoirs sur les mines d'or, pendant que les gouvernants comptaient s'y fournir des garanties nécessaires anx emprunts européens.

En juillet 1903, Tokio offrit à Pétershourg un accord qui proclamerait l'intégrité de la Chine et l'égalité commerciale, reconnaîtrait les intéi'èts spéciaux du Japon en Corée, de la Russie en Mandchourie.et leur droit réciproque à les protéger, développerait le commerce en reliant les lignes japonaises avec l'Est chinois vers Nioutchouang. Le Japon serait « conseiller politique » du roi de Corée et pourrait lui prêter (( assistance militaire n. En réponse, Pavlov arrachait au roi des concessions nouvelles pendant que Witte, ministre des Finances, en conflit avec le grand-duc Alexandre Mikhaïlovitch (président du Comité des finances et de la Compagnie du Yaloujpour se refuser à « transformer une politique économique et amicale en politique agressive et usurpatrice », se voyait reléguer à la présidence honorifique du Comité des ministres. Alexeiev, à qui l'affaire ressortissait, gagnait du temps pour faire venir des troupes. (Les Japonais connurent un ordre d'envoi de fourrages pour une armée de 300.000 hommes.) En vain, le ministre russe à Tokio, Rosen, bien renseigné, recommandait la conciliation. L'échéance du 8 octobre 190H passa.

Le mikado n'avait plus le choix : ou il contraindrait les Russes à respecter leurs engagements, ou il perdrait la Corée. Il saisit le moment où, la voie circumbaïkalienne non achevée, le Transsibérien ne pourrait pas jeter en Extrême-Orient plus de 4.200 hommes par jour, où l'escadre russe s'était partagée (cuirassés à Port- Arthur, croiseurs à ^'ladivostok), où Port-Arthur, entravé par la coûteuse construction de Dalny (port commercial dans une solitude sans eau), ne présentait encore qu'une fa(jade de défenses. Le 6 février 1904, le baron Kourino remit à Pétershourg ses notes de rupture, et, dans la nuit du 8 au 9, la flotte nipponne torpilla les navires russes dans la rade de Port-Arthur.

La îçucrre riisso-japonaîse (1904 lOOo). — Avant tout, les Nippons s'assurèrent la maîtrise de la mer, par la destruction

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(le la |)i'incii»al(' escadre eniuMiiif. I)e|)uis six ans, cette escadre s'auginetitail cliaque aimée, à N'iadivoslok (terminé en 1899, 4 croiseurs) et à Purt-Artliur (7 cuirassés du vice-amiral Stark, 6 croiseurs, 3 croiseurs torpilleurs, 42 destroyers, 6 torpilleurs), port naturel excellent, entouré de collines de 80 à 450 mètres, abrité des vents d'ouest par une presqu'île, la (( Queue du Tigre », doté d'un arsenal abondant en artillerie et de trois cales de radoub. Mais le goulet trop peu profond reléguait les cuirassés dans la rade extérieure. — Au Japon, la Diète avait prévu (avril 1896) 550 millions de constructions navales (i cuirassés de 15.000 tonnes, 6 croiseurs cuirassés de 9.500 tonnes, 5 croiseurs protégés, 20 destroyers, 60 torpilleurs;. En 1903, l'amirauté accéléra les mises en service et, contre Port-Arthur, concentra dans ses arsenaux (à Sasebo) 6 cuirassés, 21 croiseurs, les destroyers et les torpilleurs. Togo en prit le commandement le 10 septembre, les plia à divers exercices et, le (S janvier, les tin tramasses à Kouré.

L'amiral Hehatclii Togo (du clan Satsuma), élève à l'École navale anglaise de Worcester, lieutenant de vaisseau en Angleterre (1883), devenu chef d'état-major de la marine, avait fait construire à Glasgow une partie de la flotte nouvelle. Chef d'escadre, il professait qu'il importe à qui veut vaincre de paralyser l'adversaire en détruisant d'abord une de ses unités; « poïir être certain de la réussite de ce genre d'attaque, on pourrait l'employer comme déclaration d'ouverture des hostilités, dès que les relations diplomatiques ont été rompues ». En 1894, en manière de déclaration de guerre à la Chine, il avait coulé un transport chinois ; dix ans après, il recommença pour permettre de débarquer à Tchemoulpo 14.000 hommes de la Garde impériale massés dans l'île de Tsoushima. Le 8 février au soir, l'escadre russe, phares et bouées allumés, ne se gardait pas. Le contre-amiral Nagaï, précédant Togo (parti de Sasebo ravant-veille. connut leur emplacement par ses espions. A 11 heures, ses torpilleurs frapi)aienl le Pallada, le Césarevitch et le lieluisan dont les

Amiral lli;ii.vi<.iii Togo (né en 1847)

L nXTRKME-ORIENT -.13

officiers étaient à terre 'les autres échappèrent par miracle) ; en un quart d'heure, les torpilleurs rallièrent l'escadre. Au matin, Togo, avec toutes ses forces, canonnait à 8.000 mètres; Stark appareilla en désordre, se tint à l'abri des forts et des batteries de côte. Togo s'approchait jusqu'à 3.000 mètres, puis subissant à son tour le feu des navires paralysés, s'éloignait vers le sud, quand un de ses croiseurs, l'Akashi, sauta.

Le même jour, à Tchemoulpo, que les Nippons avaient outillé en 1894 pour surveiller Séoul et qu'en 1895 ils avaient regretté plus que Port-Arthur, l'amiral Uriu. avec six croiseurs et huit torpilleurs, somma le commandant Roudnéev de sortir avec le Varyag ou de se rendre. Roudnéev sortit et, canonné à 8.000 mètres, désarmé en un quart d'heure, démonta quand même un croiseur, coula un torpilleur et se fît échouer. Il perdait 110 canonniers sur 130 ; le reste des matelots trouva asile sur les croiseurs étrangers (français, anglais, italien). L'équipage du Koreiel: incendia sa canonnière.

Les croiseurs de Vladivostok n'avaient pas bougé. Reitzenstein, soi-disant pour gêner les transports de troupe, surveillait Hakodaté 10-17 février ■ ; il se hasarda vers Gensan (19 février . En conséquence, Togo détacha le contre-amiral Kamimoura, qui bombarda Vladivostok à 8.000 mètres, tenta d'incendier les casernes et l'arsenal 6-7 mars). Aucune riposte.

Les Japonais en Mandehourie. — Maîtres de la mer, les Japonais pouvaient pousser leur offensive. Les Russes, surpris, réduits à une expectative morne, abandonnaient la Corée à l'adversaire. La V" armée japonaise (général Kouroki, 12'^ et 2<* divisions et Garde impériale) (1) prit terre à Fousan et à Tchemoulpo, à défaut de Chinampo plus au nord, et (( absorba d la péninsule pour préparer l'invasion de la Mandehourie méridionale. Refoulant la cavalerie cosaque du général Michtchenko, elle atteignait le Yalou (avril). Le Japon recommençait la campagne de 1894, bien que l'objectif ne fût plus Pékin, mais Kharbine et la Mandehourie du Nord. En réalité, le plan primitif semble avoir été autre, à savoir : chercher la masse principale de l'ennemi vers Kharbine, centre stratégique où le général Kouropatkine (arrivé le 27 mars), excellent administrateur au ministère de la Guerre (et ancien

(1) Une division comprenait: 2 brigades d'infanlerie fde 2 régiments à 3 bataillons), 1 régiment de cavalerie i3 escadronsl, 1 régiment d'artillerie (deux groupes de 3 batteries à C pièces), 1 bataillon du génie i3 compagnies). \ bataillon du train (3 compagniesl.

FEYEL. 11. 17

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lieutenant de Skobelev), serait tenté d'accumuler ses corps sibériens et de rappeler ses déta(;liements du sud. Là, trois armées, — par Tchemoulpo, Andjou, Antoung, Liao-yang, Girin ; — par Gensan, Port-Lazarev, Girin; — par la baie de Possiet et Girin, concentrées le 130" jour, accableraient, de leurs "2^25.000 hommes, les 180.000 Russes. Du môme coup lomberaienl leur système défensif et leur élablissemenl politique en Mandchourie. Une quatrième arnu'e, d'occupation de Corée, n'aurait qu'à cueillir Port-Arihur. Plan d'olïensive logique et rapide, vraiment napoléonien. Fut-il éventé ou livré ? En tout cas, le second plan affirmait davantage

la pensée de revanche nationale sur Port-Arthur. Donc, nécessité de détruire l'escadre russe.

Tandis que Kamimoura surveillait la mer du Japon, Togo s'acharna il3 et M février, 10, 22 et 27 mars) à torpiller ies unités de Port-Arthur ou à les embouteiller.

Le hasard le servit quand, le 13 avril, sauta surune mine dormante le Pelrojt'tuloivsk, vsiifiseau amiral de Makarov. Mais Port-Arthur demeurait dangereux pour une colonne de transports. Le I^'" mai seulement, l'armée de Kouroki s'ouvrit la porte de Mandchourie en battant à Kalientsé le -2" corps sibérien de Zassoulitch. Dans la nuit du 2 au 3 mai, Togo renouvela son essai d'embouteillage. Le 5, la 11'' armée (général Okou, quatre divisions, une brigade de cavalerie et une d'artillerie, .SO.OOO hommes et 244 canons), couverte par la flotte, débarquait à Pi-lsé-oiio ; elle devait reprendre Port- Arthur. Trois divisions se heurtèrent à Kin-lchéoii, au passage que Stœssel et Kondratenko avaient enfin fortifié entre le Liaotoung et le Kouan-toung (lG-22 mai). Le 25 mai, Okou enfonçait Kin-tchéou, entrait à Dalnij qu'il ruina (27 mai).

Ainsi provoqués à Port-Arthur, les Russes se concentrèrent non à Kharbine, mais à Liao-Yang. Dès lors, les .Japonais devaient débarquer leurs troupes nouvelles (général Nodzou, 5" et 10* divisions) dans le golfe du Liao-toung et isoler la péninsule de la Mandchourie. Mais le cuirassé //a/s«se sauta devaid Poi't-Ai-Ihur (l.'i mai) ;

lélat-major ramena ses troupes à Takoiichan (19 iTiai). D'autres divisions défilaient à Pitsé-ouo vers Kaïping. A la fin de mai, le gros des forces actives en Mandchourie du sud comprit quatre armées. La 111^ (général Nogi, ancien gouverneur de Formose, l''«, Q*", 11^ drvisions) allait aborder, à la place de la 11'^, le siège de Port-Arthur; la P'' (Kouroki) occupait Feng-hoang-tcheng ; la IV"^ (Nodzou) Siouyen ; la IF" (Okou, 3*^, ¥ et 5*^ divisions, 36.(J00 hommes et ±\% canons) bouscula les deux divisions du général Stackelberg et la cavalerie du général Samsonov combat de Oua-fangon, 16 juin). Okou, fatigué, laissa Stackelberg, qui avait perdu 17 canons, se retirer

vers Inkéou, occupa Kaïping (i) AfM^BL ^

juillet) et se relia à Nodzou, qui avançait lentement. Dès lors, le maréchal Oyama, commandant en chef (général Kodama, chef d'étatmajor , disposa des trois armées avec lesquelles il marcha sur Liaoyang-

De Port-Arthur à Liaoyang- (9 juillet-4 septembre

1904). — En six semaines, Oyama franchit les défilés et les passages qui mènent dans la vallée du Liao-ho, refoula les trois divisions du général Keller (-2" corps sibérien et la cavalerie de Rennenkampf (3-43 juillet). Le ISjuillet, Keller, sur l'ordre de Kouropat-

kine, prononce une contre-attaque sur Moliéling ; il est battu par Kouroki et rétrograde vers le nord.

Pour opérer leur jonction, la IV"-' et la IF armées doivent déloger Zaroubaïev qui campe (i'"' et 4'' corps sibériens) en avant de Tachékiuo sur une série de mamelons protégés de tranchées, de mines, de fils de fer et de 128 pièces d'artillerie bien dérobées. Après une longue canonnade suivie d'un combat d'usure sur tout le front, Okou déborde la gauche russe trop faible, et Zarouba'ïev, qui s'est tenu à la défensive passive, évacue Tachékiao (23-'24 juillet). — Huit jours après, Okou et Xodzou devaient recommencer à Ilaï-lcheng, puisa Xan-chan-lsang Combat de Si-mou-lcheng, 31 juillet-!"^'' août;. Kouroki forra, moyennant plusieurs assauts, les cols de To-ouan,

Maréchal Ova.ma (né en 1843)

OÙ les Russes perdireiil 1.100 hommes, et reprit sa marche vers le nord. Mais pendant l'août pluvieux, Oyama s'arrêta pour recevoir ses formations de réserve et attendre le résultat des opérations de Port-Arthur.

A Port- Arthur, Nogi (général Iditti, chef d'état-major) ne disposa longtemps que de trois divisions renforcées de deux brigades de réserve, des équipages de la flotte et de 224 pièces de siège. Mais Togo groupait aux îles Elliott deux escadres et cinq divisions de torpilleurs. Les Japonais laissèrent le général Stœssel (général Reiss, chef d'état-major) armer de 540 canons les hauteurs qui

dominent la ville et la rade, y entasser 34.000 hommes sous Fock etKondratenko et des marins dans les forts. La Hotte du contre-amiral Witheft, qui sortit le 23 juin, sans percer pourrejoindre les croiseurs de Vladivostok, soutint huit attaques de torpilleurs. Toutefois, de Dalny, l'assiégeant progressait le long de la côte et enlevait les défenses extérieures (26 juin-25 juillet), le Jupilaz et le Laulunschan (26-30 juillet), la Montagne du Loup elle Takuschan (81 juillet-7 août).

Le 7 août, commença le bombardement (prélude de l'attaque brusquée sur le front nord) qui atteignit les navires en rade. Witheft décide alors de percer en ligne de file (10 août ), par mer démontée et temps sombre. Pendant trois heures, le Césavewilch avança jusqu'au moment où les rafales d'artillerie démolirent son gouvernail et tuèrent Witheft. Le contre-amiral Ouchtomski rentra en rade avec deux navires; d'autres échai)pèrent vers Kiao-lchéou, Oue"i-haïoueï, (Ihanghaï ou Saigon. Le Novik, poursuivi par un croiseur, s'échoua sur la côte de Sakhaline(20 août;. Le 14 août, Kamimoura surprit les croiseurs de Vladivostok (contre-amiralJessen) en marche vers le détroit de Corée, en démolit un, avaria les autres. La mer se fermait aux Russes, décidait contre eux le sort de Port-Arthur.

Non pas tout de suite, il est vrai ; car les navires de Togo devaient aller se faire réparer à Nagasaki, à Yokohama, à Sasebo. Du 19 au 22 août, Nogi, après une canonnade insid'lisanle, perdait

Mauesuke Nogi (1849-1912)

0.000 tués à l'attaque des positions du nord-ouest et se résignait à mener un siège régulier.

Dès lors Oyama devait agir directement contre Liao-yang où les troupes de Mandchourie avaient reflué, renforcées chaque jour de corps russes et sibériens. Jusque-là, seul à peu près à connaître le pays et ses ressources, mais desservi par Alexeïev, mal obéi de certains généraux, forcé de tout diriger dans le détail avec son chef d'état-major, général Sakharov, Kouropatkine s'en était tenu à la défensive. 11 accepta la bataiiJe au sud de Liao-jang- sur deux lignes de hauteurs fortifiées. Aux 2 "corps sibérien Stackelberg), et 3" (Ivanov, ayant Zaroubaiev en réserve, Oyama opposait à sa gauche Okou et Xodzou; aux 10' corps d'Europe (Sloutchevski) et 17« (Bilderling), Kouroki. A 140.000 Russes et 338 pièces d'artillerie s'opposaient 135.000 Japonais et 504 canons. Oyama, attaquant sur tout le front, fixa le centre ennemi sur ses lignes de défense pour le déborder par sa gauche et menacer ses communications avec Moukden.

Le mouvement commença le 23; mais Okou, Nodzou et Kouroki progressaient lentement, n'abordaient que le 29 la première ligne de défense {lignes de Chiouchanpou). Okou les enleva d'assaut (31 août). La P<= armée (Kouroki) reprit alors la marche vers le nord, attaqua les lignes de Yentaï (1<^'' septembre), échoua devant les réserves que Kouropatkine portait sur sa gauche. Mais le lendemain, tandis que Bilderling prononçait une offensive vers Syv-kantoun, la 54« division de réserve du général Orlov allait donner en plein dans les réserves de l'aile marchante japonaise qui la bousculaient dans les champs de gaolian. Orlov reculait, entraînait Bilderling en chute rétrograde jusqu'à Yentaï où les recueillait Stackelberg. Le 3 septembre, une contre-attaque russe échouait à son tour, et Kouropatkine, n'osant plus compter sur ses troupes épuisées, prescrivait la retraite sur Moukden (4 septembre). Dès que Zaroubaiev eut rompu le combat, l'artillerie d'Okou accabla les arrière-gardes ; mais les infanteries, fatiguées, ne poursuivirent pas la retraite qui s'effectua en bon ordre sans abandonner ni traînards ni canons. La victoire, qu'à aucun moment Kouropatkine n'avait lente de saisir par une offensive raisonnée, et que lui fit perdre létourderie du général Orlov, était due moins peut-être à la science tactique de l'état-major nippon (Okou, resté à 8 kilomètres en arrière du feu, n'avait donné qu'un ordre : atta(iuer) qu'aux qualités des soldats, poussés par vagues successives sous le feu et capables d'arriver jusque sur les crêtes sans tirer un coup de fusil, à leur obstination à l'attaque, à leur capacité illimitée de sacrifice (le bushido), à leur mépris de la mort. Les soldats russes, agrippés

i;HAPlTftK XVlII

au sol, capables au tienieurant delïorts utiles sous ce)'tains chefs (Stackelbei'g), accusaient 1.810 tués et H. 000 blessés ; Oyania perdait '24. 000 hommes hors de coml)al, mais gardait le coidact avec l'adversaire.

De Liao-yaiig- à Moukclcn (septembro J004-iiiai's lîMKî*. — Victoire tactique, Liao-yang n'apportait aux Japoruus aucun gain stratégique. Koui'opatkine reconslilua ses éléments autoui- de Moukden à l'abri de la cavalerie (Michtchenko au centre, Samsonov à gauche, Rennenkampf à droite). En octobre, avec ses

renforts, il projeta de passer à l'offensive, de refouler l'ennemi assez loin au sud pour forcer Nogi à lever le siège de Port-Arthur. Il dis" posait de trois masses d'armées : à l'est, trois corps sibériens, général Stackelberg (avec Zassoulitch et ivanov); au centre, deux corps sil)ériens et le 1"' corps d'Eluropc (Zaroubaïev et Meyendorf); à droite, deux corps russes (Sloutchcvsky et Bilderling) ; au total, 200.000 hommes (et 900 pièces) sur un front de 100 kilomètres. Oyama, renforcé des brigades de réserve, conserva son dispositif; il étira ses 200.000 hommes (et 650 pièces) sur un front de 140 kilomètres.

1. Bataille du Cha-kho {5-18 octobre). — Kouropatkine avait l'inlention de lixer la gauche et le centre ennemis pendant que Stackelberg, débordant la droite, déterminerait la retraite de l'ensemble. Stackelberg refoula le î) octobre les avant-postes de Kouroki, puis buta sur des brigades qui repoussèrent son assaut en l'écrasant avec des rochers. 11 y perdit 1 i.OOO hommes, harcelé encore par la cavalerie du prince Kanin i'i octobre). Mais, dès le iO, Oyama jetait Nodzou sur le centre russe (Meyendorf) et prescrivait à Okou une opération de force contre liilderling. Le 12, un bond de la cavalerie d'Okou amenait son infanterie dans Tsoiin-lounyen-laï et forçait Bilderling h replier sa droite. Les jours suivants, Kouropatkine, qui protégeait à coups de canon la retraite de Stackelberg, maintenait ses positions en arrière du Cha-kho

KoUROPATKmE

(né en 18i<S)

L'EXTRÊME-OniENT

(13-18 octobre). La bataille coûtait aux Russes 34.000 tués, blessés ou disparus et 43 canons, aux Japonais 20.300 hommes et 18 canons. Résultat tactique nul, mais résultat moral désastreux pour les Russes dont c'était la première offensive et qui avaient manqué succomber. A la suite, les deux armées se terrèrent pendant trois mois. Kouropatkine se renforça des dix mobilisations successives prélevées sur les corps d'Europe ; Oyama maintint ses effectifs jusqu'au moment où les troupes de Port-Arthur devenues libres lui permettraient d'attaquer avant le dégel de la fin de mars.

'2. Chute de Port-Arthur [2 janvier 1905). — Non secouru, Port-Arthur devait succomber. Xogi, qui avait perdu 8,700 hommes

Un assaut de nuit a Poivr-AnTiiua (D'après une estampe japonaise)

en deux assauts contre la Monlagne-Haiile et la Colline Verle (19 septembre et .30 octobre), les écrasa d'artillerie (^26 novembre) et les enleva au troisième assaut (3 et 13 décembre). De la première, des batteries canonnèrent les navires restés en rade que des torpilleurs attaquaient aussi de la haute mer (1). Du 18 au 28 dé-

(1) Le Séhaslopol, mut!' en hatlerie lloltantc, se défendit des deux ciHés et fut coulé (nuit du 1" an 2 janvier) par son commandant, capitaine de vaisseau d'Essen.

r,20 CHAPITRE XVIII

combre, par une série d'assauts, la d 1" division (général Tsamosima) progressait à travers la défense intérieure jusqu'à la vieille enceinte chinoise qu'elle occupait (nuit du l®"" janvier 190o). Kondratenko, l'Ame de la résistance, avait été tué le 45 décembre. Stœssel, laissé à lui-même, capitula. Avec '23.300 hommes et 8.780 officiers, il livrait 59 ouvrages, 546 canons, 35.000 fusils, deux millions de projectiles, quatre cuirassés, deux croiseurs, quatorze torpilleurs. Obstiné à emporter de vive lutte une place pourvue encore de vivres pour six semain(;s. que St<essel, succédant n l'inerte Alexeïev, avait trouvée avec un seul fort, et qu'au d(''faut d'une réserve d'artillerie, il avait dotée d'ouvrages improvisés (redoutes, batteries, tranchées, voies d'accès), Xogi avait subi un déchet de 80.000 hommes. Le "20 février, les vainqueurs de Port-Arthur avaient rejoint l'armée d'Oyama.

3. San-de-pou. — L'action finale allait s'engager à l'heure fixée par le chef japonais. Kouropatkine, débarrassé d'Alexeïev, tentait de déborder la gauche nipponne avec 80.000 soldats confiés à Grip penberg 25 janvier 1905). Grippenberg occupait San-de-pou et Heïkon-taï, mais se faisait ramener par trois divisions sur la rive droite du Koun-ho. Bataille sanglante au milieu de tempêtes de neige (10.000 Russes, 9.000 Japonais hors de combat, Grippenberg disgracié), aussi inutile que le raid de cavalerie de Michtchenko à Inkéoii (car la maîtrise de la mer était ravie aux Russes, 8 16 janvier) et que l'avancée de la cavalerie japonaise à 200 kilomètres au nord de Moukden, devant laquelle se livra la dernière bataille de masses.

Bataille do Moukdon (I-IO mars lOOil). — En février. Oyama disposait de presque toutes les forces nationales japonaises, réparties en cinq armées, de droite à gauche : V^ armée, général Kawamoura(2 divisions, 84 canons), I'^ armée, Kouroki la Ciarde et 2 divisions, 160 canons), IV'' armée, Nodzou (3 divisions, 204 canons), IP armée, Okou (3 divisions, 432 canons), 111^ armée, Nogi (3 divisions, 270 canons); une réserve générale (2 divisions, 42 canons). Au total, 270.000 combattants et 4.400 canons. — Kouropatkine lui opposait trois armées, de droite à gauche : >2'' armée, général Kaulbars(4 corps sibérien, 2 corps d'Europe, 4 corps de chasseurs et le corps mixte de Rennenkampf), 3* armée, Bilderling (2 corps sibériens, 4 corps d'Europe), V^ armée, Liniévitch (3 corps sibériens, 4 corps d'Europe, détachement du général Alexéiev), une réserve générale 4 corps d'Europe). Au total, 340.000 hommes et 1.300 canons. Kouropatkine ignorait l'arrivée de .\ogi; préoccupé d'une

l'extrême-oriënt

attaque sur son centre, il y entassa 138 bataillons sur un Iront de 25 kilomètres.

Dès le 23 février, de furieux combats à la baïonnette s'engageaient sur toute la ligne. Puis Oyama étirait Nogi vers le nordouest, entre le Koun-ho et le Liao-ho, contre la droite russe qui se dérobait vers Moukden. Soutenu par une partie de la IP armée, Nogi affrontait Kaulbars (1-3 mars), qui résistait bien dans des positions très étudiées. Le i, la résistance apparaissait intacte, mais Kouro-

Opéuations devant Moukden

patkine n'expédiait à Kaulbars que sa réserve générale, n'ordonnait que des contre-attaques pai'tielles, ne songeait pas un instant à manœuvrer l'adversaire. Du 5 au 7 mars, Nogi gagnait vers le nord pour se rabattre au sud-est et prononcer l'enveloppement. Le 8, Kouropatkine rappelait à lui son centre et sa gauche, sous couleur de frapper à droite un coup décisif; mais il évacuait Moukden. Les X", V" et W" armées l'y remplaçaient (10 mars), tenues en respect par Liniévitch et Bilderling jusqu'à T h iéli ne (\b mais); les vaincus,

CMAPlTltl: XVill

11(111 pouisiiivis, ne s anvlcTciil qu'en avant de Kharhine (20 mars). Ils perdaient 100. nOO hommes (tués, blessés, prisonniers), leurs adversaires 71.000. Surtout, ils subissaient un désastre moral sans précédent. Rivés au sol par la volonté étroite du commandant en chef, ils avaient d'autant mieux résisté que la seule idée commune à tous, jeunes troupes dont Kouropatkine se défiait peut-être ou réservistes déshabitués des fatigues prolongées, était de tenir à INloukdeii, centre mandcliourien, sorte de capitale de guerre, place d'aijprovisionnements, avec trains de vivres et parcs de besliaux. Les armées russes tombaient stoïquement pour conserver des magasins : les Japonais se battaient pour vaincre.

Tsoiislilina (27 mai 10(K)). — La guerre était finie par la défaite russe. Liniévitch, commandant en chef à la place du vaincu

lUlAILLi: bE TsilUSHlMA

(D'après une eslampe japonaise)

(le Moukden (qui passait à la 4''' arnu'e), n'eut qu'à régler la distribution des troupes qu'amenait le Transsibérien, en attendant la dislocation. — Elle tarda jusqu'à l'automne. L'amirauté russe, pour arracher sur le lard à Togo la maîtrise de la mer, chargea l'amiral Rodjestvensky, avec Veacadir de la Ballique, de rallier Vladivostok vn utilisant les mers du sud. Ses sept cuirassés, huit croiseurs, neuf torpilleurs, non homogènes, montés par 8.700 hommes d'instruction incomplète, mais tenus en stricte discii)line, ravitaillés en charbon anglais et allemand et en vivres, traversaient la mer du Nord en canonnant les chalutiers de Hnll Çl\ octobre 190-4), se sépa-

L EXTnEME-ORIENT 52^^

raient à Tanger en deux escadres (l'une passa par Suez, l'autre par le sud de l'Afrique) et se reformaient en armée de mer sur la cO)te nord de Madagascar (décembre). Dès lors, surveillé par des croiseurs japonais, Rodjestvensky quitte Nossi-Bé (mars) et gagne la côte d'Indo-Chine (baie de Kam-Ran) où le rejoint la « S*" escadre du Pacifique )) composée des quatre vieux cuirassés de Niébogatov (14 mai). — Le 25 mai, il entrait dans la mer de Chine, en route vers Vladivostok.

Averti par ses croiseurs, Togo transporta sa base stratégique de l'île Labouan (mars) dans le détroit de Corée, à i)roxiniité des arsenaux nippons. Lorsque Rodjestvensky s'engage dans la passe de l'Est avec ses deux divisions de cuirassés (la seconde commandée par Niébogatov) et les deux divisions de croiseurs de Folkersham et d'Enquist, il est reçu par le feu des deux premières escadres (Togo et Kamimoura) qui barrent la roule près de l'île A'Okimoshima, tandis que celle de Kataoka, contournant Tsoiishima, l'attaquait en queue. La canonnade commençait a dix kilomètres par mer houleuse ; en deux heures, Togo, s'approchant jusqu'à trois kilomètres, l'ejetait vers l'est les cuirassés de tête, pourchassait Niébogatov vers l'ouest. Trois cuirassés, trop chargés de charbon dans les superstructures, coulèrent la quille en l'air. Le soir, les quatre divisions de destroyers et les cinq divisions de torpilleurs, sorties de leurs cachettes par mer calme, achevèrent les cuirassés et les transports blessés. Le lendemain, Kamimoura cerna Niébogatov qui se rendit. Seuls deux croiseurs et deux deslroijers gagnèrent Vladivostok, six autres des ports neutres. Les Russes en perdaient i%, avec 4.0U0 tufe et 6.000 prisonniers. Quelques semaines après cette balaille navale de la mer du Japon, le contre-amiral Dewa ))ombardait Korsakov dans le sud de Sakhaline, y débarquait le général Haragutchi, qui fit capituler les 3.;-50O soldats du général Rypnovet |)roclama l'annexion de l'île (8-31 juillet).

Traité do Port«moiith (o sopt<'ml>ro 19(>îî). — Il ne restait plus qu'à traiter. L'Angleterre, laissant le président des litats- Unis Roosevelt accomplir les gestes de médiation, garantit au Japon contre toute puissance ses acquisitions éventuelles {Irailé anylo- •aponais renouvelé, 12 août 190.5). Après quoi, le baron Komoura et Takahira traitèrent avec Witte et Rosen à Portsmouth (New- Ilampshire). La Russie renonçait à la (^orée, évacuait la Mandchourie, cédait au Japon le bail du Liao-toung, avec les droits y attachés, les voies ferrées de Kouang-tcheng-tsé à Port-Arthur avec leurs mines de ciiai'bon, la p«jlie de Sakhaline située au sud du

521 CHAPITRF XVIII

50", acconlait aux pêchcuris et aux traTiquants japonais les avantages de la nation la plus favorisée. Les chemins de ler mandchouriens (sauf dans le Liao-toung), interdits au transport des troupes, ne serviraient qu'au c o m nu- i-ce; toutefois, des gardes (quinze par kilomètre) en assureraient la sécurité.

Aucune obscurité dans ce traité, La Russie ne payait pas d'indemnité de guerre (des troubles sanglants à Tokio exprimèrent le mécontentement qu'on lui eût épargné cette humiliation, 7 septendiro); mais elle renonçait à la domination de rKxIréme-Orient. Le Japon, promu au rang de grande puissance, «"installait à sa })lace et en partie à ses frais sur les côtes de l'Asie orientale. De cette installation, il allait développer les conséquences.

Y. — Problèmes contemporains d'Extrême-Orient.

Conséquences économiques de la g-uerre. — La guerre, désastreuse pour la Russie, excitatrice au Japon d'énergies nationales, n'a pas troublé les transactions commerciales et financières des deux États. Au débid, le crédit russe s'attestait supérieur d'un tiers au crédit japonais. La Russie, qui prêtait à la Perse à 6 pour lOU, empruntait à 4 et à '^ pour 100 en Europe; la guerre coûterait sans doute '2 milliards et demi, que la Russie avec ses revenus annuels (3 milliards et demi) mettrait 9 mois et le Japon (617 millions) 48 mois à solder. Les impôts augmenteraient en Russie de 6 pour 100, au Japon de 40 pour 100; le taux des emprunts de guerre monterait à 6 pour 100 pour la Russie, à 10 pour 100 pour le Japon. Ainsi calculaient les économistes.

Ces calculs furent déjoués. L'argent se révéla si abondant que le Japon, qui avait dépensé 4 milliards, et dont la dette ressortit à 6 milliards (IIH francs par habitant), contracta ses emprunts de guerre (4.700 millions) à 4 pour 100 en Angleterre, et plus tard (1907) à 5 pour 100 ; la Russie, plus chargée de dettes (24 milliards), trouvait préteur à .^i pour 100 (1906) et à 4 et demi (1909).

Au Japon, une lièvre d'expansion montait à la tête du peuple avec un immense désir de richesse, de grandes affaires et de spéculations, une volonté de bien -être succédant à la volonté de puissance. Le programme pos/ belhim, avec ses dotations pour la Marine et la Guerre (l'armée portée à 17 corps par l'incorporation de tout le contingent), prévoyait 1.300 millions pour nationaliser les chemins de fer et 7.700 millions pour dévelo[tper l'outillage économique. Tous les moyens : législation, tarifs de douanes et de transports,

l'extrême-orient r)25

prêt de 1.400 millions aux banquiers, manufacturiers et armateurs, missions scientifiques et commerciales, conspirent à d industrialiser » le pays. Les salaires modérés (quoique augmentés de 150 pour 100 depuis 1887) assurent à lEmpiro, courtier et roulier du Pacifique occidental, des avantages uniques pour tes fils et les cotonnades, les porcelaines, les allumettes, tout un commerce extérieur de 2 milliards et demi (1909). Les plus-values qui en résultent pour les impôts réguliers n'ont pas fait disparaître les impôts de guerre. Aux cinquante millions de Nippons, le gouvernement réclame encore l'accise sur le sucre, des taxes sur les textiles, la pharmacie, le pétrole, les voyages mêmes, les monopoles du tabac, du sel, du camphre, qui doublent les recettes du budget et soldent les frais de la politique impérialiste.

Le Japon et la Corée. — Elle s'appliqua d'abord à la Corée. Au début même de la guerre (23 février 1904), Hayashi, résident à Séoul, imposait au ministre des Affaires étrangères Yé-Tchi-Yong un trailé de pvolecloral qui garantissait Tu indépendance de l'Empire Coréen » et donnait au Japon le droit de réformer l'administration et d'occuper les places utiles. Dans tous les ministères, les conseillers japonais agirent en maîtres (Megata transforma les monnaies et la banque). Le général Hazegawa, commandant des troupes, accapara les services publics (postes et télégraphes, chemins de fer, routes et ports). La Corée conservait encore sa représentation diplomatique à Paris, à Washington, à Berlin, où elle figurait au mariage du Kronprinz. Elle disparut après la guerre qui livrait le pays (( du Matin Calme d à l'expansion des individus et à « l'épandage I) des produits nippons {traité du 11 novembre 1905 imposé par le marquis Ito). Megata incorpora au budget les ressources : mines, monopoles, vente des charges, grades et fonctions, affectées jusqu'alors au Palais. D'autres « conseillers » construisaient la voie ferrée Séoul-Gensan et Séoul-Yalou. Toutes positions confirmées par l'accord russo-japonais du 28 juillet 1907.

Le peuple coréen s'y résigna mal. Contre les maîtres insinuants et impérieux, l'insurrection dura plus d'une année. Au l*^"" août 1907, 16.000 Coréens étaient exécutés ou massacrés pour assassinats de soldats japonais ou pour rébellion. Résistance inutile. En novembre 1907, le prince impérial japonais Yoshi-Hito prenait possession de la Corée et le prince héi-itier de Corée allait s'instruire au Japon sous le contrôle du marquis Ito, <( grand tuteur ». La compagnie de colonisation du comte Katsoura (1908) exploita le pays. Partout s'installaient les Nippons: à F'ousan, base commer-

ciale pour la navigation et les voies ferrées transcoréennes raccordées avec l'Est chinois (celle (i'Antoung-Moukden cédée par la Chine, 19 août l!>09); à Masanpo (près de la nouvelle station navale de Tchinkaï\; dans \ ilc A'o/b, dotée d'un arsenal; sur toute la côte orientale, que suivra une ligne ferrée vers Moukden ; à l'intérieur, pour exploiter la houille et les minerais. Enfin, après un dernier accord avec la Russie (4 juillet 4910), Tokio a prononcé Vannexion (le la Corée ("22 août). L'empereur a rejoint son fds au Japon qui, pour faire triompher dans la péninsule ses u intérêts prépondérants, politiques, militaires et économiques n, commence par la rayer de la société des nations.

Le Japon ot la Chine. — En 1904, la Chine était demeurée neutre. Le 22 décembre 1905, Komoura et Uchida signèrent à Pékin avec le prince Tching et Youan-Chi-Kaï, vice-i'oi du Tchéli, un traité qui cédait à bail au Japon le Liao-toung et ouvrait au commerce international Kharbineet quinze villes de Mandchourie. Tandis qu'un emprunt de 100 millions permettait d'assainir les vie\ix quartiers de Moukden, de Thiéline, de Liao-yang, qu'une commission d'hommes d'État, d'ingénieurs, d'officiers dressait l'inventaire du pays, la pénétration nipponne se développait dans les Dix-huit provinces. Des secrétaires japonais assistaient les vice-rois ; des instructeurs japonais exertjaient les troupes, des commerçants japonais guidés par leurs consuls remontaient les grands fleuves, construisaient les chemins de fer (celui de Souatou à Tchatchéou à la plaee des Anglais). Ils attiraient chez eux les Chinois, curieux du u nouveau savoir »(l).Arappel du marquisSa"ionji,chef du parti conservateur, des journaux japonais de Chine, de la Sociélé des paiis ayant la même écriture, qui fonda des écoles à Nankin et à Chaugha'i et traduisit du japonais brochures et revues, 4.000 étudiants s'en allèrent au Japon, truchement pour tous les Jaunes de la science occidentale et américaine. Affiliés à la puissante ci Société d'étudiants d'Exlrème-Asie », ils fréquentent les écoles militaires, l'École supérieure de guerre, l'Université, l'École normale supérieure, les écoles de droit politique, de médecine, de pharmacie, de sériciculture, d'industrie et de commerce, l'École des chemins de fer d'hvakoura, les écoles de teinturerie, de physique, de police, et

(1) A côté des écoles privées, les vice-rois souhaitaienldes écoles civiles el mili taires,siir le modèle des japonaises, el avec des professeurs japonais, (jiii enverraient ensuite leurs étudiants à l'étranger. » L'ennemi de celle transformation de la C.liine, déclarent les Japonais, c'est la Russie; le Japon, guide de la Thine, doit, pour ses intérêts politiques et financiers, s'efforcer d'écarter cette entrave russe. ■

trois écoles à eux réservées (École militaire, École d'état-major. École de sciences politiques). En 1907, ils étaient 13.000. — « Japonisation » de la Chine ? Non ; car le Chinois n'accepte guère de tutelle. Mais éducation et initiation que les Chinois, de tout temps désireux d apprendre, allaient autrefois chercher en Europe, et qu'ils rapportent aujourd'hui du Japon, avec une partie de ses manières de penser.

Le Japon et l'empire du Pacifique. — Le nationalisme impérialiste, qui implanta 75.000 Japonais aux Hawaï, aspire à border le Pacifique d'une ceinture de Shin-Nihon (nouveaux Japons).

En Amérique centrale et méridionale, l'émigration ja{)onaise fournit d'ouvriers des États jeunes, soucieux d'imiter les États- Unis en évitant leur curatelle. Au Mexique, deux sociétés de Tokio la facilitent depuis décendjre 1906. Dans le continent du sud, c'est le fait de la Toijo-Kisen-Kciisha, subventionnée par le Mikado à la condition que ses officiers parlent l'espagnol, et dont les navires touchent d'abord au Pérou. Là, comme aux Hawaï, nombre de petits commentants débitent depuis 1899 cette camelote orientale qu'apportaient déjà leui's devanciers du XVII'' siècle. Au Chili, où le gouvernement, pour recruter une classe agricole, offre 40 acres de terre à chaque colon japonais, 20 autres à chaque fils âgé de 18 ans, une paire de bœufs, des instruments aratoires, 15 dollars par mois la première année (1907), les Nippons accaparent la pêche côtière, affirment (Irailé de commerce de juin 1900), leur volonté de faire concurrence aux Européens et aux Yankees. La pénétration atteint le Brésil, où la possibilité en fut étudiée par un délégué officiel (1904) dans l'État de Sao-Paulo. Des travailleurs y vinrent cultiver le café, recueillir le caoutchouc. La Toyo-Kisen-Kaïsha, à la faveur d'un traité de conuuerce, prolongea sa ligne d'ômigrants jusqu'à Rio de Janeiro : déjà l'on prévoit au Brésil l'importation de la culture du riz, en attendant que se précisent les vues nipponnes sur la République Argentine.

Le seul danger résulterait du trop grand iiomltre de Japonais, devenus une force autonome, alors que les Sud-Américains prétendent n'accepter en eux que des auxiliaires. Que prévoir si, au Pérou, au Chili, un « nouveau Japon » se précisait en prise à bail d'un territoire ou en détermination d'une sphère d'influence, et rendait inévitable un conflit avec les États-Unis ?

Dans l'Amérique anglo-saxonne, le Canada i^assa longtemps au Japon pour une « terre d'espérance », énorme et peu peuplée, où l'on pouvait gagner beaucoup en des entreprises fructueuses, fermée au surplus (!*'■ janvier 1904) à tout Chinois incapable de payer un droit

;,js cHAPiTKi: XV m

d'entrée de oOO dollars. Les Japonais, déjà pécheurs côliers, foiiinissant presque toute la main-d'œuvre jaune, se i'aisaientnaluralisJi' sans peine. Une explosion danti-japonisnie les surprit en Colombie britannique (août 1903) ; la foule pilla leurs boutiques. Ils la repoussèrent au cri des batailles de Mandchourie : banzaï. — Même crise en Californie cl dans les u États de l'ouest d, où 81.000 Japonais entraient en 1907 et où leurs eniants, les (i Mongols »>, lurent exclusdes écoles publiques. ATokio, professeurs et politiciens qui, naguère, avaient dénoncé la Russie, annoncèrent en représailles la guei're prochaine contre les États-Unis. L'opinion assimilait la menace dn canal de Panama à celle du Transsibérien, l'inipérialismc américain à l'impérialisme allemand, signalait cet anachronisme de la constitution fédérale grâce auquel Hoosevelt n'avait triomphé d'un seul board scolaire qu'après cinq mois de négociationspar l'intermédiaire d'un secrétaire d'État (1903-1907 . Par contre, sur la question de l'émigration, que le président peut interdire à tout étranger démuni de passe port, le Japon dut céder. Le secrétaire de la Guerre Taft, l'heureux négociateur des Philippines et de Cuba, vint signera Tokio Vaccord du 30 novembre 1908. Le Japon limita, par l'obligation du passeport, les départs de ses émigrants.

Cet accord suffira-t-il à éviter les conllits ? Tant que la culture de la canne à sucre exigera des Jaunes aux Hawaï, les Japonais passeront aux États-Unis et au Canada où ils se croient indispensables. S'ils leur empruntent leurs récents progrès, écoles et monnaies, banques nationales et étalon d'or, postes et téléphones, machines et électricité, et jusqu'à leurs partis politiques, ils proclament que rien ne prévaudra contre l'intérêt des capitalistes d' u occident d â payer bon marché la main-d'œuvre orientale. D'autres difficultés subsistent au sujet de l'Alaska et des iles Pribilov, où les Japonais faisaient la piraterie du phoque ; au sujet des Philippines, étape vers llnsulindeet l'Australie, que 30.000 hommes parfis de Makung Pescadores) pourraient aisément saisir sans avoir à naviguer plus longtenq)s que de Sasebo à Port-Arthur et d'où ils commanderaient le Pacifique occidental; au sujet des stations do charbon, nécessaires aux lignes Yokohama-Callao-Valparaiso, à chercher aux Hawaï, aux Samoa ou à Taïti.

Cependant, à Formose, colonie d'exploitation, il semble que la politique japonaise ait échoué. Les vainqueurs y vivent à part des indigènes, que surveille une police tracassière et brutale. Les enfants des deux nations ne fréquententpas les mêmes écoles, les indigènes restant parqués dans les seules écoles primaires. L'île tout entière n'est même pas pacifiée.

L EXTREME-ORlEr<T 529

La Chine contemporaine. — Ainsi le Japon connaît les déboires que procure la « protection de la Chine ». Depuis 190S, le nationalisme chinois, exalté par les victoires des Jaunes sur les Européens, indifférent aux pseudo-réformes du Trône et des mandarins, à l'opposition des Mandchous contre les sciences occidentales, travaille, en vue d'émanciper la masse, à lui créer une mentalité moderne. Le ministère de l'Instruction publique, transformé eu 1903, a bien établi sur le papier, à l'instigation du vice-roi Tcheng-Tche-Tong, une hiérarchie complète d'enseignement à quatre degrés qui enserrerait le jeune Chinois jusqu'à 25 ans, le vrai mouvement vient des riches particuliers, d'ouvriex's enrichis qui envoient chaque année 6.000 jeunes gens s'instruire à l'étranger, fondent des écoles même pour les filles. L'enfant y trouve de 10 à iS ans un enseignement patriotique qui détaille les pertes subies par le pays, depuis la guerre de l'opium jusqu'à la « guerre des huit puissances », qui les fait apprendre par cœur, exalte au besoin le prince Touan etsau Sociétépour l'harmonie et la justice », explique pourquoi elle échoua. Au degré secondaire, l'écolier apprend la destinée de la Pologne et de ITnde, où « cœur, pensée, sentiment, tout est mort », et les victoires du Japon qui a « écrasé la Russie. Toute la terre en a tremblé. C'est l'effet de ses réformes » (1)1 Aux étudiants, mis en garde contre le principe des (( concessions o européennes, l'Université déclare : u Nous sommes 400 millions et notre race occupe le premier rang parmi celles qui peuplent la terre. Ne devrait-elle pas être la plus puissante du monde? » Elle le deviendra si, réagissant contre les préjugés anti-militaires, elle suit comme le Japon c la voie des guerriers de l'Empire du Milieu » (sorte de bushido chinois).

Une telle propagande d'idées porte ses fruits. Les étudiants, qui protestent contre le chemin de fer français du Yunnan, forcent le gouvernement (émeute du Tchékiang, 1907 j à racheter les lignes belges, anglaises, américaines, allemandes. En 4905, ils demandent une conslilidion, le rappel des réformateurs de 1898, la réorganisation des armées et des Hottes.

Le Trône se gardait de cédera cet élan; mais il s'en autorisa pour repousser la tutelle que le Jupon s'était fait déléguer par l'Angleterre, la France, la Russie, l'Amérique. Si la Mandchourie, gar-

(1) Pour les examens, au litu d'une umplilicalion sur les quatre classiques, il recherchera pourquoi, en imitant l'Europe, le Japon est devenu grande puissance tandis que 1 Egypte perdait son administration financière. — A l'usage des étudiants, des Japonais écrivent des Histoires de l'Europe, de l'Orient, de Chine, une Histoire Universelle.

ciivi'irm; wiii

FuNtUAILLliS DK IvOUANG-SlU

(D'après une i)holographie)

(liciuie di's loiiil)t'aii\ de la dynaslir, ('tail perdue, il rattacliail (solidement la Mongolie au gouvenieiiieul de Pékin, y renforçait les

cadres administratifs, ouvrait des écoles pour les lils de princes et de chefs de tribus (1907) (1).

En Dzoungarie, les mandarins chicanaient, souvent avec succès, les agents russes, réclamaient des modificafions au régime douanier. Au Tibet, dont la Russie devait se désintéresser, les ambans chinois rentraient après le départ des Anglais (1907), obligeaient le Dalaï-lama à venir à Pékin chercher son investiture.

A l'extérieur, l'émigration prolonge des « Chines nouvelles d. Dans les c îles du sud », Singapour, Batavia, etc., un inspecteur officiel visite les écoles chinoises; en Indo-Chine, les commerçants chinois se posent en intermédiaires nécessaires entre Européens et indigènes.

L'Australie refuse de les recevoir et réserve sa terre aux Australiens; mais aux Philippines se déverse directement l'émigration du Fokien. Plus loin, au Pérou, 60.000 Chinois exi)loiteid les mines et cultivent la canne; au Brésil, ils détiennent le petit commerce. Le Canada leur défend de travailler au fond des mines, leur refuse des licences de pécheurs ; mais, aux États- Unis, John Chinaman (Jean le Chinois) a regagné tout ce que l'antijaponisme a fait perdre au\

L'EMPERtUll PoU-Vl

(Né en 1905)

(1) Cependant, le prince Touroiiyli, de Mongolie occidenlule, et la princesse, éludient à Tokio.

Nippons 1906-1907). Sur les 200 millions dus par la Chine après la révolution des Boxeurs, Roosevelt rabattait spontanément 14S millions et, sur les oo autres 40 étant versés, donnait quittance du reste. Aussitôt Tang-Chao-Y, très antijaponais, allait à Washington remercier, étudier la constitution et les finances. Dans sa campagne électorale, le président Taft préconisait l'accord amical avec le monde chinois (1908 .

La Chiiio républieaiiio. — Ce monde changea de maître quand mourut l'empereur Kouang-Siu, dans des circonstances obscures ; le lendemain, Tseu- Hi disparaissait à son tour (14- 15 novembre 1908). La coterie réactionnaire mandchoue proclama non le prince Pou-Loun, que désiraient les réformistes, mais un enfant de trois ans, Pou-Yi, dont le père, le prince Tchoun, prit la régence. A la la place d'un dégénéré de 3>S ans, séquestré et méprisé, trahi par les réformateurs mêmes, le régent, homme d'affaires des conservateurs, semblait, en dépit de la (( Cour des nouvelles administrations » et delà « Cour de contrôle administratif»), récemment installées, prêt à s'accorder avec les forces de compression mandarinale. Cependant la Chine s'essayait à la vie constitutionnelle, nommait des conseils provinciaux en attendant un Parlement national, se voyait dotée d'un Sénat de 130 délégués des princes et des mandarins. L'armée, débarrassée des Bannières mandchoues, serait organisée sur le modèle do celle du Nord(l). Youan-Chi-Kaï, directeur des chemins de fer et ancien président du Waï-wou-pou, lavait présentée aux manœuvres de 1906. Une flotte cuirassée comprendrait trois divisions. Un budget serait établi, sans doute par les soins de sir Robert Hart, (|ui gérait les douanes

Soun-Yat-Sen

1 Le contingent annuel pri-vu s'élevait à l.OOù.OiX) hommes, sur lesquels il suffisait d'en prélever IGij.OûO pour commencer.

extérieures au nom des puissances. Le régent promit au peuple tous ces bienfaits (1909). Un édit impérial interdit, sous des peines terribles, de fumer lopium, ordonna de détruire les champs de pavots.

(^es réformes seraient demeurées des opérations de façade, si une révolution ne les avait imposées à la dynastie mandchoue et aux fonctionnaires qui jusqu'à présent avaient vécu des pires abus. l/Kmpii-e du Milieu avait consei'vé ses formes gouvernementales vingt fois séculaires; la race la plus nombreuse y gardait une Ame de vaincue, résio-née à l'exploitation, pétrie des vices propres aux

civilisés de décadence, sans idéal social ou politique et sans esprit national. A l'appel de hardis théoriciens, au premier rang desquels Soun-Yat-Sen, gagné aux systèmes d'Europe et d'Amérique et dont l'action s'exerça longtemps mystérieuse, elle s'est insurgée contre les Mandchous dans l'automne de 4911. Alarmé des convoi lises étrangères qui guettaient l'instant de la crise et rei)Oussant au nord du Yangtseu les troupes impériales, le peuple a proclamé la République chinoise novembrei à laquelle l'Assemblée Xalionnle de Nankin a donné comme président Soun-Yat-Sen, puis Youan-Chi- Kaï (mars 1912). L'Emi)ereiir déchu reste le chef de la religion nationale, le prêtre du culte des ancêtres. Cependant les difficultés intérieures n'ont pas disparu, il faut de l'argent poui- faire vivre l'Ktal et l'appel au crédit ne produit guère; les tendances au fédéralisme, peut-être au séparatisme, subsistent dans les provinces du sud. Tout repose en définitive sur l'énergie de Youan-Chi-Ka'i, que les circonstances ont mué en dictateur affranchi de tout contrôle. La Mongolie se rend indépendante et son Koutoukhta (souverain religieux) traite avec la Russie janvier 19 1;^). La rénovation reste incertaine, u C'est, dit une brochure populaire, le peuple fort qui fait le pays fort. »

l.i: PRi:siin;\T Yoian-Ciii-Ka

L'Europe ot rKxtrt^'iiie-O rient. — Longtemps, la u question

d'Extrême-Orient ». ce fut la rivalité ou le progrès des Européens en Extrême-Orient. La chronique des chancelleries notait avec curiosité l'avance réalisée par tel ambassadeur à Pékin ou à Tokio.

L'entrée en scène des États-Unis 1898-1900) modifia cette position : une note du secrétaire d'État Hay, déclarant nécessaire la neutralité de la Chine, signifia que la campagne de 1904 serait limitée à la Mandchourie. Depuis la victoire du Japon et le réveil de la masse chinoise, les Européens éprouvent l'impression d'être devenus des intrus dans une partie du monde où ds se flattaient de rester les maîtres. La Russie ramenée en Europe, surveillée en Perse par l'Angleterre et l'Allemagne, borne ses ambitions à se consolider en Transbaïkalie et dans la province maritime et à les coloniser. L'Allemagne, intéressée aux affaires d'un Orient plus prochain, conserve Tsing-Tao, ses arsenaux et ses casernes, comme un témoignage de magnificence et, cessant de déraisonner sur le (( péril jaune », se résigne à n'en plus tirer grand bénéfice. La France n'a dans Kouang-tcheou-ouan qu'un poste d'observation ; elle signe avec le Japon (10 juin 190") un traité qui lui garantit, moyennant que le marché de Paris fournisse 575 millions aux emprunts nippons, le slalii qiio territorial en Indo-Chine. L'Angleterre, qui se fait cautionner par le Japon, son soldat asiatique, ses intérêts territoriaux dans l'ensemble de l'Asie, ne sait trop que faire de Oueï-ha'i-oue'ï. Et le 13 juillet 1911, troisième traité anglo-japonais dans lequel, maintenant l'alliance anglaise, le Japon relâche de ses obligations militaires et se réserve de signer des accords d'arbitrage avec telles puissances contre lesquelles ne joueraient plus, en cas de conflit, ses engagements d'allié.

A mesure que la question d'Extrême-Orient se restreint à la qiieslion de la Chine, le Japon se glisse entre la Chine et les puis.sances, reçoit d'elles une délégation permanente qui s'exercerait au cas d'une révolution dangereuse aux étrangers, pour y établir une paix japonaise. En 1904, des sociétés patriotiques voulaient que sur ces afl'aires d'Extrême-Asie rien ne fût résolu par les puissances à l'insu de Tokio. Aujourd'hui, soupçonné d'intriguer dans tout le monde jaune, de Mandchourie en Indo-Chine, du Siam à Java, de Birmanie aux Philippines, mais devenu grande puissance économique dont les démarches ne se règlent plus d'après les seuls préceptes du hushido, le Japon avoue quelques appréhensions en face du problème de demain : « En Extrême-Orient, déclare un de ses hommes d'État, il y aura de terribles convulsions;... en vue de telles crises, ceux dont les intérêts sont communs ne devraient pas se disputer. »

A CONSULTER

(/iierrière — RnTTw.. • r„ ri! '^ ullonf. . La Chine nova rice el

;/uc,iieif. noTTM.u : La Chine moderne — Wrrri pnccr ■ ri.:.,

Ouama el t,, Tor^. vj ô Lagurhie ; ^rois mois „„ec le maréchal

T\r. T •'"F"""'-^- ^^^■^^^■'^^E : Au Japon et en Erlrpmp-Oripnl

traité de PorUmoulhl olï^rdP '*' ^''^'té/n^'o-Japonais (1905), du iMiscn^t r^uii.mouin iJUo), de 1 annexion coréenne (1910) des arrordc; lusbo et franco-japona s (1907) dans; P Xtt,,^ -r^^r ,^,^^^^'^^ porains, pp. 436 à 507. ' '^^ ' ^^' ^"''"*'^' Traités^ conlem-

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