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L'escJaraê-e et la sécession

ÎVortI colitro Sud. — La crise ipii, au milieu du XIX" siècle, faillit ronjpre l'Union américaine, avait de lointaines origines. Au XVII* siècle déjà, grande s'avérait la ditïérence entre le puritain de Massachussets et le c cavalier » de Virginie. L'opposition s'accusa davantage à mesure que la conciuète gagna vers l'ouest. Au nord, les puritains d'origine anglaise, répandus sur les territoires industriels du revers des Alleghanys, les terres agricoles de l'Illinois et des lacs, y transportèrent les procédés du travail européen. Au sud, dans les plaines ilii Mississipi et du Missouri, les planteurs

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acclimatèrent les chaudes cultures du coton et de la canne à sucre pour lesquelles le travail par esclaves noirs semblait requi.. ^ ces différences de mœurs s'ajoutait le conflit des intérêts économique.. Le Nord, occupé dindustrie, exigeait des tards élevés de douanes pour se protéger contre l'invasion des marchandises européennes, surtout anglaises; U éi^iproleclionmsîe. Le Sud, qui avait besoin de vendre à l'étranger son sucre et son coton, réduit au surplus par son outillage insuffisant à accepter e Nord comme acheteur intermédiaire, réclamait l'application du Itbre-echanrje. C'est pourquoi Jackson avait accueilli la protestation de la Caroline du sud contre l'augmentation des droits de douane votée malgré lui par le Congrès {mi) : u Les Etats ne doivent obéir au pouvoir central que dans la limite où la constitution permet au pouvoir fédéral de leur imposer des charges. » Il sanctionna même un compromis en vertu duquel les droits de douane subiraient chaque année une diminution de iO pour 100 {compromis de Clay, 1833) Lorsque le Congrès vota le renouvellement du privilège de la Banque fédérale, que Jefferson avait accordé pour vmgt ans a une compagnie, mais contre lequel s'insurgeaient les démocrates, comme contre un vestige d'aristocratie, il opposa son veto. Am^v peu à peu le parti démocratique s'identifia avec les planteurs esclava- .ristes du Snd contre les répulilicains du Nord. Si d'ailleurs le parti démocrate, par les allures mêmes de ses chefs, n'avait pas tait craindre le danger d'une dictature militaire, il est P^^^^ble que la crise eût éclaté plus tôt, car Jefferson écrivait des 1815: c, J ai ciu entendre sonner l'agonie de l'union américaine.). Mais jusqu en 18.0 le clas'^ement s'établit plutôt entre Jacksoniens et anti-Jacksoniens. Ce n'est qu'après les conquêtes de 1845 que l'équilibre se trouva rompu, que le classement des partis devint géographique, que les partis changèrent de nom et que l'aristocratie agricole du Sud s'opposa sous une étiquette .lémocratique aux réi)ublicains progressistes du Nord.

L'esclavage. — La question de l'esclavage fournit l'occasion du conflit. Au XVII« siècle, il y avait des esclaves dans tous les États • en 1790, lors de la protestation des Quakers, 40.000 dans ceux du nord, 657.000 dans ceux du sud. Ce mal, les Américains pensaient qu'il disparaîtrait avec le temps. 11 s'étendit au contraire; bien que la traite des nègres fût abolie depuis 1808, la vente des esclaves noirs de Virginie et du Maryland continua d«"« to-jt .!« Sud adonné à la culture du coton, que triait la machine d Eh Whitney (1793). Pour le Sud, la grande affaire fut désormais de conser-

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ver son statut particulier (domcslic inslilulion) malgré l'opposition du Nord, pour la mise en valeur des terres de l'Ouest; pour y par- venir, il lui importait de garder l'avantage au Congrès en compen- \ sant parla création d'un Ktat à esclaves au suil de l'Ohio (ligne de démarcation assignée à l'esclavage) la fondation de chaque nouvel État ■ libre, que rendrait nécessaire dans le nord une plus forte immigra- ^ tien. Ainsi Vlntliana (4846) et le Mississipi (4847); V Illinois (4848) et ^ VAlaboma (4849) ; le Maine détaché du Massachussets (4820) et le Missouri (4820). Toutefois, ce dernier Ktat se trouvait ù l'ouest du Mississii)i ; les Représentants refusèrent de l'admettre s'il n'abolissait ' pas l'esclavage. Vn compromis iidervint {compromis du Missouri); il fut convenu que l'esclavage serait interdit dans tous les territoires nouveaux de l'ouest au nord du Sô^SO' de latitude. Défaite pour le Sud, où ne se trouvait plus de place que pour un seul État (l'Alabama) et ([ui se vit menacé de perdre la majorité au Sénat, après l'avoir perdue à la Chambre des Représentants.

Vers 4830 commença pour l'abolition de l'esclavage un mouve- | ment humanitaire d'origine religieuse : les Quakers du Massachussets formèrent une société qui favorisa la fuite des esclaves et travailla à fonder sur la cote occidentale d'Afrique l'État nègre de Libéiia. Sous l'inspiration de Garrissonet de Channing, des pamphlets abolitionnistes furent répandus dans le Sud, à la grande indignation des propriétaires. Mais la vraie question n'était pas là. Les politiciens du Nord ne pensaient point à supprimer l'esclavage dans les Etats du sud; ils tenaient seulement à en limiter l'extension dans les nouveaux Étals de l'ouest. Lorsque, en 4849, à la suite de la proposition abolitionniste de "Wilmot, la Californie déclara spontanément qu'elle n'aurait pas d'esclaves, le Sud réclama une compensation et l'obtint par le compromis de Clay (4830) : la Californie était admise comme État libre, mais deux nouveaux territoires s'organisèrent en territoires à esclaves sans tenir compte de la proposition Wilmot. De plus, une loi permit de poursuivre et d'arrêter les esclaves fugitifs jusque dans les États du nord.

Le Nord riposta, publia toutes les brutalités commises en vertu de cette ilernière loi, ménagea un succès universel à la Case de l'Oncle Tom de Mme Beeclier Stowe, qui ai)itoya le monde entier par sa peinture de la société esclavagiste (le Sud mit en parallèle la Case de la Tanle Philip). Toutefois, les deux partis semblaient peu désireux d'en venir aux mains. En 1854, un démocrate de l'illinois, Steplien Douglas, fit autoi'iser par les Représentants le Nebraska q\ le Kansas h organiser l'esclavage; c'était rantiulalion du compromis du Missoiuù et un péril pour le Nord. Des troubles

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électoraux agitèrent le Kansas jusqu'en 1856; en plein Congrès, des députés sudistes assommaient leur adversaire Sumner à coups de canne plombée. Le Kansas finit par être déclaré État libre; mais le démocrate Buchanan se fit encore élire président en 4856 et Calhoun démontra que l'esclavage constituait le dernier perfectionnement de la civilisation moderne.

Les antiesclavagistes recoururent alors a l'action. L'un d'eux, John Brown, du Kansas, tenta d'enlever, avec les esclaves soulevés de Virginie, l'arsenal fédéral de Harper's Ferry et massacra des esclavagistes (octobre 1859) ; il fut pendu (sans que Buchanan intervînt en sa faveur) et regardé comme un martyr parles gens du Nord. Alafin, les Sudistes exigèrent des candidats à la présidence, au nom de la (( liberté des États », la promesse de laisser étendre l'esclavage au nord du 36"30' de latitude et de proposer la conquête de Cuba. L'association des « Chevaliers du Cercle d'Or »

allait jusqu'à préconiser l'annexion du Mexique. Mais les démocrates du Nord ne les suivirent pas et, contre Stephen Douglas, candidat démocrate, ce fut le républicain Abraham Lincoln qui fut élu (6 novembre 1860).

La Sécession. — L'élection de Lincoln posa la question dans ses vrais termes : le pouvoir échappait à l'oligarchie du Sud qui ne so résignait pas à le perdre et qui trouva plus avantageux de se former en État séparé. Le Nord, que les nègi^es intéressaient peu, voulait surtout abattre l'aristocratie des planteurs et sauvegarder contre eux dans l'ouest la liberté du sol. Lincoln le représentait exactement : né le 12 février 1809 d'une famille pauvre du Kentucky, successivement batelier, bûcheron, puis reçu avocat et élu membre de la législature de riUinois, il avait appuyé au Congrès, de iS47 à 1849, la formule très nette de Seeward : « L'esclavage doit être aboli », et défendu les droits des petits colons libres du nord sur les terres de l'ouest. Cependant, en 1838, Douglas l'avait empêché d'être élu sénateur.

Abraham Lincoin

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Le* 520 aovenil>rc, la Caroline du and, ou voi'hi (l(* In (( niillilication », signifia qu'elle rejetait tout l'ensemble du gouvernement fédéral. Six États l'approuvèrent (Mississipi, Floride, Alabania, Géorgie, Louisiane, Texas) ; une Convention, réunie à Montgomery ^Alabama) proclama la Contédéraiion du Sud, avec une constitution analogue à celle.de l'Union, mais plus aifirmative sur la souveraineté des États, et un président élu pour six ans (4 février 1861). Bientôt, de gré ou de force, la Virginie, le Tennessee, l'Arkansas et la Caroline du nord reconnurent la Confédération ou furent occupés par ses troupes; le Delaware, le Maryland, le Kenlucky ol le Missouri restèrent neutres. Le 18 février, Jefferson Davis fut élu président, avec, pour vico-présideni, Alexandre Stephens.

Caractères de la g^uerre de Sécession. — Bien que respectueux des droits des États et répugnant à faire la guerre, Lincoln maintint contre les «Confédérés » rebelles du Sud l'indissolubilité de l'Union. La guerre se prolongea quatre années (avril 1861avril 1865), parce qu'il fallut d'abord aux deux partis improviser des armées et des lîottes. Les Fédéraux du Nord, industriels, commerçants et petits agriculteurs, recrutés nombreux parmi 26 millions d'habitants, agirent au début sans direction, au caprice dun étatmajor assez médiocre d'avocats-officiers. Aussi bien, le dernier ministre démocrate de la Guerre, Floyd, avait dégarni les forts et les arsenaux fédéraux, et dispersé l'armée depuis le Texas jusqu'à la Californie. Le Nord s'imposa une première contribution de 500 millions de dollars. — Les Confédérés possédaient de moindres ressources en hommes (5 millions d'habitants dont 2 millions et demi d'esclaves); mais ils étaient mieux préparés à la lutte, habitués à la foisautravailpénibleetaucommandement. Leplusgrandnombre des officiers sortis de l'Académie militaire de Westpoint (fondée en 1812) étaient filsde riches planteurs du Sud. Au début, alors que le Nord, affaibli par l'existence d'un parti hostileà laguerre, obligé d'entretenir son commerce, recruta péniblement 42.000 volontaires (pour trois ans), le Sud, incorporant tous les hommes de 18 à 45 ans, en eut l.nO.OOO, dressés par les opérations contre les Indiens aux raids de cavalerie et à la guerre de surprises ; il fut tout entier un camp. Son gouvernement, plus centralisé, et qui n'avait pas à compter avec des journaux, se fit mieux obéir et dura, même après les défaites. — L'étendue des territoires retarda aussi les opérations. Le Sud représentait un tiers de l'Europe à soumettre, sans capitale historique dont la chute aurait entraîné la soumission (Nouvelle- Orléans était la seule grande ville) et presqut> sans chemins de

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fer. En définitive, il fallut 2.600.000 fédéi'aux pour venir à bout de 1.100.000 confédérés. — Les forces de mer, également acharnées, présentaient des valeurs fort inégales. Le Sud n'eut que des navires corsaires (comme l'Alabama, armé en Angleterre). Contre eux, le Nord transforma toute sa flotte de commerce et l'arma en guerre : plus de 580 bâtiments, dont un grand nombre cuirassés et porteurs d'engins nouveaux, qui finirent par lui assurer la maîtrise de la mer, condition du succès. — En(in, les deux partis savaient qu'ils n'obtiendraient aucun compromis, et que, dans ce combat pour l'avenir, le vaincu devait être ruiné. Lorsqu'en 1863 Lincoln, commandant en chef, eut prononcé, à la grande joie des nègres, V abolition de V esclavage dans les États des belligérants, la séparation fut définitive et la force seule capable de décider.

La guerre se dévelopi)a sur trois terrains: 1" à l'est, entre les capitales des deux gouvernements, Washington et Richmond (distantes seulement de 120 kilomètres), le Potomac et la James River, dans un pays coupé de bois et de rivières, destiné à être disputé au cours de rudes batailles et longtemps sans résultat; — 2" au centre, sur le revers occidental des Âlleghanys et jusqu'au Mississipi; — '6° au sud, dans le Texas et l'Arkansas, mais seulement vers la fin, quand le génie de Slierman eut fini par s'imposçr aux journalistes et aux avocats du Nord.

Opérations de 1861. — Le plan des Confédérés, dont l'armée se trouva prête avant celle de leurs adversaires, consistait à garder la défensive sur le Mississipi et dans les ports, pour attaquer sur le Potomac et tenter d'enleverle Congrès dans 'Washington. Dèslel2 avril 1861, leur général Beauregard attaquait à Charleston le fort Sumler, que le major Anderson rendit le lendemain, Aussit(M. Lincoln appela 7.^.000 liommes sous les drapeaux et, réduisant l'armée à la défen-

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Gé.néral Robkrt Lee

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sive sur le Potomac, porta son elïbrt sur le Mississipi de manière à couper les aristocrates du sud de leurs alliés de loucst. Pourtant Mac-Clellan, chef de d l'armée du Potomac <'>, allait avoir à combattre Tannée confédérée de Virginie, que Robert Lee, en trois mois, venait d'organiser. Lee, né en ISO? d'une famille patricienne anglaise de Virginie d'État le moins républicain de l'Union), était sorti de Westpoint lieutenant du génie. Ingénieur en chef dans l'armée de Scott au Mexique (18-46), il combattit ensuite au Texas comme lieutenant-colonel contre les Indiens. Colonel, il réprima le mouvement de John Brown; puis, à la nouvelle de la Sécession, il démissionna, malgi'éles instances du général Scott, pour défendre (( son État )) de Virginie. Général de division, en trois mois il mit Richmond en état de défense, dressa 30.000 Virginiens, résista tout lété contre Mac-Clcllan, dont il força le lieutenant Rosencranz à la retraite. De leur côté, Beauregard et Johnston avaient battu les Fédéraux sur le BiilFs Bun, près de Manassas, grâce surtout à la l""* brigade de Jackson (il juillet.) — L'hiver arrêta les opérations; les Confédérés fortifièrent les côtes de la (réorgie et de la Caroline du sud.

Opérations de 1862. — 1° A 2'esf. — Mac-Clellau, désigné au printemjjs de 186ïî pour attaquer Richmond, s'avérait excellent soldat, formé dans la guerre du Mexique. Avec 150.000 hommes partagés eu trois corps, sous Banks. Mac-Dowell et Frémont, il prit le port de Yorklown, isolant ainsi Hichmond de la nier avi'il) et vainquit Johnston à Williamsbourg (4 mai) et à Fair-Oaks (31 mai). — Survint Lee qui, avec toutes les forces confédérées, le contraignit à se mettre en retraite vers la côte, le battit dans le combal de sept jours (23 juin-l"juillet), et lui tua 13.000 hommes. De ]}lus. pour se placer sous la protection de la Hotte fédérale, Mac-Clellan avait découvert Washington, que Pope avait sauvé à grand'peiuc. à Cedar Mountain, de la surprise de Jackson (9 août); le secrétaire d'Etat de la Guerre, Hallek, lui ordonna de revenir en hâte avec ses 90.000 soldats. En effet, Jackson allait entrer en Maryland; vain- (jueur au Hulls" Run, il occupa Fvedei'ihsbnvg. Lee, qui l'avait rejoint le 3 septembre, se chargea d'enlever Ilarper's Ferry et se plaça de façon à menacer à son gré Washington ou Baltimore. Mac-Clellan, prévenu, se mit en marche pour secourir Harper's Ferry ; mais Jackson l'avait déjà fait capituler (16 septembre). Il culbuta l'avantgarde confédérée, sans pouvoir détruire son centre, à la balailU' de VAnlielam (17-18 septend^re). Mac-Clellan avait 87.000 honnues. Lee rejoint par Jackson -40.000; ils perdirent chacun ILOOO hommes. Les Confédérés repassèrent le Potomac et couvrirent Richmond.

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A ce moment, Mac-Clellan, qui ne se rencontrait avec Hallek ni sur la conduite des opérations, ni sur le traitement à appliquer aux prisonniers, aux propriétés et aux États soumis, fut remplacé par Burnside. A la fin de novembre, Burnside attaqua Frederiksburg, sur le Rappahanock. Lee l'avait prévenu avec sa cavalerie; le 12 décembre, il le canonnait vigoureusement et lui tuait 12.000 hommes en conservant Frederiksburg. Burnside démissionna et fut remplacé par Hooker.

•2° Au centre. — La campagne du centre fut dirigée par Grant. Ulysse Grant était né en 1822; de caractère très décidé, il entrait à Westpoint à 17 ans et en sortait quatre ans plus tard lieutenant d'infanterie. Il combattit au Mexique ; mais comme à 32 ans il n'était encore que capitaine, il démissionna (1854 .Fermier.puis agent pour la vente des terrains dans rOuest, employé dans les contributions, il végétait, misérable et découragé, lorsc|ue la guerre éclata. Aussitôt, il organisa une compagnie de milice, fut nommé coloneld'un régiment de volontaires alors en révolte; un mois après, il le menait au feu dans le Missouri (1861). En août, il était brigadier-général, commandant le Missouri et Llllinois; il occupait Can'o, puis Paducali,

fermait aux Confédérés l'entrée du Kentucky, mais échouait au combat dé Belmonl. 11 employa plusieui-s mois à reformer ses soldats et à équiper une flottille de canonnières; avec ces ressources, il enleva le fovî Henri/ (4 février 1862) et, quelques jours après, le fovl Donelson, qui livra son artillerie et 12.000 prisonniers. Il acheva la conquête du Tennessee en battant Johnston et Beauregard à Pillsburg-Landing et en enlevant Corinl/ie i6 avril i, cependant quHallek descendait le Mississipi au delà de Cairo et prenait Columbus Qi New-Madrid [1 avril. Grant, nommé commandant des armées de l'Ouest, s'attaqua alors à Vicksburg,\a. principale place d'armes des Confédérés sur le Mississipi, dont les batteries de Hames-Bluff maintenaient les communications avec les esclavagistes de la rive droite. Pendant tout l'automne, il s'y acharna sans succès.

GKNÉriAL Ulysse Gram

Vieksburf? cependanf (Hait ccrnô. Le «^onimodorc Farragut, chef de l'escadre du goUV du Mexique (4<i bàlimenls non blindés perlant HOO canons), qui croisait depuis fi^vricr devant les ports du sud, liasesopérations avec celles du général Butler (43.000 hommes), et, pour forcer l'embouchure du Mississipi, bombarda six jours les forts Sainl-Philippe et Jackson (17-24 avril), rompit la chaîne et le barrage qui les iniissaient et occupa Nouvelle-Orléans, évacuée la veille {)ar Lowell (25 avril). Il y laissa Butler pour se saisir luimême de l'arsenal de Bàlon-Iionge (9 mai) et de Nalchez (12 mai). Vicksburg seul obligea sa Hotte à s'arrêter (18 mai).

Opérations do I8(î3. — Au printemps de 4863, Grant modifia son plan tactique. Transportant toutes ses forces vers le sud par la rive droite du lleuve, il repassa sur la rive gauche de manière à bloquer la place dans laquelle il refoula les Confédérés. Illes battit à Porl Gibson, à Raymond, à Jackson, et comme le gouverneur de Vicksburg, Pemberton, tentait de s'échapper, il le poursuivit à Champions Hill et sur la Black River et le rejeta dans ses lignes (17-18 mai;. Aussitôt, avec 70.000 hommes jusque-là disséminés dans l'ouest et qu'il appela à lui, il bloqua la place, l'accabla sous le feu de 250 canons, en vint à bout par la famine (4 juillet) ; il y prit 172 pièces d'artillerie et 30.000 soldats. Quelques semaines après, Porl Hudson capitulait à son tour, ce qui rendait les Fédéraux maîtres du cours entier du Mississipi, coupait les Confédérés de leurs alliés de la rive droite. Résultat d'extrême importance qui valut à Grant le commandement, au titre de major-général, des trois corps d'armée du centre, aux ordres des généraux Burnside, Hooker et Thomas.

Seulement, Burnside se trouvait pour lors bloqué dans le Tennessee par le confédéré Longstreet, ardent cavalier, le plus brillant lieutenant de Lee, et Bragg tenait Thomas enfermé dans la vallée de Challanooga. Au prix d'une bataille de deux jours (23-24 novembre, Grant rejeta Bragg en Géorgie. Burnside, du même coup, fut déblo({ué.

Restait l'armée de \'irginie. Hooker, pendant l'hiver, avait complété à 150.000 hommes les forces fédérales; en avril, il attaqua Lee à Chancellorsville. Mais, refoulé sur le haut Potomac (2 mai), tourné par Jackson (qui fut blessé à mort), puis par Stuart, il perdit 25.000 soldats; et Lee garda Frederiksburg. — Toutefois, la situation du Sud devenait très précaire : les ressources des Ktats s'épuisaient; le coton, que ne cultivaient plus que les femmes et les enfants, cessa d'être exporté en Europe (ce fut un désastre pour le Lancashire et pour la région de Rouen). Les ports du Sutl étaient

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bloqués par Farragut; les nègres, instruits de la proclamation de Lincoln du 22 septembre, s'agitaient; les secours tirés jusqu'alors du Texas et de FArkansas allaient faire défaut. Lee, cependant, se remontait à 70.000 hommes (en vingt-trois jours), suivait rapidement la vallée de la Shenandoah, passait le Potomac, apparaissait en Pensylvanie, entraînant après lui les Fédéraux. 11 projetait d'enlever Washington; il attendait sa cavalerie, lorsque le général fédéral Meade, successeur de Ilooker, lança contre lui ses 100.000 hommes à (jellyftburg. Dans une bataille de trois jours, Lee perdit une division d'élite de 5.000 \'irginiens; il dut ai)audonncr tout le terrain conquis et repasser le Potomac (12-14 juillet). Deux mois après, Lee recommençait l'opération; mais Meade le refoulait une fois encore derrière le Rapidan. Il semblait qu'il fût accablé; ses soldats, mal vêtus et à peine nourris, s'appelaient eux-mêmes u les misérables de Lee )). Il tint encore pendant dix-huit mois.

Opérations de 1864. — Jusque-là, les meilleurs généraux du Nord, Mac-Clellan, Pope, Burnside, Hallek, avaient échoué devant l'habileté de Lee. L'opinion pul)liquc imposa Grantquele Congrès nomma lieutenant-général (mars 1864) et commandant suprême de toutes les forces de terre (300.000 soldats). Souvent Grant avait comparé les armées de l'est et de l'ouest à un attelage dont les chevaux ne tiraient pas du même côté ; entre elles il rétablit l'harmonie. A Vicksburg, il avait coupé en deux la (( Confédération o ; il continuerait son œuvre dans les États du sud-est. Dans cette vue, il appela Sherman vers le Tennessee, lui donna, avec 100.000 hommes, la mission d'entrer en Géorgie, de s'établir dans Atlanta, l'un des centres actifs de la rébellion, pour descendre ensuite la vallée de la Chesapeake jusqu'à la mer. Ainsi pris à revers, Lee serait encore attaqué, de front, par l'armée du Potomac, délogé de Richmond et écrasé. « Je veux, disait Grant, frapper sans interruption, comme avec un marteau, jusqu'à ce que, par le seul effet du martelage, l'ennemi soit réduit à se soumettre. »

1° A l'est. — Grant s'assura la supériorité du nombre. Contre les 62.000 hommes de Lee, il groupa les 120.000 de Meade et de Burnside, les 40.000 de Butler, campés sur la James River, et les 20.000 de Sigel dans la vallée de la Shenandoah. La marche en avant commença le 13 mai par une pointe sur le camp de Pelersbuvg en arrière de Richmond. Mais Lee courut à l'armée principale, l'attaqua dans le Wilderness de Virginie ; au bout de trois jours, menacé d'être tourné sur sa droite, ayant perdu son lieutenant Longstreet, il changea de position au milieu des forêts en feu et s'établit à Spotls

5r>0 CHAPITRE XIX

Sijlvania. Giaiil l'y loif^a Jrs le leiuJcniaiii, décidé à se battre tous les jours, au besoin pendant tout rélé. Ce fut une boucherie de dix journées, sans résultat, (jrant, laissant découverte la route de Washington (que Lee, trop affaibli, ne pourrait pas attaquer), se perla (23 mai) au secours de Butler qui venait d'être vaincu par Beauregard, mais il échoua lui aussi devant les lignes du Chic/athoniinij (Sjuini. Grant se résolut à IraiU'r Bichmond comme V'icksburg : l)assant la James Biver, il assaillit le camp retranché de Petersbuifi, créé par Lee contre une attaque possible venue du sud. Toutefois si, par le système du (( martelage », Grant avait réduit son advcisaire à prolonger simplement sa défensive en appelant à lui ses lieutenants, il avait, en un mois, perdu 70.000 hommes. Il se borna donc à bloquer Petei-sburg, à retenir I^ce par d'incessants coups de boutoir, à détruire les voies ferrées autour de Bichmond, à disperser les détachements confédérés qui tenaient encoi-e la campagne. Ainsi Sheridan, au prix de quatre combats heureux, se rendit maître de la vallée de la Shenandoah. Par contre, Grant sacrifia 4.000 hommes (30 juillet) sans réussir à faire sauter le camp confédéré. Le '27 octobre, ayant livré vainement un dernier assaut, il suspendit toute attaque, pour attendre le résultat des opérations de Sherman. "2° Au centre. — Avec Grant, Sherman a été la révélation de cetle guerre. Soldat par éducation, tiépourvu de traditions a])prises mais libre des routines du passé, il s'est montré le plus clairvoyant et le plus résolu des généraux américains, le plus hardi dans l'exécution comme dans la pensée. En 1846, lieutenant d'artillerie, il voulait partir pour la campagne du Mexique; on l'envoie par la route du cap Horn en Californie en qualité d'adjoint au colonel de dragons commandant en chef. A eux deux, avec un simple soldat secrétaire, ils constituent tout le gouvernement. Six ans après, il s'associait dans une banque de San-Francisco; la banque sombra. Sherman s'établit avoué dans le Kansas, puis devient directeur d'une école militaire en Louisiane. C'est là qu'il apprend la sécession; il la regarde conmie une ti'ahison : (( Jamais, s'écrie-t-il, le Nord et l'Ouest ne pei'mettront que le cours du Mississi{)i échappe à leur contrôle ! » Il jegagne donc le nord où il préside pour commencer une compagnie de chemins de fer; mais, au premier couj) de feu, il s'offre pour commander des honuues ennMés au moins pour trois ans et capables de rendre des services. D'emblée il fut colonel, chargé d'une brigade de soldats sans cohésion ni iliscipliue qu'il dut mener à la bataille de Bull's Bun. Mal vu des politii-iens, il reçut un ordre de commandement dans l'ouest où il devina aussitôt les nécessités de l'offensive, avec l'attaque directe, la cou-

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quête des lignes d'eau, la désorganisation des voies ferrées de lennemi. Il demandait 200.000 hommes. D'abord il combattit sous les ordres de Grant. qu'il aida à vaincre jusqu'à Vicksburg. A ce moment, il aurait souhaité que le Sud se résignât à la paix; mais ])uisque le peuple du Sud n'en voulait pas. il fallait le contraindre à la vouloir en lui faisant subir tous les maux de la guerre. A la fin de 1863, après Grant appelé à l'armée du Potomac, Sherman, major-général, prit le commandement des armées de l'ouest.

Aussitôt, abandonnant le Mississipi à la garde de la marine, et transportant par les chemins de fer, qu'il répare à mesure que l'ennemi les détruit, les vivres, les munitions et les hommes convoyés jusque-là par les fleuves, il marche sur l'arsenal confédéré à'Allanla. Avec i 00.000 soldats, 3o. 000 chevaux et 2o0 canons, en trois corps (généraux Thomas. Macpherson et Schofield), il refait en trois mois les voies ferrées, rétablit les ponts, soutient contre Joe Johnston des combats incessants, y perd 27.000 hommes, mais entre de force dans Atlanta (2 septembre). Farragut venait d'anéantir la flotte du Sud et d'occuper Mobile, le dernier port confédéré sur le golfe du Mexique. Sherman ne s'attarda pas dans Atlanta; en attendant d'y mettre le feu, il en chassa la population civile. Détachant le corps du général Thomas vers Nashville. renvoyant en arrière toute la (' pacotille humaine ) de l'armée, il trie 60.000 hommes valides, dont .5.090 cavaliers ; ils emporteront 60 canons, à 200 coups par pièce, 200 cartouches par homme, 20 jours de vivres. Avec eux il s'enfonça vers l'est : « Hé ! oncle Billy, lui cria l'un d'eux, je suppose que Grant nous attend à Richmoud ! » L'instinct du soldat l'avait compris. En vingt jours en effet il atteignait la mer, non sans avoir incendié (à Milledgeville et ailleurs) les établissements du gouvernement rebelle, détruit les propriétés des chefs de la sécession, appelé les nègres à la liberté. Savannah se rendit le 13 décembre. Encore (\(inyi mois de campagne d'hiver, et Sherman, remontant au nord, occupait et incendiait Coliimbiis (Caroline du sud), réduisait par capitulation Charleslon et' Wilminglon, coupait maintenant toutes les lignes de chemins de fer en ayant soin de tordre les rails pour les mettre hors de service. Aux frontières de la Virginie, il culbuta (à Goldsborourjh) les 30.000 hommes exténués avec lesquels Johnston essayait de l'arrêter, et les tint bloqués.

Dornîi'ros luttos. — Les généraux du Nord consacrèrent l'hiver de ISS'l-lSeo à investir complètement Richmond et Petersburg, que la force n'avait pas pu réduire. Grant, renforcé de Sheridan, relié solidement avec Sherman, ne laissait à Lee d'autre al-

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tenialive (|iu.' lie cupiliilcr aprc's raniinc ou de tenter une trouée vers l'ouetit pour rejoindre Jolmston, transporter la guerre dans les montagnes et la prolonger sans fin. C'était en etîet le i)lan de Lee; mais le gouvernement confédéré ne lui i»ermit pas de l'exécuter. Lee campa devant Petersburg en combattant presque chaque journée. En mars, il découvrit que l'armée de Grantse portait vers le sud pour se saisir de la tlernière voie Terrée demeurée libre. Aussitôt il l'attaqua, s'établit quelque temps de vive force sur la première ligne des forts fédéraux (il y perdit "2.000 hommes); du 29 mars au 2 avril, il défendit les abords immédiats de Petersburg, où les Fédéraux pénétrèrent le 3. Mais la nuit suivante il s'échappa avec 13.000 soldats, gagna Farmville. où Sheridan lui enleva son arrière-garde iT avril), puis Lijnchbiirg, poursuivi par loO. 000 Fédéraux. Le y avril, il cajjitula entre les mains de Grant; le 26, Sherman recevait à son tour la capitulation de Johnston. L'épuisement du Sud mettait fin à la guerre civile. Officiers et soldats devaient rendre leurs armes et donner leur parole de respecter désormais les lois de l'Lnion (1).

IIL — La (( reconstruction » de VUnion.

La guerre de Sécession bouleversa de fond en comble la vie politique, sociale, économique des États-Unis. Abraham Lincoln, presque seul, possédait assez d'ascendant pour empêcher les représailles; réélu président pour quatre années le 8 novembre 1864, il avait refusé de traiter avec Jefferson Davis, président des Confédérés, mais il admettait que le Sud ne saurait être réconcilié que par une politique de ménagements. In acteur l'assassina le I i avril 1865. Le vice-président qui prit le pouvoir, Andrew Johnson, originaire du Tennessee, était un démocrate rallié par la guerre à la cause du Nord (wardemocral) et n'avait guère de commun avec Lincoln que cette tendance générale à la conciliation. De sa victoire, le parti républicain entendait tii-er d'autres conséquences.

Conséquoiioes do la j»iit'rre civile. — Pendant la guerre, le parti républicain avait pris figure de parti national; sa victoire était celle môme de la nation américaine sur la souveraineté des Etats particuliers. 11 possédait, au surplus, une armée solide, ca-

(1) Le secrétaire de la Guerre, Stanlon, voulait faire arrêter et juger comme déserteurs Lee et les autres sénéraux confédtTês sortis de Wostpoint. Graiil s'y opposa, et le iiiiiiislre n'osa pas passer outre.

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pable d'imposer à tous les décisions du Congrès. 11 en profita pour développer le pouvoir cenïral.

Conséquences politiques. — Dès janvier 1865, le fS'^ amendemenl k la constitution fédérale abolit l'esclavage sur tout le territoire de la République. Désormais, l'Union, qui ne s'affirmait encore que comme un fait, revendiqua un droit : celui de promulguer des lois qui ohliqenl les Etais. A ce titre, elle réglera bientôt, au risque de nouveaux conflils, la condition des noirs émancipés.

Conséquences économiques.^ Pendant la guerre, les Républicains avaient émis un papier-monnaie à cours forcé, créé des impôts extraordinaires, établi notamment, en 1862 et en 1864, des taxes douanières énormes. Ils maintinrent le système protectionniste par les tarifs de 1861 , au détriment des planteurs du sud, pour favoriser les industriels du nord et rembourser les dettes de la guerre. Par contre, le Sud, ouvert désormais au travail libre, vit naître des centres industriels. Dans l'Alabama comme dans la Virginie, de grandes villes apparurent, villes de manufactures et d'usines qui travaillèrent sur place le coton et la canne. L'agriculture et l'élevage furent réservés au centre et à l'ouest.

Conséquences sociales. — Les Démocrates avaient proclamé la liberté de l'industrie, comme celle du commerce. Ils refusaient par exemple aux compagnies de chemins de fer de les reconnaître pour autre chose que des entreprises privées, sans monopole ni privilège de l'Etat. Les Républicains au contraire en eurent besoin pour leur colonisation de l'ouest; ils firent attribuer des subventions aux trois compagnies: Union Pacific Railtvay (autorisée en 1862), Northern Pacific, Southern Pacific, qui se chargèrent de relier les territoires du Pacifique aux Etats de l'est. Ils leur donnèrent, le longdès voies, des terres où se créèrent des villes nouvelles. Mêmes concessions à certains Etats pour leurs chemins de fer locaux. Ainsi le Congrès fédéral, les gouvernements d'Etats, les compagnies privilégiées se firent distributeurs de richesses et favorisèrent les spécidations d'argent. Un tel (( interventionnisme » servit avant tout à satisfaire la clientèle du parti dominant.

Règ-loineiit de la question des uoirs. — Ce n'était pas la plus importante peut-être, mais c'était celle qui tenait le plus au cœur des Républicains. Le Sud avait accepté le 13'' amendement ; mais deux obstacles demeuraient à l'union complète. C'étaient les lois votées dans les Etats du sud contre les vagabonds, lois qui atteignaient presque tous les gens de couleur et refusaient le témoignage des nègres en justice; puis la crainte de faire submerger le

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Congrès pai' la l'opi'éscntalioii smlislo, si oll»^ était restaurée inlégralcMiu'iit. Les Hé[)uljlii'ains déflarùrcnt alors avec Suimner que (( l'Étal qui s'est retiré de rUniou s'est suicidé », retombe au rang de territoire; de plus, malgré Johnson, ils votèrent le /4" amendemenl à la Constitution, qui donnait aux noirs le droit de suffrage, mais le retirait aux anciens combattants confédérés. D'autres lois assurèrent aux nègres la possession des droits civils. Les Wardemocrals se séparèrent alors des liépublicains (t8(>6); en leur nom, le président Johnson proclama Tamnistie pour laits de guerre, invita les États du sud à se reconstituer, mit son veto au 14" amendement. Les Républicains le votèrent une seconde fois à la majorité des deux tiers; Johnson déclara le Congrès inconstitutionnel, puisque les États du sud n'y étaient pas représentés. Les élections républicaines de 1867 lui donnèrent tort.

Les bills de « reconstruction » furent donc l'œuvre des seuls Républicains. Aussitôt après la guerre, les onze États confédérés avaient été découpés en cinq districts militaires, commandés par des généraux que nommait le président. La plupart, très hostiles aux blancs du sud, chargés d'inscrire les nègres comme électeurs, favorisaient l'action des carpel haggers (gens au sac de voyage), courtiers politiques accourus du nord pour contraindre les nègres à s'affilier au parti républicain. Contre la majorité de la population, les États du sud se donnèrent des constitutions nouvelles, élurent au Congrès des représentants républicains. Alors seulement ils se virent réintégrés dans l'Union ; toutefois, aux élections de 1868 pour la présidence, la Virginie, le Mississipi et le Texas n'avaient pas encore recouvré leur droit électoral. — A de tels procédés, Johnson avait résisté jusqu'au bout. Il nommait des gouverneui's civils (pie les généraux deslîluaient. Le Congrès approuvait les généraux; il autorisa même Grant, commandant en chef des armées, à nommer es gouverneurs civils. Il finit par contester au président le droit de se séparer de son ministre de la Guerre (que Grant soutenait) et par le décréter lui-même d'accusation devant le Sénat. Il s'en fallut d'une voix que Johnson ne fût condamné.

L'élection du général Grant à la présidence (1868), enlevée sans programme politique^ réalisa le trionqîhe du parti dont Grant avait servi les passions. Le nouveau président lit voler le /5' amendemenl à la Constitution, qui interdisait aux Ktats de légiférer spécialement contre les nègres, et proclamait l'égalité politique et civile complète entre les noirs et les blancs (1870). (Juand les derniers États du sud l'eurent accepté, la <( reconstruction » fut achevée.

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Les Etats-Unis en 1870. — La fin de la crise politique marqua un changement profond dans la vie des États-Unis. La nationalité reconstituée, effacées les distinctions entre le nord et le sud, ils reprirent leur expansion vers l'ouest qu'ils commencèrent d'exploiter avec un outillage neuf (la moissonneuse de Mac Cormick inventée en 18.36, le marleaii-pilon de Naysmith en i838i. Quatre États nouveaux s'ajoutaient à l'Union Orégon, 18.59; Nevada, 18()4; Nebraska, 18GT; Colorado, 1876) qui organisait encore six territoires. Plus d'opposition politique entre l'est et l'ouest où une nouvelle immigration ramenait les travailleurs libres ; le développement des chemins de fer (surtout le premier Transcontinental, ouvert en mai ■1869 servait une rivalité économique plutôt bienfaisante et facilitait une pénétration récii)roque. Enfin l'attitude des États dans laffaire du Mexique, où ils obligeaient dès 1867 Napoléon 111 à reculer en abandonnant son entreprise d'Empire latin, montrait qu'ils se. sentaient préparés à jouer à l'extérieur un rôle beaucoup plus actif que par le passé. Aux aventureux Républicains de l'ouest qui rêvaient déjà de la maîtrise des Amériques et du Pacifique, la doctrine de Monroë, si prudente dans ses termes, apparaissait désormais insuffisante.

A CONSULTER

TocoLEViLLE : De la déniocralie en Amérique. — Duc de Noailles : Cent ans de république aux États-Unis. — Steve.ns : Les sources de la constitution aux Étals-Unis. — Roz : L'énergie américaine (Évolution des États- Unis). — Comte de Paris : Histoire de la guerre civile en Amérique. — Paul- DfBors : Les chemins de fer aux États-Unis.

I. L'Impérialisme américain. — II. Les États-Unis contemporains .

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