‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 58 sur 96 · CHAPITRE XXI LAMÉRIQUE LATINE DEPUIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI LAMÉRIQUE LATINE DEPUIS

I. Formation des États de lAmérique latine. — II. Le Mexique.

— III. Le Brésil. — I\'. La République argentine. — \ . Le Chili.

— VI. Les autres États latins.

T. — Formation des États de l'Amérique latine.

L'échec du congrès de Panama (18^2(1) fut lo signal de la séparation entre les États américains. Le Brésil s'était organisé une vie à part depuis 1822 ; le Mexique perdit l'Amérique centrale, dont les cinq États, Guatemala, Honduras, San Salvador, Nicaragua, Costa- Rica, devinrent en 1839 autant de républiques indépendantes. L'Uruguay s'était séparé de Buenos-Ayres (1828) pour se donner en 1830 avec Ribera une constitution libérale. Pérou et Bolivie avaient formé deux ivpubliques distinctes (1825)). Les (( États-Unis de Colombie » se fractionnèrent en Xouvelle-Crenade, A'enezuela et Equateur (1830). Au total, seize États, dont le seul Empire du Brésil conserva la forme monarchique.

Leurs frontières, à l'origine, furent mal fixées. Des territoires « contestés )•> mirent aux prises le Brésil avec deux ou trois de ses voisins, l'Equateur avec le Pérou, plus tard le Paraguay avec la République Argentine, le Chili avec la Bolivie. A l'intérieur, sauf au Brésil, l'ordre était mal assuré ; beaucoup de chefs de bandes, issus des longues guerres de l'indépendance, restèrent en armes pour exploiter la guerre civile et escalader le pouvoir (surtout an \'enezuela). Les fonctionnaires espagnols uiu^ fois expulsés, il ne

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se trouva, pas plus chez les blancs asservis jusqu'alors à l'Espagne que parmi les créoles, personne doté d'une expérience suffisante pour gouverner la masse des Indiens, des métis et des mulâtres à peine civilisés. Les gouvernements, toujours à la merci d'une dictature militaire, n'avaient de démocratique que le nom.

Le Mexique.

De 1825 à 1884, des révolutions presque continuelles ("250 jusqu'à 1857) et très confuses ont troublé le Mexique. — Au moment de la guerre contre la France, les partis cessèrent enfin d'être la chose de quelques chefs pour représenter une méthode de gouvernement.

Tous les Mexicains nés en Es- ])agne ont bien pu être expulsés en 1825, les autres (environ 4 millions, de sang mêlé, parlant en général espagnol) ont dû, pour dominer 6 à 7 millions d'Indiens autochtones, demeurés barbares sous

une couche de christianisme, conserver les procédés de l'administration espagnole, avec l'établissement ecclésiastique. Toutefois, les idées joséphistes et révolutionnaires transformaient, parallèlement au mouvement libéral d'Europe (de 1820 à 1848), presque toute la législation civile. — Après 1884, la dictature civile (en apparence) de Porfirio Diaz a fait, sauf sur certains points, du Mexique un État moderne.

Mexico (D'après Beaucé)

Los g-uorros intéi'ioiiros jusqu'à 18o7. — Le premier Congrès avait établi, à l'iniitation des États-Unis, le réf/ime fédéralif

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(constitution de 1824). Chacune des dix-huit provinces formait un État. Au centre, le pouvoir ex(5cutif appartenait à un président, le pouvoir léjjislalil' à un Congrès de deux Chambres, la Chambre des représenlanls, élue par un sulîrage à deux degrés, et le Sénat (deux sénateurs par État); le pouvoir judiciaire à une Cour suprême. Toutes les libertés étaient reconnues; mais la liberté individuelle pouvait être suspendue par le président en cas d'émeute, et le jury criminel n'existait pas. A cette constitution avaient travaillé deux partis aux tendances conservatrices : Vancien parti d'Iturbide, attaché aux privilèges militaires et ecclésiastiques, aux droits des propriétaires sur les peones (demi-serfs indigènes), à la prépondérance du pouvoir central et de Mexico; — le parti libéral aristocratique des fonctionnaires et des officiers « illustrados » ou éclairés, affiliés en grand nombre au rite écossais de la Franc-Maçonnerie, et groupés en loges » escoceses ». Contre eux se forma bientôt, sous l'influence du ministre des États-Unis, un troisième parti, celui des Yorkinos, radicaux à l'européenne, métis, habitants des villes jalouses de la capitale, anciens insurgés, tous haïssant les Espagnols et partisans d'une république fédéraliste et démocratique.

La lutte entre ces trois partis n'aboutit qu'à la ruine et à l'anar- 5 cliie; c'est alors que l'histoire du Mexique fut vraiment 0 écrite par f la main du bourreau ». Le président Pedrazza, qui succède en 18-27 au général Victoria, vainqueur dlturbide, est renversé par le général Guerrero, pris lui-même et fusillé en 1831. A son tour, Santa-Anna se révolte dans Vera-Cruz (1832) ; mais c'est un radical, Parias, qui est élu président. 11 supprime les vœux monastiques et les distinctions légales entre Indiens et Mexicains. .Santa-Anna se rapproche t alors des conservateurs ; c'est pour se faii'e nommer dictateur par I un pronunciamiento, puis élire président (1835). Cependant le pays ne s'organise pas ; sa dette s'augmente par des emprunts conti-actés en Europe à des taux usuraires; les brigamls s'affirment les maîtres des grandes routes et des villes. Nulle sécui-ité pour les étrangers.

Santa-Anna gouverne par les mêmes procédés. Arrivé par l'ar- î niée, il la tlatte, prodigue les brevets d'officiers. 11 maintient les ' fueros ecclésiastiques, brise par la dissolution les résistances du Congrès. Au surplus, il retire le droit de vote aux Indiens, supprime la constitution fédéraliste, livre l'administration des provinces à des gouverneurs, qu'il nomme à son gré. Chassé quatre fois, il revient et s'impose quatre fois. Pendant ces troubles, qui permettent de faire fusiller tous les hommes marquants, de confisquer les biens des particuliers (chevaux, bestiaux ou terres), ipii

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forcent à négliger l'agriculture et à délaisser les mines, la détresse financière s'accroît ; les seuls revenus réguliers, ceux des douanes, se trouvent réduits à rien par la contrebande, avec la complicité des fonctionnaires. En 1841, la dette monte à 250 millions, et l'État n'a plus qu'à faire banqueroute. Les étrangers réclament la protection de leurs gouvernements : en 1839. l'escadre du prince de Joinville bombarde Vera-Cruz pour arracher des indemnités en faveur des négociants français. Déjà le Texas s'est soulevé, a formé en 183r> une République qui s'est ensuite annexée aux États-Unis (1845. Dans la guerre qui en résulte avec la grande République du nord, Santa-Anna se fait battre dans la vallée du Rio Grande, tandis que le général Scott enlève successivement Vera-Cruz, Puebla et Mexico. Le traité de Guadalupe-Hidalgo (2 février 1848) doit céder aux États-Unis le Texas, l'Arizona, le Nouveau-Mexique, l'Utah, le Nevada, la Californie. Santa-Anna se refuse pourtant à rétablir un gouvernement régulier; il est chassé définitivement en 1854.

Le parti démocrate et Juarez (18o4-1861 1. — La chute de Santa-Anna, en ruinant le parti escocese, ne laissa plus en présence des conservateurs centralistes et aristocrates que les démocrates fédéralistes, qui firent arriver à la présidence le général Comonfort (avec Juarez comme vice-président). Dèsle2ojuin 18o(i, Comonfort promulguait la loi qui « désamortit » les biens du clergé ou de mainmorte et les mit en vente pour payer les dettes extérieures de l'État ; il en fut de même des biens possédés par les •'■lablissements d'instruction et d'assistance auxquels l'État se substitua. Les privilèges ecclésiastiques furent supprimés, les dominicains, carmes, franciscains (sans grande influence sur les classes instruites, mais restés très près des paysans et des peones indiensj chassés des paroisses, le Sénat aboli [Consliliilion rie 1857). Mais la liquidation des biens donna lieu à de tels gaspillages que les conservateurs, s'aidant de la guerre civile, chassèrent à son tour Comonfort de Mexico 21 janvier 18."»8). Leurs chefs, Zuloaga et Miramon, gouvernèrent comme présidents avec l'aveu de l'Europe, pendant que le vice-président Juarez, d'a-bord enfermé à Vera-Cruz, se faisait reconnaître par les États-Unis. En 1859, il déclarait sécn larisés les biens des diocèses et des paroisses, établissait le mariage civil. En décembre 1860, le général des fédéralistes enfin victorieux, Ortega. expulsait Miramon, et Juarez rentrait à Mexico.

Benito Juarez était un« homme de couh'ur »,né en 1806 àOaxaca, dans le sud. D'abord domestique, puis destiné au sacerdoce (les prêtres sont en majorité des Indiens ou des métis, mélangés parfois

CllAI'lTltL: X\l

lit; sang nègrci, il finil par dev(Miii- avocal, ilt'-piilr icii l<Si(i), goiivcnit'ur d'Uaxaca cl vice-président de la lîépubliquc. Le l*'"' juillet i^^01, contre Zidoaga et Miranion, qui tiennent encore la campagne, il reç^-oit des pouvoirs exceptionnels ; le 17, il fait décréter par le Congrès la suspension, pour deux ans, des paiements aux créanciei's étrangers. Or la France, l'Espagne et l'Angleterre avaient eu des nationaux violentés au cours de la guerre civile et n'avaient pas reconnu le gouvernement de Juarez; elles exigèrent en commun des réparations, des indemnités, le paiement intégral des dettes {6-o«ye/i//o/j de Londres, 31 octobre 1861). Les Espagnols

intervinrent les premiers avec le général Prim et enlevèrent Vera- Cruz (18 décembre); les l'rançais de Jurien de la Gravière et les Anglais du général Dunlop arrivèrent en janvier 186:2 Aussitôt Juarez négocia, accorda les réparations demandées, obtint de Lonili'es et de Madrid (qui avaient désavoué à l'avance toute intervention dans les alTaires du Mexique»

le reudDarquement de leurs troupes (convenlion de la Soledud, 18 lévrier 1862). Napoléon 111 se relusait toujours à reconnaître la République juariste ; le général de Lorencez i-eçut l'ordre de marcher sur Mexico. Ses troupes, insuffisantes en nombre (6.000 hommes), échouèrent à l'attaque de PucbUt iTi mai 'i86'2i.

Blmto .Ilari;z

Politique (le Napoléon III au Mo.viquc. — lîouher a présenté l'expédition entreprise au Mexique [»ar le gouvernemi'id impérial comme d la plus gramie pensée du règne ». D'autres n'y ont vu qu'un rêve, une chimère sans consistance 11 semble qu'à l'origine l'entreprise ait affecté, au contraire, un caractère assez positif, mercantile môme, que les aspiralioi»s idéalistes vers la constitution dun empire latin et des intrigues de divers genres ne sont venues voiler <{ue plus tard. Sans doute Napoléon se (lattait de dégager au Mexique une c nationalité » latine, qu'il importait de soutenii- contre les entreprises des Anglo-Saxons des Élats-rnis ; le moment sendjlait bien choisi, alors que l'I'nion ilu nord, coupée

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en deux, devenait pour longtemps incapable de tout effort extérieur et que la victoire se prononçait encore en faveur des Confédérés. Le projet rencontrait faveur à Rome, accoutumée depuis d8o2, l'expédition française de Chine et d'Indo-Chine et la guerre du Liban (1860), à voir le second Empire se poser, partout ailleurs qu'en Italie, en défenseur des intérêts catholiques ; il le serait de nouveau contre ceux que Gentz avait autrefois appelés (( les païens de l'Amérique ». Au surplus, le général Almonte, ex-ambassadeur de Miramon, assurait que ce serait l'affaire de quelques mois. Sans s'attacher à découvrir chez l'Empereur des vues réalistes plus lointaines, il faut rappeler que les conservateurs c<'ntralistes suppliaient depuis deux ans la Erance de leur donner un prince européen, complotaient à Paris, à Madrid et à Cuba, et que Michel Chevalier et les économistes officiels venaient de « découvrir » à l'usage des Erançais les richesses minières et autres du pays. La valeur n'en serait-elle pas centuplée quand, au lieu du chemin de fer de Colon à Panama, ouvert en -ISSo, le canal d'Amérique centrale, réplique nécessaire de celui de Suez, réunirait les deux Océans?

Et voici l'intrigue : l'appui accordé au banquier suisse Jecker, créancier pour 7.'> millions de Miramon (qui n'en avait pas touché le dixième). Anglais et Espagnols avaient écarté sa créance, qui n'était pas française ; mais Morny fit naturaliser Jecker en 1862, et reçut dans l'emprunt une part de 30 pour 100. Les conseils de Morny, très écoutés aux Tuileries, se rencontrèrent avec les ambitions de la famille d'Autriche, désignée pour fournir le nouveau souverain, et de Léopold l" de Belgique, de manière à triompher des hésitations de l'Empereur, averti par Prim des dangers de l'aventure et longtemps retenu par certains de ses propres ministres.

Les Français au Mexique (1862-1867). — Le général Forey, débarqué à Vera-Cruz en mai 18G1 avec .30.000 soldats, recommença l'expédition américaine de 1847. Il assiégea Puebla (18 mars 1863), dont le gouverneur Ortega capitula après la défaite infligée à San Lorenzo par la division Bazaine au général Comonfort venu au secours de la place (8 mai;. Le 5 juin, Forey entrait à Mexico et, sous couleur de consulter la population sur les changements à opérer dans le gouvernement, il réunissait une Commission de 35 notables conservateurs qui eux-mêmes créèrent une Junle de 215 membres. Cette Junte nomma empereur l'archiduc Maximilien, frère de l'empereur d".\utriche et ancien vice-roi du

FEYEL. II. 19

ciiAi'inu; xxi

I.oiiib;u(l-N riiilicii. l'iir la llonvfnlion de Miiutmar (iO avril 186i), Napoléon lli promil à Maximilien, pondant six ans, le concours d'une force IVançaisc ; en i-elour, le souverain solderait l'entretien des troupes (et 270 millions pour les frais de rexp(^di(ion). A cet effet, il conti-acla en France un emprunt que lui garantit le gouvernement. Le nouvel Hmpereur, à qui le pape envoyait une bénédiction spéciale, arriva au Mexiqtie le !i8 mai 1861.

Dès ce moment, il perçut qu'il ne ralliciait (piune minorité; toutefois, appuy(' siii- le clergé, sur les ])ropriélaires, sur la force

frant-aise, il repoussa Juarez et ses troupes à travers les plateaux du nord jus([u'à la frontière du Rio Grande, mais sans pouvoir se rendre le maître du pays. Les Mexicains avaient proclamé Juarez dictateur; contre les h'rançais, ils organisèrent des bandes presque insaisissables (guérillas) (jui les harcelèrent, les énervèrent par tlincessantes escarmouches. Le climat tropical et les maladies, l'échec d'une coiilre-r/ueril la française tirent le reste. Le maréchal Bazaine, commandant en chef après F^orey (octobre 18(i;-5), prit Oajaca (9 février 18G5). 11 eut l'idée de faire signer par l'Empereur un ordre qui déclarait la guerre termini'e et prescrivait de ne plus considérer les républicains encore en armes que comme des rel)elles (30 octobre). En conséquence, les généraux Arteaga et Salazar et trois colonels furent fusillés; la guerre prit dès lors un caractère atroce.

MAMMir.ii:^, liMiM:i!i:ns m; Mi:.\ini i:

Fin de rc'iii|>ir<' de Maxiiiiilicn (186o-1807). -— Incapable (rim|)oser l'ordre, l'Empereur ne s'eidendail même pas avec tous les éléments monarchiques. Lorsqu'il voulut, par des mesures libérales, affranchir les Indiens du péonage, il s'aliéna les propriétaires aristocrates; quand il refusa de l'établir les ///<7'(».s- ecdésia.^ti((ues, il s'attira l'hostilité du clergé l'I du nonce ai>ostolique, que

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le pape finit par rappeler. Sa tentative pour former un j)nrli liln'-ial modéré n'aboutit pas ; avec Miramon, resté fidèle à sa cause, il se trouva tout à fait isolé, au moment même où il allait perdre l'appui des Français.

Contre les premières démarches de Napoléon III, les États-Unis n'avaient pas protesté ; mais ils avaient reconnu Juarez et son gouvernement comme le seul légitime, et soutenu ses lieutenants Escobedo, Diaz et Doblado. Grâce à eux, et à l'inaction de Bazaine, fort occupé de son mariage avec une jeune Mexicaine, nièce de l'ancien président Pédrazza, les républicains reprirent l'avantage sur les troupes françaises épuisées. Dès la (in de ISfio, ils les battaient à Tacambaro, en 1806 à Malamoros, à San Nobel, près de Mexico, où Bazaine tenait ses forces concentrées, enfin à Tampico, au nord de Vera-Cruz. C'est le moment que choisiront les États-Unis pour affirmer de nouveau la doctrine de Monroë. Non seulement ils s'opposèrent au recrutement de volontaires d'Europe, notamment d'Autrichiens, qui auraient constitué à l'empereur du Mexique une sauvegarde pour sa personne ; ils demandèrent encore de façon très pressante le retrait des troupes françaises que Napoléon III, en raison des menaces de la politique européenne, se vit réduit à leur accorder.

Bazaine venait de se brouiller avec Maximilien. Il est avéré qu'il intriguait avec des Mexicains de divers partis pour provoquer une abdication du souverain et pour se faire élire à sa place dictateur, peut-être môme empereur comme autrefois Iturbide. Il crut avoir partie gagnée quand Napoléon III eut refusé à l'impératrice Charlotte, à Saint-Cloud, les secours qu'elle était venue réclamer en vertu de la convention de Miramar. Mais, chez Maximilien, la pensée d'abdiquer ne dura qu'un mometd; âme vraiment chevaleresque, il déclara au général Castelnau, envoyé par Napoléon pour le pousser à celte complaisance envers la France, qu'il n'abandonnerait pas ceux de ses sujets qui s'étaient compromis pour lui. Cependant Bazaine commença ( i*"" février 18(17) cette retraite vers Vera-Cruz que ses admirateurs exaltèrent ridiculement à l'égal de celle des Dix-mille. La France, qui avait envoyé 39.000 hommes au Mexique, avait perdu au moins 9.000 morts. Le reste ne représentait plus qu'une valeur militaire médiocre, dont l'entretien avait, sans profit, vidé les arsenaux.

Aussitôt les FYançais embarqués, Maximilien fut pei'du. Réduit à lutter contre un soulèvement général, avec le seul appui du parti de Miramon et d'amis personnels, Autrichiens et Belges, il quitta Mexico |)our menei' à son tour la guerre de parti-sans dans les mon-

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laf^iu's du Moid. Trahi parle colonel Lopez, lait |)risoniuer dans Oiierelaro par Escobedo avec les généraux Miguel Miramon et Tonias Mejia (15 mai), il l'ut jugé avec eux par un conseil de guerre et condamné à mort. Juarez se laissa arracher l'ordre d'exécution par le premier ministre Lerdo de Tejada. Tous les trois furent fusillés d!» juin 1867).

Rétablissement de lu République. — La mort de Maximilien marque l'écrasement du parti monarchiste et le triomphe de Juarez. Rentré à Mexico, Juarez rétablit le régime de 18S7,fut réélu président en déci'uihre 1867, puis en 1871. Autour de lui se constitua une sorte de parti national, démocrati(iue et fédéraliste, qui a survécu à la mort du chef (1872). Lerdo de Tejada, qui lui succéda, fit voter en 1873 les lois dites u de Réforme »,qui séparaient l'Église de l'État, instituaient le mariage comme contrat purement civil, retiraient les registres de l'état civil au clergé, interdisaient le port du costume ecclésiastique et les cérémonies extérieures du culte, refusaient de reconnaître les vœux monastiques, dissolvaient les congrégations religieuses, laïcisaient l'enseignement et l'assistance publique. Mais le despotisme de Tejada fut tel et si scandaleuse la dilapidation des deniers publics qu'une scission se déclara dans le parti libéral. Le plus brillant lieutenant de Juarez, Porfirio Diaz, par un pronimciamienlo, renversa Tejada et prit sa place. Il réclamait la mise en vigueur complète de la Constitution et la liberté électorale pour tous (les prêtres avaient été privés du droit de vote en 1871). Il appliqua en effet ce (( plan de Palo Llanco » ; en décembre 1880, il céda la présidence au général Gonzalez (1880-1884), dont l'administration tyrannique et cupide risqua de susciter de nouvelles guerres civiles. Diaz reprit alors le pouvoir à coups de sabre (16 juillet 1884), après que le Congrès, re visant la constitution, eut augmenté la durée du mandat présidentiel et autorisé la réélection du président.

Le « règ:iie « de Porfirio Diaz (1884-1911). — Diaz représente, dans l'ordre matériel, l'avènement du Mexique à la vie ihoderne. Fils d'un cabaretier espagnol et d'une Indienne (1830^. il avait fait la guerre de 1847 contre les Etats-Unis et combattu avec Juarez contre Santa-Anna, Maximilien et les Français. Cependant il rouipit avec Juarez quand, au mépris de la constitution, Juarez se perpétua à la présidence. Lui-même, eu 1876, arrivé au pouvoir par l'armée, il prit soin de rétal)lir d'abord le Sénat et d'instaurer un régime civil, respectueux des formes républicaines. Le Mexique

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n'en avait pas moins un maître qui lui donna l'ordre et la paix, mais au prix de la dictature imposée plus qu'acceptée.

Ce qui la soutenait. dans chacun des vingt-sept États « souverains», c'était l'oligarchie féodale des cienlificos (gens instruits; qui, au nom de deux millions de blancs et de créoles possesseurs de latifundia ou de mines, tendaient à rejeter dans \& péonisme douze, millions d'Indiens et de métis. Maîtres du suffrage universel, qui leur assurait la presque unanimité au Congrès, les (( caciques » remaniaient arbitrairement les limites mêmes des États, imposaient aux électeurs les gouverneurs agréables à Diaz, qui pouvaient tout se permettre, malgré les Congrès locaux, à la condition d'être des amis du président. Diaz, qui avait supprimé ses adversaires (en 1879, les partisans de Lerdo de Tejada qui remuaient à Vera-Cruz), avait aussi éliminé les dirigeants libéraux davaiit 1876, et ne laissait arriver au grade d'officier général que ses créatures. En 1883, un amendement constitutionnel enleva les délits de presse au jury, les attribua à des magistrats du gouvernement qui muselèrent les journaux, à la seule exception des journaux subventionnés. Dans le budget, le parti faisait leur part aux contrafislas, financiers politiciens, qu'avaient enrichis d'avantageux marchés de fournitures passés avec le gouvernement fédéral ou avec les États.

Le parti de Diaz, gouvernant au profit de quelques-uns, a rendu néanmoins des services à tous. Il a supprimé le brigandar/e par la création (dès 1870) d'une gendarmerie rurale : les cliarros, hardis cavaliers bien armés, aux ordres directs du président. Le général Reyes, ministre de la Guerre, et le général Troncoso ont organisé l'armée (1896). Le service obligatoire a fourni, malgré de nombreuses exemptions, 23.000 soldats dressés à l'européenne, débarrassés des gradés honoraires d'ancien régime, commandés par des officiers instruits à l'École de Chapultepec, avec des réserves et leurs cadres prévus dès le temps de paix. Les douanes intérieures [alcabalas] ont été abolies. La condition du clergé, demeuré pauvre et peu nombreux depuis la séparation, a été réglée par un accord passé avec l'archevêque de Mexico, Labastida, (( inventeur » de Maximilien, mais rallié à l'ordre nouveau; le système des « compositions )) a rendu légale l'actiuisition des biens par les établissements ecclésiastiqines.

Le Mexique iiioderiK'. — Outre l'armée, le Mexique s'est donné trois autres organes nécessaires à un État moderne.

1» L'assainissement des finances a été l'œuvre de Diaz et de son ministre Yves-José Limantour. En 1876, la situation se présen-

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tail tlillicili'. Los ci-étuioiors Iraiiraisde Icmpnml do 18G4y avnioiil. pordu dos oonlaines de millions; l'Anglelerro, depuis 1823, avait avanoô (ol aventuiv) 22 inillioiis ol doini de livres slorling. Dia/, par im coiicordat, rôduisil colle dotle à 14 niillions slerlin^, aux iiilôri^ts i\i' 3 pour 100 i^a^a's sur la «loiiauo do \ora-Cruz. Eu iScSS et •18!»0, il ouipruida chez Bloichroeder 10 millions et demi sterling aux intérêts de 6 j)our 100 payables en or. Mais le pays produit surtout de l'argent, métal déprécié. C'est, la seule difficulté financière, alors que la detti' atteint à peine aujourd'hui 1.200 millions de francs (80 francs pur habitant).

2" Les chemins de fer constifuenl une grande (ouvre : 13.000 kilomètres (lt> voies ferrées parcourent le pays en tout sens, le relient sur trois points avec les États-Unis. Comme leurs compagnies se sont constituées surtout à Boston et à Londies. avec de l'argent belge, allemand, hollandais et anglais, de môme leurs sei-vicos prolitenl avant loul aux Américains cpii viennent acheter des fornu'S (haciendas) à mettre en actions, remonter les mines restées inexploitées par manque dv capitaux nationaux, construire les tramways, les usines électriques, les téléphones, et imposent de plus en plus l'anglais comme langue des atTaires. Mais ce sont des Anglais qui ont construit la ligue interocéanique de Tehuantepec, concurrente heureuse des transcontinentaux américains.

3" Le développement do l'instruction n'a pas marché de pair avec les progrès matériels. Les Universités, au sons euro|)éen, font encore défaut; beaucoup d'écoles secondaires à culture latine fonctionnent dans les villes, et des écoles primaires sont prévues dans tous les villages. Toutefois Diaz s'est en général elïorcé do remplacer la culture latine par le dressage à l'américaine, qui emploie l'anglais comme base d'un enseignement secondaire spécial, destiné à se substituer presque partout à renseignement classique. La même vue a conduit à multiplier dans tout le Mexique les écoles d'ingénieurs. Cependant, sur 15 millions d'habitants, les statistiques comptent encore 10 millions d'illettrés.

Chut<' (le Dinz. — Ainsi industrialisé, le Mexicjue risquait do tomber, (le|)uis que les États-Unis ont accaparé l'isthme de Panama, sous le contrôle de l'Union. Diaz avait prévu le danger; les derniers emprunts contractés en Europe avaient servi à nationaliser les voies ferrées, on les rachetant aux Compagnies où dominaient les actionnaires yankoes. C'est à des Anglais (|u"il avait concédé les gisements de pétrole convoités par h^ Standard OU. Plus récemment, il refusait de s'associera la lulelle ipie les Ltats-lînis pi'élen-

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dent exercer sur le Nicaragua et l'Amérique centrale. Il ne semble pas douteux cjue la diplomatie américaine, la (( diplomatie du dollar(l) », ait favorisé contre le président la coalition des révoltés de la frontière du nord dirigés par Madero, démocrate cultivé, de la bourgeoisie moyenne exaspérée par le u caciquisme » et dé^reuse de voir la pratique du suffrage universel devenir une réalité, des socialistes enfin, puissants depuis quelques années dans les centre.s industriels. La tyrannie de Diaz n'a fourni que trop de prétextes à un soulèvement bientôt général.

Commencé à Chihuahua, accompagné dune démonstration militaire américaine sur le Rio Graride, il s'est étendu progressivement jusqu'à la capitale, a partout renversé les « caciques » et les gouverneurs officiels, a forcé Diaz à la démission (mai 1911). Et comme sa dii-tature, en reléguant au second plan les personnalités de valeur qu'il n'avait pas traquées (Reyes, Limantour luimême), n'avait pas prévu le transfert régulier du pouvoir, le lendemain de cette dernière guerre civile apparaît très précaire. Sans doute, le parti <( antiréélectionniste (2) », devenu parli progressiste, a porté son chef à la présidence (octobre 191 1) après le gouvernement intérimaire du ministre des Affaires étrangères de la Barra. Le programme des victorieux ne redoute point les vastes réformes : non-réélection des fonctionnaires, liberté absolue du suffrage universel, liberté de la presse, service militaire égal pour tous, réforme de l'enseignement, développement de la petilc propriété agricole par le morcellement des grands domaines, garanties données aux capitaux étrangers. Seulement, à peine en fonctions, le président Francisco Madero a connu les mômes difficultés qui ont eu raison de Diaz : la guerre civile recommençante au service des ambitions militaires, les exigences des alliés socialistes, les incidents de frontière qui provoquent les observations des États-Unis. Situation dangereuse non seulement pour Madero mais pour le Mexique môme, s'il devait s'établir en règle qu'il lui faille désormais attendre de Washington la désignation de son président C-i).

(Ij [.es (inanciers new-yorkais ont, dès la chute fie Diaz, et dans son entourage même, racheté les 10 pour 100 d actions r(ui leur mani|uaient pour « contrôler » les voies ferrées ; le Me\i(|ue n'en possède plus (|ue les 41 poiu- 10(J.

{■^) Avant tout, il proLestail contre les élections successi\es de Diaz comme contraires au principe démoo'atique.

(3) Madero, atta(|ué dans Mexico par le pronunciainienlo victorieux des généraux lluerta et Félix Diaz. a été capturé par eux et assassiné avec le vice-président Suarez. Le Mexique retombe dans l'anarchie militaire sous l'œil attentif de l'ambas- .sadeur des Ktats-Unis (23 février 1913).

CUAPITItE XXI

II[. — Le Brésil.

Soiil (le Ions les Klals de rAiiiéri(|iie latine, le Brésil s'organisa eu monarchie conslilntionnclle. L'empereur Pedro I"'", fils de Jean VI,

gouverna avecle concours de deux assemblées : un Sénat de 58 membres élus à vie et une Chambre de 422 représentants élus pour quatre ans au suffrage universel à deux degrés. Mais les créoles lui reprochaient son origine européenne, les tliflicultés avec la France, qui avaient amené en rade de Rio la menace d'une escadre, la faiblesse de sa politique extérieure en Amérique même. Pedro I*^"" abdiqua en faveur de son lilsAgé de cinq ans et né au Brésil (7 avril 1831).

Règ-no de don Pedro II

Pedro I" (1831-1889). — La régence im-

(1798-1834) périale, qui gouverna jusqu'à la

majorité du nouvel Enqjereur (18 juillet 1841), avait déjà dû se défendre contre le parti républicain, puissant à Rio, et contre une révolte de l'armée (1833). A la mort de Pedro l'^'', le parti républicain fédéraliste obligea le gouvernement à modifier la constitution : le régent serait nommé par les électeurs, le Conseil d'Ltat supprimé, une Assemblée administrative élue dans chaque })rovince (12 août 183 i). Ainsi se constituait un Empire fédéral. Mais ce fédéralisme tournait rapidement au séparatisme. Des villes, Pernambuco, Para, Bahia, s'insurgeaient ; les provinces les plus riches (Sao Paulo, Minas Geraes'i prétendaient à une vie politique pai'ticulière. Rio Grande do Su! forma pendant dix années (1835-I84.S) la République de Paraliiui. De 4842 à 48in, Pedro s'occupa de les soumet ti-e, modifia à sou tour la Constitution (12 mai 1845) dans le sens d'un renforcement du pouvoir impérial : l'Empereur eut le droit de sanctionner tous les actes du législatif et de nommer les membres du Sénat sur des

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listes de trois candidats présentés par les électeurs. — L'amnistie de 1850, due à l'initiative de Pedro, marqua la fin des troubles politiques d'organisation, par la combinaison du fédéralisme administratif avec les pratiques de la monarchie parlementaire.

La lutte des partis. — Pendant quarante-cinq ans, au milieu des luttes que se livraient pour le pouvoir les deux partis : le parti moderado et le parti libéral à tendances républicaines, Pedro II a gouverné à titre personnel à la façon de Louis-Philippe. Son gouvernement s'arrangeait aux élections de manière à posséder, au moins en apparence, la majorité dans le pays. L'Empereur, qui voyageait beaucoup en Europe, imposait comme unique programme l'adoption des mesures pratiques capables de mettre en valeur un territoire immense et neuf: améliorations matérielles (services de paquebots sur les fleuves), régularisation des finances, liberté des cultes, pour attirer les émigrants européens. Dès 18(i7, une compagnie anglaise avait construit 600 kilomètres de chemins de fer. Lorsque, sur ce programme, le parti au pouvoir ne s'entendait plus avec lui, Pedro, par une dissolution de la Chambre, en appelait aux élec-

Pedkoj II E.\ 1841

(ls;5-18Ml)

teurs. Ainsi se succédèrent au ministère Zaccarias, Vasconcellos et le marquis de Olinda.

En conséquence, sous l'action personnelle et timide à la fois de Pedro, jaloux de conserver l'autorité du gouvernemont sans mécontenter les grands propriétaires {fazendeiros et Paulislas), les réformes ne s'accomplirent que peu à peu. En [H8i,\e suffrage universel fut mis en vigueur ; en 1884, Vélat civil fonctionna sur le modèle français ; en 1888, la tolérance religieuse fut inscrite dans la constitution. — Dans les travaux publics, linfluence de Pedro s'exenja [)leinement. Très instruit des sciences naturelles, fier d'avoir été élu « associé » à l'Académie des sciences de Paris, il fit explorer la région

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encore peu coniuie de l'Amazone, pour en étudier les in-oduclions ; poui- la première lois, un service de haleaux à vapeur remonta le grand llenve jns(prà Manaos. Des Ii;4:iies de paquebots atiantiiiues relièrent Haliia, INMiiamhnco el Hio à l'Europe occidentale et ouvrirent le i)ays à la dilïusion des marchandises françaises et anglaises. Des chemins de fer conduisirent depuis les ports de la côte jus<|u'aux mines et aux fazendas des plateaux (près de 10.000 kilomètres en 1889). — Pour l'instruction, I^edro créa d'abord un Inslilut, puis des Écolen (ï enseignement supérieur, mais d'un enseignemeid tout scientifique, assez peu de collèges d'enseignement secondaire et d'écoles élémentaires.

La guoiTO du Parajyuay (186^1-1870). — Ce souverain pacifique mena cependant deux guerres pour la défense des frontières dans le sud de TEmpire. — En ISSi, il expédia 12.000 hommes contre le dictateur argentin Rosas, occupé au siège de Montevideo, et le contraignit à lâcher prise. Pour celte o|)ération, il s'éfaitassuré l'alliance du Paraguay que gouvernait Carlos Lopez depuis la mort du dictateur Francia (1840). Lopez exerça lui aussi la dictature, mais pour rétablir la paix, appeler les étrangers, ouvrir son pays, jusque-là isolé, au commerce international (l8.i3).Le Brésil en profita plus qu'aucun autre litat voisin. — La situation changea avec Solano Lopez, qui succéda à son père en 186*2. Très féru d'unift)rmes et de parades militaires, il fit du Paiaguay un État fortement arnu'\ en vue de conquêtes territoriales. Des chicanes de commerce servirent de prétexte à la guerre qu'il méditait contre le Brésil : l'Empire aspirait à d contrôler » les deux fleuves (Parana et Paraguay) qui ivjoigncnt l'Lruguay pour former le Bio de la Plala. Lojiez envahit la province brésilienne de; Matlo Grosso, captura des navires brésiliens qui remontaient le Parana, s'empara de Corrienîes. Il s'était ménagé l'alliance d'Aguivre, chef des (( blancos » de l'Uruguay (novembre 1864). Sans tarder, le Brésil dirigea ses troupes sur Montevideo, d'où elles chassèrent Agnivre que reuq»lai;a I*'lorès, chef des (( colol'ados ». Puis, avec Florès et Mitre, président de la Hépublitpie Argentine, le Brésil signa (mai 1865) une Iriple alliance militaire.

La guerre dura cinq ans. I^es alliés détruisirent la flottille paraguayenne au condiat de Corrientes, l'cniontèrent le Parana (mars 1866), en forcèrent le passage et enlevèrent au i)i'ix derudi'S batailles les forts (r//«/u'r«, de (hirupaïli o\ (V //uniaila.U y fallut deux années. Ce n'est qu'à la lin de 1868 que le mai'échal brésilien Laxias tMdia dans Assuncion, capitale île Lopez. — Mais le président avait levé une nouvelle armée; don Pedro envoya coidre lui songendreCaston

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d'Orléans, comte d'Eu, fils du duc de Nemours, marié en 1864 avec la princesse impériale Isabelle, héritière de la couronne. La campagne de 1869 fut décisive. Le 12 et le 16 août, le comte refoula Lopez dans les forêts de l'ouest, le vainquit encore deux fois en octobre et écrasa le 28 novembre sa dernière armée dans laquelle combattaient des esclaves (libérés le 2 octobre) et jusqu'à des femmes. Lopez ne fut i>lus qu'un fugitif que la cavalerie brésilienne surprit et tua le 1.5 mars 1870. Des 1.3.37.000 habitants du Paraguay, les trois quarts avaient péri ; les vainqueurs forcèrent les 29.400 hommes qui restaient à établir un gouvernement libéral avec un Congrès de deux Chambres. Mais le pays était ruiné.

L'esclavag-e. — La constitution du Brésil n'avait jamais r.econnu l'esclavage ; toutefois, les nègres d'Afrique continuèrent à être importés jusqu'à 18o8. L'Empereur souhaitait l'émancipation des deux millions d'esclaves ; il affranchit ceux de son domaine particulier, sans oser aller plus avant contre le sentiment des aristocrates. Mais pendant ses voyages en Europe, la régente, sa fille Isabelle, accomplit les autres actes d'émancipation. Le 28 septembre 1871, les enfants à naître des femmes esclaves furent déclarés libres pour l'époque de leur majorité. En 1885, à la suite de l'affranchissement décrété dans deux États, une loi émancipa tous les esclaves âgés de moins de soixante ans. Enfin, en mai 1888, l'esclavage fui complètement aboli ; les 600.000 esclaves de l'Empire étaient libérés mais devaient résider deux ans encore dans leurs provinces. Cet article ne fut guère observé et les anciens esclaves, désertant la culture et la cueillette du café, se hâtèrent de grossir le prolétariat des villes. Pour les remplacer, le gouvernement a|)pela des colons d'Allemagne et de Suisse, d'Italie et de Portugal, leur distribua des terres prises sur le domaine impérial et dans les provinces du sud. Mais beaucoup ne trouvèrent à s'employer que comme journaliers agricoles chez les grands propriétaires, qui cherchaient d'ailleurs à les exploiter. 11 en résulta une crise qui ne contribua pas médiocrement à la chute de l'Empire.

La République fédératîve (lo novembre 1889). — Le

régime impérial reposait tout entier sur la personne de Pedro II, vieilli et presque aveugle; lui disparu, le trône appartiendrait à sa fille Isabelle (et au comte d'Eui. Le comte, en dépit de ses victoires sur le Paraguay, comptait peu d'am-is dans l'armée à laquelle Pedro ne s'était non plus jamais intéressé. Beaucoup d'officiers s'étaient affiliés au parti républicain, vaincu mais non détruit depuis 1818.

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(lerlaitu's provinces, jalouses de la capitale fédérale, protestaient contre le choix des gouvcnieiirs dési^^nés en lait |)ar le pouvoir central. Les propriétaires regreltaient l'esclavagisme. De tous ces mécontentements, qui s'accordaient à redouter l'avènement du comte d'Ku, le j)arti républicain fédéraliste sut profiler. Son chef. Benjamin Constant de Magalhaes, introducteur au Brésil de la religion positiviste, s'entendit avec le maréchal de camj) Deodoro da Fonseca, que le comte d'iùi avait envoyé en disgrâce surveillei- la frontière de Bolivie (1888), pour déterminer un pronunciamienlo. En vain, le nouveau premier ministre, comte de Ouro-Petro, promettait de rendre l'autonomie complète aux États et aux communes, et de procurer une réforme électorale. Le 15 novembre 1889, Pedro II, (jui avait échappé en juillet à une tentative d'assassinat, fut embarqué pour Lisbonne avec la famille impériale et la République proclamée.

Au début du nouveau régime, le gouvernement affecta un caractère strictement militaire. Les officiers, qui avaient installé Fonseca comme président du gouvernement provisoire, proclamèrent la Républicjue des Elats-rnis du Brésil, supprimèrent le Sénat, décrétèrent le suffrage universel pour l'élection dune Assemblée Constituante (15 septembre 1890) et, sous l'inspiration de Benjamin Constant, séparèrent les Églises de l'État la'icisé, établirent le mariage civil. Après quoi, l'Assemblée nationale vota une Constitution calquée sur celle des Etats-Unis et élut Dcodora da Fonseca président de la République (26 février 1891).

Mais F'onseca, pendant la période provisoire, avait pris l'habitude de gouverner en dictateur. 11 entra en conflit avec le Congrès à propos d'une loi sur les incompatibilités et le déclara dissous (4 noveudjre); puis, en atteudaid de nouvelles élections, il décréta l'état de siège. Une telle mesure provoqua la guerre civile, la révolte du liio Grande do Sid, des batailles dans les principales villes, une menace de pronunciamienlo de la flotte. Le maréchal da Fonseca démissionna, céda la place au vice-président Floriano Peixoto (23 novembre). — Rien (ju'il eut suj)prinié l'état de siège et rappelé le Congrès, le général Peixoto restait le pi-isonnier de la coterie des officiers, (jui prétendirent prolonger sa présidence intérimaire jusqu'à la fiji de 1894. De nouveau, contre la dictatui-e, les provinces s'insurgèrent : celle de Matto-Grosso (189l2), celle de Rio Grande do Sul (1893). La marine aussi se prononça ctuitre le régime militaire : les amiraux Custodio de Mello et Saldanha de Gama bombardèrent Rio et Sautos, arrèlèriMil le cctmnierce avec l'étranger. Il fallut, pour les vaincre, acheter aux l£tats-Unis ui\c escadre qui les prit à revers dans la baie de Rio (18 mars 1894).

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Du moins ils obtenaient gain de cause, puisque ce fut un civil, Prudente Moraes, qui fut élu président.

Le Brésil moderiio. — La i)résid(mce de Moraes inaugure une période de vie régulière continuée par les présidents Pereira, Campos Salles, Rodrigues Alves et Affonso Penna. Les généraux ont laissé se constituer un régime fédéralif de vingt et un Etats (y compris le district fédéral de Rio de Janeiro), très autonomes dans leur fonctionnement intérieur, libres même de traiter (surtout en matière financière) avec l'étranger. Les législatures des États et les gouverneurs sont élus au suffrage direct de tous les citoyens qui saventlire et écrire (aussi les nègres sont-ils en général exclus). Delà môme manière sont élus le président pour quatre ans (il n'est pas rééligible, ni éligible aucun membre de sa famille), le Sénat, à raison de trois membres par État, la Chambre des députés, à raison d'un représentant par 70.000 habitants. L^ne Cour suprême représente le pouvoir judiciaire.

Les contlits avec certains États euroi)éens (avec l'Angleterre, à propos de l'îlot de la Trinidad, 1895; avec la P'rance, au sujet du territoire contesté de la Guyane du sud, 4897; avec l'Italie, au sujet des indemnités réclamées par des Italiens victimes de la dernière guerre civile, 1896), résolus par des arbitrages, n'ont pas empêclié le Brésil de faire un large appel aux capitaux et à l'immigration du vieux monde (1). Cette immigration se porte de préférence vers les provinces du sud où elle rencontre des conditions de climat plus favorables. Elle s'affirme surtout allemande, polonaise et italienne. L'État de Parana,où le cinquième de la population s'avoue polonais-autrichien, produit à certains observateurs l'effet d'une (( Nouvelle-Pologne » ; Sao-Pavdo, où les Italiens ont commencé d'arriver vers 1877, l'effet d'une « Nouvelle-Italie »; à Santa-Catharina, les Allemands, qui représentent plus du tiers des habitants, ont parfois, dans cette u Nouvelle-Allemagne », réussi à faire élire un gouverneur de leur race. L'expression est d'ailleurs fort exagérée, et le caractère natif ne subsiste guère après la première génération (2).

De tous ces éléments s'est constituée une nation qui se place aujourd'hui au premier rang des puissances latines de l'Amérique. Ses vingt millions de citoyens, actifs et riches, ont supporté avec aisance la dernière crise écononii(iue et financière. Après 1889,

(1) « Avec le capital français et la main-d'œuvre indigène, déclare un sénateur le Brésil ferait merveille. »

(i) Voir t. 1, chap, xxviii, § 2.

fJ'.H) Cil Al'll IM'; \\1

lu [)i(»tliiclioii l'ii calé, (jiii nliiiioiilc la moiliô do la consoiiiiiiatHM) liu nioïKk', lui iiousséc à ICxcùs, sans souci de la (lé|tréciali<)ii <]iu un rrsiillerail ralalenieiil pour les [)imx de vente. En vue de la coniliatlre, les trois États producteurs (Sao Paulo, Minas-Geraes, llio) s'engagèrent en 1900, par la convention de Taucalé, à acheter assez de café pour soutenir le prix du sac de soixante kilos à un chinVe de 55 à «ij francs. Dans cette d valorisation», que d'autres lUals avaient songé un moment à cMendre au caoutchouc, ils imniol.ilisèrent 400 millions .sans résultat appréciable; une pénible liquidation s'imj.osa, rendue plus diflicile par l'état du marché financier. Alors eu effet qu'en 1888 le billet de banque faisait i)rime sur l'or même, la mauvaise administration, les trouilles insurrectionnels, les dépenses exagérées produisirent un déficit que l'État fédéral dut combler par des emprunts et par une véritable émission d'assignats à cours forcé (il en circulait 780.000 co/i/os dereisen 1898) (1). La monnaie perdit les trois quarts de sa valeur. L'arrangement Campos-Salles-llothschild enraya enfin le mal. Il suspendait pour I rois ans le service des intérêts de la dette extérieure ainsi que ramortissement jusqu'à 1911 ; ea retour, le Brésil déposait ses assignats dans des banques étrangères qui les brûleraient au fur et à mesure de leur [)aiement effectué en or. A la suite, le milreis a repris le cours de 1 franc 40. Les excédents de recettes budgétaires, réapparus depuis 1902, ont permis de gagei- des enqirnnts productifs ])Our le rachat ou la construction de voies ferrées et pour les travaux du ptu't de I^io (1908).

Peu chargé de dette (un peu plus de trois milliards et demi, soit 240 francs par habitant), le Brésil prétend aujourd'hui servir ilexenqile et peut-être de guide aux autres républiques latines. La marine comprend en effet des cuirassés modernes duplusfort tonnage. Parfois ses équipages cèdent encore à l'indiscipline (comme en novembre 1910, lors de l'avènement à la présidence du maréchal Hermès daFonsecal. Elle n'en demeure pas moins, avec la Hotte de la Héi)ubli(iue Argentine, presipie la seule capable de s'opposer à l'extension, ipi'elle refuse d'accepter, de la puissance des États- Unis dans rAtlantique sutl.

(1) Un conlj du rt'(N va il 1.000 mil ris.

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