‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 6 sur 96 · L ESPAGNE DEPUIS · texte numérisé non relu

L ESPAGNE DEPUIS

I. L Espagne et les crises constitutionnelles 1826-1840). — II. Les dictatures militaires (1840-1868 . — III. La crise républicaine 1868-1875 . — IV. La royauté alphonsiste (1875-1912).

Espag-ne et Portug-al après 1826. — L'émancipation définitive des colonies espagnoles et portugaises de l'Amérique du sud 1826) détermina, dans chacune des deux métropoles, une répercussion politique. — En Portugal, la mort du roi Jean VI (1826), qui avait accepté en 1822 le pacte constitutionnel rédigé par les Cortès sur le modèle de la constitution espagnole de 1812, déchaîna les ambitions de son second fils don Miguel (expulsé du Portugal en 1824 après une conspiration), chef du parti absolutiste ou apostolique qui le réclamait pour souverain. La couronne revenait à don Pedro, empereur du Brésil ; il la transmit à sa fille dona Maria (âgée de sept ans) sous la tutelle de la fille aînée de Jean VI. En même temps, Pedro octroyait une C/io/Ve constitutionnelle qui, instituant des ministres et deux Chambres, reconnaissait les libertés essentielles et le catholicisme comme religion d'État (1826). La régente, qui l'acceptait, se fit soutenir par une armée anglaise envoyée par Canning, mais que Wellington rappela (1828). Miguel en profita pour rentrer en Portugal, se faire proclamer roi par les Cortès, traquer les constitutionnels, inquiéter même et emprisonner des étrangers, Français et Anglais. Or, les Anglais tenaient à rester maîtres du commerce des vins. Successivement, deux flottes vinrent braquer

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leurs canons sur le palais royal el roicèrcnl Miy;iiel à <oin|iusili(»n (I83IV Pedro, qui venait d'abdiquer la eouronne hrésilienne, piil le comniandeinent d'une armée (formée aux Arores en laveur de sa fille) avec laquelle il enleva Porlo ^483''2) el lit attaquer Lisbonne par le sud. Mic^uel en fut chassé (28 juillet), mais il se maintint dans les montagnes du centre avec l'aide des absolutistes espagnols (1833).

En Espagne, la mort de Ferdinand Vil (29 décend^re 1833) allait ])rovo(iuer une crise semblable de succession. Les souverains de l'ancienne Sainte-Alliance ne l'avaient pas attendue pour s'émouvoir de l'activité politique nouvelle déployée dans la péninsule ibérique par les puissances maritimes occidentales. Metternich, qui s'inquiétait déjà de la mainmise par la Prusse sur les intérêts économiques de l'Allemagne (le Zollverein, 2-i mars 1833) et de la tutelle imposée par le tzar à l'Empire ottoman (traité d'Unkiar- Skélessi, 8 juillet), attira l'empereur Nicolas et le roi de Prusse aux Conférences de Teplitz ("-Iti août) et de Miinchengraetz (10-20 .se|>tembre). Ils arrêtèrent des résolutions au sujet de l'Orient Turquie et Pologne), de l'Allemagne et de la Belgique, et formulèrent encore une fois en style Sainte-Alliance la nécessité dune croisade de l'ordre contre celle des révolutionnaires d'Occident. Metternich aurait souhaité davantage: à savoir un traité en règle avec des menaces précises contre l'Angleterre et surtout contre la France ; il n'obtint, par la mauvaise grâce d'Ancillon. ministre des Affaires étrangères de Prusse, qu'une déclaration (ratifiée à Berlin le 13 octobre) qui rappelait les traités de 1813 comme base du droit public européen. Les souverains entendaient conserver les traités avec l'ordre de choses établi, rétablir cet ordre partout où un monartiue indépendant jugerait bon d'appeler à l'aide t( tel autre souverain indépendant ()ui lui paraît le plus propre à l'assister » dans les trouldes intérieurs et extérieurs de son État. « Dans le cas où l'assistance matérielle d'une des trois cours aurait été réclamée et qu'une puissance quelconque voulût s'y opposer par la force des armes, les tj-ois cours considéreraient comme dirigé contre chacune d'elles tout acte d'hostilité entrepris dans ce but. » Ces engagements furent, sans nouveau traité, renouvelés aux entrevues qu'eurent à Kalisch et à Teplilz les souverains russe et prussien avec le nouvel empereur d'Aulrich(\ Ferdinand l"" (septembre 1835).

JLes puissances occidentales s'en inquiétaient peu. Non seulement Casimir Périer, el après lui le duc île Broglie, forts de « l'entente cordiale », répliquaient en termes décisifs aux significations autrichiennes et prussiennes, maisTalleyrand, adepte de la

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non-intervention entendue au sens de Canning, faisait décider l'intervention des navires de l'amiral Roussin à Lisbonne et obtenait que la France s'intéressât au règlement des affaires de succession dans la péninsule ibérique. Dona Maria avait sollicité les bons offices de l'Angleterre contre don Miguel, allié de don Carlos, prétendant absolutiste au trône d'Espagne ; Palmerston offrit en plus ses services à la régente d'Espagne pour une entente à trois,: une armée espagnole et une escadre anglaise réduiraient de conserve don Miguel et don Carlos. Talleyrand y fit entrer la France {Trailé de la Oiiadriiple- Alliance , 2-2 avril 1834) qui, à l'occasion, se chargerait d'exécuter avec une armée les décisions des alliés. Un mois après, une armée espagnole forçait don Miguel à capituler dans Evora (26 mai) ; avec don Carlos, il se retira en Angleterre, renonçant à la couronne. Doua Maria, mariée deux mois avec le duc de Leuchtenberg, épousa ensuite le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg 9 avril 1886!, client de la politique anglaise, et assura le poov^oir aux modérés (jui avaient détruit l'ancien régime.

I. — L'EspagTie et les crises constitutionnelles {1826-1840).

La rég-eiice de Maric-Chrîstîne. — L'agitation, assoupie en Portugal, recommença en Espagne avec des caractères assez différents. Crise de succession, guerre civile carliste, luttes entre constitutionnels et absolutistes, autant de symboles des diversités territoriales et des oppositions sociales de classes qui seules explijuent la formation de l'Espagne moderne. Car les plateaux de Castille et la haute vallée de lEbre sont presque dépourvus d'habitants ; la Navarre, l'Aragon, la Marche, l'Estramadoure, sans contact avec la mer, restent endormis. Seules travaillent les provinces galicienne, asturienne, basques, andalouse, valencienne et catalane qui contiennent les villes populeuses (Barcelone, Valence, Séville, Malaga, Murcie), les ports maritimes ou fluviaux, et les deux tiers il*' la population sur les deux cinquièmes des terres du royaume. Au contraire, Madrid s'élève loin des ports, des villes ouvrières, des communes turbulentes, au milieu des déserts des sept provinces centrales. De là, pendant trois siècles, les rois catholiques ont nssuré le service de la religion avec l'unité de la foi, la conquête f't l'exploitation de l'empire colonial. Cette exploitation entretenait: au centre, la machine gouvernementale agencée par Philippe II

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avec le concours dos crrands cl des nioiiios ; à la cAlo, les conquistadores et les marchands.

Ouand Napoléon suppiinia son l'oi, l'Espagne passa six années à réclamer (( Ferdinand l'IdolAtré )).Kn 1820, Ferdinand perdit l'Amérique et les marchands durent se suffire avec Cuba et les Philippines- Seulement, en 1814, le roi restauré avait trouvé constituées des puissances nouvelles : des politiciens surgis des j unie fi cantonales, provinciales, nationales organisées en Cort(>s, et des généraux poussés au premier plan par le succès des ^Hc/'///as anti-françaises. Avec le roi, ce furent trois pouvoirs qui se disputèrent les bénéfices de l'exploitation coloniale. La situation devait se prolonger même après le règne d'Isabelle II.

La royauté d'Isabelle II. — Ferdinand VII, veuf de trois reines, restait sans enfants, quand il épousa, à cinquante-huit ans,

Maria-Christina, fille du roi Ferdinand I^"" dés Deux-Siciles (20 janvier 1829). II en eut deux filles, Isabelle (10 octobre 1830) et Luisa-Fernanda (20 janvier 1832). Désappointées par l'absence d'héritier maie, les classes gouvernantes (nobles et généraux, clergé, agents de la politique absolutiste triomphante depuis 1823) se rangeaient déjà du parti de don Carlos, frère du roi, fort du Statut introduit par Philippe V (1715) qui, au nom d'une prétendue loi salique, importée de France, interdisait aux femmes de régner. Mais la reine, par hostilité contre 4a femme de don Carlos, par sentiment maternel etparinstinctde conservation, voulait la couronne pour sa fille. Elle se rapprocha des vaincus de 1823 qui allaient fournir le personnel libéral constitutionnel et, toule-

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