ISABELLE II
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puissante sur le roi malfide, lui imposa deux mesures : des décrets d'amnistie (20 octobre 1832) qui rouvrirent les portes de l'Espagne aux « patriotes » persécutés ; puis le décret du 29 mars 1830 qui faisait revivre la pragmatique sanction de Charles IV et de Campomanès i'1789;. J.es Cortès de 1833, convoquées dans les formes anciennes, reconnurent Isabelle comme héritière deFerdinand VII (20 juin). Le 29 septembre, Isabelle II était i*eine et Marie-Christine l'égente; mais don Carlos avait protesté et maintenu son droit à la succession. Tandis que l'Angleterre, la France, le Portugal s'empressaient de reconnaître la nouvelle souveraine, le Saint-Siège et les cours d'Europe centrale se prononçaient pour don Carlos qui groupait autour de lui presque tout le clergé, une grande partie de l'armée, les villes castillanes et les provinces du nord, jalouses de leur autonomie. Il ne restait à la régente que la Grandesse et les libéraux. Elle s"appuya sur eux (les chrislinos) pour se maintenir contre les carlistes, se débarrassa de Zéa Bermudez, qui prétendait gouverner sans Cortès, et fit rédiger par le nouveau premier ministre Martinez de la Rosa (1.5 janvier 4834) un Sîahil royal qu'elle octroya au nom d'Isabelle (10 juillet) et qui reproduisait à larges traits la charte française de 1814 : un Sénat de « proceres » (grands héréditaires, évèques, membres viagers nommés par la Couronne); une Chambre de (( procuradores » nommés pour trois ans par un petit nombre d'électeurs désignés par les censitaires parmi les propriétaires d'au moins 3.000 francs de revenus. Tel fut le commencement (encore timide) de la vie parlementaire en Espagne.
La guerre carliste (1834-1840). — Dès le début, elle faillit être étouffée sous l'insurrection carliste. Don Carlos s'était proclamé roi (l*"" octobre 1833), puis avait fait campagne en Portugal avec don Miguel. Après la capitulation d'Evora, il parut en Navarre (juillet 1834), insurgée depuis plusieurs mois par le colonel Zumalacarregui. L'armée carliste se recruta parmi les montagnards (les paijii fiK'risles, inquiets de la division en 49 provinces uniformes introduite par Isabelle à la place des royaumes historiques, les « volontaires royaux » licenciés aux premiers jours de la régence, les bandes « apostoliques » de 1823. Maîtresse dans ses montagnes (sauf dans les villes à garnison régulière), elle y soutint sept années durant contre toutes les forces de la monarchie une guerre de guérillas, sans grandes batailles, assez efficace néanmoins pour arrêter, affaiblir, et à la fin exaspérer des troupes souvent improvisées, sans expérience de ce genre d'opérations. Des deux côtés, les actes de cruauté ne manqueront pas; ils n'épargnèrent point la
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population civile, siispccle aux yeux de chacun îles chefs i]o connivence avec ceux de l'autre parti.
Jus(|u"à 1836, les opérations fni-enf (rès confuses. Ouand Znmalacarregui réunit autour de lui toutes les bandes carlistes, les christinos (avec Sarsfield' avaient déjà pris pied dans le nord et occupé Viforia et Bilbao (1834). Il parvint à les fatiguer par ses ;dtaques incessantes, eut raison des généraux successifs : Valdès ((pii démissionna, Quesada qui se fit battre), Rodil <pii, battu, dut céder le conimaiulcnienl à Mina. Mina ne lit rien, faute de ressources. Il fallut encore recourir à Naldès (avril 183rj), qui échoua presque partout et ne sut pas empocher Zumalacarregui d'assiéger liilbao. Mais Zumalacarregui y fut tué (14 juin), et son successeur lù-aso dut lever le siège après la défaite intligée a«ix carlistes à Mendiijorria par le successeur de Valdès, (lordova. En Aragon, le ilief carliste était Ramon Cabrera «jui se fortifia dans les montagnes 1835), s'organisa dans Canlarieja un centre de ravitaillement (1836) où les généraux christinos l'assiégèrent en vain.
L'année 1836 vit l'offensive carliste contre les provinces asturiennes et contre la (lastille. Basilio Gomez ravagea à son aise Oi'ierlo, la (ialice et le Léon, et, rallié par Cabrera, gagna l'Andalousie où il occupa Cordoue (juin-septembre). Deux mois après, il menaçait Madrid, mais pour rentrer très vite en Andalousie, pendant que Cabrera regagnait l'Aragon. II allaitêtre accablé parle nouveau général Narvaez à Osiina \-l\ novembre) ; les querelles surgies dans l'état-major adverse lui permirent de s'échapper. Par contre, les généraux carlistes Eguia et \'illaréal ne réussirent point à prendre Bilbao qu'ils assiégeaient pour la seconde fois (^O octobre-iJo décembre . Espartero se porta au secours du défenseur de la l)lace, Snntos San Miguel, et décida de son sort par la victoire de Ltic/tnna.
Ce succès encourageait les christinos à l'offensive; ils y employèrent les troupes obtenues des puissances de la Ouadruple-Alliance : 6.000 Portugais de Las Aidas, une division de 5.000 volontaires anglais du général Lascy Evans, enfin la première légion étrangère d'Algérie, mise simplemeid par Louis-Philippe (qui aima mieux se séparer de Thiers que tle s'engager à fond en faveur des constitutionnels) à la disposition de la régente, moyennant rétribution. Avec elles, Espartero, Evans et Sarsfîeld tentèrent de balayer les carlistes au moyen de colonnes convergentes, mais Evans fut vaincu à Oriamendi fl6 marsi, Ii-ibaren tué à Hiiesca (>2i mai). Don ('arlos avait la route libre vers Madrid ; il ne s'y engagea (pi'eri juin, sous l'iu)pulsion de Cabrera et par un cheniin détourné, i\ liavers les hiwr-
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las valencieiiiies. 11 y perdit deux mois, laissa battre son lieutenant Zavatiégui (août) qui rentra en Vieille-Castille, se présenta enfin devand Madrid (12 septembre), n'osa pas décider l'attaque de vive force parce que la population ne l'avait pas tout de suite accueilli d'enthousiasme. 11 se retirait vers le nord et venait de célébrer la fête de la Vierge des Douleurs, généralissime de ses armées, quand Espartero l'assaillit à Aranzuèque (19 septembre) et le rejeta au delà de l'Èbre après un dernier combat à Reluei'la (4 octobre).
Les carlistes, à qui restait l'armée de Cabrera en Catalogne, ne s'avouaient pas vaincus. Ti'ès divisés sur la conduite à tenir à l'égard des constitutionnels, camarilla de conseillers ecclésiastiques contre généraux, apostoliques contre (( transactionnistes », soldats de la foi contre montagnards fuéristes, ils se disputèrent (jusqu'à l'assassinat) pendant toute l'année 1838, se firent battre avec Negri, Gomez et Guergué (mars-mai) par Méer et Espartero. Un nouveau commandant en chef, Maroto, rappelé de France, ne fut pas plus heureux. Il avait commencé par faire fusiller trois généraux qui le desservaient auprès du prétendant (février 1839); mais Espartero remporta sur lui des avantages décisifs à la Neslosa, à Ramalcs et à Giiandamino (28 avril-11 mai), puis occupa Durango, l'ancienne capitale du prétendant, tandis que Diego Léon battait un des lieutenants de Maroto à Belascoain (l'*"' marsj. Plus de renforts ni de munitions à attendre des monarchies absolutistes depuis qu'une escadre anglaise surveillait les côtes de Biscaye et de Galice. Maroto, qui se sentait suspect à don Carlos, conclut sa paix particulière en faveur des Basques etdes Navarrais. Espartero, créé successivement par la régente comte de Luchana, grand d'Espagne et duc de la Victoire, signa avec lui la convenlion de Vergara (29 août 1839). Les montagnards de Guipuzcoa, de Biscaye, d'Alava et de Navarre posaient les armes moyennant le maintien de leurs f'iieros provinciaux. Don Carlos, découvert, passa la frontière française ; Louis- Philippe l'interna à Bourges.
Seul, Cabrera tenait encore avec ses bandes (22.000 hommes et 408 canons) les provinces de l'Èbre inférieur. Rejeté de Saragosse (mars 1838) avec son lieutenant Cabanero, mais vainqueur à Morella et à Maella (août-octobre), il défia toutes les attaques pendant l'année 1839. Espartero finit par le vaincre. Dans une campagne de cinq mois, il le rejeta de Segura, d'Aliaga, de Canlaviéj'a, de Morella (février-mai 1840), enfin de Berga, sa dernière place (4 juillet). Cabrera passa en France à son tour (8 juillet). Ce fut la fin de la guerre carliste.
l^a réj»*'iitt' et les |>oli<ici<'iis. — Elle ne ramriia pus la |)îiix civile. Au plus lorl du coiillil cai'lisle, la régente n'avait pas réussi à s'entendre avec les politiciens. Après Martine/ de la Rosa, qui ne dura pas au delà du 7 juin 1835, le comte de Toreno, sous l'inlluence de l'opinion (( libérale » qu'exaspérait la longueur de la guerre, s'en prit aux ordres religieux qu'il accusait de favoriser don Carlos, si)écialem(^nt aux Jésuites dont il ordonna de confisque les biens (décret du 4 juillet). A la suite, des émeutes populaires maltraitèrent les moines dans plusieurs grandes villes. Toreno, débordé, céda le pouvoir à Mendizabal, banquier Israélite, lié avec l'ambassadeur anglais (14 septembre).
Mendizabal s'annonça comme le premier ministre « progressiste n d'intention et de i>arti. Fort de la majorité qu'il avait grou|)ée dans les deux Cliambres, il prétendit trouver les ressources nécessaires à la levée d'une armée de 100.000 hommes et à rétablissement de l'équilibre financier dans une liquidation générale des propriétés des couvents (estimées à plus de 4 milliards). Des décrets d'octobre 1835 supprimèrent tous les ordres religieux, sauf quatre, affectèj-ent leurs biens à la caisse de la Dette. Puis Mendizabal e!i appela au pays, procéda au milieu des troubles militaires, des émeutes et des massacres à des élections qui lui donnèrent une majorité progressiste (lui-même fut élu sept fois) et pensa s'appuyer sur la France pour écraser le carlisme. Cet appui lui manqua aussi bien que la gloire d'avoir restauré l'ordre budgétaire. Attaqué parles carlistes et lesanciensf.ra//ar/os, il finit par succomber dans l'esprit de la régente, qui le remplaça par Isturitz, chef du parti modéré (15 mai 1836).
Par des élections nouvelles, Isturitz se procura une majorité aux Cortès, sans parvenir à mater les rébellions excitées par les progressistes dans les provinces du nord-est, en Andalousie, à Madrid môme. Le 3 août, le populaire y acclamait la constitution de 1812 ; le 12, les sous-officiers soulevaient la garnison de la Granja, imposaient à la reine le rétablissement de la constitution démocratique et la convocation des Cortès dont la majorité progressiste, d'accord avec le ministre Calatrava, reprit l'œuvre financière de Mendizabal (24 octobre), supprima les vestiges d'iniix'ds et de juiidictions féodales, vota la vente des biens monastiiiues, rédigea la Constitution de juin 1837.
Assez différente du Statut de 1834 (auquel restèrent attachés les modérés), la Constitution progressiste de 1837 établissait une monarchie représentative et contrôlée. Le souverain conservait le pouvoir exécutif et promulguait (ou non) les lois dont les Cortès (un Sénat nommé par la Couronne sur des listes présentées par les
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électeurs; un Congres de dépulés élus pour trois ans au suffrage censitaire direct) possédaient l'initiative. Le roi pouvait prendre ses ministres parmi les membres des Cortès; des corps élus assureraient l'administration provinciale.
C'est une question de savoir si Christine se rendit un compte exact des obligations que lui créait la constitution nouvelle. Capricieuse dans sa façon de traiter les affaires et les hommes de gouvernement, elle inclinait plutôt vers les modérés, revenus en nombre aux Cortès de 1837 (alors que celles de 1839 furent progressistes); mais elle les mécontenta par l'affection romanesque qu'elle afficha pour un jeune garde du corps, Munoz, qu'elle créa plus tard grand d'Espagne et duc de Rianzarès pour l'épouser morganatiquement. De telles rancunes assurèrent le succès d'Espartero. Il suffit que les modérés eussent, d'accord avec la régente, supprimé, en violation de la constitution, l'élection des maires {alcaldes) par les conseils municipaux pour que le duc de la 'Victoire se résolût à joindre ses ambitions personnelles à la cause progressiste. Le
16 septembre 1840, Christine le nommait président du conseil ; le
17 octobre, il avait si bien miné son pouvoir qu'elle devait abdiquer la régence et se réfugier en France où Louis-Philippe, son oncle, lui réserva srand accueil.