V. — Le Chm
La« pôiMododopaix» (1830-I80i>). — Au Chili, comme dans les autres États américains du sud, l'émancipation fut suivie de i)lusieurs années de guerre civile. Point de partis organisés, uuus desé(]uij)es politico-militaires aux ordr(>sdes généraux quicherclu'ul à s'emparer du pouvoir. En 18;)0, il finit par revenir aux conservateurs ou moderados, cpii rédigent la Conslifnlion de iS:i:i. La constitution, adoptant à la fois les principes démocratiques américains et les formes monarchiques d'Europe, proclame les libertés ordi-
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•«aires sauf la liberté de la i)resse et la liberté <ies cultes), installe un préside/il élu pour cinq ans par un corps électoral spécial et rééligible après un intervalle de cinq années, et un Congrès de deux assemblées : un Sénat de 36 membres élus pour neuf ans, une Chambre des députés de 108 membres élus pour trois ans, tous au suffrage universel (à la seule exclusion des illettrés).
Pendant trente années, après avoir empêché Santa-Cruz, vainqueur du Pérou, de former une fédération de tous les États des Andes (1839;, les présidents (Bulnes, Montt, etc.) ont développé la constitution dans le sens libéral, fondé une Université et des lycées, construit des chemins dé fer, indispensables dans un pays si étiré en latitude, remplacé par un Code civil nouveau le vieux droit espagnol. Aussi, vers le milieu du siècle, un esprit public se forme, i)lus attentif à la vie parlementaire; en 1861, il porte Ferez à la présidence et, lors d'une tentative de l'Espagne pour reprendre pied en Amérique, forme le parti national.
Guerre avec lEspag^ne (1865-1868). — Les prétentions e.spagnoles, contemporaines de l'expédition française au Mexique, apparurent aux États des Andes comme le signal d'une entreprise générale de l'Europe contre l'indépendance américaine. A la suite de contestations relatives à des émigrants basques établis au Pérou, la flotte espagnole de l'amiral Pareja occupa, en face de Callao, les îles Chinchas, riches en guano (avril 1861). Le général Pezet, président du Pérou, en appela aux autres États. Un congrès, tenu à Lima, aboutit à une alliance entre le Pérou, le Chili, la Bolivie et l'Equateur (1864), puis à une convention militaire entre les deux premiers, après la chute du président Pezet, coupable d'avoir cédé à rEs|)agne les îles Chinchas. La guerre fut sans gloire. Les Espagnols perdirent deux frégates en 1865, bombardèrent Valparaiso après avoir défait la Hotte chilienne aux îles Chiloé (février-mars 1866), mais échouèrent devant Callao ("25 avril). Ce fut leur dernier eflbrt, qu'arrêta bientôt la Révolution de 1868 ; en revanche, l'alliance ébauchée à Lima entre les Républiques ne survécut pas au danger extérieur.
La g^uorre du Pacifique (1878 1884). — Au contraire, la guerre survint à nouveau entre les Étals andins à propos d'une question de frontières. Entre le Chili, le Pérou et la Rolivie, s'étend le désert d'Alacama, riche en dépôts de guani» et de nitrate de soude. Les Boliviens, qui s'en prétendaient les maîtres au défaut d'une délimitation régulière, avaient concédé rexploitation des minerais
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tVAnlofotjasla à un<> coinpa^Miie anglaise ([ui employait de préférence (les ouvriers chiliens. Di'ux traités (1866 et 1874» essayèrent, après dix ans de négociations, de régler la qnestion en laissant le pays contesté (du 23° au 23° latitude sud) indivis entre le Chili et la Bolivie, et convenant que la Bolivie ne percevrait pas pendant vingtcinq ans de nouveaux droits d'exportation sur le guano. Mais le Congrès bolivien refusa de ratifier le traité et niénu^ de reconiuiîti'c toute concession faite à des étrangers qui n'acquitteraient pas les droits d'exportation (février 1878). 11 y était poussé par le Pérou qui, en 4873, lui avait promis en secret le concours de ses armes et qui pensait ruiner pai' la guerre les concurrents de ses propres extractions de nitrate et de guano. I£n décembre 4878, la ruptiu-e fut complète.
La déclaration de guerre surprit cependant la Bolivie. Elle avait ,' imaginé que la seule annonce de son alliance avec le Pérou amènerait j à composition le Chili déjà engagé dans un conllit diplomatique avec \ la République Argentine. Leurs armées de terre étaient nombreuses et passaient pour bien exercées; la flotte péruvienne comprenait quatre vaisseaux cuirassés, deux frégates, une goélette et six trans- ^ ports, montés par des marins exercés et des officiers dont l'un au | moins, l'amiral Grau, s'affirma de la race des grands chefs. Mais le "- Chili se révéla supérieur, et par sa marine, depuis longtemps développée sur une si longue étendue de côtes, forte de deux frégates cuirassées, de quatre corvettes, d'une canonnière et de dix transports, et surtout par son armée, pourvue de matériel moderne, d'une parfaite instruction technique, de ressources accumulées au cours de vingt-cinq années de paix. •'
Dès l'abord, les ouvriers chiliens de la Conqjagnie, organisés i militairement, renforcés par les troupes régulières du colonel Soto- ; mayor, se saisirent (ÏAnlofogasla, de Mejillones et de Caracoles, tan- ç dis que l'escadre bloquait Cobija (février 1879). Le 28 mars, Soto- -. mayor battait les Boliviens à Calama et les chassait de l'Atacama. i Désormais les opérations allaient se développer sur mer. L'escadre » chilienne de l'amiral Rebolledo, dont un navire avait remporté un X léger avantage devant Loa sur deux navires péruviens de l'amiral ;' Garcia, bombarda Pisagiia (48 avril), força la flotte péruvienne à quitter Callao, la battit à Iqiiique (21 mai). Mais le G juillet. Grau prenait la mer à son tour, réoccupait Iquicpie, détruisait les ouvrages chi- r liens à Chanasal, à Iluasco, à Carrizal, enlevait deux transports en vue d'Antofogasta, qu'il bombardait ainsi que Tallat et, jusipi'au l""" octobre, échapi)ail à toute poursuite chilienne. En octobre, Riberos, successeur de Bebolledo,etLaTorre donnaient la chasse à Grau, ?
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l'atteignaient le 8 au cap cVAgamos, le tuaient ainsi que les quatre officiers qui prenaient après lui le commandement du Iluascar. Le Pérou se trouvait ouvert à l'invasion par mer.
Maîtres de la mer,les Chiliens débarquèrent en effet 10.000 hommes à Pisagua (2 novembre). Leur chef, le général Escala, repoussa les 12.000 Péruviens de Buendia à Dolorès (10 novembre), les chassa jusque dans Arica, rejeta les Boliviens sur les plateaux du nordest. Puis, l'un après l'autre, les (Chiliens occupèrent les ports : Ilo et Pacocha (février 1880), Arica (7 juin), après deux victoires à Los Angelos et à Tacna, enfin Piseo (à 200 kilomètres au sud de Lima). Leurs 24.000 soldats, commandés par Baquedano, culbutèrent 20.000 Péruviens à Chorillos eik Mira/lores, pillèrent les faubourgs de Lima, forcèrent l'entrée de la ville (janvier 1881). La guerre continua dans l'intérieur. Les Péruviens avaient acclamé un dictateur, Pierola, tandis que les Chiliens soutenaient le gouvernement régulier de Calderon. Pierola se maintint jusqu'à la fin de 1882. En mai 1883, le nouveau président, Iglesias, signa la paix qui cédait au C^hili le département de Tarapaca et (pour dix ans) celui de Tacna; à son tour, la Bolivie cétla les districts d'Antofogasta, de Caracoles, de Mejillones et de Cobija et se vit fermer toute issue vers l'Océan (avril 1884). Le tUiili s'emparait de tous les territoires à guano et à nitrate, ne laissant comme espoir à ses deux adversaires (et notamment à la Bolivie) qu'une expansion fort aléatoire dans le domaine supérieur de l'Amazone {lerriloire d'Acre) que lui contestait le Brésil.
Le Chili moderne. — Depuis sa victoire sur le Pérou et la Bolivie, le Chili a développé de façon régulière ses immenses ressources naturelles. C'est l'œuvre du parti libéral (radicaux et démocrates), qui s'est imposé aux présidents Errazuriz, Pinto, Santa- Maria. La liberté des cultes a été inscrite dans la conslilulion de 1814, le mariage civil rendu obligatoire en 1884 (en môme temps que s'organisait l'état civil). L'enseignement d'État, constitué par Barros Arana à partir de 1877 autour de Y Inslilul national (qui date de i81.3i, comporte principalement, avec une Ecole des Mines à Copiapo, une École d'ingénieurs à Santiago, et des lycées secondaires « réaux », sans latin.
A vrai dire, cette instruction n'a pendant longtemps atteint que la surface de la population dont la plus grande [jartie demeure assez misérable. Ainsi s'expliquent deux faits. D'abord, la tentative longtemps heureuse de Balmaceda, élu président en 1886, pour se perpétuer illégalement au pouvoir à partir de 1891, puis les condi-
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lions pri^onJcs (1(> la l»t''|>iil»li(|iu>. — Kii di^pil do l'arislocralic di's riches i)ro[)riélaires, iuaîlros ilc la majorité dans los Chanil)rt's, Halniaceda établit un régiinc de tcriHMir, |)erçut illégalement les impAts, se rallia l'armée de terre, acheta des vaisseaux en Europe. La Hotte, en elTet, s'était déclarée contre lui et mise à la disi)Osition du Congrès qui constitua dans Iquique un gouvernement légal avec les deux présidents du Sénat et de la Chambre et lamiral Montt (février 1891). La guerre continua, acharnée, sur terre et sur mer jusqu'au 19 septembre ; Balmaceda, vaincu, sur le point d'être pris, s'était suicidé. — Depuis, sous les pi-ésidences de Montt, Errazuriz. Riesco, Figueroa, le Chili a réglé pacitiquement ses contestations de IVonlièies avec le Pérou et la République Argentine et, tout en augmentant ses défenses militaires et navales, développé son industrie et ses relations de commerce. Toutefois les mines de nitrate du nord sont restées entre les mains des Anglais. Dans les villes du centre (N'alparaiso, Santiago), les ouvriers d'art, les petits commerçants, les hôteliers sont des Allemands qu'amène depuis longtemps une immigration régulière; lacibotica alemana » du pharmacien y constitue le rendez-vous de la bonne compagnie, le centre des intrigues politiques. Allemands aussi les médecins et les professeurs: une centaine de professeurs allemands enseignent dans les écoles normales, les lycées, les établissements supérieurs dont ils occupent les chaires principales. Des officiers allemands ont reçu mission de réorganiser l'armée (tandis que le Pérou et la Bolivie demandaient le même service à la Fi-ance). Le sud présente l'aspe^'t d'un pays de colonisation germanique : Valdivia, Osorino, Puerto-Montt deviennent une « petite Allemagne du Pacifique )).
Ainsi, la richesse économique, très i-éelle, qui se traduit dans le budget annuel par des excédents souvent considérables de recettes, par la solidité du crédit national et par un commerce extérieur de l..">00 millions, résulte en grande partie du travail des hommes d'affaires et des capitaux étiangei'S. Reste à savoir si les Chiliens poussei'ont la docilité jusqu'à demander à l'Allemagne de se faire leur guide intellectuel, commercial, politique, sous le prétexte spécieux que si l'Allemagne ne se charge pas de cette tâche dans toute l'Amérique latine, avant l'ouverture du canal de Panama, ce seraient les États-L'nis qui se réserveraient de l'accomplir.
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