‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 61 sur 96 · VI . — Les autres États latins · texte numérisé non relu

VI . — Les autres États latins

Les Républiques américaines, autres que les quatre principales dont il vient d'être question, ne semblent pas encore sorties de la période des révolutions propices aux coups de force d'un « général o ambitieux ou d'un partisan sans scrupules soutenu de l'étranger. Le Venezuela depuis la disparition des chefs du parti légaliste, Guzman Blanco et Joaquin Crespo, a passé par toute la série des pronuncmmienlos militaires.- L'Equateur s'est trouve livré, après l'assassinat du pré'^ident Garcia Moreno ; 1875), aux dictatures de soldats factieux fVintimiUal qui, en réaction contre la politique de Moreno, ont versé dans la persécution anticléricale (sauf de 1886 à 1893, avec Coamano, Florès et Cordero). Cependant les capitaux lui manquent pour donner toute sa valeur au port de Guayaquil; les États-Lnis négocient pour se faire céder les îles Gallapagos avec une insistance « amicale » qui ressemblée une menace. Un contlit de frontière expose périodiquement le pays à la guerre : au sud avec le Pérou, au nord avec la Colombie. - La Colombie elle-même, à peine sortie de contestations de frontières avec le Venezuela et Costa-Rica,s' est vue amputée, sous l'administration du président Marroquin, de la région de Panama, devenue (novembre 1903) république particulière sous la tutelle des États-Unis.

Une des dernières révolutions du Parag-uaj constitue le type partait de ces agitations. Un colonel, ministre de la Guerre, invité à fournir des comptes sur les gaspillages de son dépariement, s'en tire en forçant le président à démissionner. Le ministre de l'Intérieur, qui entreprend une contre-révolution, est battu et fusillé. Le colonel, reprenant la tradition des Francia et des Lopez, oblige le Congrès à le nommer général de brigade, emprisonne, en vertu de l'état de siège, députés de l'opposition, journalistes et étudiants, si bien que les chefs de son propre parti en viennent à redouter également deux aventures : ou que le président ne cause leur perte commune par l'excès de ses fantaisies, ou qu'il ne s'entende, pour se maintenir indéfiniment, avec les groupes d'opposition. Ils l'attirent donc dans une caserne d'ariillerie, où le président en appelle en vain à ses « fidèles » soldats, le font démissionner en lui promettant un poste diplomatique en Europe (1) et son n;tour à

(1) Précisémenl ;. Berlin, où il devait négocier renvoi clofficiers allemands cluirgis d'instruire l'armée paraguayenne.

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la présidence dans quatre années, le loiil sons la i?«ï'antie du président du Sénat. Après quoi, le nouveau général est embarqué sur le Parana à destination de Buenos-Ayres et salué par le ministre de la Guerre et de la <( Marine », chef du conq)lot, qui lui déclare (( qu'il était un bon militaire, mais un bien mauvais politique ». Le mérite militaire mis à part, cette appréciation pourrait s'appliquer sans doute à d'autres présidents sud-américains qu'au colonel Albino Jora.

L'Aniérîqiic latine ot l'Europe. — Parvenue à l'âge adulte en politique, l'Amérique du sud prétend s'orienter elle-même dans la recherche de ses intérêts intellectuels et économiques. Comme elle accueillait froidement, au cours de sa dernière tournée, le secrétaire d'État des États-Unis, Knox (qui dut môme renoncer à sa visite en Colombie), elle multiplie les facilités de communication avec l'Europe de l'Atlantique, attire les émigrants ibériques et italiens, resserre les liens d'intelligence avec les anciennes métropoles, conçoit une véritable (( politique d'Universités » avec la France (1908) et avec l'Espagne, des échanges nouveaux d'idées et de produits avec le Portugal répubhcain.

Ici, les fatalités géographiques conspirent avec les souvenirs de l'histoire et les affinités de races pour rapprocher, au travers de l'Atlantique équatorial, les jeunes et ardentes démocraties latines du Sud-Amérique des pays qui, après leur avoir longtemps fourni à titre exclusif marchandises et idées, s'affirment encore à leur bénéfice les plus complaisants des bailleurs de fonds. Les dirigeants de l'opinion publique, très ombrageux à l'endroit du danger saxon, germanique ou japonais, placent leur espoir en une union plus intime avec l'Europe latine. Ils prévoient que le jour où le Brésil et la République Argentine auront relié leurs chemins de fer côtiers en une voie internationale de Buenos-Ayres à Pernambuco, le rail sera sans doute bien près aussi de réunir le cap Vert à Tanger. Ce jour-là, Dakar deviendra le terminus de la grande diagonale européenne qui amènera, sur le bord d'un détroit atlantique réduit à 1.700 milles à peine, marchandises précieuses et voyageurs. Quelques jours de mer suffiront à les mener au cap San-Boque. Alors l'Amérique du sud, en dépit du panaméricanisme de Washington, des menaces économiques exprimées par le canal de Pananu\ et les (( nouveaux Jai)ons », connaîtra des raisons nouvelles de s'affirmer comme le prolongement de la civilisation méditerranéenne. Etat très pr()i)re à servir en Europe, aussi bien qu'en Amérique, la politique de l'équilibre mondial.

l'amérioue latine depuis i83o 601

A CONSULTER

Deberle : Histoire de r Amérique du sud. — De Périgny : Le Mexique, et : Les Cinq républiques de l'Amérique centrale. — Gaulot : L'Empire de Maximilien. — Oliveira Lima : Formation historique de la nation brésilienne. — MossÉ : Dom Pedro //. — Pierre Denis : Le Brésil au XX^ siècle. — Matienza : Le Gouvernement représentatif fédéral dans la République Argentine. — Martinez et Lewandowski : LWrgenline au XX^ siècle. — Huret : En Argentine. — Barros Arena : Histoire de la guerre du Pacifique. — Wiener : Le Chili. — Calderon : Le Pérou contemporain, et : Les Démocraties latines. — Turot : En Amérique latine.

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