‹ Histoire politique du XIXe siècleChapitre 66 sur 96 · V\E IX · texte numérisé non relu

V\E IX

Le « refus » ot la politique d'Aiitonelli. — Le 29 avril, tout était changé. D'une part, il existait en Italie un parti républicain, expression des sociétés secrètes et nettement anticlérical, qui se défiait de la cour romaine, du Sacré-Collège maintenu dans ses prérogatives et dans son influence de Sénat de l'Eglise, et ((ui déchirait la papauté lout à fait incapable d'émancipei- le pcupU^ italien. Il ne lui fut pas difficile de recruter dans la population oisive et ignorante de la Ville les éléments nécessaires pour des émeutes démagogiques. D'autre part, Pie IX n'entendait pas se laisser conduire plus loin (pi'il ne l'avait fixé ; il n'avait rien de commun avec ces curés de Paris (jui, à la même heure, célébraient

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en Jésus-Christ u le divin républicain (1) 0. Il sentait le paradoxe d'une situation qui mettait aux prises les soldats du Saint-Siège avec ceux d'une majesté a apostolique » (l'ambassadeur d'Autriche le lui signala). Pie IX rappela Durando et s'appliqua désormais à ménager les intérêts autrichiens en Italie ; il refusa la présidence de la fédération projetée des princes, se dégagea de toute compromission avec la Révolution, rappela les devoirs d'obéissance des sujets à l'égard des souverains, entra en conflit avec le ministère laïque de Mamiani qu'il fmit par renvoyer ("2). Comme il ne consentait pas à proclamer la responsabilité ministérielle devant les Chambres, il mécontentait également les réacteurs hostiles au régime constitutionnel et les démocrates pour qui le parlementarisme représentait le minimum nécessaire. Pellegrino Rossi, qu'il ap{)ela au pouvoir (14 septembre), suspect en sa qualité d'ancien ambassadeur de Louis-Philippe, mais décidé à lutter à la fois contre le parti républicain et contre l'entourage pontifical qui rêvait d'une restauration ecclésiastique, tomba sous le poignard sans avoir même amorcé sa tâche (15 novembre). Pie IX s'enfuit de Rome après une émeute qui mit sa vie en danger (24 novembre).

A Gaëte, d'où il ne revint que le 1*2 avril 1850, longtemps après la victoire des troupes d'Oudinot (juillet 1849), il se rangea à des conceptions politiques dont le cardinal Antonelli trouvala formule. Antonelli, né en 1806, avait, au temps de Grégoire XVI, géré le soussecrétariat d'État au ministère de l'Intérieur, puis la trésorerie des Chambres apostoliques (1845). Pie IX le fit cardinal, puis président delà Consulte d'État (1847), enfin président d'un Conseil de ministres non responsables devant le Parlement (mars 1848). Rossi avait paru le reléguer au second plan; à Gaëte, le cardinal poussa Pie IX à solliciter le secours de tous les États catholiques pour ne devoir à aucun d'entre eux une gratitude exclusive. En dépit des promesses d'amnistie, de réformes libérales, d'une Consulta de laïques, il se fit nommer secrétaire d'Etat {'^) pour combattre la Révolution sur les terres pontificales avec l'aide des gouvernements conservateurs, qu'il intéressa au maintien de la souveraineté temporelle.

(1) Monlalembert parle des « tendances démagogiques qui ont infecté le clergé à un degré que je ne soupçonnais pas -i {24 mai 1848),

(21 Cependant une loi sur la presse fut promulguée en juin, rédigée par les Dominicains.

(3j II prit li ministi'es laïques sur 5(18 septembre 1850), un Conseil d'Etat avec 2 ecclésiastiques seulement (10 septembre), une « Consulte de linanccs » choisie parmi des candidats déî^ignés par les Conseils provinciaux (28 octobre). Dans cha(|ue commune, des Conseils munici[iaux furent élus par les i)lus imposés (21 novembre). Mais les ministres dépendaient d'Antonelli ; les çousulteurs d'Étal se montraient complaisants; au total, une simple façade constitutionnelle.

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La lui te roniro la névoliitloii. — Des troupes françaises en i'uront d'ahord ronslituros les i?ai-(lionnos, qui (lomoiii-èrent à Bôni(> pendant (pio des Auti'icliieiis occnpaieid les Légations : situation cpie Cavoup pi'éseida comme anoi-niale dans les dernières séances du congrès de Paris (185(J). Kn 4859, Napoléon 111 s'arrangea de telle sorte qu'avant de n trahir » la cause italienne par la paix de VillalVanca, il avait semblé trahir la cause pontificale en appelant, apr«"'s Magenta, tous les ItaliiMis sous les drapi'aux di; Viclor- Kmmanuel. De lait, les Légations et la Uomagne chassaient impunément les fonctionnaires pontificaux et se donnaient au Piémont (septembre); l'année suivante, la défaite de Lamoricière à Castelfidardo mutilait l'État pontifical d'Ancône et des Marches, grâce à la neutralité conqilaisatde de l'Enqiereur. « Lave tes mains, Pilate (écrivait dans une lettre pastorale du 2"2 février 18fit l'évoque de Poitiers, Mgr Pie, qui avouait qu'il avait voulu être (( \m peu factieux »), déclare-toi innocent de la mort du Christ ». Et Pie IX excommuniait les auteurs du (( brigandage » qui enlevait au pape « cette liberté jiolitique qui est si nécessaire pour exercer son pouvoir spirituel, son autorité et sa juridiction ». La Convention du 15 septembre fSGi, survenue après la tentative de Garibaldi arrêtéeàAspromonte (180'2), pouvait-elle donner le change à d'autres qu'à son auteur, alors qu'elle confiait la sauvegarde du pouvoir temporel à ceux-.lù mêmes qui venaient de déclarer Home capitale « intangible ode l'Italie unifiée? Garibaldi ne le pensait pas; il dessina contre la Ville démunie de troupes françaises une nouvelle attaque que les chassepots du général de Failly, accouru à l'appel d'Antonelli, arrêtèrent à Mentana (3 novembre 4867). Jusqu'au (i août 4870, date à la<]uelle l'Empire aux abois remit en pratique la Convention de septembre, des soldats français, renforçant les volontaires levés parle pape depuis I8H4, surtout en France (les Anîiboïens), protégèrent le pouvoir temporel contre le dernier assaut de la Révolution.

Le 20 septembre 4870, quand, à la faveur de la ruine impériale, les troupes du général Cadorna forcèrent les portes de la \ ille, ce qui succomba, ce fut la politi(iue du gouvernementaux mains d'ecclésiastiques (Antonelli, secrétaire d'État ; Mgr de Mérode, ministre des armes), ce que les Italiens appellent « la seconde Rome ». La troisième, au bénéfice de laquelle se trouvait résolue la question italienne, en confirmant par la loi des garanties le Pajjc- Roi, frailé désormais pour sa vie privée en citoyen italien, lians la jouissance des palais apostoliques et de la villa île Caslel-Candolfo, avec le priviliège d'une sorte d'exterritorialité et la reconnaissance

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des honneurs souverains, n"a pourtant point, à cause du refus de l'accepter opposé par le pape et par une partie du monde catholique, résolu la question romaine. Rome, écrasée par la majesté des souvenirs antiques, appartient encore à deux pouvoirs irréconciliables, entre lesquels on ne prévoit pas de « connubio ».

Pie IX et les États européens. — Dans la pensée de Pie IX, la papauté devait se présenter aux gouvernements temporels, avec lesquels elle a besoin de vivre en paix pour accomplir sa mission, comme un allié nécessaire, au milieu des difficultés que leur créait le désir d'indépendance des peuples. Son œuvre serait, en dépit des révolutions locales, de restaurer une société catholique, dont il exposait le plan dans une encyclique du 9 novembre 1846, et que défendit à partir de 18.^)0 la Ciuilla callolica, fondée par les Jésuites. En 4860, il la définissait comme un organisme établi par le Christ, et qui a « obtenu par son institution divine la forme d'une société parfaite ». De là ses condamnations contre les prêtres qui attaquent la forme présente du gouvernement ecclésiastique, prétendent lui substituer des associations dites libérales ou (( émancipatrices » en contradiction directe avec l'autorité des chefs naturels. De là aussi les conllits avec certains gouvernements européens, môme d'étiquette catholique.

La France de Louis-Napoléon, qui avait soutenu à Rome même les intérêts pontificaux, favorisa à l'intérieur l'action de l'Église en lui reconnaissant, par la loi du 15 mars 1850, le droit d'ouvrir à son gré des écoles primaires et des établissements secondaires. Des évoques entrèrent au Conseil supérieur de l'Instruction publique (qui remplaça le Conseil royal de l'Université), au grand déplaisir des catholiques d'extrême droite, furieux que l'on compromît (( les personnes ecclésiastiques en les engrenant dans les rouages de la machine gouvernementale (1) ». Grâce à Falloux, les nominations d'évèques se faisaient parmi les anti-gallicans (Jacquemet à Nantes, de Salinis à Amiens, Gignoux à Beauvais). Malgré le ¥ article organique, qui interdisait les conciles provinciaux, les évoques en tinrent un en 1819 ; et comme l'archevêque de Paris, Mgr Siboui-, se refusait à demander l'autorisation, un décret (16 septembre) l'accorda spontanément pour l'année sui-

(1) Dom Giiéranger reprochait à la loi d'avoir alléié '■• la notion de renseignement qui ne doit jamais émaner (jne de l'Eglise '. dont les droits ne doivent jamais se confondre " avec ceux de ce qu'on appelle l'Ktat ". il est clair, écrivait-il à Monlalembert, que « les catlioliques de la commission de l'enseignement ont été joués par les universitaires ".

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vante (li. Aussi, la iiiajorilédes (iillioliciucsaccepla le coiipd'Éial ('2) el rKmpire el vota pour les candidats oldciels ; mais non |)as les calliolicjues libéraux. M^r Dupanloup j)rrdisait que rEtn{)ire sueconiberait sous d une insui'reetion des ànies », et Montalembert, un instant séduit, se reprenant dans sa brochure de 4833, les Inlérels calholiqnea au A7A''' siècle, protestait en (( vieux soldat du catholicisme et de la liberté » contre « lesacrilice de la liberté à la force, st)us prétexte de relij^i^ion ». 'l'elle s'aflirma désormais l'attitude des catiiolicpies libéraux ; pendant (jue lescatholi(iues ralliés, iwncV Univers, suivaient le nouveau Charlcmaij^ne jusqu'au tournant hasardeux des combinaisons italiennes, les autres se tenaient à l'écart. En d868 encore, Montalembert, malgré l'appui accordé par rEm])ereur aux congrégations religieuses et aux missions, malgré Mentana, prenait occasion de la chute d'Isabelle 11 dans une Espagne (( déshonoi'éc par le despotisme » pour gourmander ceux qui, tout en s'associant .« à la réprobation des âmes libérales contre les 18 Brumaire et les 2 Décembre », jettent les peuples k sous le talon des autocrates et lies conquérants de l'intérieur o. La crise ouverte entre les catholiques français par l'avènement du second Napoléon, dura jusqu'aux désastres de 1870 qui les réconcilièrent contre l'étranger.

En Espagne, le Concordai de mars 1851 rétablit la hiérarchie ecclésiastique dans lcs58 diocèses (y compris ceux des colonies), aliéna définitivement les biens ecclésiastiques vendus depuis 1840 et sup- })rima les tribunaux d'Église. Celui de 1859 autorisa la reconstitution des biens de mainmorte et reconnut comme propriété de l'Église tous les domaines anciens non aliénés. Par contre, le Portugal restait réfractaire à toute entente, maintenait le placel royal pour la publication de tous les actes du Saint-Siège (1852), ainsi que les mesures par lesquelles don Pedro 1"'' avait prétendu tarir les vocations religieuses. — Le gouvernement tie François-Joseph, qui avait déjà rendu aux évoques d'Autriche la liberté complète de prédication et d'administration (1850), signa encore avec le pape le Concordai du 18 août 1835 (]ui, à l'encontre des théories du joséj)hinisme, émancii)ait enlièrenu-nl l'Eglise de l'Etat, restaurait les prérogatives et juiidiclious épiscopales suivant les principes du droitcanonique, notamment au sujet du nuiriage qui,i)our les catholiques, ne serait plus que religieux. 11 maintenaitpour les clercs la

(1) Plus tard, l'Empire créa deux nouveaux archevêchés : à Reiiaes(lSâ9; el à Alger (18t)()), et (jualre évèchés : Laval, la Réunion, Oran, (>onstanline.

(2) nom Guérangei- l'appelait u une crise providentielle " ; el Fallou.x : <> Je fais mon possible pour paraître résif^né ; au fond, je suis satisfait. ■> Un évèque écrivait dans uu mondemenl : « (Juand l'Eglise apertjoil César, elle doit aller au devant de lui el lui tendre la main. »

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dépendance des tribunaux ordinaires, mais attribuait à l'Église, avec la censure des livres, la surveillance des écoles. — Dans les États allemands du sud. Pie IX fut moins heureux ; il passa douze années à lutter avec le grand-duché de Bade, la Hesse-Darmstadt et le Wurtemberg pour essayer (mais en vain) d'obtenir en faveur des évêques une complète liberté (1848-1860). — En Hollande, il créa une hiérarchie nouvelle avec quatre évèchés suffragants de l'archevêché d'Utrecht (1853). — En Angleterre, malgré les protestations tumultueuses de la foule fanatisée, il rétablit les circonscriptions ecclésiastiques abolies depuis la Réforme. Il avait déjà fait de Wiseman un vicaire apostolique à Londres; il le nomma cardinal, archevêque de Westminster (30 septembre 18.50), et lui donna douze suffragants. Les manifestations des évoques anglicans et des protestants (1) obligèrent le Parlement à voter un bill qui punissait l'usurpation des titres ecclésiastiques de l'Eglise établie ; les conversions des anglicans se multipliaient quand môme et Manning, archidiacre de Chichester converti en 18^)1, succéda sans encombre à Wiseman en 1863.

L'expansion catholique dans le monde. — Si l'on met à part r.\mérique du Nord, où le développement catholique suit la progression de la i)opulation même, et où le progrès intérieur résulte de l'impulsion donnée par les conciles (conciles de 1852 et de 1860 à Baltimore) pour aboutir à la création d'évêchés nouveaux et de multiples paroisses d'après le droit commun, on peut dire que l'expansion catholique a été surtout le fait de la France, redevenue à partir de I80O le (( soldat de Dieu dans le monde ». Alors furent fondés les Missionnaires du Sacré-Cœur de Marie du P. Libermann, fusionnés bientôt avec les Pères du Saint-Esprit (iSiS), l'œuvre des Missions Africaines de Lyon, créée par Mgr de Brésilhac (1856), les Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (Pères et Religieuses) lancés en 1868 jiar l'archevêque d'Alger, Mgr Lavigerie, à la conquête du continent noir, auxquels il convient d'ajouter, pour les missions levantines, les Auguslins de l'Assomption. Aux anciennes associations de Religieuses venaient se joindre, en vue de l'apostolat lointain sous ses diverses formes, les Dames de Sion fondées par un Israélite converti, le P. Alphonse-Marie Ratisbonne, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, les .Sœurs delà Sainte-Famille de Bordeaux, les Dames de Nazareth d'Oullins, les Dames auxilialrices des âmes du

(I) A Londres, le moi cliaiilail en ri'ponsc à « l'agression papale « : <• S0113 s pieils nous foulerons Ion chapeau de cardinal, Maigre le Pape et les Princes de l'Eglise ».

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Piiri/iiloirt' (ISa'ii. Eu 1870, lors(iiu' le Levant a retrouvé un centre ilaiis U> patriareat restauré de Jérusalem, les luiles sont réparties eu vicariats apostoli(|ues, un évèché est érigé au Sénégal, trois évôchés et neuf vicariats apostoliques en Cliiue. Des milliers de missionnaires français assurent la durée de leur double action par l'organisation d'ordres indigènes, les Amanles de la Croix pour l'indo- Chine, \es Filles du Sdinî-Cœur de Marie pour le Sénégal, les Serrantes de Dieu pour la Mésopotamie et l'Afrique. L'intervention franco-anglaise en Chine après l'assassinat du P. Chapdelaine et les traités de 1860 permettaient de reconstituer les chrétientés. De même, au Mexique, les persécutions laissaient debout l'archevêché et les dix évèchés reconstitués après 1848.

A CONHi'LTER

Lauourt : Israël, Jésus-Clirisl, l'Éf/lise calholiijuc {]a I If' partie). — Lafarce : Le Gouvernement de l'Église catholique, 2 vol. — Mateb : L'Église catholique sa conslilution, son administration). — Flnck : Histoire de l'Église, 2 vol. — David et Lokette : Petite Histoire de l'Église catholique au XLX" siècle. — De Grandmaison : La Congrégation. — lioussEL : Lamennais. — SruLLER : Lamennais. — D'Haissonvilli-; : Lacordaire. — Dl- DON : Lamennais et le Sainl-Siège. — Tiiuiîeau-Dangin : La Henaissance catholique en Angleterre au XIX" siècle (abrégé dans : Le Catholicisme en Angleterre au XLX' siècle): et : Newnian catholique. — Bréwont : Newman. — Hk.mmer : Le Cardinal Manning. — Decidour : Histoire des relations de l'Église et de l Étal en France (17><'J-1870). — Weill : Histoire du Catholicisme lihéral en France. — De Lanzac de Laborie : Fallonx. — Un moine bénédictin de la C.ong relation de France (Do.m Delatte) : Doni Guéranger. — Lecamet : Montalembert.

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