III. — L'Église au début du XX siècle
Le pape Pic X. — Au diplomate [)restigieux qu'avait été Léon XIll, les cardinaux donnèrent pour successeur un archevêque (h' province d'humble origine, « fils du peuple élevé à la gloire du pontificat ». Le cardinal Joseph Sarto, né à Riese (2 juin 18.33), avait vécu une enfance pauvre à l'école de son village, puis au col-
(1) Eugène Spuller, ministre des Cultes dans le cabinet Casimir-Périer.
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lège de Caslelta-aiico; iraboi-d vicaii-cà Tombolo (18.^)8-1867), il franchit tous les (legrt^s de la hit'rarchio : curé à Salzano (18G7-187(>), chanoine et vicaire général ( 187()-188-î) ù Trévise, évéque de Mantoue (188i) cl patriarche de \'enise (1893). Sa candidature, posée en dehors de lui au Conclave, étonna; mais après que l'archevêque de Cracovie eut, au nom de l'Kmpercur François-Joseph, donné l'exclusive (1) au cardinal Rampolla, le dernier secrétaire d'État du pi'écédeid règn(>, elle obtint les deux tiers des voix requis pour l'élection (4 août 1903).
Homme d'action pastorale et d'administration. Pie Xa procédé à une réforme (qui est une simplification) des rouages de la chancellerie |)ontincale, ordonné de codifier le droit canon pour le mettre plus à la portée des fidèles, supprimé certaines entraves ormelles préexistant au mariage religieux, etc. Dans le sens indiqué par Léon XIII, il a voulu concentrer entre ses mains toutes les forces du catholicisme a ordonnées » dans la hiérarchie. C'est pourquoi il a confirmé aux nonces le droit d'intervenir dans lesalïaires diocésaines et refusé de reconnaître l'organisation du culte prévue par la loi française du 9 décembre 190.") qui, après abolition du Concordat de 1801, séparait l'État de l'Église. En Espagne, il a réussi à empêcher le vote d'une loi sur les congrégations, projetée par le ministère i-adical sur le modèle de la loi française de 1901.
Mais l'anivre essentielle s'avoue de caractère dogmatique. Léon XIII, qui avait ouvert de façon très large aux historiens les archives du Vatican (car (( Dieu n'a pas besoin de nos mensonges »), encouragé les études de textes bibliques et la critique scripturaire, n'avait sans doute pas prévu les conséquences lointaines de telles initiatives. De fait, des interprétations philosophiques assez aventureuses se firent jour dans le monde catholique, qui tendaient à dépouiller par exemple la personne même du Christ de son caractère divin, et dont l'ensemble s'appela le (( modernisme ». Pie X en a condamné la méthode et les conclusions dans deux documents principaux : i" un décret de la Sainte Intpiisition Romaine et LTniverselle (Lamc'nlabilisane,(iu'Sjml\el 1907, a|)prouvé tel) quiproscritsoixantecinq propositions relatives pour la plupart à l'exégèse et aux origines chrétiennes (2) ; — 2° l'encyclique Pascendi Dominici greyis (8 septembre 1907) qui expose le « modernisme » sous la forme d'iui
(1) Le droit <rexclusive a été aboli par un motu proprio de Pie X (8 janvier 1VK>[)^.
ii) En voici deux exemples : «■ La preuve de la divinilt'- de Jésus-Clirisl ne ressort pas desEvan^'iles ; ce n'est qu'un dogme que la conscience chrétienne a déduit de la notion de Messie " (proposition 27). — « Lecalholicismeactuel ne peuts'adapter à la vraie science, à moins de se transformer en un chiisliaiiisnie non doymalique, c'est à-dire en un protestantisme larj^e et libéral ■> (65).
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système lié, en dénonce les sources et les affirmations, en montre les applications funestes à la foi, à la théologie, à l'histoire même de l'Église. Et pour constituer et répandre encore les méthodes d'une exégèse orthodoxe, développant toujours une idée de Léon XllI (1), il a créé à Rome la Société inlernationale catholique pour Vavancemenl des sciences et un Institut biblique {'i).
L'expansion catholique dans le monde. — Depuis 1870, les conquêtes catholiques les plus éclatantes se sont produites dans deux directions : 1") En Amérique du Nord, où l'impulsion imprimée à la propagande par des personnalités puissantes, telles que les archevêques Gibbons (de Baltimore) et Ireland (de Saint-Paul), aidée par des associations spécialement américaines, comme les Paulisles, a fixé les regards du monde entier. Dans le même temps, le concile de Baltimore (novembre 1884) organisait la discipline, la juridiction, le recrutement et la vie temporelle du clergé en associant, dans des proportions indiquées par Rome, évoques, prêtres et fidèles à la gestion des affaires ecclésiastiques et civiles.
2°) L'autre direction est \ Afrique, entamée par la propagande avant Léon XIII, mais partagée en 1885 entre les puissances et livrée depuis lors à la découverte et à l'évangélisation. Ici, le rôle de la France réapparaît au premier plan. Chaque assaut donné par elle aux pays maures et aux pays noirs entraîne une conquête de l'organisation catholique : après le protectorat tunisien, par exemple, la restauration de l'archevêché de Carthage au profit du cardinal Lavigerie (10 novembre 1884). Le « primat d'Afrique », qui appelle dans la Régence toutes les ressources des congrégations françaises, rêve déjà d'une œuvre analogue au Maroc, à l'autre extrémité de l'Afrique mineure. Après les premières tentatives infructueuses pour gagner par le Sahara le Soudan mystérieux, c'est l'envoi des Pères Blancs par Zanzibar au Tanganyka et au Nyassa et la croisade contre la traite annuelle de 400.000 esclaves (1879-1894) ; après l'entrée à Timbouctou de la colonne Bonnier, la mission du P. Hacquart et l'érection du vicariat apostolique du Soudan. Au Sénégal et sur la Côte d'Ivoire, en môme temps que les explorateurs et les soldats, progressaient les Pères du Saint-Esprit (établis aussi en Afrique orientale, de la côte jusqu'aux grands lacs et à l'Ouganda); au Dahomey, les Missionnaires de Lyon, secondés par les Sœurs
(1} Qui avait fondé la Commission biblique inlernationale, fait établir, par les cardinaux Pilra, de Luca et Ilergenrœlher, une école de paléographie (1883), et encouragé VEcole biblique de Jérusalem, création des Dominicains.
(2) Dirigé par les Jésuites.
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de. Noire- Dame des Apôtres (fondées en 1876); au Congo et dans rOubanghi.avec Brazza, les Pères du Saint-Esprit et Mgr Augouard. Les mêmes, ainsi que les Lazaristes, établissaient (I89G et 1898) deux nouveaux vicariats aposloli(|ues à Madagascar. L'Afrique australe demeure le domaine des Oblats de Saint-François de Sales, des Oblats de Mai-ie-lmmaculée et des Trappistes.
Dans le Levant, les missions Françaises ne travaillent plus seules. D'autres missionnaires, surtout italiens, anciens protégés français en vertu des Capilulalions expressément maintenues par Léon Xlll (188X), ont constitué néanmoins des (euvres très autonomes (li. Aucune n'atteint encore le rayonnement de celles des Lazaristes à Conslantinople et des Assomptionnistes (ces derniers inspirés par Léon Xlll pour la fondation d'églises et d'écoles de rite grec, 1895), et, en Syrie, des Frères, des Dominicains et des Jésuites. En 1880, les Jésuites fondaient VUniversilé de Bei]roulh (en 1883 la Faculté de médecine, qui délivre des diplômes français de|)uis 1889). - \S Extrême-Orient s'est montré d'accès plus diflîcile : l'Inde, où Pondichéi'y devient archevêché (i889), travaille à se donner un clergé indigène ; le Tonkin, évangélisé par des évêques français et espagnols, reste inhospitaliei" aux chrétiens même après la conquête. La Chine, travaillée depuis des siècles par presque toutes les sociétés de missions (la place d'honneur revient aux Jésuites), et où un édit impérial du 15 mars 1S99 (rapporté depuis) reconnaissait l'Église catholique en attribuant un rang ofticiel à ses ministres, recommence périodiquement à persécuter le christianisme pris pour symbole de l'envahissement de l'Europe. Et le Japon, rouvert aux missions en même temps qu'à la civilisation occidentale, constitué en diocèses en 1891, pourvu d'une délégation apostolique, sollicité aussi par les sectes protestantes, n'oppose plus à la pénétration catholique que la neutralité indifférente de son persoimel oflîciel.
Les forces catholiques au temps présent. — Aujourd'hui, la France elles vieux pays catholiques mis à part fi), l'augmentation des forces de l'Église s'établit de la façon suivante : l'Angleterre (sans l'Irlande), qui n'avait guère en 1800 que 120.000 catholiques, en compte 2.!210.000 avec vingt et un évêques; l'Allemagne
(1) Les missions italiennes du Levant ont iliiioncé la Inlelle rraiii;nisc on l'.Ki;">. mais l'ont (.le nouveau réclamée pendant la guerre ilalo-turque (Htll-I91i).
[i] Le budget de la seule Pro/'uyation de Ut Fui (lilll) s'établissait en receltes à 7.274.226 francs, dont 3.028.788 Irancs pour la France et 481.000 francs pour le dlocàiia de Lyon (547.000 pour celui de New-York).
l'église catholique depuis 1870
passe de 6 millions à 23 millions et demi (1) avec vingt-six évêques; la Hollande, de 300.000 catholiques sans évêque à 1.800.000 et cinq évèques; la Suisse, de 420.0U0 à 1.300.000 avec cinq évêques. La Russie, restée si longtemps fermée, toujours prête aux hostilités contre les catholiques qu elle confond à dessein avec les Polonais, et dont les fonctionnaires, en dépit de l'oukase de i905 qui établit là liberté des cultes, conservent la prétention de surveiller jusque dans les églises l'instruction caléchistique, comprend 12 millions de catholiques. Kn un siècle, les États balkaniques passaient de 64.000 à 640.000 fidèles, l'Empire ottoman de 22.000 à 215.000.
L'Asie du « middle East », inorganisée en 1800, comprend 4.700.000 catholiques répartis en quarante diocèses et soixante-six vicariats apostoliques; l'Inde 2.600.000 avec vingt-huit évêques Les catholiques chinois, qui étaient 200.000 en 1800, sont aujourd'hui 1.100.000 sous quarante-quatre évêques et quarante et un vicaires 'apostoliques; au Japon, que couvraient en 1800 les ruines des anciennes chrétientés, ils sont 70.000 avec quatre évêques. - L'Australie ne connaît que depuis 1820 la liberté de l'apostolat ; elle contient aujourd'hui 1.600.000 fidèles avec seize évêques, la Nouvelle-Zélande 108.000 (quatre évêques). - L'Afrique immense possède au moms 900.000 fidèles dans les seuls pays de missions. — En Amérique enfin, le Canada, réduit en 1800 à un seul diocèse de 160 000 catholiques, en compte 2.300.000 avec vingt-neuf évêques et cinq vicaires apostoliques ; les États-Unis, avec deux cardinaux, quatrevingt-huit évêques et un délégué apostolique, en comptent 22.600.000 (au lieu de 40.000} qui sont devenus, en tant que catholiques, un élément d'action dans la politique générale. - L'Amérique latine conserve ses 40 millions de fidèles (2).
L'Église catholique forme ainsi, au début du XX« siècle, l'organisation mondiale la plus compacte, la plus hiérarchisée, la plus ouvertement confiante dans les promesses de l'avenir. Démunie du pouvoir temporel, elle n'en alimente pas moins son optimisme réfléchi aux idées <iuexpriment ces paroles de Léon XIII (3) : " L'Églùse est une société parfaite... Elle constitue, et ce fait est de la plus haute importance, une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l'expresse volonté et par la grâce de son fondateur, elle possède en .soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action. »
î*! ^" o'*".^^f seulemenl, 14 millions et demi, avec deux archevôchés et .lix évêchés Hil h ? ^'■f ''l'-^'o" comraençaitseulement à ovangéliser en ISixj, u millions avec dix-huit évêques ; - en Palagon.e même, abordée seulement depuis 1875, 127.700.
(3) Encyclique Immortale Dei.
A CONSULTER
Hoi'RAT : Le Syllahiis. — Veuillot : Home pendant le Concile. — Yriarte : Autour du Concile. — Emile Ollivier : L Eglise et l'Etat au concile du Vatican. — Encycliques de A. T. S. P. le pape Léon XIU. — T'Serclaes : Léon XIII. — O'Reilly : Léon XIII. — Baunard : Le cardinal Lauigerie. — Klein : Le cardinal Lavigerieet ses œuvres d'Afrique. — Lecanuet : L'Eglise de France sous la troisième République, 2 vol. — Goyau: Autour du cathoicisme social. — De Clercc^ : Les doctrines sociales catholiques. — Encycliques de \. T. S. P. le pape Pie X. — Pernot : La politique de Pie X. — Goyau, PÉRATÉ, Fabre : Le Vatican. — Goyau : L'Allemagne religieuse ; le Catholicisme. — Klein : La Séparation aux Etats-Unis. — Piolet: Les Missions catholiques françaises au XIX' siècle.
I. La situation territoriale en 1913. — II. Position présente des questions politiques.