DR SALUT PUBLIC
Au citoyen....
Au nom de la patrie en danger, vous êtes requis d'entrer dans la force armée et révolutionnaire, qui forme le district de Lyon , votre concours étant jugé nécessaire pour le salut de la République. Sous les peines portées par l'arrêté des corps administratifs du 14 mars dernier, sous Tautorisation des représentants du peuple à Tarméc des Alpes, au premier avertissement vous voudrez bien vous rendre à Tendroit qui vous sera indiqué.
Lyon le mai 1793, Tan II' de Ii Bépublique française.
Sf^/ié FlLLlON.
Le mode employé dans la perception de cette contribution forcre dépasse en actes arbitraires tout ce que l'on peut imaginer. On commençait par menacer les personnes imposées qui protestaient contre le chiffre de la taxe au-dessus de leur fortune, on finissait par les frapper si elles persistaient dans leur refus : sans aucune pitié pour l'âge des vieillards, sans aucun respect pour la modestie et les prières des femmes, on leur faisait subir une visite inquisitoriale, dont quelques-unes eurent des résultats terribles.
Une jeune fille de seize ans se précipita par la fenêtre d'un cinquième étage, plutôt que de se laisser visiter ainsi que le désiraient plusieurs Jacobins. La malheureuse enfant devait épouser quelques jours plus tard un de ses cousins, qui, ne pouvant ou ne voulant lui survivre, se jeta dans le Rhône.
Un oflicier municipal, nommé Sautemouche, se transportait dans le domicile des personnes contribuées et les forçait à solder les mandats impératifs qu'il leur présentait. Malheur à celles qui osaient se permettre la moindre observation : armé d'un grand sabre nu : « Voici l'instrument de la loi, » leur disait-il. Plusieurs fois même il mit un pistolet armé dans la balance qui servait à peser les sommes exigées.
Dans une maison de la rue Confort, ne pouvant obtenir des demoiselles Cognet une^isérable somme de quatre cents livres qu'elles n'avaient pas, il se mit dans une si grande colère pour les forcer à se la procurer, qu'une de ces malheureuses femmes en mourut de frayeur le lendemain ; l'autre devint folle quinze jours après. En vain leur père, vieillard de soixante-dix ans, s'était jeté à ses pieds, et les avait embrassés pour le fléchir; en vain il avait imploré miséricorde au nom de Dieu; Sautemouche ne voulut rien entendre, il avait emporté leurs boucles d'oreilles, leurs anneaux d'or et les trois services d'argent qui leur servaient de père en fils.
Gaillard profitait aussi de cette occasion pour domier cours à ses instincts avides, à la soif de vengeance qui l'animait contre l'aristocratie; il faisait suivre la présentation des mandats impératifs par des paroles menaçantes qui ne permettaient aucune réclamation; cependant si, dans l'impossibilité d'acquitter la contribution forcée, quelques citoyens déclaraient leur peu de fortune, aussitôt Gaillard appelait à son aide la peur de la guillotine. Il raconte le fait suivant :
« La société des Jacobins ayant besoin d'une somme de dix mille livres, ne savait comment faire pour la trouver. Eh ! mes amis, dis-je