‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 108 sur 217 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

bre, sont parvenus néanmoins à établir un tribunal révolutionnaire dans cette ville. Nous protestons contre la manière illégale avec laquelle s'est formé ce tribunal, élu par les fauteurs de l'anarchie. »

Chassey appuya les pétitionnaires en ces termes*: « Que l'on eût 4roté dans les sections de la ville de Lyon pour demander à la Convention rétablissement de ce tribunal, cette marche était régulière; mais que Ton ait établi ce tribunal sans aucune loi , soit que la Convention le voulût ou qu'elle ne le voulût pas, je trouve cette marche iuGniment répréhensible, et subversive du respect dû à la représentation nationale. Je demande le renvoi de cette pétition au comité de législation, qui en fera son rapport ; je demande en outre que, provisoirement, ce tribunal ne puisse exercer les fonctions qui lui sont attribuées ; je le demaade d'autant plus, citoyens, que dans ce moment la guillotine est en permanence. à Lyon, et que quinze cents personnes détenues dans les prisons sont près d*étre jugées.. . Les circonstances sont on ne peut fins prenantes. Je ,vous propose donc de décréter que les citoyens qui composent le tribunal révolutionnaire de Lyon' ne pourront exercer les fonctions qui leur sont attribuées; que les citoyens que l'on voudrait arrêter aient le droit de rqpousser la force par la force; que la municipalité soit autorisée à requérir la force armée pour protéger les citoyens; que les cinq mille hemmes qui composent l'armée révotutionnaûre ne puissent agir dans l'arrondissement du département que sur la réquisition des corps administratifs, et dans les autres départements, que par les ordres du pouvoir exécutif. «

Ces diverses propositions furent adoptées. CoUot-d'Herbois, qui devait plus tard se montrer Tantagoniste le plus -implacable des Lyonnais, proposa par amendement que la mesure fût étendue à tous les départements de la République.

Le décret du 15 mai attéra le parti révolutionnaire, et combla de joie les modérés. Ceux-ci ne savaient conunent exprimer leur satisfaction ; c'était du délire, de la folie : on s*embrassait dans les rues, on dansait sur les places publiques. On faillit porter en triomphe le cheval du courrier extraordinaire qui avait apporté cette nouvelle. Peu. s'en fallut qu'on n'illuminât la ville entière, comme dans les grandes solennités.

Paris continuait à s'occuper activement de Tétat de Lyon. Le soir du 19 mai, en passant sur le quai des Théatins (quai Voltaire) avec I. 24

186 HISTOIRE DE LXON. — 1793.

quelques amis, Leclerc fut attaqué par des inconnus, et blessé à la tète et au dos. Ne doutant pas que les modérés n'en voulussent à sa vie, il se renferma chez lui et s'y tint caché. Trois autres députés de Lyon furent admis, le 20 mai, au club des Jacobins. « Il est flatteur pour nous, dit leur orateur, de paraître dans votre sein pour vous faire connaître la vérité. Si les nouvelles de Marseille doivent abattre votre courage, celles de Lyon doivent le relever. Nous avons eu l'avantage d*avoir dans notre département la visite de Dubois- Crancé et d'Albitte. Nous avons pris un arrêté qui vous prouvera ce que sont les Lyonnais. Ils ne savent pas faire de belles phrases, mais ils savent agir. Un député de notre ville vous a dit que la guillotine y avait été placée ; il vous a trompés ; il y a beaucoup d'aristocrates qui viennent ici pour subtiliser votre confiance et obtenir ides places.

« On a décrété sur un faux rapport la contre-révolution, en permettant aux citoyens de repousser la force par la force; mais six mille républicains se sont levés et ont formé une armée révolutionnaire. Ils s'exercent au maniement des armes. '

» Un aWèté des trois corps administratifs du département autorise la levée et l'organisation d'une armée révolutionnaire de six mille quatre cents hommes, qui seront nommés et requis par indication à la diligence des comités révolutionnaires. Tout citoyen requis sera oMigé d'obéir sous peine d'être déclaré mauvais citoyen, et d'être privé du droit de suffrage. Tout homme qui serait assez lâche pour déserter ou violer les propriétés , sera noté d'infamie.

» La même assemblée des corps administratifs a déclaré qu'elle proscrit du département de Rhône-et-Loire les feuilles dasgereases de Carrier, Corsas, Brissot et la Quotidienne.

» Nous avons fait un emprunt de six millions. Il y a un terme fatal pour les remplir, et ce terme n'est que de vingt-quatre heures. Les femmes et les enfants qui vivaient du travail de ceux qui composeront l'armée révolutionnaire, seront indemnisés. Les femmes recevront vingt sous par jour, et les enfants dix sous. Nous nous trouvons heureux d'avoir forcé les riches d'être utiles à la chose publique, et de les avoir sauvés malgré eux-mêmes, en assurant leurs personnes et leurs propriétés.

» On vous trompe quand on vous dit que l'esprit public est égaré. Toutes les adresses inciviques que vous recevez sont rédigées par

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