CHAPITRE XVI
une faction. Ne formons qu'un faisceau: unissons*nous, quittons ces viles passions qui dégradent des républicains. Tirons l'épée, et ne la rengainons que quand la patrie sera sauvée. Nous ne devons compter les votants que par les combattants. »
BentaboUe, le président, répondit : « Le monstre de l'aristocratie, du fanatisme, du feuillantisme, fait un dernier effort pour anéantir la liberté; mais le génie de la liberté triomphe. La Convention a tout fait pour le peuple en obligeant les riches à verser un milliard dans le trésor national. I^ tranquillité et le bonheur seront les heureux fruits de ce décret populaire. Bientôt les intrigants et les journalistes perfides vont être anéantis, et la liberté triomphera. »
Immédiatement après, un membre de l'assemblée accusa Lederc. -« Le jeune homme de Lyon, s'écria-t-il, n'a été député que par l'effet d une imposture fieffée. Il a été député à Paris pour y dire des vérités, et il a dit des faux. Ce qu'il a dit a été consigné dans le Journal des DébaU des Jacobins. Chassey a profité de cette occasion pour faire rendre le décret que vous connaissez. Il a,dit qu'il fallait que les riches donnassent de l'argent, ou qu'ils mourussent. Ce décret porte qu'on pourra repousser la force par la force, de manière que si vou? allez chez un prêtre, chez un conspirateur, ils se serviront de leurs armes, et ils sont armés jusqu'aux dents.
» Il faut que le jeune homme vienne ici, ou qu'il écrive. Il dit qu'il a été assassiné; qu'est-ce qui l'a assassiné? c'est la présence des députés qui sont venus le démentir. Je demande qu'il soit tenu de se rétracter: on ne doit jamais tromperies Jacobins. Je demande qu'on nomme deux commissaires pour scruter la conduite du député lyonnais. »
Cette proposition fut adoptée; mais au milieu de tant de graves préoccupations, Leclerc fut aisément oublié. Le lendemain, 21 mai, Chassey tenta un nouvel effort, en demandant la réinstallation du tribunal criminel du département de Rhône-et-Loire, que le comité de salut public avait suspendu de ses fonctions, parce que les jurés n'étaient pas munis de certificats de civisme. Challier demanda le renvoi pur et simple au comité de législation; Lanjuinais appuya la motion de Chassey, et la Convention ordonna que le tribunal serait provisoirement réintégré, sauf aux jurés à présenter sous huitaine des certificats de civisme.
En obtenant ces avantages à la Gironde, Chassey devait s'attirer la
haine des démocrates lyonnais; Ghallier divisa son jessentiment entre lui et Dubost, président de la. section de la Croizette, incarcéré^ rnôtel-de-Ville. « Scélérat de gueux, lui dit-il, tu étais en intelligence » avec le.scélérat de Chassey pour empêcher la formation du tribunal » révolutionnaire; mais sois tranquille, brigand, il se lèvera assez de ^ monde en cette ville, pour y poignarder et égorger les aristocra- ^ tes, fuâ^enl^ils vingt mille. Et c'est toi, scélérat de Dubost, qui y » passeras le premier, et c'est moi Challier qui t'enfoncerai ce poi- » gnard dans la gorge, avant daller à la Convention y poignarder » aussi ton gueux, ton brigand de Chassey. »
En même temps les Jacobins Achard et Fillion écrivaient à leurs mandataires de Paris : « Amis et frères I plus noulà avançons dans le >' choc des circonstances, plus nous sentons que le terme fatal d'un ^> combat à mort, entre les républicains et les royalistes, approche ; » qui des deux emportera la victoire? Voilà nos réflexions; elles sont » bien tristes, quand nous voyons Marseille et Bordeaux perdues pour » la République, Lyon sur le point de devenir la proie de l'aristocratie » la plus enragée.
» Dans ce moment, la contre-révolution est ouverte icf, les sections » sont en permanence, la loi du 31 tnars les y autorise ; leS contre- » révolutionnaires y dominent, .et malheureusement ce sont eux qui » forment les comités de surveillance et qui les composent. Tous nos » effort pour percevoir les contributions sont devenus nuls devant » eux ; la proclamation dont vous êtes porteurs est traînée dans la » boue, ou plutôt on ne veut pas la reconnaître. Le peuple seul y est » -^soumis; |1 est également bon et patriote i partout nos réquisitions » sont repoussées par la force, et le décret Chassey, etc., etc.. Nous » avons envoyé des missionnaires dans tous les districts, nous en avons » dans la ville, et tout ça n'est rien devant l^audace des scélérats* Lypn » suivra à coup stlr et avant peu l^exemple de Marseille. H est temps » de frapper le comité Autrichien dç Paris; sans cela la République » est perdue; un second Capet remonte sur le trône bâti sur les osse- »» ment des patriotes.
» Ainsi, hâtez-vous de revenir, le temps presse ; vôtre énergie est « d'une grande utiUté dans cette cité. Emmenez avec vous quelques
» bons b ,hommes de tête pour se mettre chefs de notre comité; il
» est paralysé, soit par' les décrets précipités, soit pat* sa faiblesse. *' Vous connaissez sa composition ; ce sont des hommes nuls et même