CHAPITRE XVI
» nuisibles, et nous autres nous ne pouvons [ms tout faire ; notre » énejrgie devient faiblesse par la faute de nos collaborateur^, par les » moyens et la grande majfirité des scélérats de la cité. Nos bras sont » entièrement liés ; nous craigncms de faire répandre du sang, par- » ce que, si l'insurrection n'était pas coiîiplète-, nous en serions re- » coîinus les auteurs, et traduits dans les cachotà que nous redoutons » bien plus que la mort
Leslacobîns ne se contentaient pas d'agir et de pérorer, ils armaient les conjurés, ils les rassemblaient, ils prenaient des mesures pour . qu'on leur distribuât une Semi-livre de poudre, et leur faisaient prononcer ce terrible serment :
«( Nous jurons d'exterihiner tous ceux qui ^iit désignés sous les » noms d'Aristocrates , de Royalistes, de Feuillantins,^ de Modérés, » d'Egoïstes, d'Accapareurs, d* Usuriers, d'Agioteurs, de Richards et » tous les inutiles citoyens de la caste sacerdotale. » Tout ce qui est em dehors du comité de salut public , tout ce qui n'est pas franchement sans-culotte doit subir le terrible hors la loi que la montagne de Lyon se prépare à décréter. Le comité de salut public présente par l'organe d'un de ses agents les plus dévoués, Pelletot, un plan d*exécution qui doit obtenir tous les suffrages des Jacobins. Il était ainsi rédigé :
« |o 11 faut désarmer tous les gens suspects;
» 2o Armer tous les bons sans-culottes ; .
» 3*> Coîivenir du lieu de rasseiâblement.
» 4» Il faut que tous Jes citoyens de Lyon prennent les armes au » premier coup de tocsin et du canon d'alarme.
» 50 La masse de Lyon levée, il faut s'emparer de toutes les person- - » nés suspectes et les mettre en Heu de sûreté.
» 6«> La destitution du procureur-général-syndic du département et ' de tous les membres prévaricateurs.
70 Envoyer un courrier pour demander le rétablissement du tribu- » nal révolutionnaire, pour faire le .procès à tous les aristocrates, aux » prêtres fanatiques insermentés, à tous les gens suspects.
» 8" Ne quitter les armes que lorsque le? riches auront complété le » contingent de six.millions pour l'armée révolutionnaire. »
Ce plan allait être adopté lorsque Challier fit observer qu'il n'était pas à la hauteur des circonstances : il en fallait un plus vaste, qui de Lyon pût embrasser la République entière; celur qu'il allait offrir
aux Jacobins devait seul désormais leur servir de règle et de boussole;
il requérait ;
n lo La suppression des 83 administrations de département;
» 2» La suppression des tgbunaux du district ; * » 3^ LajsdppressioE des juges de paix dans les villes au-dessus de • 10,000 âmfes.
» 4'' Une cour martiale pour jnger tous les traîtres dans vingt-quatre » heures dans les \illes au-dessus de 10,000 âmes.
» 50 Une cour martiale pour chasser (bi royaume quiconque ne » donnerait pas des certificats de civisme en règle.
» Une cour martiale'pour condamner à mqrt ceux qui auraient tenu »-des discours inciviques avec'preuves des municipalités. »
Ces projets subversifs, qui tendaient à concefatrer le pouvoir dans les mains des municipalités démocratiques, les espérances des Jacobins, leurs manœuvres ostensibles, leurs apprêts de guerre, réveillèrent enfin les citoyens endormis depuis si longtemps dans leur faiblesse et leur apathie. Forts du décret conventionnel du 15 mai, ils prirent la résolution de défendre leur liberté individuelle pied à pied au péril de leur vie; ils n'attendaient qu'un prétexte pour secouer légalement le joug qu*on voulait leur imposer; il se présenta bientôt. La loi du 21 mars, méconnue par une municipalité factieuse fut le premier signal de la résistance à Toppressibn. -
Une simple loi de police arma la République française contre la ville de Lyon. Cette loi, qui ne fut qu'un prétexte, ordonnait dans les communes et dans le»âections des communes, rétablissement d un comité de *douze membres pour recevoir la déelaration des étrangers qui pouvaient y résider ; d'autres lois postérieures confiaient d'autres fonctions à ce même comité.
Les administrateurs du département avaient ordonné le 6 mai que toutes les sections de Lyon seraient convoquées au 12 du même mois, à la diligence du conseil général de la commune, pour "nommer les membres qui devaient former cette assemblée. Toutefois le conseil de la commune ne jugea pas à propos de convoquer les sections poar le jour indiqué; il les manda, mais seulement pour le 19. Les Jacobins trouvaient des inconvénients très-graves à la réunion des citoyens, et comme ces inconvénients devaient être les mêmes à la date plus éloignée que la commune avait assignée, ils décidèrent qu'il fallait à