‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 112 sur 217 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

SOMMAIRE : Les partis en présence. — Arrivée de Gautier et de INioche. — Déclaration des sections. — Challier mis hors la loi. — Prise de l'arsenal. — Quartier général des sections. — Guet-a-pens. — Madinier, général en chef des Lyonnais. — Pians d'attaques. — ^ Combats. — Défaite. — Victoire. — Atrocités. — Clémence et générosité. — Suspension de la municipalité. — Illumination de la ville.

La municipalité ne se tint pas pour battue ; n'osant pas, ou ne pouvant pas emporter les difficultés, elle essaya de les tourner : elle publia , le 23 mai, un arrêté qu'elle avait rédigé avec le comité de salut public, par lequel elle défendait aux sections de se maintenir en permanence, les engageant à se méfier des royalistes qui, pour rétablir la royauté, ne dédaignaient pas de se couvrir d'un masque républicain, et des Girondins qui se disaient les plus sincères amis des lois, pour les faire servir à leur ambition personnelle.

Les administrateurs cassèrent cet arrêté, ordonnèrent l'installation des comités de surveillance formés dans chaque section, et la dissolution des comités provisoires que la municipalité avait nommés.

Alors la municipalité furieuse ne se contint plus ; elle se déclara formellement contre la loi dignement interprétée , courageusement protégée par les autorités supérieures; elle lança les satellites dont elle pouvait disposer, contre les sections légalement assemblées, fit. disperser par la force les citoyens surpris, jetant dans les cachots: le président, les secrétaires, les scrutateurs de la section de Saint-Borges, et un grand nombre de citoyens de celle du Port-du-Temple.

L'étendard de la guerre civile était levé de part et d'autre : la ville de Lyon se trouva dès lors partagée en deux camps bien tranchés, l 25

d'un côté la municipalité, le comité de salut public, les Jacobins avides de vengeance, les sans-culottes armés de piques et coiffés du bonnet rouge, les terroristes debout et ne déguisant plus leurs sombres espérances; de Tautre, le département, les républicains de bonne foi, amis sincères de Tordre et de la liberté, les Girondins avides de retrouver une influence qu'ils avaient perdue, les royalistes espérant ressaisir dans le choc des événements un pouvoir qui leur avait échappé; enfin, des deux côtés des hommes faux et perfides, inconnus, étrangers à la ville, et soudoyés par l'Angleterre pour armer les citoyens contre les citoyens, allumer la guerre civile et bouleverser une ville dont la puissance et la richesse faisaient ombre à son ambition et à sa jalousie.

Les partis sont en présence; la municipalité, n'osant pas encore prendre l'offensive, s'entoure de toutes les forces disponibles qu'elle a su débaucher. Elle fait un appel aux habitants des campagnes qu'elle a gagnés à sa cause, rappelle en toute hâte un escadron de dragons occupé à réprimer ailleurs des mouvements séditieux ; elle écrit aux commissaires civils qui les accompagnent, de les faire rentrer de suite, sous peine d'être traduits et poursuivis devant tous les aaiiS'CuloiUs français. « Nous avons besoin de toutes nos forces ajouta-t-elle, les patriotes sont prêts, la crise est arrivée. » Elle dépêche un courrier à franc étrier aux représentants Gautier et Nioche qui se trouvaient à Chambéry, et pour motiver la nécessité de leur prompt retour, elle fait piller par ses satellites un magasin de beurre destiné à l'armée des Alpes.

Trois comédiens, les nommés Ponteuil, Dumanoir et Saint-Amant, nommés par elle commissaires des guerres, s'empressent d'achever l'organisation de l'armée révolutionnaire; et comme la levée des six millions n'est plus suffisante, ils ordonnent que le décret portant qu'tY aéra imposé un milliard sur les riches, sera partiellement mis en vigibeur par anticipation et que de nouveaux mandats impératifs seront envoyés pour être payés dan^ un délai de vingt-quafre heures.

Pendant ce temps les sections constituées en permanence se tenaient sur la défensive, bien déterminées à repousser la violence par la force des armes : les présidents et les secrétaires enflammaient leur courage par des paroles énergiques. « Le glaive est tiré , disaient-ils, jurons, citoyens, de ne le remettre au fourreau que lorsque les ennemis de la tranquillité publique nous laisseront jouir en paix de la liberté que

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