‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 113 sur 217 · CHAPITRE XVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVll

nous avons acquise au prix de tant de sacriiices. ^'rères, plus de faiblesse, soyez forts en présence de ceux qui naguère fouettaient vos femmes et vos liiles, et qui veulent aujourd'hui votre sang et vo^ fortunes. Plus de ménagements pour eux, l'indulgence conduit au crime. Courage, Lyonnais I si nous reculons d'une semelle, nous sommes perdus. » p

L'arrivée soudaine de Gauthier et de Nioche traînant à leur sotte deux escadrons et deux bataillons, changea la face des choses; la révolte de la commune prit dès lors un caractère des plus sérieux; bien sûre d'être désormais soutenue, elle fait employer la violence pour séparer de nouveau les assemblées des sections, entre autres celles de Saint-Georges et de la rue Neuve : quelques-unes d'elles, sans moyens de défense, assaillies par des furieux armés de bâtons ferrés, dépiques et de toutes sortes d'armes, se voient obligées de céder. Les citoyens qui cherchent à résister sont indignement frappés et laissés pour morts. Le citoyen Gauthier, de la rue Neuve, atteint de trois coups de sabre à la tête, tombe en criant vengeance ! Les autres, assaillis par les clùbistes^ se dispersent dans toutes les directions, répétant la dernière parole de Gauthier : Vengeance ! A ce cri d'alarme la section Rousseau se forme en bataille sur sa place d'armes pour arrêter les troubles, et attendre les ordres supérieurs qu'elle envoie chercher au département; en ce moment une civière tachée de sang, portée par quatre hommes, passe sur la place de larFromagerie. C'est le cadavre de Gauthier qu^n porte à l'hôpital : une vieille femme en pleurs l'accompagne en poussant des cris de désespoir : on dit que c'est sa mère. A cette vue la section Rousseau demande à marcher sur la municipalité; plusieurs grenadiers qui n'avaient point de cartouches aiguisent la lame de leurs sabres contre des bornes en pierre; l'irritation est à son comble, les chefs ont jnille peines à la contenir; leurs députés -reviennent. « Quoique entouré de baïonnettes et de séditieux, le département fait bonne contenance, disent-ils; il ordonne que toute la force armée se tienne en état de réquisition permanente, chaque bataillon sur sa place d'armes. La générale sera battue si les mouvements des Jacobins prennent un caractère plus alarmant pour It sûreté de la ville. »

La municipalité combat cette mesure qui doit entraver la marche des conjurés; elle arrête que la réquisition resterait sans exécution jusqu'à ce qu'elle en jugeât elle-même le cas nécessaire et urgent;

elle déclare en Wiéme temps qu'elle rend les départements responsables de tous les événements.

Pendant ce temps, les Jacobins se pressent sous les paroles foudroyantes de Challier; celui-ci les anime et les exalte. « Réjouissez-vous, braves sans^ulottes, s'écrie- 1- il, les trois cents tètes que nous avons marquées ne nous manqueront pas aujourd'hui; allons nous emparer d<» membres du département, des présidents et des secrétaires des sections; formons-^n un faisceau, mettons-le sous la guillotine et lavons nos mains avec leur sang. »

Ces propos horribles sont bientôt connus des secUonnaires ; ils sont répétés avec l'accent de la plus profonde indignation. C'est une déclaration de guerre à mort que Challier, l'homme de la municipalité, vient de lancer contre les meilleurs citoyens de Lyon : les sections sont prêtes, elles ne reculeront pas; mais avant d'engager la lutte, elles arrêtent d'une voix unanime que la municipalité a perdu leur confiance et celle de la cité, par les motifs suivants :

io Par ses actes arbitraires;

2o Par la dénonciation et l'arrestation de plusieurs de ses membres, pour cause criminelle ;

3^ Par sa résistance aux actes du département;

i^ Par ses arrêtés incendiaires, surtout celui du 26 courant;

50 Par sa résistance avec menaces aux assemblées des sections;

60 Par son refus constant à rendre ses comptes ;

7° Par la violation des domiciles de jour et de nuit ;

8<> Par la dissolution de la force armée exigée par celle qu'elle commandait elle-même ; « ,90 Par les dernières violences au département ;

10° Par son adhésion à l'établissement du tribunal révolutionnaire, et à la permanence de ^instrument de mort, que la Convention nationale n'a vue qu'avec un sentiment d*horreur, et en a décrété une rigoureuse défense, sous peine de mort pour quiconque la proposerait de nouveau ;

1 1» Enfin par un arrêté en conseil général du 25 de ce mois, où elle a fait l'aveu de ne pouvoir sauver la cité.

La commune avait en eiïet arrêté que Tattitude hostile des sections, et le refus des citoyens à faire partie de l'armée révolutionnaire, la mettait dans l'impossibilité de travailler au salut du pays.

Les sections ne se contentèrent pas de déclarer que la municipalité

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