‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 117 sur 217 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

A ces paroles , un officier municipal , grotesquement coiffe d'un casque de dragon et armé d'un grand sabre, s'écrie en menaçant le bataillon : «Ah, scélérats! vous ne voulez pas de municipalité? Eh bien, nous vous tenons. » Aussitôt il court à l'Hôtel-de-Ville; Riard et Barbier le suivent en criant : « Soldats 1 voici des factieux qui ne veulent point de municipalité; point de quartier pour; ces brigands, feul feul que pas un n'échappe. » Aussitôt un coup de fusil, parti du balcon de Thôtel commun, devient le signal du massacre ; une décharge de mousqueterie, deux coups de canon tirés à mitraille portent la mort et répouvante dans les rangs des citoyens qui, Tarme au bras, étaient restés sans défense en colonne. Quinze hommes furent tués sur la place, les autres s'échappèrent dans toutes les directions par les allées de traverse des maisons voisines ; au môme instant, un grand nombre de Jacobins, guidés par Juillard, Bertrand, Carteron, RouUot, Challier, etc., etc., s'élancent sur la place, répétant Vivent les sans-eulottes ! dansant la carmagnole autour des malheureux blessés qui crient grâce, et que Ton achève à coups de crosses de fusils et de baïonnettes. Bertrand distribue des cartouches ; le représentant Gauthier parcourt les rangs des troupes municipales : « Braves sans culottes, tenez bon, leur dit-il, nous voici dans un moment de crise, la lutte est engagée, mais nous aurons le dessus. Si Ton tire sur vous, joignezvous contre les maisons, couchez-vous ventre à terre, nous sommes sûrs de la victoire. Vivent les sans- culottes I à bas les muscadins ! à bas les permanents !» et il ajoutait en contemplant les victimes : « Les voilà bien en permanence. »

A la nouvelle de cette trahison, le président Fréminville avait dit au commissaire de la Convention : « Vous devez voir à présent, citoyen Niocfae, qui de nous ou de la municipalité mérite la juste sévérité des lois. » Celui-ci demande à se rendre à la maison commune pour s'entendre avec son collègue Gauthier et arrêter refTusion du sang. On le lui permet , sous la condition que la municipalité qui a ordonné les hostilités sera cassée, et que les troupes qui entourent la maison commune rentreront dans leurs quartiers. Deux heures après, NÎGche revint porteur de ce nouvel arrêté :

« Les représentants du peuple près l'armée des Alpes ordonnent ;

» lo Que les citoyens qui se sont rendus maîtres de l'Arsenal dans » cette journée Tévacueront sur-le-champ, et en rendront la garde à » ceux qui seront désignés par les représentants du peuple; I. 26

»> 2» Ils ordonnent à tous les citoyens qui sont armés sans une ré- »> quisition valable de se retirer de suite dans leur domicile, et d'y dé- » poser les armes;

» 3° Sous ces deux conditions, les représentants du peuple feront » successivement retirer la force armée qui a été requise, à Texcep- » tion de ce qui a été jugé par eux nécessaire pour assurer le réta- » blissement de Tordre, ils feront aussi élargir les personnes arrê- » tées pendant la nuit. Il sera sursis à toute poursuite jusqu'à ce » que la Convention nationale ait décidé sur les malheureux évé- « nements de cette journée.

» Les représentants du peuple déclarent que c'est au nom de la » République française qu'ils donnent ces ordres, et prennent les » engagements ci-dessus.

« Signé Gauthier et Nioche. »

En réponse à cet arrêté, Fréminville prononce fièrement, au nom du département et des districts de la ville et de la campagne réunis à l'Arsenal, la suspension de la municipalité.

Pendant le cours de ces événements à l'Arsenal et à la Commune, les sections n'étaient pas demeurées oisives. Campées sur la place de Bellecour, elles s'étaient organisées par divisions comme en temps de guerre; elles avaient formé un état-major et un comité militaire présidés par le vice-président Lacour. Elles avaient nommé d'un accord unanime, pour général en chef, un maître apprèteur de draps, nommé Madinier, sous le commandement duquel de vieux soldats et de jeunes officiers de l'armée de Condé se rangèrent à l'envi pour avoir leur part de danger.

Des députés étaient partis dans toutes les directions , pour demander des secours aux gardes nationales des faubourgs et des campagnes. Cinq heures venaient de sonner à l'hâtel commun, lorsque l'armée des vingt-sept sections s'ébranlant, se mit en marche sur deux colonnes. L'une, commandée par les citoyens Justin Badger, Gingenne et Lenoir, s'avance tambour battant, drapeaux déployés, et quatre pièces de canon en tête par le quai du Rhône ; l'autre, sous les ordres du commandant-général Madinier, débouche par le quai de la Saône.

Au même moment, les chefs des guides, les hussards et les dragons, que les ordres de l'adjudant-général Ledoyen avaient postés à

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TArsenal, déclarèrent prendre fait et cause pour l'armée des sections, Les gendarmes à pied avaient déjà pris Tinitiative. Ces corps n'eurent aucune part à l'attaque. La municipalité, instruite par ses espions du mouvement en avant des sections, confia le commandement de ses troupes au commissaire -ordonnateur des guerres Duchambon, en remplacement de Tadjudant-général Ledoyen, toujours retenu à l'Arsenal. Duchambon fait aussitôt ses préparatifs de défense.

Un bataillon des gardes nationales volontaires du Mont-Blanc, arrivé depuis deux heures seulement à Lyon, stationnait sur la place de la Comédie. Le commandant improvisé en détache une partie, et lui confie la défense du pont Morand, protégé par trois pièces de canon mises en batterie à la tète du quai de Retz. Il place de forts piquets à l'entrée des rues du Caret, de Clermont et de Saint-Pierre; deux autres pièces d'un assez fort calibre commandent la rue Saint-Pierre dans sa plus grande longueur : toutes deux sont chargées à mitraille, l'une à rextrémité sud-ouest de la place des Terreaux, l'autre à l'angle de la rue de la Cage faisant face à THôtel-de-Ville. Une troisième, enfin, est mise en batterie sur la place de la Boucherie-des-Terreaux, occupée déjà par plusieurs compagnies de troupes de ligne. Un certain nombre de citoyens, armés pour la défense de la municipalité, ont juré de se faire tuer sur la place de la Feuillée, plut(\t que de livrer passage à l'armée des muscadins. Les autres troupes et les partisans de la municipalité stationnent» les uns sur la place des Terreaux devant le palais Saint-Pierre et l'hôtel de Milan, les autres dans le vestibule , dans les cours et sur les balcons de l'Hotel-de- Ville ; six pièces de canon demeurent en batterie devant le perron.

Les deux colonnes des sections avancent toujours, jetant à droite et à gauche des grenadiers en éclaireurs. A cinq heures et demie, celle du Rhône était en vue de la place des Cordeliers, lorsque la batterie du quai de Retz, la prenant de front, la foudroie. A la première décharge, un nommé Angelot s'écria, s'adressant aux membres de la municipalité et du comité du salût public : * Voilà, voilà votre ouvrage, entendez-vous le canon? C'est la voix du peuple qui se lève enfin, pour apprendre à ses magistrats qu'ils devaient être ses pères, et non ses tyrans, ses protecteurs et non ses assassins. » Le combat s'est engagé des deux côté>s avec un pareil acharaement. Le canon gronde à de courts intervalles ; un feu roulant de mousque-

terie étouffe les cris des blessés qui tombent à chaque instant , et entravent la nniarche de la colonne qui ne recule point encore; les canons de la municipalité, parfaitement servis, parviennent cependant à porter le désordre dans les premiers pelotons qui, marchant par vingt-quatre hommes, occupaient toute la longueur du quai. La colonne s'arrête, elle va se disperser : tout à coup un simple soldat sort des rangs le fusil à la main, et le visage déjà noir de poudre, c'est un maréchal de camp de Tancienne armée, M. Cortasse de Sablonet; il ranime le courage de ses frères d'armes, il rallie les fuyards, change les premières dispositions de la bataille; la colonne n'offre plus autant de prise aux boulets de l'ennemi. Le combat recommence plus terrible aux cris de : A bas la municipalité! Vive le départementî La colère enflamme tous les cœurs, la vue du sang ranime les courages les plus chancelants ; le canon de la municipalité se tait, une compagnie de dragons s'élance au-devant des sections, un trompette la devance portant un drapeau blanc à la main en signe de paix; les sections redoublent le pas, en faisant taire également leur feu, et criant : Vive V union! vive la fraternité! vive la Repu-blique! Aussitôt les dragons font demi-tour et s'éloignent au galop, démasquant une batterie qui fait les plus grands ravages dans les rangs de ceux auxquels la municipalité envoyait traîtreusement le baiser de Judas. Cette lâche trahison décida sur ce point le sort de la journée : le commandant Gingenne avait eu son cheval tué sous lui, Lenoir était blessé; le Jacobin Lundey, caché dans une allée de la rue Pas-Étroit, vit tomber de cheval Justin Badger qu'il venait de frapper d'un biscaïen. Le brave Cortasse de Sablonet fut mis également hors de combat, blessé mortellement en cherchant à rallier une seconde fois les fuyards. Une pièce d'artillerie avait été démontée, et tous les canonniers qui n'étaient pas blessés étaient morts. Enfin le feu roulant du canon et de la mousqueterie acheva de disperser les pelotons de la colonne, dont une partie se retira à l'Arsenal; et l'autre, sous le commandement de Gingenne, rejoignit la division de la Saône qui s'avançait prudemment et en bon ordre.

Arrivée à la descente du pont du Change, cette colonne se partagea en deux divisions : la plus imposante suivit la rue de la Pêcherie, l'autre traversa la place de l'Herberie, et s'engagea avec une pièce de canon dans les rues étroites qui conduisent à la place des Terreaux. Elle fut aussitôt assaillie par une grêle de cou{)S de

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