‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 118 sur 217 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

fusils tirés par des combattants cachés derrière les portes d'allées, devant les soupiraux des caves, embusqués aux fenêtres et sur les toits des maisons voisines. Le sang coule à flots dans la rue Saint- Côme; cependant la colonne résiste avec vigueur, ses canonniers courent à travers la tempête de feu, et parviennent jusqu'à la place Saint-Pierre avec les pièces qu'ils disposent en batterie. « Rendez-vous, leur crie-t-on, vos scélérats de frères sont tous morts à l'heure qu'il est, et leurs cadavres sanglants jonchent le quai du Rhône. — Eh bien! nous les vengerons, répondent-ils. » Et aux feux croisés qui les dominent de toutes parts, ils ripostent, poitrine découverte, par des décharges habilement dirigées : la colonne a gagné du terrain, le chef de légion Riard voit avec rage ses progrès, et désespérant de pouvoir les arrêter par la force, il a recours à la trahison, il demande à parlementer. Aussitôt le feu cesse des deux côtés : alors un des chefs de la colonne se présente résolument pour entendre les propositions de la municipalité; mais à peine est-il à la portée de Riard, qu'un coup de carabine l'étend raide mort, et une décharge de canons et de mousqueterie disperse la colonne, qui n'abandonne toutefois le champ de bataille qu'après avoir brûlé sa dernière cartouche.

Les débris mutilés de ces braves se replient, et vont rejoindre la troisième division, qui, plus heureuse, était parvenue à s'établir sur la place des Carmes avec son artillerie.

Malgré leur serment de se faire tuer sur la place de la Feuillée, les Jacobins chargés de la défendre avaient lâché pied au premier coup de fusil. La place de la Boucherie-des-Terreaux avait été plus difficile à emporter. Les partisans de la municipalité, soutenus'par de la troupe de ligne, se battirent comme de vieux soldats; ce ne fut qu'après avoir éprouvé une vive résistance, que les braves grenadiers (Je la section du Port-du-Temple refoulèrent les volontaires du Mont-Blanc et les Jacobins sur l'Hôtel-de-Ville.

Les sections étaient victorieuses sur ce point; elles investissent THôtel-de- Ville de plus près, en forment le blocus, et s'exposent avec le même courage au feu le plus meurtrier ; leurs artilleurs manœuvrent avec intelligence et sang- froid, ils pointent leurs canons contre les cafés où s'étaient concentrés les Jacobins les plus déterminés. En ce moment, la pièce en fer de la section du Port-du-Temple, trop échauffée sans doute, éclate avec un bruit atfeux, tue et met hors de com-

bat plusieurs hommes. On la remplace, et des jeunes gens se présentent avec empressement pour la servir. Les Jacobins découragés se replient sur l'Hôtel-de-Ville. Vive Varmée des sections ! s'écrie Madinier, la victoire est à nousl Exaltés par la voix de leur digne chef, les grenadiers du Port-du-TempIe demandent à marcher baïonnettes en avant sur THôtel-de- Ville. « Non, mes amis, leur dit Madinier, voilà qui saura bien les forcer à se rendre, » et de la pointe de son épée, il désigne les deux pièces de canon, dont chaque coup porte. Après avoir tiré quelque temps à mitraille, on se décide à lancer quelques boulets. Le premier, traversant la porte principale de l'hôtel commun , frappa une inscription qu'on lisait alors sur une plaque en marbre noir fixée à Tun de ses piliers. Les éclats de ce marbre blessèrent quelques personnes, entre autres l'ofiicLer municipal Roch; le second boulet brisa la corniche de la fenêtre de la salle, où le comité de salut public tenait ses séances; plusieurs carreaux de cette croisée volèrent en mille morceaux , dont Tun retomba sur la table, entre le maire Bertrand et le jn-^sident du comité. Enfin trois volontaires du Mont-Blanc , qui , du perron , couchaient en joue les pointeurs des pièces ennemies, furent renversés' par le troisième boulet.

Une attaque aussi vive déconcerta les assiégés. Les Jacobins à moitié vaincus ne savaient où se réfugier; on ne voyait partout que des hommes saisis de colère ou tremblant d'effroi. Seul, Duchambon avait conservé sa présence d'esprit : « Nous sommes f...., citoyen maire, dit-il à Bertrand ; si tu m'en crois, nous ferons sauter la maison commune, et nous la danserons tous ensemble, » Ce conseil ne fut pas goûté par Bertrand ; il préféra celui de Gauthier qui , voyant la cause de la municipafité perdue, disait : « Ce n'est plus à nous à faire des conditions; nous serons bien heureux d'accepter celles qu'on voudra nous accorder.

Le commissaire de la Convention fit alors arborer un drapeau blanc sur le balcon de l'Hôtel-de-Viile , et il envoya en parlementaire les citoyens Angelot, Fuz et Pipon^ escortés par plusieurs soldats, portant la crosse de leur fusil en l'air. « Citoyen général , dit Angelot à Madinier, la guerre entre citoyens, drapeaux contre drapeaux est impie; nous venons vous demander la paix. — Nous vous l'avons demandée bien longtemps, répliqua le général, et vous ne nous l'avez pas accordée; vous me parlez de guerre impie, et qui donc

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